‹ Histoire de la chirurgie francaise au XIXe siècleChapitre 3 sur 83 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

et si précieux, qui égarent ces jeunes esprits dans le labyrinthe des doctrines et des théories contestées, celles-là font fausse route et se trompent d'époque. Dans cette existence si remplie, les travaux de pure érudition ne peuvent pas trouver leur place. Les recherches historiques comportent d'ailleurs une maturité de jugement qui fait défaut à cet âge de la vie. Plus tard, lorsqu'au miheu de ses rudes labeurs, le médecin sent s'éveiller en lui le désir de connaître un passé qu'il n'a fait qu'entrevoir à travers le décousu de ses lectures, il n'a plus ni le temps ni les éléments nécessaires pour le reconstituer, et c'est en vain qu'il demande à la littérature médicale un Hvre qui lui épargne cette peine.

Ce livre, il est surprenant que personne n'ait encore songé à l'écrire, car les études historiques ont un charme sans pareil. Il n'est pas pour l'intelligence de satisfaction plus délicate que celle qui consiste à suivre l'évolution d'une pensée à travers les âges, en assistant aux transformations qu'elle subit pour se dépouiller de sa gangue de préjugés et d'erreurs, et s'il n'est pas donné à tout le monde de faire le récit des grands événements politiques, il n'est personne qui ne puisse raconter le passé de la science dont il s'est exclusivement occupé. Il ne faut pour cela que des loisirs, du temps, une certaine expérience, quelque indépendance d'esprit, et des ressources bibliographiques suffisantes. C'est aux maîtres de l'art, aux professeurs vieillis dans l'enseignement et dans la pratique, qu'il conviendrait de se charger d'un pareil travail ; mais pas un d'eux ne l'a fait, pas un ne s'apprête, à le faire, et c'est pour cela que nous l'avons entrepris. Nous avons cru pouvoir nous charger de cette tâche, après trente ans de pratique chirurgicale et vingt années d'enseignement dans une école dont tous les professeurs sont nommés au concours, qui fournit à la marine et à nos colonies des médecins dont le mérite est aussi connu que leur modestie, et de laquelle sont sortis la plupart des praticiens instruits et dévoués qui exercent l'art de guérir en Bretagne. Placés depuis dix ans à la tête de grands services hospitaliers, nous pensons y avoir acquis l'expérience nécessaire pour

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