DESAULT ET SON ÉCOLE
Desault (I) avait le génie qui fait les grandes choses et la force de conviction qui les fait accepter. Son esprit un peu lent à concevoir, son élocntion dépourvue d'élégance et gênée par un léger vice de prononciation, le rendaient peu propre aux luttes oratoires, aux succès de tribune • aussi s'éloigna-t-il de bonne heure de l'Académie de chirurgie, dont il avait d'abord partagé les travaux et qui lui dut l'hommage du seul mémoire qu'il ait jamais écrit. Au lit du malade, ces légers défauts disparaissaient devant des qualités de premier ordre. La clarté et la précision de sa méthode, la sévérité dans l'exposition des faits, l'animation, la verve entrahiante qu'il puisait dans l'amour passionné de son ar(, en faisaient un professeur de clinique incomparable. C'est h lui que revient le mérite d'avoir fondé en France ce genre d'enseignement; il l'a porté du premier coup à un degré de perfection qu'il n'avait pas encore atteint en Europe. C'est là son plus beau titre de gloire et le secret de l'influence considérable qu'il a exercée sur son époque. Il sut en comprendre les besoins alors que tout le monde les méconnaissait autour de lui. L'enseignement officiel n'existait plus que de nom; les sociétés savantes se déchiraient entre elles et perdaient leur temps dans de stériles discussions; la jeunesse studieuse ne savait plus de quel côté diriger ses pas, Desault lui montra la route et la conduisit à l'Hôtel-Dieu. Il fallait avant tout former des praticiens ; l'école de Paris ne pouvait plus remplir cette tâche, il entreprit de s'en charger à lui tout seul.
De fortes études l'y avaient préparé de longue main. Il avait à peine vingt-deux ans lorsqu'il ouvrit son premier cours, et c'est par l'anatomie, celte initiation préalable de tous les grands chirurgiens, qu'il débuta. Ses leçons eurent un tel succès qu'il lui fallut l'appui de Louis et de Lamartinièrc pour résister à l'opposition jalouse des professeurs privilégiés dont les amphithéâtres devenaient déserts. Quelque temps après, il fut appelé à l'enseigner officiellement à l'Ecole pratique, et c'est alors qu'il lui imprima une direction nouvelle en s'attachant à fixer l'attention des élèves sur les rapports et sur l'ordre de superposition des parties qu'on avait trop négligés avant lui. C'est dans ce sens qu'on peut le considérer comme le créateur de l'anatomie chirurgicale, bien qu'il ne l'ait pas comprise comme on le fait aujourd'hui.
Devenu membre du collège et de l'Académie de chirurgie, Desault n'arriva cependant qu'en 1782 à la pratique des hôpitaux. Il fut appelé à
il) Desault (Pierre-Joseph), né ;i Magny-Vernais (Francho-r.omti-) ]o G tV-vrier 1744, mort à Paris le l^r juin I79.Ï.
fi .MOUVEMENT SCIENTIFIQUE : PREMIERE PÉRIODE. [1792-
remplacer à la Charité Bareilhac, neveu de frère Côme et suppléant de Sue, chirurgien en chef. En 1785, la mort prématurée de Ferrand lui ouvrit les portes de l'Hôtel-Dieu. Trois ans après, Moreau, chirurgien en chef en exercice, succomba à son tour en le laissant à la tête de la plus haute position chirurgicale qu'il y eût en France. Il était alors dans toute la maturité de sou talent et dans toute la vigueur de l'âge : il n'avait encore que quarante-quatre ans. C'est de cette époque que date sa renommée. C'était là le théâtre qui convenait à son immense activité. La variété des cas chirurgicaux réunis dans ces vastes salles, l'affluence des malheureux que sa réputation attirait à la consultation gratuite, fournissaient à ses leçons des sujets d'un intérêt toujours nouveau. Chaque matin, suivi d'une foule d'auditeurs, il passait de la consultation publique à la visite des malades, de l'amphithéâtre d'opérations aux salles d'autopsie, faisant l'histoire de chaque cas particulier, exposant ses idées, démontrant ses procédés, et cette longue séance se terminait par une leçon dograatiqu.e sur un point particulier de pathologie.
Pendant sept années Desault supporta le fardeau de ce prodigieux enseignement, sans que son zèle se ralentit un seul jour, et pendant sept années des élèves accourus de tous les points de la France et de l'étranger vinrent apprendre à l'Hôtel-Dieu une chirurgie nouvelle et simplifiée dont ils reportèrent ensuite les principes dans leur pays. Les générations formées à cette école ont fourni pendant tout le commencement du xix" siècle des praticiens expérimentés aux hôpitaux de Paris et à ceux de la province, et la plupart des chirurgiens qui s'illustrèrent dans nos armées y avaient commencé leurs études.
C'est cette vulgarisation de la chirurgie qui a fait la gloire de Desault. La plupart de ses procédés opératoires sont oubliés, ses instruments et ses appareils ne lui ont pas survécu; il lui reste le mérite d'avoir créé renseignement clinique et formé de ses mains une pépinière d'hommes utiles.
Les travaux de cabinet ne pouvaient pas trouver leur place dans une existence si bien remplie. Desault n'a rien écrit. Ses aptitudes d'ailleurs ne l'y portaient pas. Ses élèves se sont chargés de nous transmettre ses idées, et le plus grand d'entre tous, Xavier Bichat, nous a légué les œuvres chirurgicales de son maître. C'est par ce pieux souvenir que ce splendide génie a inauguré la série de travaux qui ont immortalisé son nom (i).
(1) Le Trallé dex maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent, publié en 1779, 2 vol. in-S", par Desault cl Chopart, est écrit tout entier par ce dernier. Les Œuvres chirurgicales de Desault onl été puliliéos par Bichat, ?, vol. in-S», 1798-9!).
I8|i. lïCOLES RÉTABLIES, -^ SOCIÉTÉS SAVANTES RESTAURÉES.
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