‹ Histoire de la chimieChapitre 8 sur 137 · I. ANTIQllTK, LA l'IIll.OSOI'lll K ET l'aRT SACKK. I · texte numérisé non relu

I. ANTIQllTK, LA l'IIll.OSOI'lll K ET l'aRT SACKK. I

frao'iles (saumon, citron, acajou clair) datant de cinquante siècles et n'ayant pas changé; liserés, franges, broderies, mélanges de laine et de lin, bandes alternativement opaques et transparentes, comme nos pékins d'aujourd'hui, tous les raffinements, tous les perfectionnements de l'art moderne s'y trouvent représentés » (^).

Ces constatations ne sont sur])renantes que si nous hésitons à reculer dans le passé l'origine de l'humanité, elles seraient invraisemblables si nous nous imaginons les Egyptiens ayant tiré de leur propre fonds, et en quelques siècles, toutes les découvertes qu'implique un métier aussi perfectionné. Cependant, pour apprécier l'antiquité des méthodes industrielles déjà suivies par l'Egypte, il est peut-être plus logique de considérer les perfectionnements en somme légers et non fondamentaux qui y ont été apportés depuis par les civilisations successives jusqu'au seuil du xix® siècle, et, par le temps qu'il a fallu pour amener ces légers progrès, d'apprécier l'ancienneté des procédés primitifs dont héritèrent les Egyptiens avant d'arriver à ce développement qui fait notre admiration.

Quoi ciu'il en soit, dès qu'il s'agit de Chimie ou de Métallurgie, la nature même du sol de l'Egypte nous force à invoquer des lumières qui lui seraient venues d'autres nations. Il est probable, d'après ce que nous avons vu plus haut, que c'est de l'Inde (pi'elles étaient arrivées au bord du >sil, Hoefer a établi l'origine chaldéenne des mots alcool, alcali, borax, élixir, laque (^).

Preuve de sa cvdture plus ancienne et plus spécialement orientée vers les arts chimiques, la Chaldée avait aussi fait connaître à l'Egypte la cuisson de l'argile et ces émaux aux teintes chatoyantes que l'art dit ■ nouveau » n'a fait qu'imiter de nos jours.

Cependant l'Eoyptien utilise peu la lyrique: on ne la signale guère, pour les époques anciennes, que dans la chambre funéraire de la pyramide à degrés de Saqquarah [période .Mem-

(') LoRET, L'Egypte au temps des Pharaons, p. io8, Paris i88ij. (-) IIoEFEi!, Histoire de la Chimie, t. I, [>. Y)']. Paris, Didot, 2^ édition, 1S6G-18G9; -2 vol.

CHAPITKK I.

phite (^), 5ooo à 3ooo ans avant notre èrej. La pierre que lui fournit son sol sufiit à ses besoins. 11 connaît la calcification du calcaire; cette grande découverte ne paraît cependant pas devoir lui être attribuée : elle est bien plus dans les besoins et dans les aptitudes des peuples qui ont utilisé la brique.

En ce qui concerne les métaux, nous avons vu que le fer est pevi employé dans l'ancien empire. Ce paraît être un objet de curiosité : on en fait plutôt des bracelets et des bagues que des outils. De même, dans les temps modernes, on a signalé que les Espagnols, à leur arrivée dans le nouveau monde, trouvèrent l'or et l'argent utilisés à côté du cuivre, tandis que le fer, dont les minerais abondent au Mexique et au Pérou, était totalement inconnu des indigènes (^).

On a conclu parfois que les métaux dont la métallurgie est la plus simple, ont du être les premiers en date; on a fait ainsi de l'or le père des métaux. Le point de vue est intéressant, mais il ne faut peut-être pas lui attribuer une trop grande importance historique. Le cuivre existe aussi à l'état natif; son sulfure est aussi une « pierre malléable »; il passe si facilement à l'état métallique, qu'il nous semble difficile d'admettre que l'or ai pu être considéré pendant bien longtemps comme le plus commun des métaux.

Les mêmes considérations ont conduit les historiens à regarder le premier fer connu comme d'origine météorique. Chez les Egyptiens notamment, le fer se nomme « ba en pe », matière du ciel, ce qui est devenu dans le copte « bénipé ». L'antiqu e Egypte se représentait le ciel comme une voûte de fer, et il y a une analogie curieuse entre t'.ozoo-^ fer, et le terme latin sidus., étoile; cela mar((nait pour le fer une origine sidérale (■').

« Que l'or, l'argeni, le fer, l'airain, le plomb, l'étaln, et tout ce qui peut passer par le feu soit purifié par le feu ». ('') Cette

(') MAsi'iato, Uis/oire des iiruplcs oritndaux, 1. I, p. 75/j.

(^) lIoEi-KH, Ili.sloiie (le la Cliiinie, t. I, p. /jj. Paris!, i SOG-iHOij; a vol. l.a rfmarqu(: straiL de EulVon.

(•') F. Lknorma.nt, Les civUibalioiis priniiliscs.

('•) Nombres XXXI, 22 et 23, l[or:ii:n, lot: cil., i. I. p. 45. i5oo ans avant J.-C.

lAvNTIOllTK, I.A l'HIl.nSOl'IllK KT I.AUT SACRÉ. 21

citation nous dresse à peu près le bilan des connaissances des Egyptiens en fait de métaux libres. Il convient cependant d'ajouter une très curieuse constatation. M. Pétrie a découvert, à côté du bronze que nous avons signalé dans le paragraphe précédent, comme remontant à 8700 ans avant notre ère, un petit vase en antimoine; il a été analysé par M. Gladstone (^), et M. Roberts Austen se demande si nous n'avons pas perdu le secret pour rendre malléable ce corps considéré comme le type des métaux cassants. Berthelot avait fait une constatation semlilable sur un fragment de vase en antimoine datant de 4ooo ans avant notre ère, et M. K. Wirchow a décrit de petits ornements en antimoine trouvés dans une ancienne acropole transcaucasienne et « datant probablement de la première introduction du fer )) (2).

D'api^ès Hoefer, les Egyptiens retiraient des cendres végétales la potasse ciui leur servait à l'affinage des métaux; ils purifient le natron (carbonate sodique); ils connaissent et utilisent la litharge, les vitriols, le sel ammoniac (•'). Le nitre, le sel, le «nlfate de cuivre étaient connus dès la \'^ dvnastie. La purification de l'or et de l'arg mt par coupellation est connue en Egypte de temps immémorial ( '). On y connaît comme acides le vinaigre et les sucs végétaux; la dissolution des métaux ne s'est encore manifestée que par les propriétés malfaisantes cju'acciuièrent les liciuides ayant séjourné dans des vases métalliques. Les acides minéraux sont inconnus.

L'art sacré des Egyptiens est un véritable code de Chimie; il est le domaine exclusif des prêtres, et cette circonstance nous fait pressentir la perfection à laquelle il dut atteindre, tout en nous donnant une des raisons pour lesquelles nous sommes si peu renseignés sur les procédés de cette Chimie primitive. « Je ne connais encore, dit M. Maspero. aucune description des mani-

(1) J.-H. Gladstone, Proceedings of ihe Soc. of (lie bihl. archeoI.,i. XIV, 1891-1892, p. 223.

(-) Berthelot, Introduction à l'étude de la Chimie des anciens. Paris, 1889.

(^) CiiABAs, Mélanges égyptologiques, 1^^ série, Paris, 1862, p. 55; L'Egi/ptologie, t. I, p. 186.

(1) IIOEFER, loC. cit., p. 46.

CHAl'ITHh; I.

pulations proprement pharmaceutiques; mais ou se fait une idée de la minutie et du soin que les Et>yptiens portaient à ces opérations, par les recettes qui ont été conservées, à Edfou par exemple, pour la préparation des parfums consommés dans les temples )' (^).

Uii fait qui permet d'apprécier le développement de la civilisation égyptienne est l'invention de la monnaie que les historiens lui attribuent généralement. D'après F. Lenormant (^), les Phéniciens ne connurent pas ce grand progrès, car ils ne traitraient qu'avec les barbares. Abraham (1900 ans av. J.-C.) ne la connaissait qu'après son ^•oyage en Egypte (•'). On a fait remarquer que les premières monnaies portaient l'elïigie do bestiaux [pecunia, de pecus), ce qui indique bien qu'elles ont pour origine un pays agricole.

- Après l'industrie du papyrus, l'usage de monnaie métallique n'était qu'une nouvelle manifestation de l'esprit méthodique de l'Egyptien. Mais n'est-il pas étonnant de voir cette nation, qui ne possédait chez elle aucune mine, donner le signal de ce progrès que nous considérons encore aujourd'hui comme la pierre de touche du degré de civilisation?

Il est vrai que, dès les premiers temps de leur histoire, les Égyptiens avaient manifesté un impérieux besoin de s'annexer des pays m^iniers. N'attribuaient-ils pas la découverte des métaux à leurs premiers rois, à leurs dieux? Toute légendaire que soit cette prétention, elle marque une tendance qu'il importe d'enregistiei'. Ils s'em])araieut de la Nubie, où l'exploitation de l'or avait été commencée de temps immémorial par les ouaouaiou {''). Puis, au temps de Senefru, qui est peut-être le plus ancien des rois de ri'jgy])te connu avec certitude, ils faisaient la coiujurle du Siuaï |)our y exploiter le cuivre et la turquoise.

Et ce simple mol, la hn'([U(iisc, nous rap])('lle toute une in-

(') Jllsloire (les pvitjtli's nricnlan.i\ I. I, ]>. '.'.70.

(^) Les rivilisdlious jiriinilii'cs, l. i, i5'5, P.nris, iH^j.

(••') Geiirsc. XIII. •'.

('•) MAsi>i:ito, Histoire des peuples orieiilini.i, I. J, p. /iSo,

l'aXTIQLITK, I.A l'IlILOSOl'HlK KT I.AHT SACRK. ï)

dustrie, celle de l'orfèvrerie, où l'Éoypte n'a peut-être pas été dépassée. Elle n'avait pas découvert les émaux, mais avait acquis une connaissance approfondie de cette science difficile et en exploitait toutes les finesses avec un art consommé. Qui ne connaît ces merveilleux bijoux cjue possède le Louvre (^) où l'art de l'orfèvre rivalise avec celui de l'émailleur? Est-il exagéré de dire que les plus grands artistes contemporains les signeraient avec orgueil? Ce ne sont là que%des constatations, et une visite aux Musées d'Egyptologie est plus instructive à cet égard que bien des livres. L'industrie d'un peuple marque son degré de civilisation, la perfection de ses métiers, sa cultur5 scientifique. La boutique de l'orfèvre et du joaillier, l'atelier du tisserand et du teinturier, le chantier de construction sont le champ d'exploitation de découvertes réellement scientifiques et souvent fondamentales.

m. — La philosophie grecque.

' \}\\ peuple reçoit toujours l'empreinte du pays qu'il habite > Ce n'est assurément pas dans cette région que Sophocle appelle la plus délicieuse de la terre », là où la douceur du climat et r.harmonie des beautés de la nature ont fait du Grec un incomparable artiste, où la fertilité du sol lui a donné assez de bien-être pour qu'il aime la vie, pas assez pour qu'il s'amollisse, ce n'est pas là, disons-nous, que nous allons découvrir des éléments bien intéressants pour la culture expérimentale.

De toutes ces conditions de vie et de climat, Taine a excellemment déduit le caractère de l'art grec. Dans un parallèle vivant entre l'Athénien et l'homme moderne, il a fait ressortir la distance qu'il y a entre la simplicité de la vie du premier et la complication de notre existence actuelle. Le contraste ne serait peut-être pas moins significatif entre le Grec et son aîné l'Égyptien. Les conditions de la vie étaient peut-être aussi tyranniques sur les bords du ?sil il y a six mille ans ([ue pour un

(•) Ils soiit figurés Ihid., t. IT. p. ?., 3, 97, 108 (XIT' ilyii.).

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Anglais ou un Français du xix^ siècle. Entre eux et le Grec, il y a toute la distance d'un praticien à un rêveur.

Ceux qvii ont assumé la charoe de nous enscioner l'histoire, ont eu l'attention attirée, la plupart du temps, par la littérature et les arts. Ils nous ont vanté la supériorité du Grec, rarement ils nous ont parlé de l'Egyptien. Ils étaient à l'antipode l'vin de l'autre. Nous examinerons le Grec à un autre point de vue que nos maîUres.

La Grèce est souveraine dans la spéculation. Le Chaldéen lui apprend l'Astronomie, le Phénicien marchand lui donne des éléments d'Arithméticpie, l'Egyptien tailleur de pierres et arpenteur lui enseigne la Géométrie. Mais, pour elle, appliquer la science c'est la dégrader : elle doit s'enfermer dans la contemplation de l'idéal. Les esclaves sont là pour exercer les métiers et les perfectionner. « Décomposer les idées, noter leurs dépendances, former leur chaîne de telle façon qu'aucun anneau ne mancpie et que la chaîne entière soit accrochée à cpiclque axiome incontestable ou à un groupe d'expériences familières, prendre ])laisir à forger, attacher, multiplier, éprouver tous ces chaînons, sans autre motif que le désir de les sentir toujours plus nombreux et plus sûrs, voilà le don particulier de l'esprit grec. Ils pensent pour penser, et c'est pour cela qu'ils font des sciences (^). »

Nous allons demander à la spéculation helléniciue ce qu'elle pense de trois notions fondamentales pour nous : Ce sont : i° le principe de la conservation de la matière; 2° la notion de l'atomisme; 3° la notion de l'élément.

]" Princi]>e dr la coiiscrs'ation de la matière. — Le principe fondamental de la Chimie invoque par J^avoisier, « rien ne se perd, rien ne se crée », est aussi celui qui est à la base de la phi- ]osoj)hie grecque, c Rien ne vient de rien »; la matière ne naît ni ne ])érit. An témoignage d'Aristote (~), ce postulatiini doit

(') Taine, Pliilnsophir. de l'Aii, t. I, i<)n(), p. 100. Paris, ilaclicllc; 'j vol. in-iG.

(-) GoMBEn/., Penseurs de Ui (îrccc, Irad. lieymond, j). i85.

l'axtiqiitk, la l'iiii.osopiUK KT l'art sa<:uk. 25

être attribué, non pas aux Eléates comme on le fait généralement, mais à Thaïes de Milet (^), l'initiateur du mouvement philosophique en Grèce. On considère (^) aussi ce principe comme ayant été commun à toute l'antiquité. Il ne féconde pas seulelement l'Ecole éléatique et l'Ecole atomiste, qui devaient l'interpréter successivement et chacune à leur manière; il est aussi la notion fondamentale de la philosophie spiritualiste de Platon et d'Aristote.

2° Notion de Vatominnie. - — Pour apprécier la notion toute philosophique de l'atomisme grec, il importe de marquer son opposition avec l'Ecole éléatique.

L'Ecole éléatique, fondée par Xénophane de Colophon (né en 620 av. J.-C), a pour principaux représentants Parménide, Zenon d'Elée, et Mélissus de Samos. D'après les Eléates, ce que la raison conçoit et reconnaît comme absolument vrai, c'est l'être en soi. En dehors de l'être, il n'y a que le néant. L'être en c{uelque sorte philosophique est dégagé par les Eléates de toutes ses qualités ou propriétés particulières. Il n'y a (\\xe l'être qui soit vrai et certain. Il existe par lui-même, il est éternel et immobile. On voit que c'est l'origine grecque du panthéisme.

Et, à ce principe de la constance en quelque sorte quantitative, conséquence de la conservation de la matière, vient s'ajouter celui de la constance qualitative. Etrange erreur ! " Comment le cheveu pourrait-il sortir du non-cheveu, et la chair de la non-chair », ainsi que devait le demander plus tard Anaxagore?

Les Eléates, en admettant c^u'il n'y a pas de milieu entre l'être et le non-être, sont amenés à nier le mouvement. Le mouvement leur semblait avoir pour condition le vide; ils s'attachent à démontrer que celui-ci n'existe pas et ne peut pas exister. Logiques avec eux-mêmes, ils rejettent la divisibilité de la matière, tout aussi bien que la pluralité des êtres : rien n'existe que l'un et l'immuable.

L'Ecole atomiste admet précisément les deux principes rejetés

(^) L'un des sept sages, fondateur de l' École ionienne, né vers G lO av. J.-C. (-) F RAT^CK, Dictionnaire des Sciences philosophiques, p. 1717, Paris, 1875.

•2G niM'lTItK I.

parles Eléatcs : l'existence du vide et la divisibilité de la matière forment la base de son système.

On s'accorde à considérer Leucippe comme l'initiateur de ce mouvement; son élève Democrite (^) paraît tenir de lui les éléments principaux de sa doctrine. Leur œuvre d'ailleurs n'est connue que dans ses grandes lignes.

Democrite visita, jeune encore, la Perse et la Chaldée, on dit qu'il passa plusieurs années en Egypte où Pythagore l'avait précédé. L'Egypte doit donc aussi être considérée comme l'initiatrice de la Grèce pour les sciences mathématiques. C'est en Orient que les Grecs ont puisé leurs connaissances scientificjues. Thaïes de Milet n'avait pas fait autrement que Democrite, et cette influence de l'Orient était si réelle, que la tradition de ces voyages d'étude sendDle s'être perpétuée d'une manière constante chez les philosophes.

Le système de Democrite ne prend sa véritable signification que si on le compare à celui des Eléates. Le mouvement est possible; et nous nous rappelons ce philosophe grec qui le prouvait en marchant. La réalité du mouvement entraîne l'existence du vide. On prouve l'existence du vide par une expérience attribuée à Leucippe, Dans un vase rempli de cendres, on peut ajouter une certaine ([uantité d'eau sans le faire déborder; l'eau ajoutée est égale au vide conteini dans la masse des cendi'es. La nutrition des animaux passait pour une preuve du même fait : la nourriture vient occu])er les vides de l'organisme. Diogène en inar-chaiii se tnonltail (h''(i(h''nient le meilleur des expérimental CUIS.

()\n)'] (ju'il cil soit, rcxisleiicc du vide entraîne la possil)ilité (le (lixiscr hi iiialièic. Getlc divisibilité a une limite. Cette limite c'est rjihtmc. L;i malière est donc dixisible, mais [)as à l'infini.

Si 1(111 diNisc lin coips |iis(|irà i;i dei'iiièi'e limite [xissihlc, il rcstci;i (|ii(l(|iic cIkisc (Ml il ne rcsiera rien. S'il ne restait rien, (ui iiiiix ciiiil il ccl le consriiiH'iice absurde (inavec rien, on peut

(') Lps liisloriciis loiil iiaîlriï Démocrile, les uns ou /\C)0, les autres en /((j"! av. .f.-f'.

LANTIOUTK, l-A l'IU l.()S()l>ll 1 T. Kl l.AHT SACIÎK. 27

faire quelque chose. Par conséquent, les atomes sont étendus: ils sont infinis en nombre, parce que le vide est infini en étendue. Toutes les propriétés des corps doivent être expliquées par la (juantité, la orandeur, la forme et la situation réciproque des atomes. Il était tout à fait logique d'attribuer aux atomes un poids, et cela au même titre qu'on leur donnait une étendue: cependant, au témoionage de certains philosophes (^). Démocrite dénie la pesanteur à l'atome, c'est Epicure qui la lui aurait plus tard attribuée.

Tel est, dans ses grandes lignes, l'atomisme grec. Il est original dans son ensemble com-me système philosophique; mais on voit qu'il n'y a aucune raison de rappeler le nom de Démocrite lorsqu'on parle de la théorie atomùque moderne. Le fait tie la divisibilité de la matière en atomes n'a, pris en lui-même, rien d'original; à notre point de vue de chimistes, c'était une vaine discussion. Sur ce point d'ailleurs, le célèbre philosophe grec avait été devancé notamment par Kanada dans l'Inde (-). Au contraire, ce qui fait la haute valeur de notre conception actuelle, c'est que Dalton y a attaché une notion de poids à la manière que nous savons. A ce titre, le grand chimiste anglais doit être regardé comme le seul père de ce qu'il a appelé l'atomisme chimique.

3° Xotion de Vêlement. — Toute la science philosophique de la Grèce tend Acrs la notion d'élément. Déjà on trouve des conceptions généralisatrices dans Homère, lorsqu'il signale l'eau et la terre comme étant les éléments en lesquels se résout le corps humain (•').

Thaïes a aussi une idée de l'élément. Pour lui, c est l'eau; en se condensant plus ou moins, elle donne naissance à la terre, à l'air et au feu.

Cette idée prend une autre forme dans la philosophie éléatique. Elle admet dans la natiu'c deux principes distincts :

(') Franck, Dictionnaire des Sciences philosophiques, p. ')5G. (^) Franck, Dictionnaire des Sciences ptiilosophiqiies. ('■') GoMBERz, loc. cit., p. 5o.

28 CIIAPITUI-; I,

d'un côté, le feu ou la lumière; de l'autre, la nuit ou la matière épaisse et lovude. Ces deux principes peuvent d'ailleurs agir ensemble: la lumière produit le chaud, le léger et le rare; lu nuit produit le froid, le lourd et l'épais.

A l'idée des éléments, se naêle chez Démocrite la notion d'atome. La différence entre eux tient à la forme et au volume des atomes. Les plus petits forment l'air, les plus grands la terre et l'eau, le feu est composé d'atomes petits et ronds.

Aristote (384-022 av. J.-C.) admet les cjuatre éléments, mais il en interprète la nature d'une manière qui diffère sensiblement des précédentes. Son point de départ est l'être; il n'y a que des êtres particuliers. L'être est l'assemblage de quatre causes : i° la forme; 2° la matière; 3^ le mouvement; 4° la cause finale. Dans le même ordre d'idées, et par une conception assez étrange, les « cléments » résultent de la combinaison de ce que nous pourrions appeler des propriétés générales :

1° Il y a un substratum, la matière indéterminée;

2° Les modes contraires de la qualité, en s'appliquant à la matière indéterminée, se manifestent par le froid, le chaud, le sec et l'humide ;

3° Les corps simples, ce qu'on appelle les éléments d'Aristote, proviennent de la combinaison, deux h deux, des modes contraires de la qualité :

Le chaud et le sec donnent le feu;

Le chaud et l'humideclonnent l'air;

Le froid et le sec donnent la terre;

Le froid et l'humide donnent l'eau.

Les éléments d'Aristote n'ont dom- absolument rien de commun avec notre notion expérimentale moderne. Ce seraient, à notre sens, ossenlicllemcnt des corps composés, coml)inaisons chimériques de principes abstrus et invérifiables.

Et que l'on ne nous dise pas cjue cette science-là peut conduire à (juehjiic chose dans notre domaine, même par hasard. On ne devine pas, on ne pressent pas dans les sciences expérimentales. 11 est des esprits supérieurs qnï surent, dans l'ensemble des faits découverts ]iar d'aulrcs, isoler une vérité fondamentale, li

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