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CHIRURGIE D'ARMÉE

par le ministre d'inspecter cette ligne de Mayence à Sarrebruck, se trouva partout en présence du même désastre et dut passer une partie de ses nuits à enlever lui-même les cadavres enfouis sous la paille pourrie où les blessés gisaient étendus, à les faire enterrer, et à purifier les locaux qui les recelaient.

Le typhus avait franchi la frontière, il s'était introduit à Pont-à-Mousson, à Nancy, à Thiaucourt, à Verdun; il venait d'éclater à Grenoble parmi les jeunes soldats de l'armée du mont Blanc; enfin il avait passé les Pyrénées avec les convois de l'armée d'Espagne ; il s'était déclaré à Montpellier, en même temps que la dysenterie et la pourriture d'hôpital (1), et les convois de malades s'étendirent bientôt de proche en proche le long de la côte et arrivèrent jusqu'à Piochefort.

Pendant que les épidémies se ruaient ainsi sur la France du sud au nord et de l'est à l'ouest, un fléau plus horrible encore s'avançait à leur suite. Les armées de la coalition avaient, elles aussi, franchi la frontière et marchaient sur Paris en écrasant sous leur nomhre une poignée de braves qui défendait le sol pied à pied et qui semait encore sur le chemin de sa retraite les victoires de Brienne, de Champaubert, de Montmirail et de Montereau.

Bientôt Paris vit arriver dans ses murs les premiers convois de malades et de blessés évacués à la hâte; ils descendaient la Seine et débarquaient auprès de la Salpêtrière dont les salles furent bientôt remplies. Après les combats de Craonne, de Soissons, de Laon, les hôpitaux ne purent plus suffire, et le préfet de la Seine mit à la disposition du conseil général les abattoirs du Boule, de Montmartre et de Ménilmontant. Percy les transforma en hôpitaux provisoires, pouvant contenir six mille malades, et ils en reçurent immédiatement quatre mille cent (2).

Cependant l'ennemi s'avançait toujours, et le 30 mars Paris s'éveilla au bruit du canon. Les chirurgiens des hôpitaux répondirent sur le champ à cet appel; dès le point du jour, Dupuytren s'était rendu à la Villette, escorté déjeunes confrères munis de brancards, d'instruments et d'appareils, et pendant tout le jour ils restèrent à ce poste qu'ils n'abandonnèrent que lorsqu'ils en fnrent chassés par les boulets. Breschet, Cruveilhier, Devienne, Marc, se tenaient à ses côtés pendant que Sanson

cipal chargé du service médical, in Recueil de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, 1818, t. V, p. 131.

(Ij Celte maladie s'était introduite à l'hôpital Saint-Eloi, à Montpellier, au mois d'octobre 1813, avec les soldats blessés sous les murs de Pampelune. Elle y fit d'horribles ravages lorsque l'encombrement arriva à son comble. Delpech, qui y occupait depuis un an la chaire de clinique chirurgicale, puisa dans cette épidémie les matériaux de la belle monogpaphie qu'il adressa en 181-4 à l'Institut.

(2) Voy. le discours prononcé par Malgaigne à l'Académie de médecine le !<"■ avril 1862. 'Bulletin de l'Académie, t. XXVII, p. 656.)

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donnait ses soins dans une ambulance de la garde, et que Lallemand, avec quelques-uns de ses camarades, faisait le coup de feu sous les murs de Paris (1).

Richerand, de son côté, avec l'aide de Béclard, avait converti l'hôpital Saint-Louis en une vaste ambulance, et y déployait un zèle et une activité sans égale. Dès le matin les blessés y affluèrent, ainsi qu'à Montmartre et à Ménilmontant; bientôt ils ne trouvèrent plus de place dans les hôpitaux voisins du champ de bataille, et il fallut les diriger sur ceux de l'intérieur. Enfin, quand les alliés entrèrent dans la ville, il n'y avait plus un seul local disponible pour recevoir leurs malades. De Sack, leur chirurgien en chef, avait besoin de six mille lits; on évacua les abattoirs pour y déposer les blessés russes et allemands; quelques jours après, on en demanda six mille autres, l'armée prussienne en réclama cinq cents, et l'effectif total des hôpitaux réunis finit^par s'élever à trente et un mille. Il fallut encorey adjoindre neuf mille cinq cent douze blessés qui étaient restés gisants sur le champ de bataille, abandonnés par les deux armées, et que le conseil des hôpitaux fit recueillir dans les champs, dans les bois, dans les carrières où ils s'étaient réfugiés.

Lorsqu'on songe à ce qu'étaient à cette époque les hôpitaux de Paris, on se fait facilement une idée de ce que dut être la mortalité dans de pareilles conditions d'encombrement, aggravées par une épidémie de typhus. Elle fut effroyable (2) : nombre de médecins, de sœurs, d'infirmiers en furent victimes; mais la lutte était terminée, les communications rétablies ; les chirurgiens de l'armée, rentrés dans Paris, étaient venus joindre leurs efforts à ceux de leurs confrères, et, grâce à leur dévouement et à la sollicitude du conseil général, la situation ne tarda pas à s'améliorer.

Il n'en était pas de même dans les places fortes de la frontière; le typhus y continuait ses ravages ; Torgau avait perdu, nous l'avons dit, la moitié de sa garnison; Hambourg, où Davoust s'était retranché d'une manière formidable avec quarante raille hommes, comptait de sept à huit mille malades ; Mayence n'avait plus, lorsqu'elle ouvrit ses portes à l'ennemi, que douze mille hommes en état de porter les armes; enfin Anvers, laplus magnifique création de l'empire, le dépôt de nos richesses, le boulevard de notre frontière sur l'Escaut, Anvers supportait avec une résignation héroïque les horreurs du siège et celles d'un bombardement; mais les médecins delà marine, plus heureux que ceux de l'armée, purent faire face à toutes les exigences de leur situation, grâce aux ressources de l'arsenal et à celles de l'escadre de l'amiral Missiessy.

(1) L'année suivante, après Waterloo, Lallemand, toujours suivi de sa petite troupe, se battait de nouveau contre les Prussiens dans la plaine des Vertus. (Eloge de François Lallemand par Paul Broca, lu à la Société de chirurgie le 22 janvier 1862.)

(2) Trébuchet, Discussion sur la salubrité des hôpitaux. (Bulletin de l'Académie de médecine, i, XXVII, p. 520.)

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