‹ Histoire de la chimieChapitre 74 sur 137 · H' 4<: 'HH · texte numérisé non relu

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Cette conséquence malheureuse n'empêche pas le travail de Dumas et Boullay « sur les éthers composés > de faire époque dans la science. Ce radical, l'hydrogène bicarboné, a ici une existence objective au même titre que l'ammoniaque auquel les auteurs le comparent. Simple coïncidence, d'ailleurs: et l'on devra discuter encore pendant bien des annr'es pour établir que cette existence objective à l'état libre n'est pas nécessairement, pour un radical, la condition sine qiia non.

Voici comment Berzélius apprécie le Mémoire de Dumas et Boullay (i) :

« Ces vues sont d'un intérêt considérable et il est possibh^ qu'elles donnent lieu à des développements bien inattendus au sujet de la composition de la nature organique. Il ne faudrait cependant pas y voir autre chose qu'un essai en vue de faciliter la compréhension et d'illustrer les rapports réciproques des éléments en rapprochant leurs formules d'autres dont la composition est connue. Si cette manière de voir s'introduisait dans la philosophie de la Science, si l'on admettait que l'éther, les huiles, le sucre sont des sels formés par la combinaison d'hydrocarbure avec des acides, elle y amènerait des appréciations trop étroites, fondées dans certains cas, insoutenables dans leur généralité. D'ailleurs, il faut lien le dire, cette conception n'est pas meilleure que les autres ; on la rapprochera de celle de Boullay sur les sels haloïdes, d'après laquelle le sel marin et la soude .seraient analogues, étant l'un et l'autre des combinaisons de sodium avec un corps électronégatif. Si, pour les classer et les dénommer, les propriétés des corps n'ont aucune signification, si tout est dirigé exclusivement vers des formub^s de compo-

(') Jahresberirhi (8'^ année pour 1827). Tubingen, 1829, p. 294.

sition, c'en est fait de la philosophie de la Science ; l'application d'une semblable méthode à l'étude de la Chimie organique conduirait finalement à l'absurdité {^). Ce serait le cas si on prétendait, comme Dumas et Boullay l'ont tenté, introduire des dénominations basées sur une façon semblable d'envisager la composition, si l'on voulait nommer l'éther oxalique oxalate d'hydrogène bicarboné hydraté, le sucre de raisin bicarbonate d'hydrogène bicarboné hydraté, A regarder de près cette composition, on voit qu'on peut la représenter par des expressions différentes basées sur des scissions réalisées dans d'autres conditions. Veut-on appliquer la nomenclature proposée à la décomposition du sucre de raisin par la fermentation, on peut se le représenter comme formé d'un atome d'acide oxalique et d'un atome d'une base C + 6 H ( = €^ + CH^) ; c'est ainsi que l'acide nitrique détruit la base et met l'acide oxalique en liberté. ]\Iais on peut aussi regarder ce même sucre comme formé de

fCH^ + lCO-t-OIP];

soit un atome d'hydrocarbure au minimum, deux atomes d'oxyde de carbone et un atome d'eau de cristallisation. En réalité, la distillation scinde au moins partiellement le sucre en ces composants. D'un autre côté, on sait que l'ébullition de ce sucre avec un excès de base, fût-elle faible comme l'oxyde de plomb, le décompose et le brunit. Pourquoi, dans ce cas, la base aussi bien que l'acide sont-ils décomposés, au lieu d'être simplement séparés? Dans d'autres cas, dans ce soi-disant sel, nous voyons l'ensemble de l'acide et de la base se comporter comme un corps électronégatif et s'unir avec une certaine portion d'une forte base. Cela n'est pas conforme à la nature d'un sel. »

Berzélius fait remarquer avec raison que l'alcool et l'éther n'ont aucune analogie avec une base et ne se combinent pas aux acides. Il continue à peu près comme suit :

(^) C'est la seconde i'ois en moins de deux ans que J5eizélius use, en parlant de Dumas, de ce terme plein de bienveillance.

l'KRlODi: DK DL.MAS. 383

« Ces remarques ne tendent pas à diminuer la grande valeur scientifique des spéculations de Dumas et BouUay. Je désire seulement faire valoir que leurs résultats doivent être envisagés seulement comme un moyen de figurer la composition des corps et de la retenir plus facilement ; à ce point de vue, ils peuvent avoir une grande valeur pratique; cependant ils ne peuvent prétendre représenter les rapports réels de composition. »

Si Berzélius a attaqué principalement la conception de Dumas et Boullay, en ce qui concerne la constitution du glucose, point qui n'était pas défendable, s'il n'a pas vu dans les autres cas ce que cette même conception contenait de vérités fécondes, il faut reconnaître qu'il avait toutes raisons de ne pas suivre les savants français lorsque, sous l'influence trop manifeste des idées de Berthollet, ils attribuaient à l'éthylène le caractère d'une base forte.

Et, comme pour justifier ces critiques du savant suédois, Dumas publiait en i83i une Note « Sur diverses combinaisons de l'hydrogène carboné » (^), où il signalait un carbure isolé par Oppermann ("^), dont il fixait la composition C'"H^ (notre C'<'H"'),et qu'il appelait camphogène. Son éther chlorhydrique est le camphre artificiel; i^^^ de camphogène et o'^'°',5 d'eau donnent l'essence de térébenthine, « combinaison qui ressemble ainsi à l'éther sulfurique ordinaire »; i^'°' de camphogène et o^'^'.S d'oxygène donnent le camphre ordinaire; 2"^°' de camphogène et 5^"**^ d'oxygène donnent l'acide camphorique.

Après le Mémoire de Dumas et Boullay « Sur les éthers composés », le second jalon de la notion de radical est le travail célèbre de Liebig et Wohler k Sur le radical de l'acide benzoïque » (^). Comme lui, il est basé sur un fait expérimental, la composition de l'acide benzoïque. Les auteurs remplacent la formule de Berzélius C 'll'-O' par celle qui est encore la nôtre Qnj^)oQ3^ au moins en ce qui concerne la composition centé-

(') Ann. de Chim. et de Phys., 1^ série, t. XLVIII, p. 43o. (2) Ann. de Pogg., t. XXII, p. 199.

(^) Liebig's Ann., t. III, 2>. 2 jg; Ann. de Chim. et de Phyi., 2^ série, t. LI, i832, p. 273.

384 ciiAi'iTiu; vin.

simale. D'après les idées de l'époque, ces formules représenlont les acides anhydres ; l'acide hydraté (notre acide) était pour Berzélius C'"'H'''0'', pour Liebig et Wcdiler C'''H''-0'' (non. écrivons C" H" 0-).

Les auteurs déterminent la composition de l'essence d'amandes amères C'''H'-0-. En faisant agir sur elle la potasse, ils obtiennent le benzoate de potasse, mais en môme temps il se forme une huile (notre alcool benzylique) qui serait d'après eux C'H'-O ou C'''H"0-. En conséquence, l'acide <( combiné à une base » est C'H'-O''.

Ils appellent « benzoyle » le radical C'''H'"0-. L'essence d'amandes amères en est l'hydrure

(l'i C + ioH ^ >0)-i-'2H.

Par l'action du chlore sur cet hydrure. l'hydrogène est remplacé par le corps halogène, et l'on obtient le chlorure de benzoyle

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