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los inthiics soins que le reste. Des instructions minutieuses relatives à l'hygiène des équipages, à la répartition des chirurgiens, au transport des blessés abord de navires désignés à l'avance, avaient été rédigés par le médecin en chef de la tlottille, placé près de l'amiral, et chargé de centraliser le service, tout en dirigeant l'ambulance maritime ouverte au quartier général (1).
On sait ce qu'il advint de ce formidable armement et par quel concours de circonstances l'expédition ne put atteindre son but. On sait comment l'Autriche et la Russie, en déclarant la guerre à la France, détournèrent le coup qui menaçait l'iVngleterre, et comment l'escadre de Villeneuve, dont l'apparition dans la Manche devait donner le signal du départ, s'engloutit tout entière dans le désastre de ïrafalgar.
La marine avait depuis douze ans essuyé bien des revers, mais elle n'avait pas encore vu d'aussi fatale journée : jamais pareille scène de carnage n'avait eu la mer pour témoin, jamais autant de morts et de blessés n'avaient été réunis sur un plus petit espace. Le mode d'attaque de Nelson avait amené dès le début une épouvantable mêlée dans laquelle une dizaine de vaisseaux français supportaient le choc de l'escadre anglaise tout entière. Entourés de toutes parts, démâtés, criblés de boulets et de mitraille, ces glorieux navires répondaient aux décharges répétées d'assaillants qui se renouvelaient sans cesse, par le feu presque éteint de leurs batteries démontées, ou disputaient pied à pied à l'ennemi leurs ponts couverts de débris, jonchés de morts etdemouranis (2).
Pendant que cette lutte acharnée déroulait ses sanglantes péripéties dans les parties supérieures des vaisseaux, les cales et les faux ponts étaient le théâtre d'une scène plus sombre encore. Les chirurgiens, débordés par le nombre des blessés qui s'accroissait sans cesse, aveuglés par la fumée, sentant leurs navires s'enfoncer sous leurs pieds, continuaient, impassibles, à s'acquitter de leur noble tâche, sans songer à l'issue de la lutte, sans se soucier des projectiles qui ne les épargnaient
il) Voy., pour les détails de ces dispositions, pour la répartition des chirurgiens dans les escouades, sections, divisions et escadrilles, Lefèvre, lac. cit., p. 326.
("2) En moins de six heures, la plupart avaient perdu, les uns le tiers, d'autres la moitié, quelques-uns les trois quarts de leurs équipages. Le Redoutable, rasé comme un ponton, sa muraille de tribord démolie, son gouvernail désemparé, n'avait plus qu'une centaine d'hommes debout. Tout l'état-major blessé, di.v aspirants frappés à mort, cinq cent vingt-deux hommes hors de combat sur sept cent quarante (cent morts et deux cent vingt-deux blessés^ : voilà ce que les Anglais y trouvèrent lorsqu'ils y mirent le pied. Le lendemain, à sept heures du soir, la poupe du Redoutable s'écroula tout entière et le navire coula à fond avec les blessés qui étaient restés a bord. Le lendemain matin, le Swifthurs recueillit une cinquantaine d'hommes qui s'étaient soutenus toute la nuit sur des débris. Dans le nombre se trouvait Alain - Bchan, le dernier survivant des quatre chirurgiens du vaisseau. Le chirurgien-major Lcyssèguc et ses aides Brizard et Marrie avaient péri.
i4 LÀ CHIRURGIE Aux ARMÉES DE TERRE Et DE .MEK. [IvOf ■
plus. Les uns furent tués à leur poste pendant l'action (1) ou forcés de se jeter à la mer pour échapper aux flammes (2). Les autres se perdirent sur les écueils avec leurs bâtiments. Ceux qui survécurent partagèrent les angoisses de leurs compagnons d'armes, pendant l'épouvantable nuit qui suivit la bataille et la tempête qui dispersa nos vaisseaux désemparés; lorsque les Anglais vinrent enfin à leur aide, pas un d'entre eux ne quitta son navire avant le dernier de ses blessés ; ils présidèrent à leur transbordement et les accompagnèrent à Cadix, où ils continuèrent à leur donner leurs soins.
La journée de Trafalgar avait porté le dernier coup à la marine; à partir de ce moment, elle dut se borner à des expéditions partielles et n'eut plus à enregistrer que des combats isolés, souvent glorieux, toujours stériles, en présence d'un ennemi partout supérieur et maître de tous les points de relâche. Cependant, en 1808, l'empereur, arrivé à l'apogée de sa puissance, songea à lui donner une impulsion nouvelle, et fit d'Anvers, qui n'avait jusqu'alors reçu que des navires de commerce, un port militaire de premier ordre. En quelques années, des cales de construction, des bassins de radoub y furent établis, des vaisseaux de haut bord mis à flot, et Anvers devint le siège d'un mouvement maritime considérable. Ses trois hôpitaux ne suffisant plus, il fallut en créer un quatrième sur la rive droite de l'Escaut, dans l'ancienne abbaye de Saint-Bernard. L'empereur songea ajors à créer dans cette ville un centre d'enseignement pour les nombreux officiers de santé qui s'y trouvaient réunis, et par un décret en date du 1 i juin 1810, une école de médecine navale y fut fondée sur le même pied que les trois autres (3). Celle-ci ne tarda pas à attirer un grand nombre d'élèves provenant de la Belgique, et put fournir le personnel nécessaire à l'armement des vaisseaux construits sur les rives de l'Escaut. Les destinées de cette école étaient liées à celles de l'empire, elle dut tomber avec lui; mais pendant sa courte durée elle a rendu des services signalés à la marine, et laissé parmi nous les meilleurs souvenirs.
A cette époque, la guerre avait pris de telles proportions sur le conti-
(1) A bord du Plutoii, le chirurgien-major Fournier fut grièvement blessé par de» éclats de bois; Carof, chirurgien de troisième classe, fut tué par un boulet en même temps que le blessé qu'il pansait. Le chirurgien auxiliaire Bedor fut également blessé,
(2) Lorsque le feu prit à bord de VÀchiUe, le chirurgien-major Saint-Hilairc refusa de quitter son poste et continua ses opérations; il ne céda qu'au moment où les flammes allaient lui fermer toute issue, et se jeta à la mer avec un matelot auquel il venait de couper un bras et qu'il continua à soutenir au-dessus des flots jusqu'au moment où les canots anglais les recueillirent tous les deux.
(3) Elle se composait : d'un premier médecin en chef (Billard fils, de Brest), d'un premier chirurgien en chef (Fleury, de Toulon), de trois professeurs ; Droguet {pathologie interne), M. Duval [anatomie), Obet (pathologie externe), d'un pharmacien en chef (Charpentier), de neuf chirurgiens de première classe et de vingt-quaire chirurgiens subalternes;
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lient, que la France ne suflisait plus au recrutement de ses armées; la marine fut appelée à y concourir à son tour, et nos chirurgiens suivirent sur les champs de halaille ces marins de la garde qui sont demeurés légendaires. Plus tard, après la retraite de Russie, lorsque l'empire fil appel à l'arrière-ban de ses défenseurs, un grand nombre de nos confrères partirent avec eux pour la frontière et allèrent partager les fatigues et les périls des médecins de l'armée. Ils étaient à leurs côtés à Lutzen, àBautzen, àLeipsick, ils furent leurs compagnons de la dernière heure, et, au moment de la lutte suprême, ils achevèrent de payer à la France leur dette de dévouement sur son sol envahi.
§ 2. — Les chirurgiens de la marine de la république et de l'empire.
Le corps des chirurgiens de la marine n'a vu surgir pendant cette période de guerre aucune illustration qui puisse se comparer à celles de Percy et de Larrey. Les tristes conditions dans lesquelles ils étaient appelés à servir ne laissaient de place que pour le dévouement individuel et le sacrifice ignoré. Les forces navales ne se prêtent pas, du reste, au rôle élevé du chirurgien en chef d'armée, qui concentre dans ses mains tous les détails d'un grand service, et qui, le jour de la bataille, assiste de ses conseils et de son exemple un nombreux personnel répandu dans les aml)ulances et sur le lieu de l'action. Dans une escadre, chaque vaisseau a son rôle individuel et se bat pour son compte, chaque chirurgien a la responsabilité de son service et ne relève que de son initiative. A l'époque à laquelle nous nous reportons, cet isolement était encore plus complet qu'aujourd'hui; il n'existait pas alors de médecin centralisant à bord du vaisseau amiral le service de toute une escadre. La pénurie du personnel forçait même souvent à confier le poste de chirurgien-major à des officiers de santé de deuxième et parfois de troisième classe. L'expérience s'acquérait vite dans ces temps désastreux ; mais dans cette vie toute d'action, nos confrères se bornaient à faire leur devoir, sans se préoccuper d'en laisser la trace : aussi leurs éclatants services ne se sontils conservés que dans le souvenir de leurs camarades. Il va s'éteignant chaque jour avec l'e.xistence de ceux qui en ont été les témoins. Toute l'activité des médecins en chef et des professeurs réunis dans les écoles était absorbée par l'enseignement et par le service des malades, et ils n'ont laissé après eux que peu de travaux qui leur aient survécu. Il en est un certain nombre cependant dont le nom a franchi la limite de leur étroite sphère, et que nous avons le droit de citer avec quelque orgueil.
A la fin du siècle dernier, la médecine navale a vu, comme l'armée, passer dans ses rangs des illustrations de plus d'un genre, et parmi les chirurgiens qui ont fait leur réputation dans les camps, il en est plus d'un qui avait débuté parmi nous. X côté de Noël et de Larrey, dont nous avons déjà parlé, nous pouvons citer les noms plus modestes de
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Bacqué (1), de Devilliers {il), de P. Gilbert (3); nous pouvons revendiquer enfin comme nous ayant appartenu deux hommes auxquels l'avenir réservait déplus hautes destinées scientifiques et qui étaient appelés, l'un à révolutionner la médecine, l'autre à l'étonner par la profondeur de ses vues et l'étrangeté de ses inspirations. A cette époque, dit Dubois (d'Amiens) (A), la marine avec son rude métier semblait être l'école par laquelle devaient passer tous les hommes d'avenir. Broussais fut du nombre de ces volontaires que la réquisition fit passer dans nos rangs. De Saint-Malo, sa ville natale, il fut dirigé sur Brest et attaché à l'hôpital de Pontanézen. Cet établissement fut fermé le 19 décembre 1795, et Broussais fut embarqué vingt jours après sur la frégate la Renommée, qui allait partir pour l'Amérique. Plus tard, il fit campagne sur la corvette VHiroiulelle, puis sur le corsaire le Bougainville ; il se rendit à Paris en l'an YIIl, et c'est là qu'il prit du service dans l'armée; mais il avait conservé un vif souvenir de ses campagnes et de l'école de Brest, et longtemps après, en 1809, lors de la publication de son Traité des phlegmasies chroniques, il s'enquérait du fond de l'Espagne de ce qu'en avait pensé son ancien maître, Pierre Duret, celui qu'il appelait, dans son enthousiasme, l'Ambroise Paré de la marine française.
Bécamier, au contraire, avait quitté l'armée pour la marine. La réquisition l'avait pris à l'école de Paris pour l'envoyer comme sous-aide à l'armée des Alpes, et sa division prit part au siège de Lyon. Il servait dans les rangs des soldats de la république pendant que son immortel condisciple de l'hôpital de Bourg, Xavier Bichat, donnait ses soins aux assiégés. Après la reddition de la place, Récamier, pour ne pas être témoin des terribles représailles qu'elle allait subir, se hâta de quitter sa division, de se rendre à Toulon et d'y prendre du service dans la marine. Embarqué après avoir subi ses épreuves, comme premier aide-ma-
(Ij Joseph Bacqvk, né le 18 octobre 1759, mort le 25 mars 1821, avait fait plusieurs campagnes à bord des navires",de l'État, lorsque la Convention l'envoya à l'armée des Pyrénées-Orientales. Il est mort à Bordeaux, cliirurgien en chef de l'hôpital Saint- André et professeur à l'école de médecine.
(2) Charles Devilliers, né en 1739, mort le 31 juillet 1812, l'ami de Desault, de Chnpart, de.Sabatier, de Baudelocque, membre du Collège et Académie de chirurgie, de la Société de médecine à sa fondation, avait, au début de sa carrière, servi avec distinction dans la marine, puis dans l'armée.
(3) N. P. Gilbert, né à Brest en 1751, mort à Paris le 3 avril 18U. Il avait fait en 1770 la campagne de l'Inde sur un vaisseau de guerre. A la révolution, le conseil de santé des armées le nomma médecin en chef de l'armée de Sambre et Meuse. Il lit plus tard la campagne de Saint-Domingue, celles du Tyrol, de Prusse, de Pologne, d'Autriche et de Rus.sie, et fut chargé des hôpitaux de Kœnigsberg. Il termina sa carlière au Val-de-Grâce, où il avait été professeur lors de la formation des hôpitaux d'instruction.
( -i) Dubois (d'Amiens), Eloge de Récamier, prononcé ù l'Académie de médecine dans la séance publique annuelle du 11 décembre 1855. (Mémoires de l'Académie de mécine, t. XX.)
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major, à bord du vaisseau le Ça ira, dans la division du contren mirai Marliii, il prit part au glorieux combat de Fréjus, où son navire prêta le liane à cinq vaisseaux anglais (1). Le chirurgien-major Sanguillon l'ut tué au commencement de l'action, et Récamier, à peine âgé de vingt et un ans, se trouva chargé de quatre cents blessés avec lesquels il fut fait prisonnier au moment où le vaisseau coulait bas. Débarqué à la Spezia, puis transporté en Corse, il fut témoin d'une épidémie meurtrière survenue parmi ses compagnons d'infortune et dont il fit l'objet d'un rapport intéressant qu'il remit au conseil de salubrité de Toulon lorsqu'il fut mis en liberté. Promu, pour prix de ses services, au grade de chirurgien de deuxième classe, il quitta la marine au mois de juillet 179r).
Nous avons donné le pas à ces transfuges de la marine sur ceux qui ne l'ont jamais quittée, parce que nous tenons à leur garder la meilleure place dans nos annales et dans nos souvenirs ; mais nous ne devons pas oublier les titres scientifiques des chirurgiens en chef de nos écoles, dont quelques-uns ont laissé des traces honorables dans l'histoire de notre art.
A l'époque où Broussais venait, à travers les boues du Finistère, de Pontanézen à Brest, pour y suivre les cours de l'école, l'enseignement de la chirurgie y était confié à Billard et à Duret. Le premier professait la clinique depuis près de vingt ans, le second venait de lui être adjoint depuis quelques mois seulement.
Billard (:2). — - Bien qu'encore éloigné du terme de sa longue carrière, Billard avait déjà dépassé la soixantaine. Son existence tout entière s'était passée au port de Brest ou à la mer. Entré à l'école à l'âge de dix-sept ans, il avait été, après de nombreuses campagnes de guerre, nommé chirurgien-major du corps royal d'artillerie de la marine, et cette position sédentaire lui avait permis de compléter son éducation et de se préparer au professorat. Plusieurs mémoires adressés à cette époque à l'Académie de chirurgie avaient reçu le meilleur accueil de l'illustre compagnie, qui l'avait admis dans son sein, d'abord comme membre correspondant, plus tard comme associé régnicole. Ces titres scientifiques,
(1) L'armée navale se composait de quinze vaisseaux, de six. frégates et de plusieurs corvettes; elle rencontra par le travers du golle Juan l'escadre de l'amiral Hotham. Le Ça ira et le Censeur, séparés du reste de l'escadre par une fausse manœuvre, soutinrent pendant cin([ heures un combat acharné contre les Anglais. Le Ça ira, complètement rasé jiar un trois-ponts, finit par couler bas; le Censeur tomba au pouvoir de l'ennemi. (Chassériau, Précis Itistoriqtie de la marine fratii'aise, t. I, p. 223.1
ii) Billard (Etienne), né à. Yiigny le 31 mars 1730, entré au service de la marine en 1747, nonmié chii'urgien-major en 1759, premier chirurgien en chef le ['^^ janvier 1777, mort à Brest îe 2 février 1808. Voy., pour sa biographie Notice surfer Etienne Billard, par P.-L. Delaporte, second ehiruriiien en chef de la marine. Brest,; 1808, in-4o, 19 pages.
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