PATHOLOGIE EXTERNE, MÉDECINE OPÉRATOIRE
Lorsqu'on jette les yeux sur l'ensemble des faits nouveaux dont le domaine de la chirurgie s'est enrichi pendant cette période, il en est trois qui attirent les regards et dominent tous les autres par leur importance et par l'influence qu'ils ont exercée sur l'avenir de notre art. Les travaux de Scarpa en Italie, la ligature des gros troncs artériels en Angleterre, et les résections osseuses en France, sont les trois points culminants sur lesquels nous allons nous arrêter,
ji '1er, ^ Travaux de Scarpa.
Scarpa appartenait à cette grande famille d'anatomistes qui ont illustré l'Italie. Au début de sa carrière, il suivit les traditions fondées par Malpighi, par Yalsalva, et parMorgagni, son premier maître, et, pendant la première moitié de sa vie, il ne s'écarta pas de leur voie. Ses recherches sur l'organe de l'ouïe avaient déjà trente ans de date, et depuis cette époque ses travaux sur le système nerveux, sur la structure intime
(il Voir le discours prononcé par Pli.-J. Roux à la séance de rentrée de la faculté de médecine, le 5 novembre 1851, in Union médicale, 1851, p. 125.
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iles OS, lui avaient acquis une réputation européenne (I ), iors(|u'il se décida à donner à ses études une direction plus pratique. Ses Observations sur les principales maladies des yeux parurent à Pavie en 1801. Léveillé se trouvait alors attaché comme chirurgien militaire au service sédentaire de l'hôpital de Pavie; il s'était concilié l'amitié de Scarpa, il avait été témoin de ses travaux, et s'empressa de faire connaître à ses compatriotes le premier tribut payé à la chirurgie par l'illustre anatomiste. En IHOi, Scarpa livra à la publicité ses Réflexions el Observations anatomico-chirurgicales sur Vanévrysme, qui sont restées comme un modèle d'observation rigoureuse, de logique et de pénétration. Enfin, cinq ans après, son mémoire anatomico-chirurgical sur les hernies vint mettre le dernier sceau à sa réputation. Scarpa devint l'arbitre de la chirurgie; on le consultait, dit Pariset (^), de toutes les parties de l'Europe; ses ouvrages, traduits par Léveillé au moment de leur apparition, parvenaient sans retard à la Société de médecine de Paris, qui les accueillait avec une admiration mêlée de surprise. On n'était pas habitué, à cette époque, à voir aborder les sujets de chirurgie avec ces formes sévères et magistrales ; c'était la première fois qu'on envisageait l'anatomie et la physiologie d'un point de vue aussi élevé ; les questions banales semblaient s'être transformées et rajeunies par la façon dont elles étaient traitées, par l'exactitude et l'ampleur des descriptions, la sévérité des déductions et la simplicité de la forme. Les mémoires de Scarpa furent bientôt traduits dans toutes les langues (o). Ils ont imprimé une direction nouvelle aux travaux de cette époque, et les chirurgiens qui sont venus après lui se sont inspirés de sa méthode.
(1) Scarpa était né le 13 juin 1747 à Lamotte, petite ville du Frioul ; il est mort ;t Pavie le 30 octobre 1832. Au commencement du siècle il avait publié : Analomicariim fuinotalionum, liber I, De (jangliis el plexuhus nervorum. Mutinfe, 1772, in-4o. — Liber H, De organo olfactûs prœcipuo deque nervis nasalibiis e pari quinto nervorum cerehri. Patavii, 1785. — De nervo xjrinali commentarius. Vindobonre, 1788. — ■ Analomicœ disqidsiUones de audihi et olfactu. Patavii, 1789, in-8o. — Ses magnifiques planches sur les nerfs du cœur qui ont depuis servi de types pour toutes les descriptions. Pavie, 179-4. — Les Commentaires sur la structure iniime des os. Leipzick,
(2) Eloge de A. Scarpa, lu dans la séance annuelle du 20 août 1837, par E. Pariset, secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine.
(3) Chacun des ouvrages de Scarpa compte plusieurs traductions en français. Le Trailé des principales maladies des yeux a été traduit par Léveillé en 1802, par Bellanger et Bousquet, par Bégin et Fournier-Pescay en 1821. Les OI)se.rvations sur l'anérrijsme ont été traduites en 1805 par Léveillé et en 1809 par Delpech; le mémoire sur les hernies a d'abord été connu par des extraits communiqués par Léveillé à la Société de médecine, puis traduit par Cayol en 1812. Scarpa, forcé par l'affaiblissement progressif de sa vue de renoncer à l'enseignement, publia plus tard (de 1825 à 1832), sous le titre d'Opuscules de chirurgie, une série de mémoires dont la collection forme trois volumes in-8,
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^, "2. — Ligulure des gi'os troncs iiiiériels.
Les innovations chirurgicales qui nous arrivaient de l'autre côté de la Manche n'étaient pas accueillies avec la même faveur. La chirurgie française, nous l'avons déjà fait observer, s'est toujours fait remarquer plutôt par sa prudence que par son audace; les Anglais et les Américains nous ont toujours précédés dans la voie des tentatives audacieuses, et ce n'est qu'après de grandes hésitations que nous nous sommes décidés à les imiter. A cette époque nous étions mal renseignés sur ce qui se passait de l'autre côté du détroit; ce n'est qu'à de longs intervalles qu'il nous arrivait quelques informations le plus souvent incomplètes. C'est ainsi qu'en 1797, lorsque la Société de médecine mit au concours la question si controversée des diverses méthodes de traiter l'anévrysme, Abernethy et Maunoir (de Genève), lui adressèrent des mémoires importants. Scarpa lui-même avait eu la pensée de concourir; mais il n'avait pas eu le temps de rassembler les matériaux qui devaient plus tard donner naissance à son bel ouvrage (1).
Lorsque la Société de médecine et de chirurgie de Londres, fondée en 1805, à l'imitation de la Société de médecine de Paris, commença la publication de ses Transactions {i), Deschamps fds se chargea de les traduire et d'en rendre compte à la Société de médecine ; mais ces résumés par trop sommaires ne donnaient qu'une idée très-imparfaite du grand mouvement chirurgical dans lequel nos voisins s'étaient lancés. Tandis qu'en France et en Italie on se bornait à agiter la question scientifique, que nos compatriotes en étaient encore à discourir sur la prééminence des méthodes, et n'élevaient pas leurs prétentions au delà de l'anévrysme poplité, pendant que Scarpa, qui avait tant fait pour enhardir la chirurgie, en montrant les admirables ressources que les anastomoses offrent au retour de la circulation, n'osait pas lier l'artère crurale au-dessus de l'origine de la fémorale profonde, les Anglais, sans attendre la sanction de la théorie, reculaient les limites/le l'art en appUquant la nouvelle méthode à des anévrysmes considérés jusqu'alors comme inattaquables.
Dès 1796, Abernethy, contraint par la nécessité et en présence d'une mort imminente, avait osé porter une ligature sur le tronc de l'iliaque externe. Cette tentative, qui pouvait passer alors pour une témérité, n'avait pas été suivie de succès, mais le malade avait vécu six jours sans que le membre inférieur fût frappé de gangrène, et la possibilité de réussir était démontrée. Un second échec ne découragea pas Abernethy, et dix ans après son premier essai un succès complet vint couronner
''il Voir la préface du Traité des hernies, traduction de Delpech. Paris. 1809, p. 7. f2; Le premier volume des Iratioux'tioici parut en 1809.
sa persévérance. Nous avons dit comment son exemple avait été suivi par Freer (de Birmingham), par Tolimson, par A. Cooper, et comment Delaporte avait imité ce dernier. L'année suivante, on avait déjà obtenu deux succès en France; en 1814, A. Cooper avait sauvé quatre opérés sur sept; aujourd'hui les cas de gnérison ne se comptent plus. C'est également en Angleterre et au commencement du siècle que la carotide primitive a été liée pour la première fois. On comptait déjà sept succès à la suite de cette opération pratiquée pour des lésions traumatiques, lorsque le 1"' novembre 1805 A. Cooper y eut recours dans un cas d'anévrysme; il perdit son malade le vingt et unième jour; mais il fut plus heureux en 1808, la ligature tomba le vingt-troisième jour et le malade guérit (1).
Enhardi par ce succès, il tenta l'année suivante de lier l'artère sousclavière en deiiors des scalènes; mais cette fois sa rare habileté fut mise en défaut; il ne put parvenir à saisir le vaisseau, il prit un nerf à sa place, et le malade mourut d'hémorrhagie. Au mois de novembre 1809, Ramsden (d'Edimbourg) fut plus habile sans être plus heureux; il put terminer son opération, mais le malade mourut le sixième jour. Cet insuccès n'empêcha pas Colles (de Dublin) de se rapprocher encore davantage du cœur et de jeter une ligature sur le tronc du vaisseau en dedans des scalènes. L'opération, pratiquée le :23 septembre 1811, fut si laborieuse, la dyspnée telle, qu'il n'osa serrer le fd que le quatrième jour, et le malade succomba le neuvième (:2).
L'année suivante (181:2), un chirurgien de Santa-Cruz, Stevens, lia l'iliaque interne sur une négresse qui portait dans la fesse gauche un anévrysme gros comme la tête d'un enfant, et eut le bonheur de réussir. Dans le cours de cette même année (181:2), le professeur Gibson, de l'université de Pensylvanie, fit pour la première fois la ligature de l'iliaque primitive pour une plaie d'arme à feu. Son malade mourut de péritonite le treizième jour, et ce ne fut que quinze ans plus tard (15 mars 1827) que Valentine Mott obtint le premier succès, à la suite de cette opération pratiquée pour un anévrysme considérable.
L'audace des Anglais et des Américains ne devait pas s'en tenir là. La période que nous traversons était peine terminée lorsque A. Cooper, mettant le comble à sa témérité, jeta une ligature autour du tronc de l'aorte abdominale; le malade, opéré le 2 juin 1817, mourut au bout de quarante heures; mais cet insuccès et ceux de James, de Murray, n'ont pas découragé les opérateurs, et nous voyons encore de temps en temps se reproduire des tentatives analogues qui aboutissent toujours au même résultat. Nous pouvons en dire autant de la ligature du tronc brachio-céphalique, pratiquée pour la première fois
(i) London 3îédic. chirurg. Transdciwns, t. 1, p. 1 et Hi. (2) Velpeau, Traité de médecine opératoire, t. H, p. 204.
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par Yaleiiliiie Mott (de New-York), le 11 mai 1818, et qui ne compte pas encore un succès.
Nous avons déjà dit que ces hardiesses excitaient plus de surprise que d'admiration au sein de la Société de médecine, qui en recevait les premières nouvelles, et, dans son recueil, elles étaient l'objet de jugements souvent sévères; plus lard, lorsque les laits furent mieux connus, lorsque les succès turent avérés, on vit le rédacteur de ce môme journal reprocher aux opérateurs français de n'avoir pas imité ou même devancé la pratique des Anglais. C'est ainsi qu'en 1818 Gaultier de Claubry accusait les chirurgiens de l'Hôtel-Dieu d'avoir laissé mourir une jeune lille atteinte de tumeur érectile, qu'ils auraient pu sauver en liant la carotide, alors que depuis huit ans Abernethy et A. Cooper avaient démontré la possibilité et même l'innocuité de l'opération.
Or la jeune fille dont il est question mourut à l'Hôtel-Dieu le 10 janvier 1806, c'est-à-dire deux mois à peine après la première opération d'A. Cooper, qui n'était assurément pas encore connue en France. A. Cooper opérait pour un anévrysme, et la jeune fille de l'Hôtel-Dieu était atteinte d'une tumeur érectile. A. Cooper avait perdu sa malade, et cela ne plaidait guère en faveur de l'innocuité de l'opération (1). Gaultier de Claubry n'est ni plus juste ni plus exact lorsqu'il reproche à Scarpa, dans le même journal (:2), d'avoir laissé périr d'hémorrhagie une jeune fille atteinte d'anévrysme que Piccineli (de Bergame) lui avait adressée. C'est Scarpa lui-même qui rend compte de ce fait dans ses réflexions sur Fanévrysme (3). Or il résulte de la lecture de cette observation que cette jeune fille était une femme de quarante-quatre ans, qu'elle n'avait point été adressée à Scarpa puisqu'elle est morte dans le service de Piccinelli à Bergame, que son anévrysme était si volumineux et si avancé qu'il n'était plus o])érable, et enfin qu'elle mourut le 8 mai 1803, deux ans et demi avant la première tentative de A. Cooper.
Si nous sommes entré dans de pareils détails à l'occasion de ces faits complètement oubliés aujourd'hui, c'est parce qu'ils permettent de juger de la facilité avec laquelle on altérait alors les textes, et de la nécessité de remonter aux sources surtout quand il s'agit de juger des hommes comme Scarpa. En ce qui concerne les chirurgiens français, il est certain que c'est plutôt l'occasion que la bonne volonté qui leur a manqué. Dès 1804', A. Dubois avait été sur le point de lier la carotide pour un anévrysme ; tout était préparé lorsque le malade mourut, la veille du
(1) Réflexions sur la lujature de la carotide primitive pratiquée récemment par le professeur Dupwjtren, in Journal de médecine et Recueil périodique de la Société de médecine de Paris, 1818, t. LXIII, p. 121.
(2) Ligatvre de l\trtère carotide primitive pratiquée arec succès pour des affections maladives de nature différente, par E. Gaullier de Claubry, ia Journal général dé médecine, 1818, t. LXII, p. S90.
(3) Scarpa, traduction de Delpeeh, p. 211.
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joiir fixé pour ropératîon, el enleva ainsi à Dubois l'honneur de précéder A. Cooper.
En 1810, Dupuytren, auquel la hardiesse ne faisait pas plus déiaut que le désir de se distinguer, s'apprêtait également à pratiquer la ligature de la sous-clavière, lorsqu'il en fut empêché par Pelletan, sous les ordres duquel il se trouvait encore (1). Quoi qu'il en soit et quelque grande que put être leur bonne volonté, ils se sont laissé devancer par les chirurgiens anglais auxquels, revient incontestablement le mérite d'avoir fait faire à la médecine opératoire un des plus grands pas qu'elle ait franchis. Et ce n'est pas seulement par des coups d'audace qu'ils ont fait progresser cette branche de la chirurgie, ce n'est ni le hasard ni une témérité irréfléchie qui les guidait dans cette voie. Parmi les travaux sans nombre dont les maladies des artères ont été l'objet à cette époque, les leurs occupent le premier rang. Les expériences de Jones sur les plaies artérielles, la cessation spontanée des hémorrhagies et les effets des ligatures, les observations de Travers sur les ligatures et les causes des hémorrhagies secondaires, celles d'Abernethy, de Lawrence, et enfin le bel ouvrage d'Jiodgson sur les maladies des artères et des veines, prouvent assez qu'ils savaient mener de front la physiologie pathologique et la médecine opératoire, et qu'ils étaient bien les descendants de Hun ter (i).
§ 3. — Les résections osseuses.
Cette méthode opératoire, dont l'importance va croissant depuis une trentaine d'années, et qui tend aujourd'hui à se placer à côté des amputations, ne remonte qu'à la fin du siècle dernier, et n'a été connue en France qu'au commencement de celui-ci. On avait, il est vrai, de toute antiquité réséqué des fragments osseux lorsqu'il était impossible de les réduire, on avait enlevé des portions d'os cariés ou nécrosés que la nature s'efforçait d'expulser elle-même; mais il y a loin de ces pratiques à celle qui consiste à ouvrir une articulation pour mettre ta découvert les extrémités osseuses atteintes de carie, pour enlever en entier le foyer de la maladie tout en conservant le membre. C'est au xviii'' siècle que revient le mérite d'avoir institué ces opérations régulières, .qui sont devenues un des plus beaux titres de gloire de la chirurgie contemporaine. Elles ont pris naissance presque en même temps des deux côtés de la Manche.
(h L'observation est rapportée in extenso dans les Levons orales de clinique cliirurfjicale, t. III, p. 13.
\'i) Ces ouvrages n'ont été traduits en l'ranrais que longteujps après leur apparition, Les expériences de Jones, connues à Londres en 1806, ont été reproduites par L'éclard en 1817 (Mémoire de la Société médicale d'émulation, t. VllI, p. 569). Son livre, ainsi que les Mémoires de Lawrence, de Travers, de Crampton, a été traduit en 1826 dans les Mélanges de chirurgie étrangère, par une société de cliirurgicns de tienève. Le Traite d'Hodgson a été traduit par Breschet en 1819.
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Cependant c'est aux chirurgiens anglais que revient encore la priorité; c'est à Wliite (de Mancliester) qu'on attribue l'honneur d'avoir pratiqué la première résection articulaire (J). En 1768, chez un jeune homme âgé de seize ans, il enleva l'extrémité supérieure de l'humérus, carié dans une étendue de 8 centimètres, à l'aide d'une simple incision longitudinale, et obtint un succès complet (:2). Vigaroux (de Montpellier) l'avait précédé d'une année; mais son opération, faite en 4767, n'a été publiée qu'en 1812 par son tils (3). Ils furent imités en 1771 par Bent et en 1778 par Orret (i).
Il n'avait été jusque-là question que de résections du membre supé° lieur, lorqu'eni781 Park (de Liverpool) fit franchir à celte méthode un pas immense en l'appliquant à l'articulation du genou. Et cependant i*ark avait eu, comme AYhite, un prédécesseur. Il y avait près de vingt ans que celte opération redoutable avait été faite avec succès par un pralicien modeste, Filkin (de Nortwich), qui avait jusqu'alors gardé le silence, bien qu'il eût obtenu un succès complet. Son malade, dont le genou était affecté depuis dix ans, était guéri au bout de trois mois. L'opération avait eu lieu en 1762, mais il ne se décida à la faire connaître (ju'en 1782, lorsque le bruit qui se fit autour de l'opération de Park parvint à ses oreilles (5).
Ce dernier n'avait pas obtenu un succès aussi prompt, son malade n'avait été rétabli qu'au bout d'un an; mais il avait si bien recouvré les mouvements du membre, qu'il put reprendre sa profession de marin, faire deux naufrages et se noyer au second. Cette opération n'était pas pour son auteur un fait isolé, une de ces témérités nées de l'inspiration du moment : elle était le fruit de longues réflexions basées sur des expériences faites sur les animaux; c'était l'inauguration d'une méthode nouvelle qu'il se proposait de généraliser, et dont il fit connaître le principe dans un mémoire pul)lié en 1783, et qui fut traduit l'année suivante par
(1) Des résections diaphysaires avaient été pratiquées antérieurement par Wright (1738), par Benjamin Goock (1739), par Weimann de Shripton (1760). (Voy. Charles Srirazin, Appréciation de la valeur des réseciiom articulaires dans les maladies chirurgicales^ et de leurs indications; thèse de concours, Strasbourg, 1863.)
(•2) L'observation lue en 1769 à la Société de Londres a été reproduite dans Philosophie, transact., vol. LIX, for the year 1769, p. 39, et dans Cases of surgery hij Whits, ch. London, 1770.
(3) Vigaroux junior, Œuvres de chirurgie. Montpellier, 18H
(}) Philosoph. transacl., t. LXIV, 1774, et t. LXIX, 1779.
Xous avons emprunté ces dates à la thèse de Sarazin. Dans son Traité des résections, Ucyfelder en indique d'autres; mais dans l'impossibilité de vérilier les textes, nous nous en sommes rapporté à notre compatriote, que nous avons trouvé d'une exactitude irréprochable toutes les fois que nous avons pu contrôler ses citations, tandis que nous avons relevé de nombreuses erreurs dans l'ouvrage d'Heyfelder.
(5i Parle avait rendu ce fait public dans une lettre adressée à Percival Pot!, en date du 18 septembre 1782. (Voy. Giraldès, Leçons cliniques sur les maladies c^iirur- (jicales des enfants. Paris, 18G9, p. 691.)
. .1. RoGHAiiP. -- Chiiurgie frang. 5
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Lassus (1). C'est alors que Chaussier entreprit de vérilîer sur les animaux les faits annoncés par Good, Willie etPark, et d'apprécier les avantages de leurs méthodes en étudiant les moyens que la nature emploie pour constituer des articulations nouvelles. Ces expériences, poursuivies pendant quinze années et beaucoup plus complètes que celles que Vermandois avait entreprises en 1783 pour la résection de la tête du fémur (2), le conduisirent à des résultats très-intéressants qu'il communiqua en 1800 à la Société philoraathique. Il avait vu, dans les articulations énarthrodiales, l'extrémité réséquée s'arrondir en forme de tête, une facette cartilagineuse se creuser sur l'os voisin, une sorte de capsule rudimentaire se former aux dépens du tissu cellulaire et se remplir de liquide; il avait enfin constaté l'action nuisible de l'air sur l'évolution de ces pUcnomènes. Indépendamment de leur importance au point de vue de l'avenir des résections, ces expériences sont surtout remarquables par leur date. Elles sont contemporaines des travaux les plus inqiortants de llunter en physiologie pathologique; elles signalent les premiers pas sérieux faits en France dans cette direction, à la fin du xviii'^' siècle (3). Elles n'eurent cependant aucun retentissement. Les esprits étaient tournés vers un autre point et avaient accueilli avec la même indifférence le récit des opérations faites en Angleterre et celui des premières résections osseuses pratiquées sur le sol français.
Au moment même où Park s'immortalisait dans son pays, un modeste chirurgien français, pratiquant dans une petite ville de province, Moreau (de Bar-sur- Ornain), se livrait aux mêmes entreprises et concevait aussi l'espérance de substituer les résections aux amputations dans le traitement des caries articulaires. En 178^, après avoir enlevé avec un plein succès une partie considérable des deux os de la jambe affectés de carie, il adressa à l'Académie de chirurgie un mémoire dans lequel il trace de la façon la plus nette la marche qu'il compte suivre pour atteindre son but; il indique clairement son intention d'enlever les extrémités osseuses, de mettre les os coupés au contact, d'immobiliser le membre comme dans les fractures, et d'attendre patiemment que les pièces osseuses se soudent (4). Ce mémoire, rédigé deux ans avant la traduction de celui
(1) Park (H.), An account of a neiv metliod of ireaUng diseases of the Jointf!, of ihe knee and Elhow. London, 1783. Traduction de Lassus, Paris, 1781
(•2) Bullelin des sciences^ par la Société philomathique, an YIII.
(3) Chaussier avait commencé ses expériences en 1785. Yelpeau, qui ne semble pas en avoir compris rimporlance, leur assigne ime date beaucoup plus récente : r.liaiissier, dit-il dans la première édition de sa DJédecine opéraloire, publiée en 1832 (t. I, p. 583), entreprit sur la résection un certain nombre d'expériences, il y a à peu près trente ans. C'est, comme on le voit, une erreur de dix-sept années environ.
(1) Voy. la thèse de son fils, Observations pratiques relatives à la résection des articulations afj'ectées de carie, présentées et soutenues à l'École de médecine de Paiis, le 30 lloréal an XI, par P. -F, Moreau (de Bar-sur-Ornaiii), chirurgien de preniiùrc classe. Paris, an XI, 1803; p. 9.