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il CHIRURGIE D'ARMÉE

ravaiit une consommation effrayante, surtout pour les premiers appareils. Pendant la campagne d'Egypte, Larrey obtint les meilleurs résultats de l'einploi de l'eau pure, et en 1811, dans un avis officiel, il rappela à ses collaborateurs de tout grade qu'ils devaient s'abstenir des liqueurs alcooliques dans le traitement des plaies d'armes à feu, pour ne plus employer que le traitement à l'eau, qui était devenu réglementaire.

Les chirurgiens étrangers arrivaient de leur côté aux mêmes conclusions et aux mêmes règles. En 1809, le professeur Vincent Kern, de Vienne, fit paraître un ouvrage destiné à éclairer ses confrères sur les avantages de cette méthode qui, tout en permettant d'adoucir les maux des blessés et de préserver leurs forces, épargnait en mêm.e temps à l'Élat la dépense de plusieurs millions.

C'est donc aux chirurgiens militaires français que revient incontestablement le mérite d'avoir démontré que l'eau pure est le meilleur topique qu'on puisse employer dans le traitement des plaies récentes, qu'elle permet, par l'addition facile de liquides médicamenteux, et en particulier de teintures alcooliques, de remplir toutes les indications que peuvent réclamer leurs complications; en y ajoutant enfin, comme Percy l'avait déjà conseillé, la précaution d'envelopper le pansement tout entier dans un tissu imperméable qui prévient l'évaporalion des liquides et l'adhérence du linge et de la charpie, on en a fait une méthode complète et qui peut s'appliquer à toutes les solutions de continuité.

Ce traitement, dont la supériorité avait été constatée par tant de chirurgiens et sur tant de blessés, aurait dû passer, à dater de ce moment, à l'état de pratique courante et devenir la règle définitive du traitement des lésions traumatiques. Il n'en fut rien cependant, et à part quelques exceptions, les pansements à l'eau ne furent pas adoptés en France. Les irrigations continues elles-mêmes ont eu quelque peine à s'y faire accepter.

Les mêmes nécessités contraignirent les médecins de l'armée à se départir des règles posées par l'école de Desault en matière de déligation chirurgicale, à substituer à ces appareils compliqués, cà ces bandages coquets et symétriques, si longs à appliquer et d'un dérangement si facile, une simple compresse, la première bande venue et quelquefois le mouchoir du chirurgien ou celui du blessé lorsque l'un et l'autre n'avaient rien de meilleur sous la main. Nos confrères préludaient ainsi, par nécessité et sans parti pris, à la réforme que devait tenter, trente ans plus tard, Mathias Mayor, de Lausanne. Celte pénurie de moyens leur apprit plus d'une fois à se passer de charpie et à la remplacer par tous les corps spongieux qui se trouvaient à leur portée. Dès 1792, à l'époque où il organisait à l'armée du Pihin ses ambulances volantes, dont nous parlerons bientôt, Larrey n'ayant pas à sa disposition une quantité suffisante d'objets de pansement, fit trouer des pièces de linge qu'il découpait ensuite en morceaux qu'il trempait, suivant les besoins, dans

l'huile, clans le vin ou clans l'eau, et qu'il recouvrait ensuite de mousse, d'herbes ou de feuilles sèches (1). Les exigences du champ de bataille firent également apprécier à cet esprit si éminemment pratique les avantages des pansements rares qu'il a contribué plus que personne à vulgariser et que des nécessités d'un autre ordre ont fait adopter de nos jours. C'est également aux chirurgiens militaires de ce temps que revient le mérite d'avoir réagi contre l'injuste discrédit dans lec^uel les sutures étaient tombées, et de les avoir remises en honneur pour la réunion des grandes plaies produites par les coups de sabre de la cavalerie, et dont les agglutinatifs et les bandages unissants n'auraient jamais pu rapprocher les bords.

2» Opérations.

Dans ces conditions toutes nouvelles, la médecine opératoire devait se simplifier comme le reste. Les chirurgiens, toujours insuffisants par le nombre, ne pouvaient pas perdre leur temps en longues délibérations, en soins minutieux, ni s'aventurer dans des opérations délicates, alors que tant de malheureux les réclamaient à la fois; il fallait faire bien, mais faire vite; alors que les circonstances allaient les séparer au bout de quelques instants de blessés qu'ils n'auraient peut-être plus l'occasion dé revoir, il n'y avait rien à remettre au lendemain, il fallait en finir d'un coup, et placer le blessé dans des conditions telles qu'il pût au besoin se passer de soins ultérieurs. De là cette intervention énergique et expéditive, de là ces préceptes qui nous paraissent trop rigoureux aujourd'hui et dont on s'est trop hâté de se départir dans les guerres récentes.

Nous ne pourrions, sans sortir de notre cadre, passer en revue tous les points de la chirurgie d'armée que leur expérience a éclairés; nous nous bornerons à signaler les plus importants et les plus caractéristiques.

1° La nécessité du débridement dans toutes les plaies d'armes à feu avait été posée en principe par A. Paré, et l'Académie, avait sanctionné cette doctrine. Elle répondait, d'après les idées de l'époque, à tant d'indications importantes, qu'on ne pouvait mettre trop d'empressement à y recourir, et on en était venu à pourfendre les membres dans tous les sens. Il en était encore ainsi pendant la guerre de 1734, et Ravaton fut un des premiers à s'élever contre de pareilles exagérations. Les chirurgiens militaires de la république et de l'empire, tout en conservant une pratique qui trouve encore des défenseurs de nos jours, en posèrent les indications et les contre-indications d'une manière beaucoup plus

(1) Communication du baron H. Larrey ù la Sociélfî dp cliirnrg'if, séanpp du ii o''inhro '1«5r., BuUeHn de la Sop,iéff\. t, Vf,p, S74

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rationnelle (1). Ils les réservaient pour les plaies intéressant les aponévroses, les tendons, les capsules et les ligaments, pour les longs trajets décrits par les balles à travers les parties molles, pour les blessures compliquées de corps étrangers, de fractures, d'hémorrhagie, d'étranglement ou d'épanchement sanguin considérable.

Réduite à ces proportions, la pratique du débridement n'en constituait pas moins une thérapeutique bien autrement active que la nôtre. Nous en dirons autant de l'extraction des corps étrangers et des esquilles, à laquelle les chirurgiens de cette époque attachaient une importance capitale et qu'ils poursuivaient avec une persistance, une audace que nous ne connaissons plus aujourd'hui. Ces larges incisions, ces débridements hardis, en facilitant l'écoulement des liquides, firent renoncer cà l'emploi trop répandu des mèches et des lentes, ainsi qu'au séton qu'il était de règle auparavant de faire passer dans tous les trajets parcourus par les balles, et que Lamartinière et Legouas conseillaient encore dans leurs ouvrages.

2" La substitution de la ligature à tous les autres moyens hémostatiques, à la compression, au tamponnement, aux styptiques, dans les hémorrhagies artérielles, comme après les opérations, est un des services les plus signalés que les chirurgiens militaires de cette époque nous aient rendus. Cette admirable méthode existait sans doute longtemps avant eux, mais ils l'ont introduite définitivement dans la pratique, ils en ont démontré la supériorité, ils l'ont employée avec une hardiesse égale à l'énergie de leurs convictions (2).

3° La question des amputations immédiates et des amputations tardives était encore controversée. La plupart des chirurgiens penchaient même en faveur de ces dernières et inclinaient vers l'opinion de Faure, à laquelle l'Académie de chirurgie avait donné sa sanction. L'expérience des champs de bataille ne tarda pas à faire prévaloir définitivement la règle opposée que tout le monde suit aujourd'hui. En présence des difficultés de leur situation et des lésions terribles qu'ils avaient sous les yeux, les chirurgiens militaires ne pouvaient pas hésiter. Des membres fracassés, ne tenant plus que par des lambeaux, menacés de gangrène ou d'hémorrhagies mortelles, ne permettaient pas de songer à la temporisation, alors qu'il fallait, les premiers soins une fois donnés, abandonner les blessés à eux-mêmes ou les livrer ta toutes les chances d'une évacualion précipitée. Cette pratique, toute d'opportunité dans ces circonstances, a fini par prévaloir en principe et par imposer à la chirurgie une règle

(1) Pour connaître dans tous ses détails la pratique adoptée par les chirurgiens militaires de cette époque dans le débridement des plaies d'armes à feu, consulter le mémoire déjà cité de Briot, p. 285.

(2) Larrey, après avoir amputé dans l'article le bras du général Fugières, n'hésita pas à couper en travers les pectoraux pour aller à In rerherrhe de l'artère sons-clnvî.'tp n'trartée. ef en pratiquer la liiïatnrp, ,

fondamentale qui ne se discute plus aujourd'hui. Les mêmes nécessités contraignirent nos confrères à employer cette terrible ressource dans beaucoup de cas où on croit pouvoir s'en dispenser de nos jours. On sait ce qu'il faut de temps, de soins, de précautions et de ressources matérielles pour conduire à bonne fin le traitement des blessures graves, des fracas articulaires, des fractures compliqaées de plaies, d'esquilles et d'attrition des parties molles. On ne peut guère songer à tout cela sur le champ de bataille; l'amputation sacritie le membre, il est vrai, mais elle permet, le premier appareil une fois appliqué, de livrer le malade à lui-même ou de le transporter au loin. Elle n'exige qu'un pansement facile et rapide, elle simplifie la question, en un mot, et c'était le point capital pour les chirurgiens de nos grandes guerres dans les conditions où ils se trouvaient placés.

Un genre d'opérations qui leur était devenu si familier ne pouvait pas manquer de progresser entre leurs mains; c'est la partie de la chirurgie qui a le plus bénéficié de leur immense pratique. Ils en ont élargi le domaine et perfectionné le manuel. La désarticulation de l'épaule était pour eux une opération usuelle, et Larrey, qui l'a faite tant de fois (1), la considérait comme aussi peu grave que l'amputation du bras. C'est à lui qu'on doit d'avoir substitué l'amputation de la jambe à sa partie supérieure, c'est-à-dire dans l'épaisseur des condyles, à celle de la cuisse, qu'on avait coutume de pratiquer toutes les fois que la blessure ne permettait pas d'opérer au lieu d'élection. Enfin, s'il n'est pas le premier qui ait fait sur le champ de bataille la désarticulation coxo-fémorale (2), c'est lui qui l'a pratiquée le plus souvent et l'a fait entrer dans la pratique courante de la chirurgie d'armée. Fidèle à la règle qu'il avait posée de ne jamais différer une amputation reconnue nécessaire, Larrey ne faisait pas d'exception pour la désarticulation de la hanche, malgré les résultats peu satisfaisants qu'il en avait obtenus (3). De nos jours, des doutes se sont élevés sur l'opportunité de cette pratique, mais à cette époque la question ne pouvait même pas être soulevée.

4" Les résections sont des opérations trop délicates, elles réclament

(1) Dans la campagne d'Ég-ypte seulement, il Fa pratiquée dix-neuf fois et a obtenu treize succès.

(2) Voyez, pour les observations antérieures, le rapport d'H. baron Larrey sur le mémoire de Legouest relatif à la désarticulation coxo-fémorale. (Mémoires de la Société (le chirurgie, t. V, p. 376.)

(o) Legouest, dans sa statistique (Mémoires de la Société de chirurgie, t. V, p. 163), attribue à D. Larrey six désarticulations immédiates suivies de mort et une désarticulation médiate suivie de succès; mais H. baron Larrey fait observer que sur les six cas malheureux attribués à son père, il en est deux qu'on peut interpréter autrement, puisque l'un des opérés a survécu vingt et un jours, et l'autre trente jours ou même davantage (rapport cité, Mémoires de la Société de chirurgie, t. V, p. 377),' et c'est bien ainsi que D. Larrey le comprenait lorsqu'il se félicitait d'avoir obtenu'deux succès sur cinq opérations. (Cli7vique chirnrgicrde, t. V, p. "211.)

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