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I. — Époque primitive

Les métaux et les tissus, ces deux inventions qui marquèrent les plus grandes étapes de l'industrie humaine se présentent

à nous coiiinie les résultats d'occupations et de tendances l)ien opposées. Nous sommes enclins à considérer les peuples de pasteurs et d'agriculteurs comme ayant les premiers cherché à donner à la laine et à la fibre véoétale la forme qui convenait au tissage. Au contraire, pour l'homme ayant le premier retiré de son creuset primitif un lingot de métal, nous nous l'imaginons habitant un pays minier et stérile, plutôt chasseur et guerrier, plus barbare peut-être, inais moins sédentaire que son frère le pasteur.

Et cependant, c'est au second surtout que la sagesse de l'histoire semble avoir attribué les bienfaits de la civilisation, puisque les étapes en lesquelles nous subdivisons l'histoire primitive, sont de préférence marquées par l'apparition d'un métal. On a fait beaucoup d'honneur à la Chimie.

Cependant il faut reconnaître que l'usage des métaux ne constitue pas pour un peuple primitif le palladium de la civilisation. La sagesse légendaire des peuples de pasteurs contredirait bien vite un ajahorisme trop catégorique en ce sens. D'ailleurs, comme toutes les découvertes, quelque grandes soientelles, Fusag'e des métaux ne s'est pas imposé tout d'un coup à l'humanité; il s'est peu à peu infiltré d'une région à l'autre, d'après les besoins et les habitudes des peuples, ne supplantant (pie gracbielieineu t la pierre.

D'autre part, la découverte du premier métal a-t-elle vu le jour indépendamment en plusieurs points du globe, ou bien est-elle l'apanage exclusif d'une race dont le génie aurait doté i'IiiiiiKiniîé de ce progi'és écoiioinupic foiulaniciiial? Xous rencontrerons, au cours de notre expose sommaire, quelques indications sur ce problème dillicile, nous contentant de suivre les arcliédlogiics thiiis leurs décbict ions sur Tàgc des métaux.

/. à'^c (les iiK'Uiii.i. Au lcm))s des ])oèmes hoinéri([ues (environ KMKi ans a\'. M. -(',.), le bron/.c. tout au moins chez les Grecs '•I ilic/ les |»cn|ilcs (|ni snni en relations suivies avec eux, est utilisé à Ions les usages ])our les«piels le fei' est presque exclusivement désigné aujourd'hui. Cejx'ndant ce dernier métal est l'Mii (I elle incdiiiMi. " Il se (it eiilcndre un sillletnent seinl)lal)l(!

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à celui <|ue ])roduit une hache rougie au feu et trempée dans l'eau froide, car c'est là ce qui donne an fer sa force et sa dureté (^) )). Moïse dit aux Israëhtes : « Le Seigneur vous a fait sortir de l'Egypte comme d'un fourneau où l'on fond le fer (^) ».

L'emploi du bronze n'est donc pas exclusif. On a trouvé le fer à côté du bronze dans les tombes les plus anciennes de l'Egypte et de l'Inde. De l'existence des monuments gravés dans le granit, et appartenant à l'ancien empire d'Egypte, on a conclu à un emploi très étendu du fer, dont la dureté seule pouvait' ])ratiquement permettre de réaliser ce genre de travaux. Des morceaux de fer ont été trouvés à différentes reprises dans la maçonnerie des pyramides ('').

Mais nous n'en sommes pas nnoins à ce cjue l'on est convenu d'appeler l'âge de bronze. Jusqu'où remonte-t-il? i

La date précise la plus éloignée qui nous paraît avoir été' citée se rapporte à une découverte de M. i^etrie. Les objets trouvés remontaient à 8700 ans av. J.-C; ils ont été analysés par M. Gladstone et contenaient 10 pour 100 d'étain (').

Cependant, malgré ce que peuvent dire leurs traditions reliiiieuses, les Egyptiens ne furent pas les inventeurs des métaux. Dès leur arrivée sur les rives du Nil, les peuplades chamites venues d'Asie auraient connu leur usage f/). D'après les évaluations les plus modérées (''), la formation du sol de l'Egypte aurait demandé au moins trois à cpiatre mille ans. Après cette période seulement prennent date les dynasties, et, si ces évaluations sont fondées, les métaux, et peut-être le même bronze, remonteraient à huit ou neuf mille ans avant notre ère.

Pour reculer plus loin, nous devons chercher en Chaldée. A une antiquité si reculée qu'on n'a pas pu l'évaluer approximativement, les Touraniens et les Cqushites donnent naissance à la civilisation chaldéenne, dont les ^ illes antiques ont laissé des

(') Odijyjsèc, IX, O93.

(2) neuf.., IV, 00.

(*) Maspero, Histoire des peu])lcs orienlaux, 1. I, p. "in, Paris, Hachette.

(M Ibid.

(■■) Lenormant, Les cii'ilisaliuiis primitives, Paris 1874.

('■I Ibid., p. 18.

r.uAPiTRi: I.

ruines auxquelles les légendes accordent un âge tout à fait fabuleux. Ces peuples possèdent non seulement les métaux, mais l'écriture et les principales industries nécessaires à l'humanité (1).

Cependant la métallurgie n'est pas née sur les bords de l'Euphrate, non plus que sur les bords du Nil. Pour trouver des métaux, il faut des minerais.

Ce sont les Touraniens c{ui, vivant au milieu des gisements de l'Altaï, où les minerais et les métaux à peu près purs se rencontrent presque à fleur du sol, avaient de bonne heure pratiqué les arts du fondeur et de l'orfèvre. Ils sont par excellence les ouvriers des métaux, et adorent les dieux de la mine et de la forge.

La science des langues nous apprend que les hiéroglyphes primitifs et rvidimentaires d'où est sortie l'écriture cunéiforme contierment trois signes pour désigner les métaux (^). Le mot (|ui désigne le cuivre (ouroud) est identique à celui cjui désigne le fer chez les Finlandais (reuta) et les Lapons (roude). Or précisément ces peuples sortent de branches touraniennes refoulées de l'Asie primitive vers le Nord par les Ariens et les Sémites. D'après Lenormant, les lueurs cjue nous donne l'étude de cette histoire primitive ramèneraient la diffusion des branches touraniennes au plateau de Pamir, nond^ril du monde, berceau aussi de la découverte des métaux.

Les touraniens descendraient de Caïn, dont le nom même, d'après certains linguistes, aurait pour racine le mot forger. Caïn, réprouvé par Jéhovah se retira « à l'orient de l'éden » et fonda la ville d'Henoch. Celle-ci aurait été l'origine de Khotan, centre d'un commerce métallique qui doit être regardé comme l'un des plus antiques du monde.

Les â^cs de bronze et de fer. -- T^es périodes chaldéenne et touranieniM;, en les(|uelles les historiens divisetit le vaste espace de temps cpii séi)are l'Age de la formation de l'h^gypte de l'âge

(') IjI.noumant, l.fs rivUlsdliniis /v/V//(Vm'('.s% l'aris 1H74. (2) Ihid.

LANTIOriTK, lA IMllKOSOPHIE ET i/aRT SACRÉ. l3

de la découverte des métaux, nous reportent donc à une telle antiquité qu'il serait vain d'en rechercher une évaluation dans les auteurs. Quelques considérations chimiques sont de nature à nous encourager à suivre ceux des historiens qui attribuent à la découverte des métaux l'antiquité la plus reculée. 11 n'est pas jusqu'à la division en âge de pierre, âge de bronze, âge de fer, qui ne milite en faveur d'une large appréciation.

A en croire ce classement quelque peu sommaire, l'histoire des métaux commencerait par le bronze. On concevrait mieux cju'elle débutât par l'or, le plus métallique des métaux, celui que l'on trouve à l'état natif, et dont les combinaisons reprennent, avec une surprenante facilité, l'éclat métallique. Sa découverte, son exploitation et son utilisation sutliraient pour mettre en vedette, dans l'histoire primitive, l'un de ces fondateurs de la civilisation, personnihcations ethniques que les légendes se plaiseat à nous représenter comme ayant élaboré en une seule existence humaine, toutes les découvertes fondamentales.

On pouvait admettre aussi, comme on l'a parfois prétendu, que l'histoire métallique commençât par le fer météorique. La simple découverte des propriétés du plus important des métaux n'cût-elle pas suiïï à la gloire du dieu des forgerons.'

Cependant on voudrait que l'histoire métallique ait ])our origine le bronze tout fait. Il est trop évident pourtant que le bronze n'a jamais été obtenu d'une façon régulière par le traitement d'un mélange de minerais stannifères et cuprifères. La métallurgie du cuivre d'abord, celle de l'étain ensuite, sont toute deux nécessaires, et la somme incalculable d'efforts qu'impliquent ces deux grandes découvertes précède cette autre étape de l'industrie métallurgique qu'est la découverte du iironze.

Encore si le fer devait suivre le cuivre dont la métallurgie est beaucoup plus simple; mais c'est au bronze qu'il prétend succéder. Or, comme l'a fait judicieusement remarquer M. Roberts Austen (^), l'étain, élément nécessaire au bronze, a une métallurgie qui n'est guère plus simple c{ue celle du fer. De plus, il a

(') Proc. oj the Soc. of bibl. archeoL, vol. XIV, 1891-189-2, p. ii'è.

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sur ce dernier ce désavantatie qu'on ne le trouve jamais à l'élat natif, et que ses minerais, avec leur aspect terreux, n'attirent pas l'attention.

On voit que la succession du fer au bronze, exacte sans doute pour les peuples qui nous ont laissé les renseignements les plus complets sur leur développement économique, manque complètement de logique chimique. Elle devient une donnée vague, supj)ortant toutes les incertitudes de l'histoire primitive, réstdtat de coïncidences commerciales, généralisation illogique d'un fait historique particuliei-.

On a clierché, il est vrai, à rétal)Hr un peu les droits de la raison scientifique en admettant, tout au moins pour l'Europe, que le cuivre aurait précédé lé bronze, de telle manière qu'il existerait un âge du cuivre.

D'après M. M. Siret (^) ce soi-disant Age du cuivre correspondrait au néolithi([ue en Espagne où linduslrie de ce métal aurait été introduite toute faite.

D'ailleurs, renq)loi du bronze n'a évidemment ])as empêché celui du cuivre pur, et, de la découverte que les archéologues font de ce dernier, il est parfois dilïicile de conclure à la niéconnaissance du bronze. D'autre yjart, le bronze sevd aurait pu détronei' la pierre; le cuiNre en était ^isil>lement incapable.

I^e coinincrcc de l'cUtiii. — j^es raiscuis commerciales, ces relations de peuple à ])enple (pie, dans l'Iiisloire priaiitive, « l'on sent et donl on dexine rniqxtrlancc plus (pi'on en conslalc les résultats positifs » ("), ont joué dans la diliusion des métaux un rôle ])répondérani . Doil-oii s'en étonner pour des objets de preuuèrc iilililr. aî(U's (pic les londx's de la \ !'' dynastie égy|»lietnie fen\iron 'jooo ;<ns a\anl noire ère) contiennent un article d(; luxe comme l'ambre (•'). Par combien de niniiis n'avail-il j)as dû passer pour arri\er de la Uallupic aux Ixuds du Nil!

(') L'EsjKiiiii:- jnéliisloriiiiic [lic'iic (h\s (jncsliotis scirnli fiqiics, oclohrc i8i)'i, p. 5')0).

(^) Masi'i;h<), 1 1 ifiloirc (le: f.i iiplc:-. oiicnhiiii. I. 1, |i. 'V\\.

(^) ll,i(l. , ' .

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