PRÉFACE. VII
aborder, avec quelque compétence, les graves questions d'hygiène nosocomiale qui préoccupent à si juste titre les chirurgiens de notre époque. Ne nous faisant aucune illusion sur la mesure de nos forces, nous n'avons pas pu songer à embrasser l'histoire de l'art de guérir dans son ensemble ; nous nous sommes borné à nous occuper de la branche que nous avons plus spécialement cultivée, mais en donnant à notre sujet des proportions plus larges que celles qu'on lui assigne d'habitude. Nous nous sommes proposé de réunir dans un ouvrage concis tout ce qui a trait à la chirurgie, aux sciences qui s'y rapportent et aux savants qui l'ont illustrée depuis le commencement du siècle.
Un travail de cette nature présentait des difficultés que nous ne nous sommes pas dissimulées. Mener de front l'histoire et la critique, parler d'événements qui se sont produits en dehors du milieu dans lequel on a vécu, nous a paru d'abord une entreprise téméraire; mais, en y réfléchissant, nous sommes arrivé à nous convaincre que, pour bien apprécier les faits, il n'était pas indispensable d'y avoir été mêlé. Un certain degré d'éloignement est même nécessaire pour en saisir l'enchaînement et pour les juger sans prévention et sarrs parti pris. Il en est de même lorsqu'il s'agit des hommes. On ne saurait être impartial à l'égard de ceux qu'on a trop connus. Les figures historiques sont comme les grands tableaux : pour les bien voir il faut les regarder à distance. Les défauts de caractère, les faiblesses inséparables de la nature humaine, les imperfections qui frappent si vivement les contemporains disparaissent alors aux yeux de l'auteur. Le côté anecdotique de ses personnages lui échappe; l'homme s'efface pour faire place au savant. Il s'agissait du reste beaucoup moins pour nous de tracer le portrait de ces morts illustres que de rechercher la part que chacun d'eux a prise au mouvement intellectuel de son époque, et la mesure dans laquelle il a contribué aux progrès de notre art. Cette appréciation, nous l'avons avant tout demandée à leurs œuvres et au souvenir des relations personnelles que nous avons eu la bonne fortune -d'entretenir avec un certain nombre