‹ Histoire de la chirurgie francaise au XIXe siècleChapitre 22 sur 83 · i] PATllOLOGlt; EM'tlUîSE, MÉDECINE OrEUATOlUE · texte numérisé non relu

i] PATllOLOGlt; EM'tlUîSE, MÉDECINE OrEUATOlUE

(le Park par Lassus, no change rien à la question de priorité, mais il constate l'origiiialilé des vues de notre compatriote. L'Académie n'accorda pas la moindre attention à son travail; il en fut de même d'un second mémoire que Moreau lui adressa en 1786, et dans lequel il rendait compte de la résection de la tète de l'humérus et de là cavité glénoïdale qu'il venait de pratiquer (1); enfin, en 1780, un troisième travail, contenant l'ensemble de ses vues, eut l'honneur de la discussion , « mais il 5) rencontra, dit son fils, les plus vives contradictions, quoique appuyé » sur beaucoup de faits qu'on trouva plus commode de nier que de dis- >i cuter; et au lieu de s'assurer de leur réalité, on répondit de manière » à écarter tous renseignements ultérieurs sur un objet qui méritait une » si grande attention (:2). »

Moreau, fort de son expérience et de ses résultats, ne se laissa pàS arrêter par le mauvais accueil fait à ses travaux, et le 15 septembre 179:2 il pratiqua la résection du genou chez un jeune homme de Chàlons-sur- Marne, en présence de Percy, que le passage de l'armée de Kellermann avait amené sur les lieux (3). Il ne survint d'accidents d'aucune espèce; au bout de trois mois la consolidation était complète, et Moreau s'apprêtait à faire marcher le blessé avec des béquilles , lorsqu'il fut atteint de la dysenterie épidémique que les Prussiens traînaient avec eux dans leur retraite et qu'ils communiquèrent en passant à la ville de Bar. Il succomba au bout de quinze jours de maladie, trois mois et demi après son opération.

Cinq mois auparavant, le 15 avril 179:2, il avait pratiqué une résection tibio-tarsienne complète suivie d'un plein succès (i). Enfin c'est Moreau qui a le premier pratiqué la résection totale du coude, et, de toutes les opérations de ce genre, c'est celle qui a été le plus promptement acceptée et qui compte aujourd'hui les plus nombreux et les plus éclatants succès. Personne avant lui n'avait osé s'attaquer sur le vivant à cette articulation compliquée (5); Park s'étaitbornéàl'essayer sur le cadavre, Moreau l'exécuta, le 2 fructidor an II, à l'hôpital de Bar, sur un soldat qui avait reçu un coup de feu dans cette région et qui avait déjà subi plusieurs opérations dans diiférents hôpitaux. La guérison fut complète au bout de deux mois, et deux ans après Moreau put s'assurer que le blessé avait conservé les mouvements de l'avant-bras, résultat auquel il était loin de s'attendre^

(ij Voy. l'observation dans la thèse citée de P. -F. Morean, p. 79.

(2) Même thèse, p. 11.

(3) Voy. l'observation dans la thèse de Moreau fils, p. .51. La résecticin avait été bien complète. L'opérateur avait enlevé la totalité des condyles du fémur, la rotule, la lètc du péroné, et dix lignes de l'extrémité supéi'ieure du tibia.

(i) Thèse de Moreau fils, loco cit., p. 60.

(5) Il y avait eu toutefois en Angleterre deux faits de résection partielle. Jeffray (Excision of carions joints, etc., 1806j cite Weimmn comme ayant enlevé la poulie de l'humérus pour une luxation du coude, et Justamond (de Londres) comme ayant,' en 1781», enlevé l'olécrâne et deux pouces du cubitus pour une carie.

car il comptait sur l'aiikylose (1). Il a pratiqué depuis trois autres résections du coude et avec le même succès. Son fils ne fut pas moins heureux en 1797; son opéré, auquel il avait enlevé 8 centimètres de l'humérus, 3 centimètres du cubitus et la tête du radius jusqu'à l'insertion bicipitale, recouvra si bien les mouvements de son bras, qu'il put plus tard battre en grange et manier la charrue (:2). Les succès des deux Moreau eurent un tel retentissement dans la province, que l'hôpital de Bar-sur- Ornain devint le refuge de tous les malheureux atteints de carie et qui désiraient échapper à l'amputation (3).

Moreau est, on le voit, le chirurgien qui par ses écrits et par sa pratique a véritablement créé en France la méthode des résections articulaires. C'est lui, dit Velpeau, qui a le premier démontré leurs avantages aux yeux de l'Europe chirurgicale, et pourtant ses travaux seraient restés à l'état de lettre morte, nous en ignorerions peut-être encore l'existence, si son fils n'avait pas rappelé les titres de son père à la reconnaissance de la chirurgie, dans cette thèse inaugurale soutenue en 1803, et à laquelle nous avons emprunté laplupart des détails qui précèdent. Ce travail eut un retentissement que de pareils actes ne comportent pas d'habitude; Double en rendit compte à la Société de médecine, en déclarant qu'il ferait époque dans les annales de la science (4). Toutefois, bien que son auteur, qui avait déjà pratiqué lui-même plusieurs résections importantes, continuât à marcher dans la voie tracée par son père, sa conduite trouva peu d'imitateurs, et lorsqu'on ISl'^, le sujet des résections échut à Roux, dans ce mémorable concours qui ouvrit à Dupuytren les portes de k faculté de médecine en l'appelant à s'asseoir dans la chaire de Sabatier, Boyer, abasourdi par l'élrangelé d'une question dont l'Académie de chirurgie n'avait pas daigné s'occuper, demanda ce qu'il pouvait y avoir à dire là-dessus. Il n'y a rien, disait-il, absolument rien (5). Roux se chargea de prouver le contraire, et sa thèse de concours a été pendant de longues années le meilleur travail qu'on pût consulter sur ce sujet. Il l'avait du reste abordé avec conviction, et il est devenu l'un des plus ardents propagateurs de cette méthode opératoire qui devait attendre près de quarante ans encore avant de prendre le rang qu'elle méritait. La chirurgie d'armée seule en avait fait son profit. Percy, témoin des succès de Moreau, l'avait transportée, comme nous le verrons, sur les champs de bataille et en avait fait appré-

(1) Thèse de Moreau lils, p. 33. Heyfeldei' note à tort cette opération parmi les ré-sp.clions pratiquées pour des caries; il commet également d'autres erreurs relativement aux foits de Moreau qu'il cite évidemment de seconde main.

(2) L'observation est rapportée dans sa thèse, p. 21, avec les plus grands détails et avec des dessins à l'appui.

(3) Thèse citée, p. 3J

(I) Journal général de médecine, etc., an XI, t. XVII, p. 24-1. En 1816, Moreau fit paraître un second travail sur le même sujet.

(5) Malg'aig-ne, Analijse du traité des maladies dnruryicales. (Revue médico-chirurgicale, 1853, t. XIV, p. 185.)

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