LES SUCCESSEURS DE DESAULT
Pelleïan (1). — Aucune personnalité hors ligne n'avait, avons-nous dit, remplacé celle de Desault. C'est à Pelletan qu'était échu le périlleux
(Ij Pellktan (Philippe-Joseph), né ù Paris en 1747, mort à Bourg-la-Reino le 26 septembre 1829.
On a de lui, indépendamment de quelques mémoires :
1° Ephémérides pour servir à l'histoire de toutes les parlies de l'art de guéri)' (avec Lassus). Paris, 1790.
2° Clinique chirurgicale ou Mémoires et Observations de chirurgie clinique et sltl' d'autres objets relatifs à l'art de guérir. Paris, 1810-1811, 3 vol.
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lioiHicur de recueillir sou liéritage, niai.s il n'était pas à la hauteur d'uue pareille mission. Élève de Lonis, de Tenon et de Sabatier, Pelletan s'était fait remarquer à ses débuts par des qualités plus brillantes que solides, et surtout par une facilité d'élocution qui semblait le destiner au professorat. Ses cours d'anatomie avaient obtenu un succès qui le fit arriver rapidement à l'Ecole pratique comme professeur suppléant, puis au Collège et à l'Académie de chirurgie comme secrétaire pour la correspondance. Dans les premières années de la révolution, il avait été mis à la tète du service de santé d'une des armées de la république. A la restauration des écoles, il fut chargé, avec Lallement, de la cUnique de perfectionnement. C'est là que les suffrages de ses collègues vinrent le chercher pour le conduire à l'Hôtel-Dieu; mais sa carrière était déjà avancée, l'âge niiir n'avait pas tenu pour lui toutes les promesses de la jeunesse, et s'il conserva sur ce grand théâtre, qu'il a occupé pendant vingt ans, la réputation d'un chirurgien érudit, d'un professeur éloquent; il n'a pu, ni comme clinicien ni comme opérateur, servir de trait d'union entre Desault et Dupuytren.
Sabatier (i). — 'Parmi les chirurgiens qui auraient pu tenir celte place, les uns, comme Sabatier, comme Deschamps et comme Lassus, étaient à fin de carrière, les autres étaient trop jeunes; Sabatier, le plus illustre d'entre eux, avait atteint sa soixante-troisième année. Sa jeunesse se reportait à l'époque la plus brillante de l'Académie de chirurgie, qui le choisit pour son secrétaire perpétuel à la mort de Louis. Son esprit orné, réfléchi et méthodique, sa vaste expérience et son érudition lui avaient concilié le respect et l'affection de ses jeunes collègues de l'École de médecine, dont il était le président et le doyen d'âge; mais il n'avait ni l'ardeur, ni l'amour du progrès qui font les chefs d'école. Tandis que Desault s'élançait dans les voies nouvelles avec toute la fougue de son caractère et entraînait la jeunesse à sa suite, Sabatier, soumis à la règle, esclave des préceptes consacrés par l'usage, ennemi des innovations, n'avait pour propager ses idées que des livres muets et des auditeurs qu'il ne savait
il) Sabatter I Raphaël-Bienvenu), né à Paris le] il octobre 1732, mort le 19 juillet 1811. Élève de son père, Pierre Sabatier, chirurgien de la Charité, membre du Collège de chirurgie en 1752 et professeur en 1756, membre de l'Académie de chirurgie et de FAcadémie des sciences, chirurgien-major des Invalides en 1773, en remplacement de Morand, son beau-père. 11 fut chargé pendant la révolution de l'inspection du service de santé des armées, nommé professeur de médecine opératoire à la création des écoles de santé, et membre de l'Institut à sa fondation. Napoléon I^i' le mit au nombre de ses chirurgiens consultants.
Indépendamment de nombreux mémoires sur la circulation pulmonaire, le mouvement des côtes, les fractures du sternum, etc., etc., insérés parmi ceux de l'Académie des sciences, de l'Académie royale de cliirurgie et de l'Institut de France, on a de lui :
1° Traité d'anatomie. Paris, 176i, 3 vol.
2" De la médecine opératoire. Paris, 1796, 3 vol. Ouvrage réédité par Bégin et Sanson. Paris, 1821, 1821. i vol, — Voir son éloge par Percy. Paris, 1812.
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pas euUtuniner. Plus énulit, moins personnel que le grand chirurgien de 1 Hôtel-Dieu, il désarmait par sa douceur et sa condescendance les envieux que l'autre écrasait de sa supériorité, mais dont les attaques abrégèrent sa vie. A cette existence dévorante Sabatier préférait les loisirs de sa vie studieuse, honorée et paisible, qui lui ont permis de prolonger sa carrière jusqu'à près de quatre-vingts ans.
Lassus (1) et Deschamps (2). — Lassus et Deschamps, lin peu moins âgés, n'avaient pas assez d'initiative et de confiance en eux-mêmes pour prendre en main les rênes de la chirurgie, et parmi les jeunes chirurgiens de l'époque personne ne se présentait pour s'en emparer.
GiRAUD (3). — Giraud, qui remplissait à l'Hôtel-Dieu, sous la direction de Pelletan, la place d'adjoint, qu'il avait occupée du temps de Desault, était un opérateur habile, mais n'était rien de plus.
Lallement (4). — Lallement, qui jeune encore aurait pu si facilement jeter les fondements d'une brillante renommée, n'avait pour cela ni l'ambition ni l'activité nécessaires. Adjoint de Pelletan à la clinique de perfectionnement, il se contentait de ce rôle effacé et faisait consister son bonheur dans une oisiveté savante et dans la lecture assidue de Virgile et d'Horace qu'il portait toujours avec lui.
Enfin Dubois et Boyer, bien qu'arrivés à la maturité de la vie, commençaient à peine à se faire connaître. C'est cependant entre leurs mains qu'allait se trouver la chirurgie pendant les premières années du xix^ siècle. Hs étaient destinés à servir de transition entre le passé, représenté par Desault et par l'Académie de chirurgie, dont ils n'ont été que les continuateurs, et l'avenir, que renfermait en germe cette école nouvelle née sous l'inspiration de Bichat, et qui grandissait en silence en attendant l'avènement de Dupuytren.
Nés à la même époque, de familles également pauvres, Boyer et Du-
(I) Lassls (Pierre), né à Paris en 1741, mort en 1807, professeur de pathologie externe à l'École de santé, membre de Plnstitut, chirurgien consultant de Napoléon P'^ On a de lui : Traité élémentaire, de médecine opératoire, Paris, 1795, 2 vol. in-S»; Patlioloçjîe chirurgicale, ibid., 1805-6, "2 vol. in-S".
(il) Deschamps (Joseph-Francois-Louis), né à Chartres le li mars 17-iO, mort à Paris le 8 décembre 18'i24. Blembre de l'Académie de chirurgie, chirurgien de la Charité, membre de l'Institut, chirurgien consultant de l'empereur.
On a de lui plusieurs mémoires insérés dans le recueil de l'Institut, dans celui de la Société de médecine de Paris, et de plus :
I» Observations sur la ligature des principales artères des extrémités, Paris, 1793 ;
2" Traité historique et dogmatique de la taille, Paris, 1796-97, 4- vol.
(3) GiR.\UD (Rrunoj, né à Dompierre (Mayenne), mort à Paris le 15 janvier 1811, a écrit un Mémoire sur l'obstétrique, une Observation dliermaphrodisme, et une thèse inaugurale intitulée Proposition de chirtirgie clinique.
( i) Lallement, professeur de la faculté de médecine de Paris, cliirurgien en cliel de la Salpètriére, mort en 1830, a inscrit quelques observations dans les Mémoires de la Société d'émulation, le Bulletin de la faculté de médecine, le Journal de Corvisart, Leroux et Boyer.