I.KS I.OIS 1)K POIDS. >0i
expérimentale et raisonnée de Baume, apothicaire, marchand de produits chimiques, professeur à ses heures, d'ailleurs excellent expérimentateur :
« Une observation importante à faire, est que, dans huit onces de terre foliée, il se trouve cinq onces quatre gros trentesept grains et demi d'alkali fixe, et deux onces trois gros trente-quatre grains et demi d'acide du vinaigre : il paraîtra sans doute bien singulier que cette quantité d'acide ait sufïi pour saturer cette dose d'alkali fixe; ce cjui ne pourrait jamais avoir lieu avec une pareille quantité d'acide minéral quelconcjue (^). »
«... La plus grande partie du cuivre, cjui était allié à l'argent, se calcine, se détruit dans ces différentes opérations et ne fait point partie de la pierre infernale. C'est la raison pour laquelle de l'argent de vaisselle fournit moins de pierre infernale que de l'argent très pur. On obtient ordinairement une once cinq gros de pierre infernale pour chaque once d'argent très pur qu'on a employée. Cependant, cette quantité peut varier un peu : cela dépend du temps qu'on l'a laissée en fusion dans le creuset... (-). )>
« ... On plonge dans la dissolution d'argent plusieurs lames de cuivre rouge. L'acide nitreux cjuitte l'argent et dissout les lames de cuivre. L'argent se précipite dans la même proportion (•').)'
Un siècle avant Baume, X. Lémery nous signale que :
« Si vous avez employé une once d'argent, vous retirez une once et cinq dragmes de pierre infernale ('). »
Ces citations nous paraissent d'autant plus significatives qu'elles rapportent des expériences qui se font tous les jours dans les hôtels des monnaies. L'essayeur du xviii^ siècle se soucie bien peu du phlogistique. Il en remontrerait à Stahl
(^) Antoine Baume, Chymie cxpérimcuUtle et raisonnée, t. II, p. 9.2, Paris, 1773; 3 vol.
(2) Ibid, t. III, p. I i.
(S) Ibid., t. III, p. 28.
[*] N. Lkmery, Cours de Chymie, 9^ édilion, p. 92. Paris, 1697.
■20>. CHAl'ITISK VI.
sur le chapitre de la théorie; il ne connaît d'autre logique que celle des faits, il sait très bien faire le dépari de l'or et de l'argent dans un bouton d'essai; il n'a plus aucun doute sur l'individualité chimique précise des sels minéraux cjui font l'objet de ses manipulations.
Ce c{vie nous avons appelé indwidualité chimique, dès qu'on y attache une notion de poids invariable, devient la loi des proporiions définies. Toui indi^idu chunufue composé contient toujours en proportions fixes et invariables les éléments dont il est constitué.
Il nous paraît impossible de nier cjue, en dehors de toute conception théoric[ue, on ait su dès longtemps d'une manière i positive que tel sel, le nitrate d'argent par exemple, contient toujours, quoi qu'on fasse, la même proportion de métal.
La généralisation de ce pi-incipe fondamental devait provoquer un essor considérable de l'analyse chimique.
Tant que le rêve de la transmutation avart hanté les esprits, tout dosage d'un élément quelconque était vain. Cependant, encore une fois, la théorie n'avait pas empêché l'expérience de se développer modestement. Dès longtemps, la métallurgie avait donné naissance à la docimasie; mais on opérait exclusivement ])ar voie sèche. Le dosage est un essai métallurgique en petit, on pèse le métal comme tel; il ne rentre dans l'opération aucune théorie, à peine si la notion d'élément intervient. Baume signale les dosages de l'or, de l'argent, du platine, du cuivre, du plomb, de l'étain, du fer, du mercure, du bismuth, du zinc, du cobalt, de l'antimoine.
Mais du j(MU' où l'on sut d'une manière certaine que, à un j)(U(ls (hmué d'argent, correspond toujours une proportion invariable de pierre infernale, une })roportion invariable de lune coince, la route était tracée à l'analyse chimicjue par v.oie huniidc.
On sait avec quelle hauteur de vues et avec quelle habileté expérimentale Black étendit ces principes aux composés contenant des gaz {i']5/\-i']5']).
<i (hie 1(111 lasse dissciiidic dans l'acide marin une (puurlité déici iiiinéc de craie |)Ui'e, et (iiTou la |»réci])ite ensuite par
l'alkali fixe: si l'alkali est aéré, on retrouvera la craie absolument telle qu'elle était auparavant, de même natvu'e et de même poids. Si au contraire on a employé l'alkali caustique, on n'aura guère que la moitié de son poids, le précipité ressemblera à de la chaux calcinée et éteinte, car elle sera soluble tlans l'eau, et ne fera pas effervescence avec les acides. Que l'on répète loo fois cette expérience sur la même craie, on n'y observera pas d'autre changement. On peut en dire autant de la terre pesante et de la magnésie, et même aussi de l'argile pure, dont le poids néanmoins ne présente pas les mêmes différences suivant la qualité de l'alkali employé à la précipitation; et tout cela avira lieu avec les autres acides, comme avec l'acide marin. Supposons présentement que ce soit un métal qui ait été dissous, précipitons-le avec un alkali fixe, et nous aurons la chaux de ce métal; précipitons-le par un autre métal, et nous retrouverons le premier métal, c{ui sera seulement divisé en parties très fines. Il y a des circonstances où l'alkali aéré donne une chaux plus pesante que l'alkali caustique, c'est lorsqu'elle absorbe l'acide aérien. Les divers acides n'occasionneront encore ici aucune différence, si ce n'est une perte plus ou moins grande de phlogistique (^). »
Voilà de la belle et excellente stochiométrie. La citation est de Bergman, savant érudit et expérimentateur habile. Il ne fait que généraliser avec talent l'expérience de Blaclc. Le mérite de Bergman n'en est pas moins appréciable cependant. « L'analyse chimicjue, nous dit-il encore, doit se faire principalement par la voie humide (^). « Et il nous donne, en une r.utre partie de son Ouvrage, pour une série de métaux, les poids des précipités obtenus par divers réactifs. Nous rapportons ci-après un résumé de ces données numériques (■*).
(^) Bergman, Opii.sc. clnj/». cl pliys., trad. Morveau. Dijon, 1780, 2 vol. (^) IhicL, t. I, P. xvin.
(3) Ihid., t. II, p. 095.
100 parties de mêlai donnent par
mépliile sonde prussile
de soude. canstiquc. de potasse.
Or 106 I 10 //
Platine 3 4 3G "
Argent r.>9 i r> 14 J
Mercure. ..,....,. r 10 104 "
Plomb rj.>, I iG "
Cuivre ii)| 1 58 53o
Fer rri 170 590
Etain i3i l'îo l'iu
Bisniulli i3o 19. 5 180
Nickel i3j raS ajo
Arsenic. // '/ 180
Coijalt 160 140 i4'>.
Zinc 193 iGi 4lP
Antimoine \\o i 18 i3S
.Manganèse 180 iGS 1 jo
Cependant laissons Bergman nous donner encore quelques éclaircissements :
« Déterminer seulement le poids des précipités, ce serait asseoir le principal fondement de l'essai des mines et des métaux par la voie humide. Dira-t-on que ces pesées sont fort trompeuses; que le poids varie suivant les divers précipitans; c{ue la décomposition est assez souvent imparfaite; qu'il reste souvent une portion de la chaux dans la liqueur; que, d'autres fois, il s'y mêle une portion de matière étrangère ? A la honne heure; mais en opérant toujours de la même manière, les réstdtats des expériences seront toujours les mêmes. Supposons qu'une quantité de métal a (loinié en ([ludques circonstances un précipité dont le poids soit b\ toutes les fois qu'en employant le même procédé, j'aurai trouvé nh^ je conclurai cpie na est la c{uantité de métal réduit qui y répond, et cette conclusion sera infaillible, i|iHii(|u'on puisse dire (juc dans l'expérience fondamentale la précipitation n'est pas complette, ou que le précipité est l'hiifgé de matière étrangère, pourvu ((ue les circonstances soient t(;llement les mêmes, qu'il en résiille le mênu) défaut ou le même excès. 11 s'aa'it donc de déterminer exactement
i.KS i.ois m-: vo\u>
les procédés, et l'on n'aura plus à craindi^e de se tromper (^). » On voit que Bergman ne regarde peut-être pas les principes qui lui servent de guide comme des lois, puisqu'il nous parle « d'opérer toujours de même ». D'ailleurs, il conviendrait de considérer son œuvre plutôt comme le reflet d'une époque, et nous ne pouvons voir en lui vin chimiste de haute lignée.
Et cependant les deux premières lois de poids existent incontestablemeut. Le poids d'un composé est égal à la somme des poids des composants. Cela ressort déjà de nos citations de Lémery et de Baume. Cette loi, ce n'est pas Lavoisier qui l'a découverte; le grand chimiste n'a fait que l'appliquer à l'oxygène, justifiant ainsi l'expression qu'on lui attribue à plus juste titre : « Rien ne se perd, rien ne se crée. »
Quant à la loi des projiortions définies, nous la regardons comme la simple définition de l'individualité chimique. Sans cette notion, les expériences de Bergman sont sans fondements comme sans conséquences. Si loo de cuivre correspondent à 53o du précipité obtenu par le prussite de potasse, c'est que, dans l'esprit de Bergman, le ferrocyanure de cuivre possède toujours, dans certaines conditions d'expéi'iences, la même composition. Les erreurs que l'on peut trouver dans les déterminations de cette époque ne peuvent infirmer la conclusion cjui ressort de l'histoire. Si l'on voulait prétendre que celui-là mérite la paternité d'une loi qui en démontre avec la dernière rigueur l'exactitude, on ne serait guère fondé à donner à la loi des proportions définies le nom de Proust, dont les déterminations ne furent pas toujours des modèles de précision. Et, dans cet état d'esprit, ne serait-on pas autorisé à reculer jusqu'en i865 l'installation définitive de cette loi dans la science. C'est à ce moinent, en effet, que J.-S. Stas (-) crut nécessaire de soumettre à une vérification rigoureuse la loi qui porte le nom de Proust, loi trop ancienne, trop fondamentale, trop intimement unie à tous les tâtonnements des chimistes anciens pour qu'on puisse remonter d'une manière sûre à sa source historique.
(') Bergman, Opuscules, trad. Morvoau, tijoii, 1780; 2 vol., t. II, p. 401. (-) Mémoires (m-/î°) de l'Académie de Behique, t. XXXV, iSo5 [Œuvres complètes, Bruxelles, 1894, t. I, p. 4i9)-
UoG C.IIAIMTRK Vl.
Loi des équwalents. — Tout élément entrant en combinaison agit toujours par un certain poids. Quel est le chimiste qui s'est élevé le premier à cette généralisation ? Car il n'est pas question ici de rechercher dans l'histoire des faits qui pourraient servir après coup à établir la loi, mais de trouver celui qui a réellement érigé cette loi.
« On plonge dans la dissolution d'argent plusieurs lames de cuivre rouge. L'acide nitreux ([uitte l'argent et dissout les lames de cuivre. L'argent se précipite dans la môme proportion (^). )>
On trouverait certainement des observations du même genre dans Bergman et bien d'autres; il suliirait de les généraliser un peu pour en faire sortir la loi des équivalents. Mais, à tort ou à raison, on n'en a jamais attribué la découverte qu'à deux savants Wenzel ou Richter. Nous allons examiner succinctement les titres de chacun d'eux.
C.-F. Wenzel (17/10-1793), lils d'un pauvre relieur de Dresde, quitte à i5 ans la maison paternelle et arrive à Amsterdam sans ressources. Il trouve emploi chez un pharmacien; il étudie sans relâche la Chimie et la Médecine, accompagne son patron dans une expédition au (a'oexiland, puis devient chirurgien de la marine hollandaise. A a6 ans, il revient à Leipzig où il exerce la Médecine, cultive et professe la Chimie avec éclat: il habite ensuite Dresde, et l'électeur de Saxe se l'attache en 1780 a litre de premier médecin et directeur des mines de Freiberg. Son principal Ouvrage, Lehre çon der V erwandtschaft der Korper (^), est digne, par la précision des expériences qui y sont relatées et hi liaulcui' de ses \ ucs, du rôle ini])ortant (ju'il a joué dans la science. Xous allons en fau'c <|uelques extraits.
« S^ :>. Il est (lair (■') que toute cond)inaison des corps doit être soumise à une nu^surc hxe et invariable, qui ne pourra être augmenlée ou diminuée par des causes extérieures; sans (|uoi il serrait impossible de déduire ffuel(|ue chose de certain
(') Hau-mî, Cliijinie e:t i>crini('itl(ilc cl rainuimèe, t. 111, p. ■.>.8. Paris, 177c»,
(2) Dresde, 1777.
(^) Lelirc viin dcv Versvand/.sclmil, p. J.
l.F.S LOIS DK POIDS. 207
de leur comparaison. Il s'ensuit ' :flécessairenient que toute combinaison possible de deux corps se trouve, vis-à-vis de toute autre, dans des rapports constamment les plus exacts; ce rapport exprime le degré de combinaison (^).
" § 3. Si l'on veut déterminer l'airinité des corps entre eux, il faut toujours comparer la combinaison d'un corjjs, qui abandonne un dissolvant commun avec plusieurs autres, avec l'une ou avec l'autre, de façon à déterminer quelle est la plus forte et quelle est la plus faible. Par exemple, l'acide nitrique est le dissolvant de l'argent, du mercure, du bismuth, du cuivre, du plomb, tlii fer, du zinc, de la chaux, du sel lixiviel. Si l'on dissout dans l'acide nitiùque autant d'argent qu'il peut en prendre et que l'on agite avec du mercure la solution saturée, on voit le mercure se dissoudre et l'argent se précipiter. Le mercure dissous sera à son tour précipité par le bismuth, le bismuth par le cuivre... et finalement la chaux par la potasse. Par conséquent, la combinaison de la potasse avec l'acide nitrique est plus forte que la combinaison du même acide avec la chaux; la combinaison avec la chaux est plus forte que celle avec le zinc, celle avec le mercure plus forte que celle avec l'argent. »
On dira que, dans cette dernière citation, il n'y a pas autre chose que l'expérience du déplacement de l'argent par le cuivre, que nous avons trouvée dans l'Ouvrage de Baume. Mais il faut reconnaître que l'expérience est ici plus complète et vise les données de poids qui ne sont pas précisées par le j^rofesseur français. De plus, ^Yenzel a soin d'insister sur ce fait c(ii'd part d'une solution saturée, nous dirions neutre.
i^i Dass cin jede vorbiiKlung' der Korpei, ?-ine lîcsiimmlc iiml iiii\TT;iudenich blcibendc obmessunï haben inu-:.s, die ohtie àusscriich niitwurkende Ursachen vvedor gros&er noch gcringen werdea kami, wcil sonst auch nichts gswisscs au3 ihrer vorgleichung bestimmt werden konntc, ist schon an sich klar. Es folget daher nothwendig dasse ein jede mogliche Verbindung zwcyer kurper, mit jcaer andcrn beslandig in deni gonauesten Vcihiiltmsse stehot, und dièses Verhaitniss dnicket; den grad d>T Verbindung aus. «
20S CIIAPITRK M.
Tovites les solutions successives de mercure, de bismuth, de cuivre, de plomb, etc., sont également neutres puisque précisément il prétend déterminer comparativement la quantité de ces métaux qui est susceptible de se combiner à la même quantité d'acide nitrique, celle qui entrait dans la composition du nitrate d'argent, son point de départ. Cette permanence de la neutralité à travers toutes ces transforinations est d'une importance philosophique considérable. Niera-t-on que cette importance ait frappé Wenzel ? Mais il prétend, avec la donnée stochiométrique découverte par lui, déterminer l'affinité ellemême, versant ainsi dans la même erreur où tombera encore trente ans plus tard Berthollet. Loin de rester dans le terre à terre des données empiriques, il exagère donc, d'une manière d'ailleurs injustifiable, la valeur philosophique des chiffres résultant de ses expériences.
Dans le môme ordre d'idées, Wenzel détermine comparativement les quantités des différentes bases ou métaux qui s'unissent à une m"me quantité d'acide sulfurique.
Alcali iniiitM Lil ^9^^ ^
Alcali volatil i68|
Chaux 1*12 ^
Zinc 2o()
Fer . 17 >
l'ioiui. 553 ;j
iMain '^'<' (1
Cuivre un 1
Alumine 3o()
lîisiiiulli G'S ~
A r" e n t 3?. 1 fr
Acide
sulfurique :
Ouc représente la première colonne de chiffres, sinon les équivalents des différents métaux, fixés par rapport à une unité arbitraire d'acide sulfurique ?
Pour déterminer par exemple la quantité d'alcali qui s'unit à 240 grains d'acide sulfurique, voici comment opère Wenzel. Il coiiuuciuc pai' rechercher cond>icn de zinc se dissout dans l'acide, il y ajoute un excès de métal et pèse cet excès après l'avoir lavé. Pour déterminer la même donnée pour l'alcali,
il ajoute à ce dernier un excès d'acide, puis il détermine cet excès en plongeant dans la solution des barreaux de zinc. La diminution de poids que subissent ces derniers indique l'excès d'acide ajouté à l'alcali.
Faisons une dernière citation :
« Pour mieux établir l'exactitude de ces déterminations, j'ai choisi de plus le salpêtre commun et le salpêtre cubique, le sel de cuisine et le sel fébrifuge de Sylvius. Ces sels ayant été fondus, j'ai pesé de chacun une once dans un vase taré, j'ai ajouté les j d'huile de vitriol et j'ai chauffé peu à peu jusqu'à ce que les acides du salpêtre et du sel soient chassés. Ensuite, par un feu plus fort, j'ai chassé l'acide sulfurique en excès. Comme dans le salpêtre pesé et dans le tartre vitriolé cjui en provient, il y a une même quantité d'alcali et que celui-ci pesait ■>.\o orains, celui-là 210, 5, j'ai pu comparer ce rapport avec celui du même genre cjue je décrirai plus loin. J'ai trouvé que tous les deux sont concordants à { grain près. De la même façon, j'ai opéré avec les autres sels. De plus, j'ai dissous i52,5 de tartre vitriolé calciné dans beaucoup d'eau distillée chaude, j'ai ajouté 4 once d'acide nitricjue et ensviite suflisamment d'une solution diluée de plomb pour qu'il ne se forme plus de précipité. Ce précipité, désacidifié 8 fois par de l'eau distillée ohaude et placé dans une soucoupe tarée, a été calciné; il pèse 228,5 grains; -?, once de plomb dissous, précipité avec de l'huile de vitriol pèse 344 grains. Il s'ensuit par le calcul que dans i52,5 grains de tartre vitriolé, il y a 69 grains d'acide vitriolicpie le plus fort et ce résultat concorde suffisamment avec les deux précédents {^) ».
En résumé, Wenzel a eu une idée très nette des proportions chimiques ('^), et il a connu au moins la permanence de la neutralité dans la simple décomposition des sels (•').
(') Wfnzi t, Leîtic p. (jo. Ihid : ^ onou cie sel de Glauber l'oadu contient ioo,'25 grains d'alcali minera! et 1 33,75 grains d'acide vitriolique.
(-) On trouve même le terme nombre proportionnel, notamment page 461 de sou Ouvrage.
(•*) Il nous paraît très vraisemblable que Wenzel et ses contemporains ont connu la permanence de la neutralité dauî la double décomposition 1). i4
CHAPlTnK VI.
Richter devait faire faire un nouveau pas à cette question.
Richter est né à Hirschberg (Silésie) en 1762. Il fut secrétaire des mines de Breslau, puis attaché à la manufacture de porcelaine à Berlin. Il mourut en cette ville en 1807. En 1792- 1794, il publiait : A?ifangsgrunden der Stochiométrie oder Messkunst chemischer Elemente, Ouvrage dont il a commenté et développé les idées dans une sorte de périodique ( Uher die neueren gegenstdnde in der chemie), paru en 11 volumes de 1792 à 1802. « On ne les lit généralement pas », nous dit Berzélius (^). Heureusement, ils furent simplifiés et éclaircis par G.-E. Fischer. iNous reproduisons, d'après la « Statique chimique » de Berthollet (^), le résumé qu'il en a donné :
« Voici comment Richter l'exprime :
« Si deux solutions salines neutres sont mêlées ensemble, et qu'il s'en suive une décomposition, les produits qui en résulteront seront, presque sans exception, également neutres... »
)i ... On peut tiivr de là les conclusions suivantes :
» 1° Les quantités de deux bases alcalines, qui sont nécessaires pour neutraliser des parties égales d'un acide, sont, en proportion des quantités de ces mêmes bases, nécessaires pour neutraliser tout autre acide.
» Soient A et B deux acides, a et & deux bases alcalines. Les deux sels neutres Aa, B6, sont supposés tels que, dans leur mélange, ils changent complètement de base. Il résultera donc de cette supposition, que A d'abord neutralisé par a, le sera ensuite par //. et (|ue par consé((uent les quantités de a et de h, cpii sont c-apables de neutraliser A, doivent être capables (le neutraliser une fuilre (luautité de B, qui est fixe.
» Il est clair cjue l'on peut changer les mots bases et acides et (|ue la loi est applicable à toutes les combinaisons neutres,
fies sols, mais nous n'avons pu Ironvcr d 'cxcinitlc à la Iccliirc des principauN Clia|)i[i'i-s de l'Chniaac que nous vctioiis d analyser, i'cul-rtir uiu' ('■Inde plus ajiproloiidir nous anu'n(>ra-l-cllc plus lai'd à éhn'idfr cclli' q|Uf'slion.
(') Essai sur la lliroric (1rs jiiDjKirhons chimiques, l'ai'is, Mccpiignon- Marvis, iSm), j). i().
(2) Paris, Didol. iSoJ, 7. vol.; I. ], p. \?^\.
LES LOIS l)K POIDS. ilt
m^me lorsque Aa et B6 ne changent pas de bases, puisqu'on pourra toujours renverser l'expérience en mêlant Ab et Ba.
» >o Si l'on connaît Aa, Ab, B6 par l'expérience, on pourra trouver Ba par le calcul. Richter se sert de cette conclusion pour trouver la proportion de neutralisation, lorsqu'il est difficile de la fixer immédiatement ; mais il a déterminé en grande partie les proportions par l'expérience.
» 3° Lorsqu'on aura trouvé par l'expérience combien il faut d'alcali et de terre pour neutraliser looo parties d'acide sulfurique, nitrique ou muriatique, on verra bien que chaque table contient d'autres nombres; mais les nombres de chaque table seront entre eux dans la même proportion que les nombres de l'autre la donnent. Le même cas aurait lieu si l'on examinait combien il faut d'acide pour neutraliser looo parties de soude d'ammoniaque ou de chaux.
» C'est d'après cette vue que Richter a traité la matière. Il s'est donné la peine d'examiner chaque acide dans sa relation envers les bases, par l'expérience et le calcul, et de donner ses résultats en tables; c'est ce qui remplit la plus grande partie de ses Ouvrages, depuis 1791 jusqu'à 1800.
» Il semble que Richter n'ait pas fait attention que toutes ses tables peuvent être réduites dans une seule de 21 nombres, divisée en deux colonnes, au moyen desquelles on peut les réduire toutes par une règle de trois.
BASLS. ACIDES.
Alumine 5%j Fluoiique 4*7
Magnésie 6i5 Carbonique J77
\nuiioniaque 672 Sébacique.. 706
Chaux 79 î Muriatique 712
Soude 83() Oxalique 755
Strontiane lyaj Phophoiique ()7y
Potasse i6o5 Foimique 988
Barvle •>,2>.-2 Sulluiique 1000
Succinique ' '-09
Nitrique i4o5
Acétique i 48o
Citrique i(J<S3
Tariareux 1 ^94 • *
r.iiAPiTRi: VI.
Remarquons la dernière phrase : « Il semble que Richter... )> G. E. Fischer y a mis du sien, et nous lui devons plus que la clarté de l'exposé qu'il vient de nous faire.
Dans une table de ce genre, chaque acide, chaque base sont représentés par un chiffre que nous pourrions appeler facteur de neutralisation. La simple inspection de ce tableau permet de repérer le poids d'un acide quelconque qu'il faut ajouter à une base quelconque pour faire un sel nevitre.
11 sidlirait de remplacer les acides et les bases parles éléments pour tjue se trouve formulée la loi des équivalents chimiques. Mais Richter et Fischer n'ont pas fait ce pas décisif. Ils ont, il est vrai, préparé les voies, ils ont collaboré avec tant d'autres à ce travail anonyme; mais ils n'ont pas établi la loi que, seule à notre avis, l'œuvre de Dalton a permis de formuler sans aucune équivoque comme sf.ns aucune obscurité.
Mais avant d'étudier l'influence de Dalton en cette matière, et tout en lui réservant la première place, il importe de mentionner le débat qui a eu lieu sur les noms de Wenzel et de Richter pour l'intitulé de la loi des équivalents. Avant i84o elle se nommait loi de Wenzel.
Berzélius, comme il novis le dit lui-même, avait entrepris l'étude des proportions chimiques après la lecture des œuvres de Richter (^). D'après lui, Wenzel est le premier qui ait fixé l'attention sur les proportions chimiques ; mais il ajoute que « c'est principalement à J.-B. Richter que nous devons les premières données positives :^ (-).
Berzélius ajoute c[ue Richter le premier a connu la permanence de la neutraHté dans la double décomposition des sels. On ])()inrait faire certaines restric^tions sur ce point. Nous nous
(') J!('i/«''liiis lions (lit (llirniie des ]»of>. cliiin., p. iG. Paris, 1819) « qu'il lui l'i'a])])!'- (les luiniirrs (lu'il Irouva dans les Ouvrages de Richter, sur la <oni]>osilion des sels el. la préiipitalioii des métaux l'vui par l'autre, et 4l()iil un avai/ encore lire aiieiiu jniil ». Son avis est peut-être quelque peu paillai rri la ma I irce. An inonn'nl on il [inliliail ^i^s ])i'('niiers travaux ([8i3) <l mrmc (|n'il les aliijidail (li^ojl, li's liavanx de Dalloii avaient renou- Nclr la slocliionirl l'ir.
(-J lîiJitZKLiLs, 'J'Iléurie des jnojt. cliint. l'aris, Mr(jnignon, l8l<j, p. :\.
m:s lois I)K I'Oii!S.
demandons si quelques expériences de Wenzel, sur certains cas exceptionnels où cette neuti^alité ne persiste pas, ne montrent pas précisément que la permanence de la neutralité était à cette époque dans le domaine puMir.
Cependant Berzélius, qui fut le premier à écrire un Ouvrage didactique moderne sur les proportions chimiques, appelle la loi des écpiivalents loi de Wenzel. « Les résultats numériques de Wenzel, nous dit-il (^), sont plus exacts que ceux d'aucun autre chimiste de son temps; la plupart ont été confirmés par les meilleures analyses faites depuis. »
Par contre, on ne manque pas de faire des restrictions sur l'exactitude de Richter. Berzélius parle de ses œuvres comme de celles « qu'on ne lit Généralement pas «. « On peut dire, nous dit Dumas (^), que l'obscurité de son langage jointe à l'obscurité de ses vues eût longtemps empoché celles-ci de se faire jour si M. Berzélius ne se fût chargé de lui rendre justice. »
On aurait pu unir les deux noms de Wenzel et de Richter pour l'intitulé de la loi; mais certaines circonstances ont porté entrave à cette attitude. Dans un discours prononcé le 9 décembre 1840 devant l'Académie de Saint-Pétersbourg, G.- H. Hess a pris pour thème l'œuvre de Richter, et a réussi à enlever à Wenzel le rappel du mérite qu'il possède comme précurseur de Richter. Hess a incriminé l'auteur d'un Lehrhuch der chemie et l'auteur d'une Philosophie diimique (il vise Berzélius et Dumas) et semble ne leur avoir pas pardonné d'avoir formulé des réserves sur l'exactitude des méthodes de J.-B. Richter.
Il serait bien difficile de démontrer que Wenzel n'a rien fait pour favoriser l'éclosion de la loi des équivalents ; aussi G. -H. Hess s'est-il contenté d'une affirmation : Wenzel n'aurait pas connu la permanence de la neutralité.
A. Wurtz a adopté la même manière de voir. Parlant de la notion de l'équivalence dont il attribue la découverte à Richter il dit (^) : « Pendant longtemps, un autre chimiste allemand.
(^) Ibid., p. 3.
(-) Philosophie chimique, p. '-tog. Paris, i836.
('^) Théorie atomique [Bibliothèque scienlif- internat., p. 8. Paris, 1880),
2l4 CHAPITUK VI.
C.-F. Wenzel, avait été considéré comme rauteui' de cette orande découverte. Berzélius la lui avait attribuée. M. Dumas la revendique pour lui et tous les traités depuis 5o ans le citent comme le précurseur de Richter. »
Cette note de Wurtz nous semble tout à fait inexacte. Berzélius et DuiTias n'ont jamais nié les titres de Richter et n'ont rien « revendiqué « pour \^ enzel. Mais celui-ci était le plus ancien. Pourquoi, d'autre part, Wurtz reproche-t-il aux traités depuis 5o ans d'avoir considéré Wenzel comme précurseur de Richter? Peut-on le nier? Nous avons dit antérieurement notre appréciation sur cette méthode qui voudrait reporter sur un seul homme tous les mérites d'une découverte à laquelle en réalité plusieurs Générations ont contribué.
Pour nous, s'il nous était permis de formuler une conclusion au sujet de la discussion qui s'est élevée sur les noms de Wenzel et de Richter, nous serions tenté de nous prononcer en faveur du premier qui est le plus ancien (^). 11 faut se garder de lire les expériences d'un auteur ancien avec nos idées actuelles, et cependant, il nous paraît certain que Wenzel a connu et apprécié le fait de la permanence de la neutralité au moins dans la simple décomposition des sels. Quant à Richter, il n'a peut-être pas été le premier à connaître la permanence de la neutralité dans la double décomi)Osition, mais on paraît fondé à admettre que, sans oublier la collaboration de G.-E. Fischer, il a contribué puissamment à en faire ressortir l'importance philosophique.
Toutefois, cela ne veut pas dire que Wenzel et Richter méritent la paternité de la loi des é(piivalents.
Ce ])(iui1 d'Insloiic a éié traité ])ar Berzélius; on a toujours s^l^i (h'puis son exposé, en n'y apportant que des modilications th; détail. Poiirlant le savant suédois a été le premier à étudier l'applic al ion cb's !(iis de poids; il a été trop mêlé à ces Iai1s ])()ur les juger bien ei inq)ari lalcnicnl .
Des travaux récents sur l);illon nous ont fait connaître sous son véritable jour I'ominic du grand s;i\anî. Il nous est impos-
(') Miiis cria, l)icii cnlciKlii, sans |ii'i\iii(iic(' drs lilrcs Ai- Dalloii.
LES LOIS l)K POIDS. 213
sible de voir en lui, comme Berzélius, le simple auteur des proportions multiples. Nous devrons considérer Wenzel et Richter comme des précurseurs de Dalton, rien de plus.