I. AXTioriTi:, i-.\ l'iin.osoi'iiiK i:t i. aiît sacui;. Ii
Sous cet aspect, nul j^roduii n'est plus intéressant que l'étain. L'histoire de son commerce est l'une des questions les plus importantes ayant trait à la chimie primitive.
D'après Lenormant (^) ce sont uniquement des raisons de cet ordre qui auraient provoqué la diffusion du bronze de préférence à celle du fer. La constance de composition (lo pour loo d'étain). qu'accuse le bronze antique dans la très orande majorité des cas, le fait envisager comme le résultat d'une découverte unique qui aurait rayonné par le commerce sur le monde civilisé de cette époque.
La localisation i-estreinte des mtines d'étain à la surface du ulobe précise ce problème, et permet de l'envisager, dans cette difficile question de l'origine des métaux, comme devant conduire les savants à des résultats positifs.
Les relations ethniques des anciens nous permettent de mettre hors de cause un certain nombre de gisements. Ainsi en est-il de la Chine et de l' Indo-Chine qui ne pou\aient alimente) le monde antique, pas plus que l'étain de Banca qui n'était même pas connu dans l'Inde au premier siècle de notre ère. D'autres gisements, ceux d'Espagne, des îles Sorlingues (Cassitérides) du Cornouailles, de la Saxe, doivent être exclus : ils n'étaient pas connus des peuples orientaux lors de leur dé^ eloppemenl primitif, et l'on constate très nettement, dans l'histoire du commerce phénicien, le moment où l'Orient commença à y puiser. Il faudrait donc, d'après F. Lenormant, considérer les mines du Caucase (Géorgie actuelle) et celles du l^arapamisus (Indou-Kouck actuel) comme ayant seules alimenté l'industrie de haute antiquité {■•).
M. Bapst (•') dénie l'existence, dans la Géorgie actuelle, des traces d'une exploitation primitive invoquée par Lenormant dont l'opinion sur ce point semble abandonnée par les archéologues; il met en doute l'existence de mines dans le Khoracan,
(') Les (■ivilisatio)is pri milices.
(-) Ibid.
(3) L'élain dans l'antiquité [Revue des questions scientifiques, avri: 1888).
l6 CHAPITRIÎ I.
niais considère l'IIindou-Kouck comme ayanl fourni l'étain aux peuples primitifs.
Le marché de l'Egypte devint bientôt l'un des plus importants pour l'étain. Les Chamites qui s'étaient établis dans la région du Nil à une époque que les historiens évaluent à 8 ou g mdle ans avant notre ère, étaient certainement maîtres des procédés de la métallurgie (^).
Plus tard, au commencement de la IV"^ dynastie, les Egyptiens firent la conquête du Sinaï, dont ils continuèrent et organisèrent l'exploitation comme mines de cuivre. Ils deviarent d'autant meilleurs clients des marchands d'étain.
Le précieux métal leur parvenait par caravanes. Mais, lorsque se forma le premier empire de Babylone (environ 2600 ans av. J.-C), l'étain dut suivre une autre route, et c'est précisément de cette époc[ue (^) que date le grand développement du commerce des Phéniciens. Lenormant regarde cet article comme l'un des principaux, peut-être le premier de ce commerce immense de Sidon et de Tyr.
MM. IL et li. Siret (•') ont constaté que, dans le sud de l'Espagne, les traces des premières exploitations du cuivre sont dues à vme initiation étrangère, que les premiers bi^onzes sont importés. De là à croire c[ue les marchands d'étain cherchaient ainsi à se créer de nouveaux débouchés, il n'y a qu'un pas.
Les mêmes auteurs signalent une curieuse étape du commerce de l'étain. ('clui-ci Iroiixa un précieux produit d'échange dans l'argent, métal fort rare avant son exportation d'Espagne. Son industrie aurait été florissante dans ce pays environ :>,ooo ans avani noi rc ère.
1 )'aill('nis, le monopole de rétaiii resta toujours aux mains des Phénicif'iis (|iii fournirent seuls ])his tard à la rîrèce et à l'Italie ('). Co fut mênu^ lui qui rcnou\cla encore une fois leurs ii'hit ions ((MiuiKMciales. h)rs(pie, voidant s'alfranchir i\c l'in-
(') ]■'. Lknokmant, lor. ri/.
C^) Jlnil.
('') Les jn'ciiiici's i'i!,^'s ilii Mii'l.il dans le sud de l'h^spagno [Revue des questions scieiili (iijurs, l!i'iix<||cs, janvier cl avril 1S88).
{■') F. hi:.\«ji(M.\.Ni , Les (i\'ili.salioiis primiln'rs, p. i M.
l'aNTIQI ITK, LA PHILOSOPHIE KT L'aRT SACRÉ. IJ
lermédiaire coûteux des GermainS; ils passèrent les colonnes d'Hercule, pour aller chercher en Cornouailles l'étain qu'ils livraient au Hellènes et aux Italiotes (}).
L'orioine unique de l'étain a sa trace dans le terme xaTT'.Tspoç c[ui, d'après l'opinion ancienne de Lenormant, aurait la même racine dans toutes les langues sémitiques et ariennes. Mais l'étain dune autre origine avait fait son apparition sur le marché antique. Les cassitérides et le Cornouailles envoyaient leur produit en Orient par la Bretagne; il descendait le Rhône et on l'embarquait à Marseille. Cette origine nouvelle est marquée dans l'histoire par l'apparition d'un mot nouveau, où notre terme stannura a puisé sa racine. M. Pétrie a établi l'origine celticjue et bretonne de ce vocable (^).
Cependant un courant s'est établi parmi les archéologues en vue de revendiquer les titres c[ue pourrait avoir l'Europe dans les découvertes réalisées par les civilisations primitives, et en vue de réagir contre ce que M. S. Rainach (') appelle le «Mirage oriental ». Ce savant considère comme établi cjue le terme xxTO-'.Tîpoç vient de Cassitérides ; c'est le contre-pied de la thèse ancienne. Il estime que l'exploitation de l'étain n'a jamais existé en Géorgie, d'où le métal eût pu arriver facilement en Europe par le Danube, que l'exploitation clans l'Inde n'est pas prouvée; enfin il suppose, sous certaines réserves, que l'étain aurait pu arriver en Egypte du Nord de l'Europe avec l'ambre.
Faut-il croire que l'étain aurait pu être découvert en premier lieu aux Cassitérides, ou bien que, après avoir vu le jour en Orient, il serait apparu une seconde fois dans le Xord, sans que l'on doive invoquer, pour cette renaissance, la moindre influence ? M. S. Rainach hésite à se rallier définitivement à la première de ces deux hypothèses.
Quelles difficultés les savants ne rencontreront-ils pas dans cette étude, s'ils ne peuvent se mettre d'accord sur des faits aussi importants où il semble que la Géologie et l'Archéologie doivent
(/) F. Lenormant, La ci\>lUsaiioii priinilii>e, p. i5i.
C^) Ibid.
(^) L'Anthropologie, t. IV, 1893, p. 539.
iS CIIAI'ITIU: !.
se prêter mutuellement un effectif appui ! Cette question de l'étaiii, la plus précise de la Chimie primitive, risque bien d'altendre encore de longues années une solution (pii satisfasse et l'historien et le chimiste.
II — L'Egypte.
La grande civilisation égyptienne s'est adaptée, au début, à la nature du sol sur lequel elle devait s'épanouir. Quelles (pi'aient pu être l'origine et les tendances antérieures des peuplades qui vinrent se fixer sur les rives du Nil, force leur fut bien de diriger toute la somme de leurs clforts en vue de donner à cette nature rebelle la fécondité qui a fait l'admiration de tous les peuples. Il n'est donc pas surprenant de voir le lotus et le papyrus jouer un rôle prépondérant dans leur histoire et dans leur religion. Si !e premier est resté uni- (piement voué au culte, symbolisant le fleuve, source de fécondité, le second au contraire est devenu pour ainsi dire le signe (lislinctif tic l'b^gyplien, sa découverte la ])lus originale et l'uu des témoins les plus vivants de sa civilisation.
Le papyrus [Cyperus lolus) possède une tige formée de zones folliculaires concentriques qui se détachent lorscpi'on bat doucement la tige; on en fait des bandes c[ue l'on colle bord à bord dans le sens de la longueur; on applique ensuite l'une sur l'autre et transversalement deux feuilles ainsi faites, et on lisse avec des polissoirs d'ivoire.
Ce pajjyrus était un inqiérieu.x besoin pour les anciens Lgyplieus. Dès les sources de sou liisloir(;, nous voyons ce peuple orgarusé admiuislral iveiueut ;!V(îc uih' |)erf(>cli()n (pu nous étonne. On a vanté ses bibliothèques; les murailles de ses tombes nous apportent \\u lémoignage vivant de sa mani'^re d'être et de sa culture.
Le lissage ac(|in('i'l un grand (h''\ch)|>|)(Mn<Mil chez ce ])ou|ile (.ragri<:ulteurs. Leur sol h.'ur fournit Tindigo (!l le carthame; ils deviemi(!ut des teinturi(;rs habiles. « On p(Mit voir dans bien des lïMisées d" Liii()|)c des produits (h' riiubislrie textile é :ypl leiini;. I^tofies (':i)aisse;. tissus légers pins liir; (|U'> la î^azo, couleurs