I.A CIIIMIK DE LAVOISIKH. igj
Iloefer ajoute à cette lamentable nomenclature le nom de Laplace, lié sous la terreur avec les principaux républicains, plus tard comte de l'Empire (^).
Seuls, deux hommes prirent la défense de Lavoisier (^) : Borda (mathématicien et marin, 1733-1799) suspect comme exnoble, et le brave abbé Haûy, prêtre insermenté, adressèrent une pétition au Comité de sûreté oénérale au nom de la Commission des poids et mesures dont le grand chimiste était la cheville ouvrière. Ce fut sans effet. « L'impunité d'Haûy, dit Cuvier, fut encore plus remarquable que son courage ».
Mais que pouvaient ces deux voix au milieu de l'indifférence des Macquers de tous rangs ? Il faudrait connaître bien peu les hommes pour croire que de tout cela se dégagerait autre chose <[ue le crime cjue nous déplorons.
Mais aussi, comme il a été vengé ! Nous attendons toujours, nous ne dirons pas son égal, mais un successeur ([ui soit digne de lui être comparé. Dépassant tous ses contemporains, sans aucune exception, par la clarté de son intelligence, par la simplicité de son expérimentation et la rigueur des déductions qu'il en tire, jamais séduit par la recherche du simple fait, n'abordant c[ue des C|uestions de la plus haute portée philosophique, ne perdant pas un seul instant de vue le but qu'il s'est assigné, l'atteignant toujours par le chemin le plus droit sans aucune défaillance et sans jamais s'arrêter aux incidents qui retarderaient sa conclusion, Lavoisier est resté pour nous le plus
des Remarques sur le Si/slèDie des coiiiiaisaances rhiiïtiques de Fourcroy. Il dit, page 210 : <■ P. 208. Pères, pharmacien, a le premier commencé à jeter des doutes sur la nature comparée des acides acéteux et acétique. Il faudrait, je crois, placer avant tout Lavoisier, cette déplorable victime de l'envie, qui, dans la foule de ses admirateurs, ne put trouver vui ami. » Cela à propos d'un Ouvrage de Fourcroy; c'était dur.
fM HoËFER [Histoire de la Chimie, 2*= édition, t. Il, p. 496- Paris. 1866i8Gn; 2 vol.). Cependant Grimaux (toc. rU.) cite Laplace comme fréquentant les salons de M^'^ Lavoisier devenue veuve. Il signale que la correspondance de celle-ci ne contient aucune lettre de Fourcroy, Morveau, Ilassenfratz.
[~) Gbi.MAUX. p. 27(''.
tgB CHAPITRE V. — LA CHIMIK DK LAVOISIKH.
parfait exemple d'un rare équilibre entre l'idée et le fait, la prévision et la réalisation ; il demeure l'incarnation de toutes les qualités ayant trait à ce que nous avons ajDpelé le sentiment d'une œuvre, de cette valeur toute personnelle à l'homme qui a pu, en présence des problèmes que son époque lui a posés, devenir le fondateur incontesté de la Chimie moderne.
Avant de faire l'histoire de ces lois, il sera peut-être utile de rappeler l'expression de chacune d'elles. Nous le ferons dans l'ordre historic[ue qui est d'ailleurs aussi l'ordre logique.
I. Loi de la conservation de la matière. - — • Rien ne se perd, rien ne se crée. On la formule souvent comme suit : le poids d'un composé est égal à la somme des poids des composants.
II. Loi des proportions définies. — Tout individu chimique composé contient les éléments qui le constitvient dans un rapport toujours rigoureusement le même (^).
III. Loi des équivalents ou des poids atomiques. — Tout élément est représenté par un poids cjue, suivant les écoles, on a appelé poids équivalent ou poids atomique. La table de tous ces poids indique les rapports suivant lesquels les éléments se combinent entre eux conformément aux lois précédentes.
(') On voit que la formule de la loi des proporLions définies que nous proposons n'est pas autre chose que l'expression de la notion de l'individualité chimique. Il y a des notions qui valent bien des lois. La formule généralement admise de cette loi est !a suivante :
( Les poids de deux corps qui s'unissent pour former un composé défini sont entre eux dans un rapport constant. »
On l'a accusée d'être tmc tautologie, mais il nous semble évident que ce n'est là qvi'une apparence. C'est le terme « composé défini » qui a fait tout le mal; pour plusieurs raisons, il devrait être rayé du vocabulaire chimique.
Encore que difficilement compatible avec la formule de la loi, il était soutenable tant que la notion de l'isomérie ne s'était pas introduite dans la science. Mais pour nous, un mélange d'alcools propylique et isopropylique par exemple est un composé défini mais n'est qu'un mélange. Pourquoi donc le faire tomber sous l'application d'une loi fondamentale?
igS CllAPITRK VI.
l\. Loi des proportions multiples. — Un élément forme souvent avec un autre plvisieurs individus bien distincts. En conséquence de la loi précédente, si, dans une série de ce genre, on remplace les équivalents par des unités, on constate que les combinaisons se font dans les proportions de i du premier pour I, 1,5, 2, 3, /\, . . ., lo du second.
A chacune de ces lois, on a voulu attacher un nom glorieux : la première porte celui de Lavoisier; à la seconde, la plus importante de toutes, on a donné le nom modeste de Proust; la troisième est connue sous le nom de loi de Richter; la quatrième porte le nom de celui qui a fait faire le plus grand pas aux lois de poids, Dalton.
Si à chacun de ces noms on prétend attribuer une valeur historique, empressons-nous de dire que rien n'est plus arbitraire que le choix (jui a été fait. Proust n'a rien inventé. Le nom de Richter a supplanté celui de son ami Wenzel, non dépourvu de titres très sérieux. On aurait pu vider le débat Wenzel-Richter en donnant à la loi des poids atomiques le nom de Dalton, père incontesté de la théorie atomique, mais la tradition lui en a conservé un simple corollaire comme si le grand savant anglais ne méritait pas mieux que la loi des proportions multiples. L'influence intéressée de Berzélius n'est pas étrangère à cette injuste répartition.
C'est que, dans les discussions de ce genre, il faut distinguer entre celui qui découvre la trace d'une loi, celui qui suit cette trace, celui qui en établit solidement les attaches expérimentales, celui qui lui donne son importance philosophique. Vouloir attribuer tout cela au même homme nous paraît une tendance historique délcstablc (hic. diiiis le hui de rciulrc hommage à un grand nom, ou veuille le donnei' à une loi, rien de mieux, mais il doit être entendu que c'est là une simple convamtion.