‹ Histoire de la chimieChapitre 97 sur 137 · KO ). » G8H · texte numérisé non relu

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et Berthelot conclut qu'il y a la même différence entre l'alcool et la glycérine qu'entre l'acide azotique et l'acide phosphorique.

En même temps, Williamson (^) isolait la trinitrogiycérine.

Wurtz publiait une Note intitulée Théorie des combinaisons glycérnjues (') qui n'était que la transposition en une autre notation des résultats de Berthelot. Encore celle-ci n'était pas toujours très heureuse, et personne aujourd'hui ne défendrait sa formule de la glycérine

en,.,,

11 n'en est pas moins vrai (fuc ces considérations conduisaient

(') Aim. (Il- Chiin. cl de Phijs., 3'' sérii-, I. XLI, i8'j |, p. 0,16. (2) Ibid., 3e série, 1. XLllI, iS'iG, p. /i99. (=') Ihid., 3e série, t. XLIII, i855, i>. /Jo?..

LA THÉORIE DES TYPES DE GERII.VRDT. Jo3

Wiirtz à sa belle découverte du glycol (^), si importante pour les théories organiques. Cependant la formule de la glycérine mise en avant par lui ne nous paraît avoir aucun avantage sur l'expression verbale des faits constatés par Berthelot dans sa brillante étude.

C'est ([ue le type de l'eau, si simple pour représenter la constitution de l'alcool, de l'éther et de l'acide acétique, perdrait de sa clarté à mesure cj[u'on le torturait pour le faire servir à des exemples plus complexes. Les types doublés et triplés ne parvenaient pas à sauver le principe, qui allait insensiblement disparaître, sans rien laisser après lui que la classification sériaire à laquelle Gerhardt aurait dû toujours rester fidèle.

(^) Comptes rendus Acad. Se, t. XLIII, i856, p. 199.

LA VALENCE

La théorie des types avait un vice origineL Puisque l'élément caractéristique des combinaisons organicjues est le carbone, ce sont les propriétés du carbone qui doivent servir à édifier un système rationnel pour les classer, c'est le carbone qui doit être le pivot des formules. Au lieu de cela, la théorie a choisi des types, l'eau, l'ammoniaque, l'hydrogène, l'acide chlorhydrique, étrangers à son histoire.

Pourquoi? Etait-ce la relative simplicité de ces corps qui déterminait ce choix? Nous croyons plutôt qu'il était le fruit d'un véritable préjugé.

Gerhardt lui-même avait proclamé la différence profonde cju'il voit, après ses maîtres, entre les combinaisons minérales et les combinaisons organiques. On ne détruit pas les préjugés, on les efface ou ils s'effacent lentement. Celui-ci s'était affaibli, mais on peut dire que, vers i85o, il était encore une influence avec laquelle il fallait coirqjter.

Dans ces conditions, lorsque Williamson découvrit la constitution de l'alcool permettant de le regarder comme une eau substituée, l'esprit de système s'empara immédiatement de cette vériié. Au lieu d'y voir siin])lciii<'nl une nouvelle manifestation de luléc; toujours féconde de la substitution, ou de la théorie ])lus large des résidus, on voidut y trouver des liens nouveaux entre la ("diiiuii; ()rgani(pn' et la Chimie minérale.

Etablir des rappoï'ts étroits entre les deux domaines était sans doute une chose excellente en soi, mais il ne fallait pas rendre la Chimie organique vassale de l'autre.

LA VALEXCE. 303

La synthèse de Kolbe et Frankland pouvait suffire à anéantir la distinction de l'école. Un fait d'une si grande importance tant philosophique que pratique aurait dû s'implanter; il s'insinuait; mais avec lui l'esprit de systèir.e ne manquait pas de s'infiltrer.

Nous en trouvons une manifestation curieuse dans le travail de Wurtz sur la méthylamine et l'éthylamine (^). L'auteur voit dans ces bases nouvelles des points d'attache entre la Chimie minérale et la Chimie organique, et même il ne serait pas éloigné de classer l'ammoniaque dans le second de ces domaines. On voit combien ces liens sont artificiels.

Dans le même ordre d'idées, C[uel intérêt pouvait offrir cette constatation que l'alcool est construit sur le type de l'eau? Encore si les chimistes, et Gerhardt lui-même, avaient appliqué dans toute son ampleur le principe énoncé par lui, qu'il existe, pour vm même composé, une série de formules également vraies. Mais on était devenu exclusif; on ne voyait plus partout que des types; ces types étaient minéraux; on était dominé par le préjugé minéral.

Une vérité nouvelle, la valence, allait changer tout cela. Et lorsque, péniblement, la Chimie organique se sera dégagée de l'entrave des types, elle aura changé d'enseigne et sera devenue simplement la chimie du carbone.

Il s'agissait de choisir une formule organique, de la disséquer en quelque sorte, d'en numéroter les atomes de carbone, de rechercher comment ils sont unis et quelles sont leurs relations avec les autres éléments moléculaires.

Pour réaliser ce programme posé sinon précisé par Gerhardt et Lavirent sur des principes féconds de doctrine, établi par Williamson sur le terrain solide de l'expérience, une condition devait être à coup sûr regardée comme primordiale : l'adoption d'une exacte valeur du poids atomique du carbone.

Parmi tous les chimistes dont les travaux ont appelé notre attention vers i856, Gerhardt et Williamson sont, avec quelques élèves fidèles à leurs idées, les seuls qui maintiennent les bonnes

(^) Comptes rendus Acad. Se, t. XXVIII, 1849, p. 228.

')OG CHAIMTRK Xlll.

traditions. Toutes les écoles allemandes écrivent leurs formules en C^ au lieu de C ; nous savons de plus que Frankland est irréductible sur ce point; d'autre part, deux des jeunes chimistes les plus en vue, Hofmann, l'élève de Liebig qui vient d'obtenir une chaire à Londres, et Wurtz appelé à prendre bientôt en France la succession scientifique de Gerhardt, n'ont adopté ni l'un ni l'autre cette vue si juste et si féconde que nous avons appelée la loi des séries homologues.

Comment eût-il été possible à ces chimistes de dégager les propriétés fondamentales du carbone, puisqu'ils méconnaissent le principe essentiel, celui qui doit être la clef de voûte de tous les édifices moléculaires, le véritable poids atomique du carbone? Aussi ne serons-nous pas surpris si, à la base de la grande notion qu'attend la doctrine, la valence, nous voyons inscrit, pour le carbone, le nom de Williamson.

A \Tai dire, elle se trouve pour nous exprimée de la manière la plus nette dans certains faits antérieurs à l'époque cjue nous étudions. La synthèse de l'acide acétique de Kolbe et Frankland, formulée par Gerhardt ou Williamson et interprétée en toute simplicité ei'it amené le plus naturellement du monde l'éclosion des deux principes qu'elle recelait : la tétravalence et la liaison des atomes de carbone entre eux. Cependant il ne s'agit pas de voir ce que les faits nous enseignent à nous, il importe uniquement de constater ce qu'ils ont enseigné en réalité aux chimistes en i85o. Ce n'est pas par cette voie que la notion nouvelle était appelée à pénétrer dans la science.

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