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AMPUTATIONS, TORSIONS DES ARTÈRES

Heister, avaient bien, il est vrai, conseillé en termes vagues de se borner à enlever la partie malade en séparant les os les uns des autres ; B. Bell avait même proposé d'en faire une règle générale et donné quelques ■conseils pour s'y conformer; mais aucune distinction n'avait été établie entre les différentes articulations, aucun procédé opératoire n'avait été formulé. L'anatomie topographique du pied était trop mal connue pour que les chirurgiens osassent s'aventurer dans ce labyrinthe; aussi lorsque, en 1787, Chopart pratiqua d'une manière méthodique l'amputation médio-tarsienne, celte opération fut considérée comme une véritable con- -quête chirurgicale (1). Il n'était cependant pas guidé par des notions anatomiques bien précises, car il représentait cette opération comme très -difficile, et le fait est que, sept ans plus tard, Pelletan mit une demi-heure à la pratiquer, bien qu'il eût sous les yeux un pied de squelete articulé.

La désarticulation tarso-métatarsienne paraissait plus impraticable encore. Percy s'est trompé en avançant qu'elle était usuelle au temps de Garengeot (2). Ce chirurgien n'en parle nulle part; dans l'article qu'il consacre kV amputation du pied entre les os du métatarse et entre le métatarse et les doigts, il dit positivement que cette opération n'est qu'une séparation des pièces maléficiées d'avec celles qui sont saines (3). Dans l'unique observation qu'il cite, il s'agit d'orteils gangrenés qu'il a séparés, à coups de bistouri et de ciseaux, des os du métatarse dont Y extrémité antérieure était à nu et s'exfolia par la suite. Ce n'est qu'à la fin du siècle dernier que l'amputation tarso-métatarsienne a été régulièrement pratiquée, et il n'en existe que quatre observations; la première est de Turner, elle remonte à 1787; la seconde de Percy, en 1789; la troisième de Larrey, en 1793; la quatrième de Hey, en 1799. Nous ne savons rien du procédé de Turner ni de celui de Larrey, qui se borne à mentionner le fait (4), mais celui que Percy mit en usage sur un moine de Clairvaux laissait beaucoup à désirer, car il convient lui-même qu'après l'avoir répété plusieurs fois sur le cadavre, et avec le squelette du pied sous les yeux, il eut toutes les peines du monde à trouver l'interligne et s'en tira fort mal. Quant au procédé suivi par Hey et décrit par lui en 1810 avec quelques détails, il est également défectueux et comprend la résec-

(1) Yelpeau (Nouveaux Eléments de médecine opératoire, deuxième édit., Paris, 1839, t. II, p. 498) conteste la priorité de cette opération à Chopart. Il prétend que Hecquet (d'Abbeville), Vigaroux et Lecat l'avaient faite avant lui. Lisfranc a prouvé, textes en main, que les deux premiers n'avaient fait que détacher des parties sphacélées, et que Lecat, pour enlever la moitié du pied, avait eu recours au caustique. {Précis de médecine opératoire. Paris, 18i6, t. II, p. 314.)

(2) Rapport sur le mémoire lu par bisfranc à l'Institut le 13 mars 1815.

(3) René-Jacques-Croissant de Garengeot, maître es arts en chirurgie. Traité des opérations de chirurgie. 2e édition, 1731, t. III, ch ix, art. 5, p. 114..

(4) D.-J. Larrey, Mémoires de cliirurgie militaire et de campagnes, t. I, p. 76.

tion de la portion saillante du premier cunéiforme. Le fait est que cette opération était si peu usitée que Sabatier n'en parle pas dans son traité de médecine opératoire. Elle n'a passé dans la pratique usuelle que depuis les travaux de Villermé et de Lisfranc. C'est au mois de février 1815 que ces deux chirurgiens adressèrent leurs mémoires à l'Académie des sciences. Elle accorda la préférence à celui de Lisfranc. Ce travail, dont nous avons déjà signalé l'importance, était à tous égards digne de cette distinction. C'était la première fois qu'on voyait aborder, avec de pareils développements, un sujet de médecine opératoire. L'anatomie topographique du pied, la direction, l'étendue, les rapports des surfaces articulaires, les préceptes pour les découvrir, la force et la résistance de chacun des ligaments, les différences que peuvent présenter ces dispositions suivant les individus et les états pathologiques, tout y était prévu, analysé, approfondi avec une sagacité et un sens pratique bien remarquables chez un chirurgien de vingt-cinq ans. Lisfranc inaugurait ainsi la série d'études qu'il a poursuivies sur toutes les opérations du' même genre et qui lui ont permis de tracer plus tard les règles générales des désarticulations avec une précision qui n'avait pas encore été atteinte et qui ne devait pas être dépassée. Cette façon de procéder en médecine opératoire, cette application de la géométrie à la pratique des désarticulations, causa d'abord une certaine surprise; elle fut vivement critiquée par quelques 'chirurgiens et en particulier par Velpeau. On contesta l'exactitude de ces mensurations en se basant sur les variétés individuelles, on railla cet échafaudage de lignes, cette prétention de fixer, à quelques millimètres près, les dimensions, les distances ou le degré d'ouverture des angles. Lisfranc a, suivant nous, victorieusement répondu à ces objections; nous pensons comme lui qu'une mensuration exacte vaut mieux qu'une indication approximative, qu'un chiffre a toujours sa valeur, quand il représente une moyenne d'observations suffisantes, et qu'il vaut mieux se fier, pour conduire son bistouri, à un tracé linéaire qu'à son coup d'œil. Un opérateur consommé peut sans doute s'affranchir de ces précautions préalables ; son œil exercé voit à travers les tissus la jointure dans laquelle il va pénétrer, et sa main assurée n'a pas besoin de guide, mais ce n'est pas pour les maîtres de l'art que les règles des opérations sont tracées et que les procédés sont si minutieusement décrits; ces conseils s'adressent à la masse infiniment plus considérable des praticiens sans expérience personnelle, et ils leur sont indispensables toutes les fois qu'ils se trouvent dans la nécessité de pratiquer une opération avec laquelle ils ne sont pas familiarisés. Lisfranc le savait bien, et tous ceux qui ont exercé des élèves à l'amphithéâtre le savent comme lui. Nous avons puisé cette conviction à l'école d'un maître qui a poussé plus loin que personne le perfectionnement des procédés opératoires, qui a fait de la loi des rapports et de la docrine des points de repère la base de se? importants travaux. Dix années du même enseignement nous ont

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