‹ Histoire de la chirurgie francaise au XIXe siècleChapitre 37 sur 83 · MALADIES CHIRURGICALES DU TUBE DIGESTIF · texte numérisé non relu

MALADIES CHIRURGICALES DU TUBE DIGESTIF

le croire du moins, puisque Belmas se flatte d'avoir obtenu cinq succès sur dix opérations, mais en fin de compte cette méthode n'était pas viable, elle supposait de la part des tissus vivants une tolérance pour les substances étrangères q,ui ne leur est pas habituelle; elle ne survécut pas aux essais que nous venons d'indiquer.

En 1835, Gerdy appela de nouveau l'attention sur ce sujet en proposant un procédé assez analogue à celui de Jameson, mais moins dangereux et moins incertain dans ses résultats. Jameson, du reste, n'avait eu recours au sien qu'en présence d'un cas particulier, chez un sujet qui avait déjà subi l'opération de la hernie étranglée; il n'avait pas eu la pensée d'en généraliser l'emploi et de l'appliquer aux hernies vierges de toute opération. C'est à cette classe infiniment plus nombreuse que s'adressa Gerdy. Il comprit que dans ce cas il n'était pas nécessaire d'ouvrir le sac, de disséquer un lambeau de peau et de l'y enfoncer, qu'il suffisait de refouler dans le canal inguinal la peau mobile et distendue du scrotum, en la renversant comme un doigt de gant, et de la fixer au fond de ce conduit par quelques points de suture, pour faire adhérer entre elles les surfaces séreuses ainsi mises en contact. Ses deux premières opérations eurent lieu au mois de mars 1835; il s'empressa d'en communiquer les résultats aux sociétés savantes. L'Académie des sciences, par l'organe de Larrey (1), l'Académie de médecine, par celui de Gimelle (2), exprimèrent un avis peu favorable à la nouvelle méthode. Cependant elle était trop séduisante par sa simplicité et son innocuité apparentes, elle réalisait sur celles qui l'avaient précédée un progrès trop évident pour que les chirurgiens ne la missent pas à l'essai. Lorsque Gimelle fit son rapport, onze individus y avaient été soumis dans les hôpitaux de Paris, et il n'en avait succombé qu'un seul, encore la mort avait-elle été causée par les précautions prises pour l'éviter. L'application de la glace sur' le ventre avait fait naître une pleurésie qui enleva le malade. On comptait, il est vrai, déjcà trois récidives avant la sortie de l'hôpital et un des opérés avait traversé les accidents les plus graves. Ces premiers résultats n'étaient pas exirêmement encourageants, mais la éthmode était susceptible de perfectionnement, et les tentatives ontinuèrent. Leroy d'Etiolles, quelques mois après que Gerdy eut fait connaître ses observations, proposa une modification qui consistait à maintenir l'invagination au moyen d'une pince à branches concaves, dont l'une s'introduisait dans le cul-de-sac cutané, tandis que l'autre restait libre au dehors; en les rapprochant à l'aide d'un pas de vis, on déterminait une compression assez forte pour produire l'inflammation adhésive ou même la gangrène des parties étreintes entre les mors de l'instrument (3).

(I) Séance du 1" j^Jq 1835.

t'2i Séance du 5 janvier 1830.

(3i Cii}-e radicale des hernies, mémoire lu à l'Académie de médecine le 6 ocUbre 18-^5. Voy. le rapport déjà cité de Gimelle. (Séance du 5 janvier 1836.;

En 1837, Bonnet (de Lyon) (i) et Mayor (de Lausanne) (2) imaginèrent d'ingénieuses sutures destinées à atteindre le même but. Cette même année, Velpeau tenta d'appliquer à la cure radicale des hernies la méthode des injections iodées, qui lui avait si bien réussi dans l'hydrocèle. Cette idée a été reprise depuis par Maisonneuve etparPùcord. En 1844,Wurtzer proposa de maintenir l'invagination à l'aide d'un petit cylindre de buis ou d'ivoire appelé invaginatoriam. Ce procédé fut modifié plus tard par Sotteau, par Langenbeck, par Watmann et par Rothmund (de Munich). Valette (de Lyon), en 1854, en imagina un analogue dans lequel les caustiques venaient en aide à l'invagination (3) ; Môsner est l'inventeur d'un moyen plus simple, qui consiste à traverser le fond du cul-de-sac cutané par un fil qu'on laisse en place et qui remplit l'office d'un séton (4). Nous n'entrerons dans aucun détail au sujet de ces procédés et de quelques autres que nous avons omis de mentionner, parce qu'ils ne se rattachent pas à la période que nous traversons et qu'ils ne se sont pas introduits dans la pratique. Ils dérivent tous de la méthode de Gerdy, efc quelques-uns ont fourni des résultats assez satisfaisants. Celui de Wurtzer, auquel on s'accorde à donner la préférence, a été appliqué cent quarante fois à la clinique de Munich sans qu'il y ait eu un seul cas de mort. Sur trente-quatre malades opérés à l'aide du séton de Mosner, Rothmund a obtenu vingt-neuf guérisons pour un seul décès. Si ces pratiques n'ont pas été acceptées par tout le monde, cela tient à ce qu'une hernie contenue par un bandage bien fait n'est qu'une incommodité à laquelle on s'habitue, et que les hernieux ne se soucient pas de courir les chances d'une opération dont on ne peut leur garantir la complète innocuité. Quel que soit le procédé qu'on emploie, on n'est jamais sûr de ne pas provoquer une péritonite, et celte considération suffit pour arrêter la main des chirurgiens prudents. Aucun de ces procédés ne peut s'appliquer aux hernies irréductibles, et dans aucun cas ils ne mettent le patient à l'abri de la récidive; elle est presque certaine lorsque la hernie, depuis longtemps abandonnée à elle-même, a acquis des dimensions considérables, qu'elle a élargi et redressé le canal inguinal, et pourtant ces grosses hernies faciles à réduire, mais à peu près incoercibles, qu'on rencontre si souvent chez les ouvriers, sont celles qu'il y aurait le plus d'intérêt à guérir radicalement. L'opération, il est vrai, en rétrécissant le canal, rend l'application du brayer plus efficace, mais un pareil résultat vaut-il la peine de tenter une opération semblable ?

Toutes ces raisons ont fait renoncer de nos jours à poursuivre le pro-

(i) Gazette médicale, 1837, p. 27"2.

(2) Idem, p. 791.

(3) D. Valette, De la cure radicale des hernies inguinales et d'un nouveau moyen ■de robtenir. Lyon, t854-, iii-S".

(4.) Ces procédés sont décrits et les instruments qu'ils nécessitent sont figurés dans l'Arsenal de la chirunjie contemporaine, de Gaujot et Spillmann, t. II, p. 63i et suiv.

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blême de la cure radicale dos hernies, et l'on s'en tient aux bandages, dont la fabrication est arrivée aujourd'hui à un degré voisin de la perlection (1).

•ii H. — Ealcrotomie. — Sutures intestinales. — Maladies de l'anus et du reetuni.

Les méthodes que nous venons de passer en revue reposaient toutes sur la tendance à l'intlammation adhésive que présentent les séreuses en général, et le péritoine en particulier. Ce principe de physiologie pathologique, posé par Bichat et fécondé par ses disciples, était susceptible de nombreuses applications, et parmi celles qui en découlèrent à cette époque, nous nous arrêterons quelques instants sur le traitement de l'anus contre nature et sur celui des plaies de l'intestin.

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