‹ Histoire de la chirurgie francaise au XIXe siècleChapitre 30 sur 83 · CHAPITRE îl · texte numérisé non relu

CHAPITRE îl

DUPUYÏPxEN ET LES GUI RUT. G lENS GONTEMPOUAINS.

* ARTICLE PREMIER

DLPUYTREX.

Dans le chapitre précédent, nous nous sommes efforcé de dépeindre le milieu scientifique dans lequel la chirurgie était appelée à se développer pendant le cours de la seconde période. Nous abordons maintenant une tâche plus délicate; il s'agit de mettre en scène les hommes qui se sont illustrés sur ce brillant théâtre, et ce n'est pas sans quelque émotion que nous nous trouvons tout d'abord eu présence de la grande ligure qui les dépasse tous. A l'époque où nous avons commencé nos études, Dupuytren venait de mourir, son nom remplissait les écoles, il n'y était question que de lui. Cette impression nous est restée, et les recherches auxquelles nous venons de nous livrer ne l'ont pas amoindri. Les appréciations si diverses que ses biographes nous ont hissées, les critiques parfois passionnées dont il a été l'objet, nous paraissent s'adresser surtout à Thorame, et c'est le chirurgien que nous voudrions avant tout représenter. Ce qui nous intéresse, ce que nous tâcherons de faire ressortir, c'est l'influence qu'il a exercée sur la chirurgie de son temps, et la somme de progrès dont elle lui est redevable. Cette appréciation, nous l'avons demandée à ses œuvres, et nous espérons l'y avoir trouvée.

A l'époque à laquelle nous nous reportons, Dupuytren venait d'atteindre le but suprême de son ambition et de remplacer à riIôtel-Dicu Pelletan, qui y remplissait depuis vingt ans les fonctions de chirurgien en chef. Un travail sans trêve, des luttes répétées, des privations de tout genre avaient rempli la première moitié de cette existence qui

I Ij Voy. la Gabelle médicale de Paris, 1834.

I5i DUPUYTREN ET LES CHIRURGIENS CONTEMPORAINS. ' [i8Ii-

ii'avaitpas eu de jeunesse; la seconde allait lui apporter une renoramée, une autorité scientifique sans égales, des titres, des honneurs, une fortune royale. Nous avons eu déjà plusieurs fois l'occasion de parler de son passé scientifique, mais il tient trop de place dans l'histoire de la chirurgie pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir.

Guillaume Dupuytren (1), comme presque tous les grands chirurgiens, était sorti d'une famille pauvre. Ses biographes ont raconté les épisodes romanesques de sa première enfance et les pénibles débuts de cette carrière qui devait être si brillante un jour. Après avoir ébauché, au collège de la Marche, des études de l'insuffisance desquelles il s'est toujours ressenti, il embrassa la carrière médicale à l'instigation de Thouret, dont l'appui était assuré à tous les hommes d'avenir, et se livra à l'étude de l'anatomie avec une passion qui ne devait pas se ralentir. En 1705, à peine âgé de dix-huit ans, il obtint au concours une des places de protecteurs qui venaient d'être créées à la réorganisation des écoles; six ans après, en 1801, il fut nommé chef des travaux anatomiques, en- remplacement de Duméril (2). C'est à partir de cette nomination que commence la première phase de sa vie scientifique. S'emparant des grandes vues à peine ébauchées par Bichat, il se livre avec une ardeur infatigable à l'élude de l'anatomie pathologique; il détermine, il classe, il fait modeler et peindre les nombreuses pièces qui lui parviennent de tous les hôpitaux (3); il jette ainsi les premiers fondements de ces riches collections qui devaient avoir sa dernière pensée et auxquelles il a attaché son nom. En même temps, il aborde la physiologie expérimentale et entreprend une série de recherches sur les fonctions des nerfs de la langue, sur les mouvements du cerveau et sur les phénomènes de la

(I) Dupuytren (Guillaume), né à Pierre-Buflière (Haute-Vienne) le 6 octobre 1777, mort à Paris le 7 février 1835. — Voy. pour sa biographie :

1° Eloge du baron G. Dupuytren, lu à la séance publique annuelle du 9 aoiit 183{i, par E. Pariset, secrétaire perpétuel de l'Académie, in Histoire des membres de VAcadémie royale de médecine. Paris, 1850, t. II, p. 103;

^o Essai historique sur Dupuytren, par Vidal (de Cassis). Paris, 1835.

3" Dupuytren, par Malgaigne, in Nouvelle Biographie générale, par Firmin Didot frères. Paris, 1856, t. XLV, p. 386;

A-° Dupuytren, par Isidore Bourdon, in Dictionnaire de la conversation, t. XXI,

5» Discours prononcé le 17 octobre 1869, au nom de l'Académie des sciences, par le baron Larrey, à l'inauguration de la statue de Dupuytren. Paris, 1869 ;

6" Dupuytren, galerie médicale par Réveillé-Parise, in Gazette médicale, 1838, p. -197.

(i) Il avait, quelques mois auparavant, disputé cette place à Duméril dans le concours ouvert pour remplacer Fragonard, qui l'occupait depuis 1795. Duméril l'avait emporté d'une voix, et lorsqu'il .devint professeur, la place fut donnée à Dupuytren, sans nouveau concours.

(3) Il les faisait modeler par Pinson, artiste modeleur de l'École de médecine, ou -dessiner par Lemonnier, peintre de l'école, et ajoutait une note à chaque préparation.

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