‹ Histoire de la chirurgie francaise au XIXe siècleChapitre 40 sur 83 · J,S351 LE SPÉCULL'M ET LA CIIIUURGIE UTÉRINE. 2GI · texte numérisé non relu

J,S351 LE SPÉCULL'M ET LA CIIIUURGIE UTÉRINE. 2GI

appareil iiistrumeiila], il avait siil'fi, pour transformer la Ihérapeuliqiie des maladies de l'uléras, d'introduire dans la pratique un instrument d'une simplicité primitive, connu des Arabes et des chirurgiens du xvr siècle, mais qui était complètement tombé en désuétude lorsque Piécamier le fit revivre.

Les instruments figurés jusqu'alors, il faut s'empresser de le reconnaître, n'avaient avec le sien d'autre analogie que le but. Les pourfraicLs de spéculum malricis figurés dans A. Paré (1), ceux qui ont été décrits par Scullet et par Garengeot étaient formés de deux ou trois valves susceptibles de s'écarter ou de se rapprocher à l'aide d'un mécanisme assez compliqué. Piécamier leur substitua le tube conique en étain qui est aujourd'hui si répandu dans la pratique. Son invention remonte à 1301, 'mais Récamier ne s'en servit d'abord que pour le pansement des ulcérations du museau de tanche, et ce ne fut qu'au mois de mai ' 1818, et après l'avoir perfectionné, qu'il en fil l'application en public sur une malade de l'Hôtel-Dieu (:2). Dupuytren, Chaussier, Désormeaux, Husson, Cayol, Fizeau, Droguet, qui assistaient à ce premier essai, furent frappés de la facilité avec laquelle le col utérin fut mis à découvert. On an parla dans le monde médical, les journaux scientifiques s'en emparèrent, et dès lors l'avenir du spéculum fut assuré. En 1819, il fut décrit et iiguré dans le Dictionnaire- des sciences médicales, et l'année suivante dans l'ouvrage de Patrix (3). Des perfectionnements y furent apportés; Dupuytren en diminua la longueur et lui ajouta un manche; plus tard, .madame Boivin imagina le spéculum à deux branches, qui, modillé successivement par Jobert et par Ricord, a subi depuis des transformations sans nombre. Toutefois, et malgré son utilité évidente, il eut quelque peine à se vulgariser; il eut ses détracteurs et ses fanatiques, et Récamier luimême n'en comprit pas tous les avantages. Au lieu de s'en servir pour éclairer le diagnostic des maladies utérines, il en ht l'instrument d'une thérapeutique désastreuse en l'appliquant à l'amputation du col et môme à l'ablation de la matrice (i). Cet emploi était du reste indiqué par h» courant d'idées qui entraînait cette époque. C'était au moment où la doctrine de Broussais commençait à se répandre, où toutes les lésions organiques étaient considérées comme des produits de l'inflammation. La médication antiphlogistique pouvait seule, en l'enrayant au début, prévenir ces redoutables conséquences, et le spéculum venait à point

(Ij Ambroisc Paré, Œuvres complètes, édition Malgaignc. Paris, 1810, t. Il, liuilième livr.-?, p. 788.

(2) Yoy. celte observation et le dessin du spéciiliuu dont il se servit; dans le Didioiinuire des sciences médicales, t. XXXI, p. lii.

(3) Patrix, Traité sur le cancer de la mairice el sur les maladies des voies utérines. Paris, iS'^O.

(4) A. Courty, Traité des maladies de Vulévus et de ses annexes. Paris, I8G(3, introduction, p. 8.

pour permettre aux chirurgiens de la faire intervenir localement dans le traitement des affections utérines. Guilbert entra le premier dans cette voie, et le 9 juin 1821 il lut à l'Académie un mémoire dans lequel il proposait d'appliquer des sangsues sur le col à l'aide dn spéculum récemment inventé par M. Récamier. Il rappelait dans son travail qu'on avait eu la même pensée au xvii'' siècle, et que dans le but de rappeler les lochies supprimées, Zacutus-Lusitanus, en 1642, et Jérôme Nigrisoli (de Ferrare), en 1665, avaieiit tenté d'appliquer ce moyen. Faute d'un instrument convenable, ils avaient dû se borner à introduire les sangsues dans la vulve, après les avoir attachées à un fil, en se fiant à l'instinct de ces animaux pour gagner le museau de tanche et s'y fixer. On comprend sans peine que celte confiance n'ait pas été justifiée, et cette idée, comme tant d'autres, était tombée dans l'oubli lorsque Guilbert la produisit sous une forme rationnelle (1). Une foule de gens en réclamèrent la priorité, la plupart se bornèrent à l'adopter avec un empressement que justifiait la doctrine à la mode; mais Lisfranc, qui commençait à s'occuper de ce& maladies, rejeta ce moyen thérapeutique; Chomelle proscrivit également, et il n'en fut plus question jusqu'au moment où Aran le remit en vogue, il y a une trentaine d'années (2).

La possibilité de mettre à découvert et d'examiner le col de l'utérus devait faire naître la pensée d'en explorer la cavité, et Samuel Lair, dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences en 1828, vint proposer d'y introduire un stylet ou une sonde d'argent pour chercher à constater ses états morbides (3). Cette pratique, à laquelle Levret avait eu recours, dans le courant du siècle dernier, pour déterminer mathématiquement la profondeur de la matrice, contenait en germe la curette de Récamier, l'hystéromètre, la sonde utérine et les redresseurs de Simpson (A) et de Valleix.

Section du col ulérin. — Le spéculum venait encore offrir aux idées broussainiennes un autre genre de ressources. La méthode antiphlogistique ne justifiait pas toujours ses promesses; en dépit des sangsues et des émollients,les affections organiques allaient leur train, et, dans l'impossibilité de prévenir le mal, la doctrine des localisations morbides devait conduire à le couper dans sa racine. Sous cette impulsion, l'amputation du col acquit une vogue momentanée, et pendant quelques années il n'est guère d'opération dont on ait autant abusé. Cette pratique et le

(1) Guilbert, Considérations pratiques sur certaines a/fections de l'utérus-, en particulier sur la phlegmasie chronique du col et sur les avantages des api^lications immé'^ diates de sangsues. Paris, 1826.

(2) F. -A. Aran, Leçons cliniques sur les maladies de l'utérus et de ses annexes. Paris, 1858, septième leçon, p. 202.

(3j Samuel Lair, Nouvelle méthode de traitement des ulcères, ulcérations et engorgements de l'utérus. Paris, 1828.

(4) Simpson, Clinique obstétricale, traduite par G. Chantreuil. Paris, 1874;

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principe sur lequel elle reposait ne doivent pourtant pas être mis sur le compte de \a Doclrine physiologique, elle n'a fait que les exagérer. On professait longtemps avant Broussais le dogme de la dégénération cancéreuse. Le cancer ulcéré était considéré comme le dernier terme de maladies différentes à leur point de départ et curables lorsqu'on les prenait à temps. Les ulcérations et engorgements utérins, si fréquents chez les femmes encore jeunes, se tranformaient en cancer à l'âge de retour, lorsqu'on les avait négligés. « De toutes les femmes qui pé- » rissent du plus redoutable des ulcères, écrivait A. Leroy en 1811, il » n'en est aucune chez qui la prévoyance n'eût pu s'y opposer. » Bayle, qui avait sur le cancer des idées bien autrement avancées, croyait cependant encore à la possibilité de cette transformation. Lisfranc s'est étrangement mépris sur sa manière de voir lorsqu'il lui fait dire que le carcinome de l'utérus débute presque toujours par des ulcères qui sont d'abord simples (1). Bayle dit précisément le contraire : « Le plus souvent le )) cancer de la matrice consiste en un ulcère cancéreux primitif, ana- » logue au noU me tangere de la peau. N'est-il pas aussi quelquefois » consécutif, ou bien, en d'autres termes, les ulcères non cancéreux de » la peau ne sont-ils pas susceptibles de dégénérer en cancers comme la » plupart des ulcères des autres parties du corps? Il estproblable qu'ils » le sont, mais nous ne connaissons jusqu' à présent aucun exemple bien )) avéré d'une telle dégénéralion (T).

Dans ces lignes écrites en 1812, on voit l'expérience, avec ses enseignements positifs, aux prises avec un préjugé dont elle ne parvient à triompher qu'en partie. Quoi qu'il en soit, la doctrine physiologique trouvait le terrain tout préparé et ne faisait que fournir une explication à l'opinion régnante. Lisfranc surtout s'est montré le partisan radical et convaincu de la transformation cancéreuse. La craijite de voir les phlegmasies, les irritations, les subinflammations, les engorgements se transformer en carcinomes incurables dominait sa thérapeutique; il avait vu des dégénérations s'opérer sous ses yeux. Jamais pour lui le cancer ne se produisait d'emblée. Il fallait donc combattre énergiquement et dès le début ces engorgements redoutables, et si le mal était trop îivancé, pratiquer la résection du col.

D'autres chirurgiens, ainsi que nous l'avons dit (3), avaient eu recours avant Lisfranc à l'amputation du col utérin, mais ils y avaient mis une certaine réserve; Lisfranc se l'est appropriée autant par l'abus qu'il en a fait que par les perfectionnements qu'il y a apportés. C'est en 1825 qu'il commença à s'y livrer, et pendant les neuf années qui suivirent il en pratiqua 99, dont 15 seulement furent suivis de mort; il est vrai

(1) Lisfranc, Clinique chirurgicale de l'hôpital de la Pitié. Paris, 1841, t. III, p. 597,

(2) Bayle, Dictionnaire des sciences médicales en 60 volumes, t. III, p. 600.

(3) Voy. première période, troisième chapitre, deuxième article.

%&l PROGRÈS EN CHIRURGIE : DEUXIEME PÉRIODE. [I8Ii-

qu'il ne tenait pas compte des récidives (1). Plus tard, lorsqu'il fut devenu conservateur, il n'amputait plus qu'un ou deux cols par an ("2), et comme il ne se rendait pas compte du changement qui s'était produit dans ses idées, il attribuait sa réserve à la bénignité des cas qu'il était appelé à traiter, à sa persévérance plus grande dans l'emploi des ressources ordinaires de la thérapeutique (3). Osiander et Dupuytren avaient, comme lui, renoncé à cette opération dans les derniers temps de leur vie. Lisfranc était cependant parvenu à donner au manuel opératoire un degré de précision et de sûreté qui explique en partie ses incroyables succès (-4). Dupuytren et Récamier opéraient au fond du vagin, en se bornant à attirer légèrement le col avec une pince de Musseux. Il en résultait des difficultés sans nombre, des lenteurs, des douleurs vives et des sections irrégulières. Lisfranc revint à la pratique d'Osiander, mais au lieu] d'attirer le col à la vulve avec un fil passé dans ses lèvres, ainsi que le faisait ce dernier, il le saisissait fortem.ent avec la pince de Musseux sur deux points opposés de son diamètre, l'amenait à l'extérieur à l'aide de tractions méthodiques, et opérait ainsi à ciel ouvert, en disséquant avec soin les insertions vaginales et en coupant ensuite le tissu de l'utérus avec un bistouri courbe boutonné, garni de linge et guidé par l'indicateur gauche (5). D'autres vinrent bientôt compliquer ce procédé sous prétexte de le perfectionner, lîatin et Colombat proposèrent de substituer au bistouri l'action aveugle d'instruments très-compliqués (6); en 18!â7, Guitlon présenta à l'Académie de médecine tout un arsenal destiné à cette opération (7), et la môme année Mathias Mayor lut à l'Académie des sciences une note sur l'application de la ligature à la section du col (8). C'était une méthode nouvelle dont il fit connaître les principes et les moyens d'exécution dans un mémoire qu'il publia en 1828(9). En assistant aux

(1) Lisfranc, Mémoire sur l'amputation du col de la matrice, lu à l'Académie des sciences' le 2 juin 183-i'. [Gazelle médicale de Paris du '■li juin 183i.)

(2) Du l'^'^' janvier 1836 au l^' janvier 184-, il n'a pratiqué que six amputations du col utérin.

(3) Clinique chirurgicale, t. III, p. 665.

(4) Il y en a dans le nombre qui tiennent du merveilleux par la promptitude avec laquelle la guérison s'est opérée. Tel est entre autres le cas de cette femme dont il a entretenu à deux reprises la section de chirurg-ie (16 novembre 1826, 11 octobre 1827), qui devint enceinte quinze jours après l'opération, conduisit sa grossesse à bonne fin et donna plus tard le jour -à deux autres enfants.

(5) Lisfranc, Clinique chirurgicale de la Pitié, t. III., p. 616.

(6) Ces instruments sont décrits et figurés dans YOrthopédie clinique de C.-A. Maisonabe. Paris, 1834.

(7) lo Un cphelcomètre s'ouvrant dans l'utérus comme un parapluie; 2" Un spéculum réunissant toutes les modifications proposées ;

3° Un dilatateur vaginal composé de six leviers mobiles sur un cercle et destinés à agir par un mouvement de bascule.

(8) Séance du 19 février 1827.

(9j Malbias Mayor, chirurgien en chef de l'hospice du canton de Vaud, Mémoire

lS;3.j) LE SPÉCULUM ET LA CHIRURGIE UTÉRINE. 26r»

opérations de Lisfranc, il avait été frappé des difficultés qu'on éprouve pour amener le col à la vulve, des douleurs, des déchirures que cette manœuvre entraîne et des hémorrhagies qui suivent souvent la résection. Pour éviter ces inconvénients et ces périls, il proposa de substituer la lio-ature à l'instrument tranchant, « mais ce n'est pas, dit-il, le procédé » dont on a fait usage jusqu'à ce jour. Il ne s'agit pas d'une constriction >) progressivement augmentée; la ligature dont je veux parler doit être » pratiquée de manière à couper ou élrangler inslanlanément les parties » afin d'y délruue complélenient el en fort peu d'uistanls la vie et, les » phénomènes qui en dépendent. » Puis il décrit sa llgnlure à lonrniqaei ou serre-nœud à boules qu'il avait déjà eu l'occasion d'appliquer plusieurs fois pour Vablalion de langues cancéreuses, de parolides énormes, de goitres considérables, et en général dans tous les cas où l'emploi de rinstrument tranchant présente des dangers. Nous avons reproduit textuellement le passage dans lequel le chirurgien de Lausanne caractérise et décrit sa méthode, parce qu'elle contient le germe de celles que nous verrons se produire plus tard,'^sous le nom de ligature extemporanée, d'écrasement linéaire. Il n'y avait qu'un pas à faire, qu'un tour de plus à imprimer à son treuil pour y arriver, qu'un cable métallique à substituer à son fil constricteur, pour déshériter Maisonneuve, mais le moment des broiements n'était pas encore venu. Cette pratique se trompait d'époque, elle faisait son entrée dans le monde vingt-cinq ans trop tôt. Dupuytren venait de remplacer la ligature des polypes par leur excision, €t de supprimer ainsi une des plus belles applications de cette méthode qui s'appuyait sur le nom de Desault; ce n'était pas le moment qu'il fallait choisir pour en proposer une autre, alors que la section par le bistouri donnait des résultats si brillants. Lisfranc se prononça formellement contre cette pratique, comme il devait repousser plus tard remploi du fer rouge, qui devait cependant un jour détrôner l'opération sanglante qu'il exécutait avec tant d'entrain et de succès.

Extirpation de l'utérus. — Ce n'était cependant pas le dernier terme de l'audace chirurgicale. Tous les cancers ne se bornent pas au col utérin, et on devait songer à les poursuivre au delà de cette limite : la plupart des chirurgiens, lorsque l'ablation du col ne suffisait pas, portaient le fer rouge sur la partie malade afin d'en achever la destruction. Dupuytren et Lisfranc, pour ne pas recourir à ce moyeu contre lequel s^'élevaient alors de très-fortes préventions, creusaient dans l'épaisseur de l'organe une sorte de cône creux à sommet supérieur. Lisfranc s'applaudissait de cette pratique, mais il restait un dernier pas à faire, et il fallait aller jusqu'à l'extrême limite, jusqu'à l'extirpation de l'utérus.

On avait maintes fois déjà enlevé la matrice, mais à l'état de prolapsus.

irnr la résection du col de l'ulérus. \ArcJnves rjèné raies de médecine, l'*" série, t. XVI, p. -Jl.)

seulemenl, et il y avait loin de là à l'opération terrible qui consiste à aller la chercher dans le bassin. Cette dernière aurait toutefois été pratiquée trois fois par Monteggia au commencement du siècle, si l'on s'en rapporte à Lazzari ; Osiander, d'après Siébold, l'aurait également exécutée une fois avec succès à peu près à la même époque. En 1812, Paletta extirpa l'utérus par mégarde en croyant se borner à enlever un col cancéreux (1), et sa malade mourut le troisième jour; mais c'est Sauter (de Constance) qui le premier conçut le projet de celte opération et le mit k exécution le 22 janvier 1822, d'après des règles bien arrêtées et suivant un procédé régulier. La malade survécut quatre mois. Sauter ne tarda pas à trouver de nombreux imitateurs en Allemagne et en Angleterre, mais ce ne fut que sept ans après que l'extirpation de l'utérus pénétra en France. Dans l'intervalle, elle avait été pratiquée onze fois à l'étranger, et onze fois la mort en avait été la conséquence; neuf de ces malades avaient succombé avant la fin du troisième jour, une autre au bout de quatorze. Une seule avait pu survivre à l'opération, encore avait-elle succombé un an après à la récidive de son cancer. Il n'y avait assurément rien d'encourageant dans un semblable passé, et on comprend le peu d'empressement que mirent nos compatriotes à suivre de si désastreux errements. Cependant la chirurgie était entrée en France dans une voie où l'on ne s'arrête guère, et ce fut Piécamier qui lui fit faire ce dernier pas. En 1825 déjà il avait, de conce-rt avec Marjolin, enlevé, à l'aide de la ligature, un utérus à l'état de prolapsus; cette fois il alla plus loin, et le 26 juillet 1829 il pratiqua l'extirpation de l'utérusavec toute l'habileté d'un chirurgien consommé(2). Nous avons dit que, sur onze extirpations faites à l'étranger, une seule malade avait survécu pour mourir un an après de la récidive de son affection. La première tentative faite en France obtint un succès semblable; Récamier fut aussi heureux que Blundell, et son opérée vécut à peu près le même temps (elle mourut le 12 juin 1830); mais cette année suffitpour donner à l'extirpation de l'utérus une vogue d'un instant. Deux mois après cette opération. Roux, qui ne se laissait distancer par personne, eut l'occasion de la pratiquer deux fois, à cinq jours de distance. Les deux femmes succombèrent, la première au bout de trente heures, la seconde après vingt-quatre (3). Ces revers refroidirent un peu l'enthousiasme; deux cas de mort, tout aussi rapides, survinrent l'année suivante à Paris, entre les mains de Récamier et de Dubled son élève (i).

(1) Voyez, pour l'historique et l'appréciation de cette opération, les Nouveaux éléments de médecine opératoire, par Velpeau. Paris, 1839, t. IV, p. 426, et le mémoire pour servir à l'histoire de l'extirpation de l'utérus, par le docteur Charles-Gustave Hesse. {Revue médicale de 1827, 2^ vol., p. 67.)

(2) Récamier, Observation d'une extirpation complète de l'utérus pratiquée à l'Hôtel- Dieu de Paris. {Archives générales de médecine, l^'" série, t. XXI, p. 78.)

(3) Voyez ces deux observations dans les Archives générales, 1'''' série, t. XXI, p. 230.

(4) Voy. ces observations dans les Archives générales, 1830, Ire série, t. XXIII, p. 405.

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Une troisième opération faite par Delpech, à la même époque, avec tout aussi peu de succès, acheva de la discréditer dans l'opinion des chirurgiens; elle rencontra de nombreux adversaires à l'Académie de médecine, lors du rapport fait par Capuron sur le mémoire de Dubled (1). Boyer se prononça contre elle, et Larrey lui porta le dernier coup par le rapport défavorable qu'il lut le 8 novembre 1830, sur le mémoire et sur le procédé de Delpech (2), rapport dont la responsabilité était partagée par Serres et par Dupuytren, membres de la même commission.

Un pareil arrêt devait être sans appel, le temps n'a fait que le ratifier. Deux ans plus tard, Velpeau établit le funèbre bilan de cette opération (vingt et une extirpations de matrice, vingt et une morts), et proposa de la bannir définitivement de la pratique. Il ne pouvait pas en être autrement. Il fallait une confiance absolue dans la localisation du cancer pour avoir l'audace de lui opposer une opération à laquelle il ne survivait pas une femme sur dix. Lorsque l'expérience cUnique et l'anatomie pathologique ont eu fait justice de cette doctrine, lorsqu'on a bien su à quoi s'en tenir sur les résultats définitifs de l'ablation des cancers, il aurait fallu plus que de la témérité pour faire courir de pareils dangers à des malheureuses condamnées à mourir de la récidive, si elles échappaient à l'opération.

Témérilés chirurgicales. — Cette période, avons-nous dit, était celle où toutes les audaces se donnaient carrière. La médecine opératoire avait fait de tels progrès depuis quelques années qu'elle ne reculait devant aucune tentative; elle constatait son pouvoir en en faisant abus, elle dépassait le but pour être sûre de ne pas le manquer. C'était le temps des opérations invraisemblables, celui où A. Cooper faisait à Londres sa première hgature de l'aorte abdominale et trouvait des imitateurs, où Colles liait pour la première fois, à Dublin, la sous-clavière entre les scalènes, où Valentine Mott, à New-York, allait plus loin encore et osait jeter un fil sur l'iliaque primitive et sur le tronc innominé lui-même.

En Allemagne, on extirpait des goitres énormes; les malades mouraient pendant l'opération, mais cela n'empêchait pas de recommencer. Cet accident était arrivé à Klein (de Stuggard) en 1821, et l'année suivante, à Berlin, de Grsefe en enlevait un de deux livres et demie; après une demi-heure de dissection et quarante-trois ligatures artérielles, il avait ie bonheur de guérir son malade (3), Les opérations d'ovariotomie se multipliaient en Angleterre et en Amérique; Patterson (de Glasgow) proposait de pratiquer la gastrotomie dans tous les cas de tu-

(1) Séance du 13 juillet 1830,

(2) Voy. la description de ce procédé dans les Arcltives générales de médecine, Ire série, t. XXIV; p. 299, et le jugement qu'en porte Larrey, même collection, même volume, p. 612.

(3) Klein avait pratiqué son opération sur un enfant de onze ans, qui mourut d'hémorrhagie séance tenante. Desault et Dupuytren avaient eu le même malheur. Gooch

meur intra-abdomiiiale susceptibles de déterminer la mort, et citait deux opérations semblables qu'il avait faites avec succès (2). Les chirurgiens français se livraient avec la même audace à l'extirpation des cancers. Béclard, Gensoul, Lisfranc extirpaient la parotide dans sa totalité (3). lîicherand, en poursuivant un cancer des parois thoraciques, enlevait des côtes et la plèvre, et mettait le cœur à nu (i). Les résections, que nous avons vues naître pendant la période précédente, étaient poursuivies avec la même ardeur. Grampton (de Dublin), marchant sur les traces de Park, faisait revivre la résection du genou, tombée en désuétude (5). Palmi (d'Ulm), de Grsefe, V. Mott, enlevaient toute une moitié du maxillaire inférieur; Walther (de Bonn), allant plus loin encore, l'extirpait en entier après avoir préalablement lié les deux carotides, et de Grœfe l'imitait avec succès (G). En France, Gensoul enlevait le maxillaire supérieur tout entier; en Amérique, Piliea-Barton appliquait la section du col du fémur au traitement de l'ankylose angulaire de l'articulation coxo- fémorale, et la résection cunéiforme du fémur à celui de l'ankylose du genou; Bntt (de Virginie) extirpait le radius, et Valentine Mott en faisait autant pour la clavicule. De tous les côtés, dans le nouveau monde comme dans le continent, une émulation ardente poussait les opérateurs vers des entreprises d'une audace sans égale; mais à côté de cette chirurgie cà outrance qui ne reculait devant rien, à côté de ces mutilations qui semblaient à peine compatibles avec la vie, on voyait pour la première fois se dessiner des tendances conservatrices, et la médecine opératoire donnait, comme nous l'avons vu, pour contre-poids à ses hardiesses, la persévérance de ses efforts réparateurs appliqués à la cure des difformités.

a vu deux fois des hémorrhagies effrayantes survenir entre les mains d'iiabilcs cliirurgiens. Dans un des cas, le malade mourut d'hémorrhag-ie consécutive, l'autre ne dut la vie qu'à la compression digitale qu'il fallut employer pendant une semaine.

(2) Rapport de Villermé à la Société médicale d'émulation, 1819. Sédillot, en rendant compte de ces faits dans son journal, s'élève avec force, comme Villermé, contre «ette chirurgie transcendante.

(3) Carmichaël avait fait cette opération en 1818. Ohle , chirurgien en chef de l'armée du roi de Saxe, en 1819; Réclard la répéta en 1823; Gensoul en 1824., Lisfranc en 1826.

(i) L'observation, lue à rAcadémie des sciences le 27 avril 1818, est consignée in extenso dans l'Hisloire des progrès récents de la chirurgie. Paris, 1825, p. 227.

(5) Grampton pratiqua une première résection du genou le 7 mai 1823. Le malade sortit de l'hùpilal au bout de treize mois sans pouvoir marcher, et mourut un an après. Il en pratiqua une seconde le 4 août 1824- ; au bout de six mois, la consolidation était complète et l'opéré recouvra l'usage de son 'membre. Il pratiqua également, en 1823, une résection du coude qui réussit. (The Dublin Hospiials Reports, 1827; traduit in Archives générales de médecine, 1818, t, XVIII, p. 412.)

(6j II n'est pas démontré que ces deux chirurgiens aient pratiqué l'ablation totale du maxillaire nférieur. Nous reviendrons plus tard sur ce point historique qui a été l'objet de discussions récentes.

LA CHIRURGIE DEPUIS LA MORT DE DUPUYTREN JUSQU'A LA DÉCOUVERTE DE L'ANESTIIÉSIE CHIRURGICALE

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