‹ Histoire de la chimieChapitre 48 sur 137 · I.A CIUMIK m: l.AVOiSIKU. lS · texte numérisé non relu

I.A CIUMIK m: l.AVOiSIKU. lS

Mais, pour clore ce débat, il sullit de rappeler quel était à ce moment le fil conducteur de Lavoisier.

« Cependant rien ne s'anéantit dans les expériences; la seule matière du feu, de la chaleur et de la lumière a la propriété de passer à travers les pores des vaisseaux.... Mais comme il n'est pas moins vrai en physique qu'en géométrie que le tout est égal à ses parties, de ce que nous n'avions obtenu que de l'eau pure dans cette expérience, sans aucun autre résidu, nous nous sommes crus en droit d'en conclure que le poids de cette eau est égal à celui des deux airs c[ui avaient servi à le former. »

Dès l'instant que Lavoisier savait que la buée de l'expérience de Wartire était due à de l'eau (et il serait bien difficile d'attribuer cette découverte sans partage à Cavendish (^), il devait arriver avant tout ceux c[ui admettaient encore le phlogistique. Mais le savant anglais traitait seulement de la synthèse de l'eau, Lavoisier au contraire, après avoir traité de la formation de l'eau, en fait la décomposition, donnant ainsi le premier exemple d'une discipline chimique par analyse et synthèse qui n'a cessé depuis de manifester sa fécondité et sa rigueur.

rsiera-t-on après cela que Lavoisier ait joué un rôle important dans la découverte de la composition de l'eau (^)? Admettons, si

an illiberal attack on ^Ir. G, It bar'Iij possiljlc lie may havc licard iiothing of my theory; but, as thc Frcnchmau said whon hc l'oiuid a man in bed with bis ^viIe, I suspect something- >. — Dans une lettre à Fry (i5 mai 1784) : « I bave had tlie honour, 'ikc otbcr preat mon. to bave liad my ideas piratcd. Soon after I A\rotc my first papcr on Ibe subjecl, Dr Elagden oxplained my tbeory to ^fr I^av lisier at Paris, and soon after tbat, Mr Lavoisier invented it bimself, and read a paper on tlie subject to tbe royal Academy of sciences. Since tbat, Mr Cavendisb lias read a paper to tbe Royal Society on the samc idea, witbout malcing tbe Icast mention of me. Tbe one is a Frcncb Financier; and tbe otber a member of thc illustrons bouse of Cavendisb, worLb above £ 100 000, and does not spcnd jj 1000 per ycar. Rich mcn may do mean actions. »

(^) Vuir notamment lexccllent exposé de M. Tborpe iResnie scient. ?)^ série, t. XX, 1890, p. 5 [9 et 5?.o).

(^) M. Ladenburg rend compte du débat comme suit : ( Lavoisier avant .ses expériences avait eu connaissance du travail de Cavendisb ainsi qu'il résulte d'une lettre de Blagden" et d'une Note de Laplacc adressée à de

igo CHAPITRE V.

l'on veut, que Cavendish ait pu dire le premier que l'air déphlogistiqué est de l'eau privée de phlogistique. Lavoisier a imprimé le premier que l'eau est une combinaison d'oxygène et d'hydrogène. Mais à aucun des deux ne revient évidemment tout le mérite de la proposition qu'ils ont fornudée indépendamment. Tovis ceux qui avaient acte la diminution de volume dans l'explosion dun mélange des airs commun et inflammable, ceux qui avaient observé qu'il se formait une buée, ceux qui avaient reconnu la nature de cette buée, quelle qu'ait pu être d'ailleurs l'explication qu'ils en donnaient, tous ces savants ont acquis des titres indéniables en serrant de plus en plus près la solution du grand pi^oblème au([uel, chacun à leur manière, Lavoisier. Cavendish. Watt et. Monge ont donné la solution définitive.

Mais la moralité de ces deux controverses de l'oxygène et de l'eau nous apparaît dans la simple considération que nous formulions au début de ce Chapitre. Lavoisier n'est pas expérimentateur au même titre, ni sous le même aspect que Cavendish et Priestley. Il n'a pas créé la science de son époque, il l'a transformée. Il part d'une conception née de l'étude des faits. Il consacre à rétal)llr sur une base expériinentale inébranlable les phis hriUantes années de sa carrière scientifiqvie. Il participe aux découvertes des grands faits qui dominent l'instoire de la science, mais il uc l'ait (ju'en partager le mérite avec les autres grands savants de la (iii du xviii*' siècle.

Dans ces condilions, n'est-il pas plus conforme à l'esprit de l'histoire, n'est-il pas en même temps plus équitable poiu" la gloire de Lavoisier, de laisser à son époque le inérite de la découverte des faits isolés (^)? Il est assez heureux, assez habile et assez riche |tf)ur rendre des points à l^riestley et à Cavendish. Il a fait bleu mieux (|ue \;\ découN'erle. de ces deux fails: il a marcpié avec un sens admirable, dans des Mémoires qui, aujourd'hui encore,

Lu«, c!. il se liait' <1(' ]iiil)!i('r si-s résnUals. » Si l'Iiisloiion prétend par là quo Lavoisier a simplemeiil publié les résultais de (Cavendish, il l'aul avouer que le s^raiid cliiuiisle se lrou\e juy;é sommairement.

(') L'oi>iMiiin di' iîcr'llinllcl nesl ])as (lill'éi'culc ])()ur l'oxygène {Slnli(iiie, t. I, \>. 6) el pour l'eau (Slnliq:te, I. Il, {). ■r.l et ■j.j).

LA CillMIK !)K I,A.V()lSli:U. ÏQ!

n'ont rien perdu de leur jeunesse, le rôle de l'oxyoène dans la nature. Ce mérite-là personne ne le lui a jamais contesté.

Était-il seul à ne plus croire au phlogistique? On a parlé des titres de Bayen; mais Bayen aurait-il suili à la tâche accomplie par Lavoisier? Mayow C^) avait fait valoir avant lui ime analogie entre la respiration et la combustion; mais Mayow a-t-il révolutionné la science chimique?

Pour faire justice de ces mêmes faits, il nous sufiira d'examiner quel accueil l'œuvre de Lavoisier trouva auprès de ses contemporains. En 178.], alors que par un labeur de dix années, il avait rassemblé toutes les preuves qui établissaient pour toujours la théorie nouvelle, il était seul de son avis; on ne cite comme partisan de ses idées que Laplace, son collaborateur.

Nous sommes en 1778 :

« M. Lavoisier, écrit Macquer (^), m'elfrayait depuis longtemps d'une grande découverte qu'il réservait in petto, et qui n'allait à rien moins qu'à renverser toute la théorie du phlogistique; son air de confiance me faisait mounr de peur. Où en aurions-nous été avec notre vieille Chimie, s'il avait fallu rebâtir un édifice tout différent? Pour moi, je vous avoue que j'aurais abandonné la partie. Hevireusement, M. Lavoisier vient de mettre sa découverte au grand jour, dans un Mémoire lu à la dernière assemblée publique de l'Académie, et je vous assure que depuis ce temps j'ai un grand poids de moins sur le cœur. "

u Pauvre Macquer ! » ajoute Dumas ( ') qui rapporte ces paroles, « Pauvre Maccpier! L'oxygène était connu, l'air anaysé, le rôle de l'oxygène assigné dans l'oxydation et dan? l acidification, dans la respiration et la combustion; dix mémoires pleins do faits avaient éclairé toutes ces questions de la lumière la plus vive, et Macquer, et les autres chimistes de l'époque comme Macquer, n'y comprennent pas davantage; tandis tpie Lavoisier, six années auparavant, alors que sa pensée commen-

') Diclionnaire de Clnmie de Watt, articl ■ Cutnhustion (cité par M. TnoF.n , Bin'uc (les cours scient., X. II. 1S9C. \t. jr;i.

(^) Leilie à Giiyton (le Moiveait. î janvier 1778 [Encij-lojv^dii m'iliodique : Chimie, t. I, p. G>8).

!;*) Philosophie cJiiinique, p. i33. Paris, i836

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çait à peine à poindre, en mesure déjà la portée dans sa noble intelligence. « C'est la découverte la plus intéressante qu'on ait » faite depviis Stahl », dit-il, et ce cri de sa conscience nous prouve assez que le jeune Lavoisier avait dès lors le sentiment profond et juste de la révolution (ju'il était appelé à accomplir dans les sciences, pendant les années trop courtes de son âge mur. »

Jusqu'en 17S5, nous dit Fourcroy: <; Lavoisier était bien véritablement seul clans son opinion sur l'exclusive influence de l'air dans les opérations naturelles (^). » Deux ans plus tard, Fourcroy (i 755- 1809), qui avait succédé à Macquer (mort en 1784) dans la cbaire du Jardin des plantes, professait concurremment les deux théories. Guyton de Morveau (1737-1816) magistrat de Dijon, qui s'était mis à l'étude de la Chimie, avait imaginé une nouvelle nomenclature; il l'appliquait à la théorie régnante. Il vint, à Paris en 1787, et soumis son travail (^) aux chimistes de l'Académie. Des conférences qui s'ensuivirent naquit la (' Méthode de Nomenclature chimique » (^). Elle était adaptée aux découvertes de Lavoisier et marquait l'adhésion à ces découvertes d'un savant appelé à devenir l'une des illustrations de la Chimie française, BerlhoUet.

A l'étranger, Black fut le premier à se rallier aux nouvelles théories, en 1790 ; on comprend la satisfaction que dut en éprouver Lavoisier; il l'a exprimée dans la lettre que nous avons reproduite à propos de Black.

On cite encorv^, parmi les chimistes de marque qui suivirent l'exemple du vénérable savant anglais, Kirwan en Angleterre et Klaproth en Allemagne, tous deux en 179?.. Parmi ceux qui résistèrent jus(|irà la lin aux idées nouvelles, on cite : Bergmann, mort en 1784; Scheelo, mort en 1786; IViestley en i8o4 et Cavendish en i8in. Enfin un chimiste suédois, Retzius,eut le triste honneur de mourir encore dans l'impénitence finale en i8îi.

(M D'après (jrim\i.x, Lavoisier, p. 129.. Paris, 1899.

(^) Déjà public dans le Journal de Physique (?).

(■') Proposée i)ar MM. de Morvea'.i, Lavoisier, Bertholct (v/f), et de Fourcroy. On y a joint lui nouveau système de caractères chimiques adaptes à celte noriiiiiclatiiTC, par MM. Ilasscnfratz et Adct. Paris, Cuciiet; 17S7.

LA CIllMli: 1)K LAXOISIKU. Ig'i

Ou a quelquefois regretté pour Lavoisier qu'il ait vécu la plus grande partie de sa vie scientifique au milieu d'une hostilité presque générale à l'égard de ses idées les plus chères. Ce qui a été écrit sur le grand savant ne nous fait pas pénétrer son vrai caractère d'homme sous la politesse conventionnelle d'un ralhné de l'ancien régime. Mais, si cette personnalité ne fut pas exempte de quelque amertume, il dut éprouver une satisfaction singulière à se trouver seul, pendant plus de vingt ans, en possession de la vérité, d'une vérité si haute, qu'il avait fait sortir des faits les plus simples, par une logique impeccable et tellement élémentaire que nous ne pouvons plus comprendre l'ostracisme dont elle a été l'objet. Et cette vérité, tous les jours plus forte, quel mépris ne dut-elle pas engendrer en lui envers ses contemporains qui se disaient hommes de science et de progrès ?

On sait comment le grand savant périt sur l'échafaud, le 8 mai 1794- H ne nous appartient pas de discuter le fait historique. Mais on ne peut imaginer que le crime dont la Révolution supporte la responsabilité n'ait pas provoqué parmi les savants fran':'ais un toile général. Bien au contraire, M''^'^ Lavoisier a dit elle-même que son mari n'avait pas tant été victime de la Révolution que des savants qui auraient pu, qui auraient dû le sauver (^).

(c Son crédit, dit Lalande ("^), sa réj^utation, sa fortune, sa place à la trésorerie, lui donnaient une prépondérance dont il ne se servait que pour faire le bien. J'aime à croire qu'ils n'ont pas contribué à sa perte. ;>

De fait, les noms de Fourcroy et de Morveau se trouvent mêlés aux événements qui précédèrent la mort de Lavoisier. Sur Fourcroy pèse l'accusation de l'avoir dénoncé le premier d'une manière trop transparente. Peu de jours avant le décret du 24 novembre 1793 qui mettait en état d'arrestation tous les fermiers généraux, il avait demandé l'épuration du Comité ' des membres fondateurs du Lycée dont Lavoisier faisait partie.

(') C.RIMAUX, p. 309.

(-) Ibid.

19 1 CllAI'lTRK V.

Lorsque Lavoisier apprit que les mautlats d'ameuer allaient être lancés, il écrivit à la Convention })()ur faire valoir le peu de services qu'il pouvait rendre dans l'apuration des comptes de la Ferme générale; il se croyait plus utile à la Commission des poids et mesures. Cette lettre fut lue au Comité d'Instruction publique; la séance était présidée par Guyton de !Morveau. Personne ne dit un mot en faveur de Lavoisier, et l'on passa à l'ordre du jour.

Cependant Lavoisier s'était constitué prisonnier; ses biens avaient été mis sous séquestre et sous scellés. Lorsque le Comité d'Instruction publique eut décidé d'enlever les objets relatifs à la Commission des poids et mesures, Morveau et Fourcroy eurent le triste courage de procéder à cette perquisition en présence de Lavoisier amené de sa prison et gardé par deux gendarmes (^).

II avait sulïi d'un mot de Robespierre pour sauver le fermier général Verdun (^). Pendant les cinq mois qui séparèrent son arrestation de son exécution « aucun élève ou colla l)orateur de Lavoisier n'intervint en sa faveur : ni Monge que ses rapports avec Robespierre compromettront après le 9 Phermidor, ni Hassenfratz dont Lavoisier avait soutenu la candidature à l'Académie et qui était devenu un des membres actifs du Club des Jacol)ins ■>. Xc parlons j)lus de Fourcroy ( ') ni de Morveau,

(^) fjRTAÎAlX, p. P"^.

(^) îhid., ]). ■.'i)',)- **" i;>lM""'' 'l'»"^ V Kiiciiilujtciiie Larousse (art. Lavoisier) qu('l([U('s chefs (1 accusalioii cou lie Lavoisier ipii iic soiU pas relevés par Cîiinaux.

(•*) Plus lard. lors([iie ce persoiiiiage lui devejui eomie de l'Knipirc et nanti d'iiiie renie de ■)<)()()() livres, des hriiils iiiaiveillan Is s'étaient réjiandiis, I aecusaril d a\oii' diMuaiich' la inori de Lavoisier. Considérons-les foninie non fondés. Cuvier apj)elé à faire rélo<ïe de ce professeur disert (qu'il compare à Dénioslliènes cl ra])proche de Platon !) dit : « Si dans les sévères reclnrelies (|ue nous axons failes.nous avions li'ouvé la moindre ])l'enve d'une si lioirilile ahocilé, aucune puissance luimaine ne nous aurail conli'ainl de souiller nolie iiouelie di' son éloiic e(, d'vw laii'c relenlir les \oùles de ce lemple, qui ne iloil j)as èliv moins celui de l'Iionneur cpu' tejui du <j;énie. » (Elo'^rs tiist., Paris, iSk), I. M, p. ")(|.)

Proust, (.loiiiii. lie l'In/s. de 1 )i'hiinél herir. 1. L\'l, iSt)'.>., p.. joo) public

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