AMPUTATIONS, TORSIONS DES ARTÈRES
prouvé qu'on ne saurait apporter trop de rigueur et de précision dans les démonstrations de ce genre.
"2" Méthode ovalaire.
La prépondérance que ces travaux donnèrent aux désarticulations, trop négligées jusqu'alors, eut pour conséquence de perfectionner la méthode à lambeaux et de la faire prévaloir sur la méthode circulaire, à laquelle les chirurgiens du xviii'' siècle s'étaient surtout attachés. Cette dernière s'applique difficilement aux amputations dans la contiguïté, en raison de rirrégularité des surfaces à recouvrir et de la disposition peu favorable des parties molles au voisinage des articulations. Il fallait de toute nécessité créer un procédé particulier pour chacune d'elles, et la méthode à lambeaux se prête beaucoup mieux à cette variété en permettant de les (ailler sur le côté de la jointure qui s'y prête le mieux. Malgré le soin avec lequel ce problème fut étudié, on ne tarda pas à s'apercevoir que certaines régions s'y montraient rebelles, et la constatation de cette insuffisance fit naître une troisième méthode. La méthode ovalaire, signalée par Lassus en 1793, par Charley en 1803 (1), mise à exécution en 1807 par Langenbeck, dans un cas d'amputation du deuxième métacarpien (2), par Guthrie en 1815, pour la désarticulation scapulo-humérale (3), n'existait encore qu'à l'état de procédés particuliers, réservés pour quelques articulalions spéciales, lorsqu'en 1827, Scoutetten entreprit d'en généraliser l'em- |iloi et de l'appliquer à la plupart des articulations (4). Son travail fut accueilli avec faveur; la méthode ovalaire prit rang dans la pratique et vint augmenter les ressources de la médecine opératoire. Son caractère fondamental consiste à arriver par un triangle à une ellipse dont le petit foyer se trouve près de l'articulation (5). Ce problème, quelque peu étrange dans son énoncé, se résout à l'aide de trois incisions curvilignes dont les angles, s'émoussant par l'élasticité des parties molles, produisent en etïet une surface traumatique ovalaire. Cette façon de procéder a l'avantage de pouvoir s'appliquer aux cas fréquents dans lesquels les régions externe et supérieure des membres ont été compromises par la lésion traumatique et ne peuvent plus fournir à la confection des lambeaux ; elle est d'une exécution facile et permet de recouvrir la surface articulaire à l'aide de parties molles dont tous les éléments sont conservés et qui ne sont pas susceptibles de se rouler sur elles-mêmes ou de se gangrener, ainsi que cela arrive quelquefois aux lambeaux trop minces ou insuffisamment matelassés. Toutefois l'expérience a montré qu'elle ne rendait pas
li] Velpeau dit en 180:2 ou 180-i, nous n'avons pu vérifier cette date. ('2) Bihllotek der Cldrunjie hevausgecjeben, von C. J. M. Langenbeck. Gôttingen, 1807. (3) Guthrie on Guushof wounds. London, 1815.
ii) H. Scoutelton, La Mélhode ovalaire, ou nouvelle méthode pour amputer dans les articulations. Paris, 1827, in-4" avec quatre planches.
|5| Scoutetten, loco cit., p. 5. (Voy. les figures pour l'explication de ses procédés.) J, RocHARD. —Chirurgie franc. IG
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toiijoiirs l'accès de l'articulation assez facile, lorqu'on voulait ménager les parties molles dans une étendue suffisante pour la recouvrir convenablement après l'opération. Pour concilier ce double avantage, on a apporté une légère modification à la mélbode de Scoutetten, en ajoutant une incision verticale k celles qu'il a conseillées. Cette incision, par laquelle on débute, donne à la surface de section l'aspect d'une raquette ; elle se rapproclie ainsi beaucoup du procédé si souvent mis en usage par Larrey pour la désarticulation de l'épaule.
Pour compléter l'histoire des désarticulations pendant le cours de celle période, il nous reste cà signaler les efforts faits par Yelpeau, en 1830, pour réhabiliter celle du genou. A cette époque, tous les chirurgiens étaient d'accord pour la proscrire. Depuis les tentatives inutiles faites en sa faveur par J.-L. Petit, par Iloin et par Brasdor, elle n'avait trouvé qu'un seul défenseur dans la personne de Blandin, qui avait osé se prononcer pour elle en reproduisant les arguments de Brasdor (1). Velpeau ne se laissa pas décourager par cette réprobation unanime, et tenta de la disculper en se basant sur le raisonnement et les faits. Ses raisonnements étaient ceux de Brasdor et de Blandin, les faits puisés dans les annales de la chirurgie étaient au nombre de douze, et sur ces douze opérations une seule avait été suivie de mort (:2). En présence de résultats aussi exceptionnels, Yelpeau n'hésitait pas à déclarer que la désarticulation du genou devait être préférée à l'amputation de la cuisse, et même à celle de la jambe, dans l'épaisseur des condyles, et qu'elle devait être érigée en règle générale dans tous les cas où, pour emporter la totalité du mal, il fallait faire tomber la scie au-dessus de la lubérosilé libiale (3). Neuf ans après, éclairé par de nombreux revers, il reconnut avec une loyauté parfaite qu'il avait exagéré l'innocuité de celte opération dans son premier mémoire, et que, tout en conservant sa supériorité sur Tamputation de la cuisse, elle était contre-indiquée lorsqu'il était possible d'amputer plus bas (4). Même avec cette restriction, la désarticulation fémoro-libiale n'a pas pu se faire accepter dans la pratique, et les tentatives faites par les chirurgiens militaires, et notamment par Baudens et par Olagnier, n'ont pas eu plus de succès que celles de Yelpeau.
(1) Blandin,' Dictionnaire de médecine et de cliinirtjie pratiques, en 15 vol., t. If, p. 280, 1829.
(2) A. \o\pGau, Mémoire sur t'arnputation de lajamliedans t'articutalion du (jencju,. et description d'un nouveau procède pour pratiquer cette opération. (Arcliives générales de médecine, 1830, t. XXIV, p. il.»
(3) Yoy. ses conclusions, dans le mémoire déjà cilé. (Arcliires générales de médecine, 1830, t. XXIV, p. GO.)
(4) Yelpeau, Eléments de médecine opératoire, deuxième édit., 183'J, t. II, p. 520.