‹ Histoire de la chirurgie francaise au XIXe siècleChapitre 43 sur 83 · L'ÉCOLE DE PARIS A LA MORT DE DUPUVTREN · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE DE PARIS A LA MORT DE DUPUVTREN

n'est en somme qu'une bonne compilation dans laquelle il a exposé avec, méthode ce qui s'était fait avant lui (î.). Dans la pratique de celte dernière branche de la médecine opératoire, à laquelle il s'est livré avec quelque prédilection, il n'a fait également que suivre la voie que les autres avaient tracée. Nous avons été témoins de quelquesunes de ses opérations de rhinoplastie, nous avons pu constater l'habileté manuelle avec laquelle il s'en acquittait, et les rares succès qui fen ont été la suite n'ont fait que nous dégoûter de cette triste opération.

A partir de sa nomination de professeur, Blandin cessa presque complètement d'écrire, mais il était un des membres les plus assidus de l'Académie de médecine, qui lui avait ouvert ses portes le 19 juillet 1836. Attentif à toutes les discussions, il y prenait volontiers la parole; il y était écouté avec cette bienveillance qu'on ressent toujours pour un homme de bonne foi, qui parle sans prétention de choses qui lui sont familières. Grave et digne dans son service, il ne se laissait jamais aller à l'attrait des conversations familières. Il connaissait trop le prix du temps pour le gaspiller en pure perte, et cependant il était aimé de ses collègues comme de ses élèves, et jouissait au plus haut degré de leur estime. Aussi laissa-t-il d'universels regrets lorsqu'une mort prématurée vint rompre brusquement le fil de son existence.

A. Bérard (2). — La chirurgie avait cependant fait une perte plus sensible trois ans auparavant, lorsque Auguste Bérard était descendu dans la tombe. Blandin avait donné sa mesure, tandis que A. Bérard n'en était pas encore là lorsque la mort vint le frapper. Il n'avait que quarante-quatre ans, et six années constituent une différence capitale lorsqu'il s'agit de l'existence d'un savant, laquelle n'est véritablement productive qu'à partir de l'époque où, maître de sa position et de son avenir, il n'a plus de luttes à soutenir pour les assurer. Pendant cette période militante de sa carrière, en tout semblable à celle de ses émules, A. Bérard s'était révélé comme une intelligence d'élite. Ces deux frères, venus à Paris sans appui et sans ressources, arrivés tous deux jeunes encore aux positions les plus élevées de la hiérarchie médicale, n'étaient pas des hommes ordinaires. Les médecins de notre génération ont tous suivi le cours de physiologie de P. Bérard, et jamais professeur plus élégant, plus disert n'a captivé son auditoire. Jamais au reste l'enseignement officiel n'avait été plus brillamment représenté à la faculté de Paris que pendant cette

(Ij Voy. Exposé des titres à la candidature à l'Académie des sciences (section de médecine et de chirurgie) de Philippe-Frédéric Blandin, professeur à la faculté de médecine. Paris, 1845, in-i» de 10 pages.

(3) BÉRARD (Auguste^, né le !2 août 180:2 à Yarsins (Maine-et-Loire), mort à Paris le 15 octobre 1846. — Eloge du professeur Auguste Bérard, prononcé par M. Denonvilliers à la Société de chirurgie le 20 octobre 1852, in Bulletin de la Société de chirurgie de Paris, t. III, p. 159, et Mémoires de la Société, t. IV, p. 1.

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période dont nous avons pourtant signalé la stérilité scientifique. La chimie était professée par Dumas et par Orfila, la botanique par llichard, la physiologie par P. Bérard, l'obstétrique par Paul Dubois. La clinique médicale était enseignée par Ghoniel et par Bouillaud, la pathologie et Ja thérapeutique générale par Andral. Jamais les sciences médicales n'avaient eu d'interprètes aussi séduisants. Lorsque nos souvenirs nous reportent à cet âge de ferveur et d'enthousiasme scientifiques dont trente années nous séparent aujourd'hui, quand nous faisons repasser devant nos yeux cette pléiade de professeurs entraînants, il nous semble que la faculté de médecine de Paris n'a pas eu depuis lors de représentants d'un pareil mérite. Peut-être n'est-ce qu'un mirage, qu'une illusion d'optique, que ce privilège de la jeunesse qui prête aux hommes comme aux choses le brillant coloris de ses vingt ans; peut-être l'expérience a-t-elle, comme l'habitude, le triste don d'émousserla faculté de sentir, en développant celles de juger et de comprendre ; mais nous ne pouvons nous rappeler sans une émotion reconnaissante cette époque où nous allions, entre deux campagnes, nous retremper pendant quelques mois sur les bancs de cette école qui sera toujours, en dépit des hommes et des temps, le plus ardent foyer d'émulation, de travail et de lumière, et .nous avons conservé pour les hommes d'alors un culte auquel nous no renoncerions qu'à regret; si nos appréciations s'en ressentent un peu, ceux qui les ont connus et aimés nous le pardonneront sans peine. P Bérard était, avec Dumas, le type le plus accompli de ces professeurs mcoraparables qui tenaient leur auditoire sous le charme de leur diction pure, élégante et facile, et qu'on aurait voulu pouvoir entendre encore alors qu'ils avaient fini de parler. Il n'avait ni l'habileté expérimentale de Magendie, ni l'originalité saisissante de Gerdy; il s'effaçait avec tant de modestie devant les maîtres, et surtout devant Haller, qu'il lui arrivait souvent, après avoir développé leurs idées, de garder la sienne pour lui et de ne pas conclure. Mais quelle érudition, quelle clarté, quelle méthode, quel magnifique talent d'exposition! Il poussait l'art d'élucider des questions jusqu'au point de faire comprendre à ses auditeurs la physiologie des Allemands, jusqu'à trouver un sens à l'indigne pathos des plus inintelUgibles d'entre eux. Mais il ne faut pas que ces souvenirs de jeunesse nous écartent plus longtemps" de notre sujet. Parler de P. Bérard n'est cependant pas tout à fait un hors-d'œuvre, car il nous appartient par toute une phase de sa vie. Avant d'emporter de haute lutte, à l'âge de trente- quatre ans, cette chaire de physiologie que nous l'avons vu disputer à Gerdy (1), il avait été chirurgien du bureau central et de l'hôpital Saint-Antoine ; plus tard, il se démit de cet emploi et ob-

(1) P. BÉRARD (Pierre-Honoié), ne en 1797, fut nommé professeur de physiologie le 8 juillet 1831. Il avait pour compétiteurs Gerdy, Bouillaud, jVclpeau, Bouvier, Trousseau et Piorrv.

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tint le litre tic chirurgien ordinaire des hôpitaux (1). Ce concours, qui avait jeté Gerdy hors de sa voie, avait fait rentrer P. Bérard dans la sienne; il n'en est jamais sorti depuis. Il voulait laisser l'espace libre devant son jeune frère dont il avait été depuis l'enfance le soutien, le protecteur et l'ami le plus tendre, avec lequel il avait partagé sa petite chambre d'interne et le pain des hôpitaux, et qu'il eut l'affreuse douleur de voir mourir douze ans avant lui (2).

Auguste Bérard, aussi bien doué que son frère, tenait de lui l'esprit de méthode, le goût pour la précision et la clarté, qui constituent la première qualité du professeur et le premier élément de succès du candidat; il leur dut ses premiers triomphes. « Partout où s'ouvrait un concours qui » lui fût accessible, ditDenonvilliers, il se présentait, et partout il triom- » phait. » Il avait conquis de haute lutte les titres d'externe, d'interne, d'aide d'anatomie, de prosecteur, de docteur, d'agrégé en chirurgie, de chirurgien du bureau central, et remporté trois années de suite le prix de l'Ecole pratique. Huit années lui avaient suffi pour gravir tous ces échelons, il lui en fallut dix pour franchir le dernier. Ce ne fut qu'à son sixième ' concours qu'il atteignit celle position si longtemps poursuivie, et qu'il remplaça Sanson dans la chaire de clinique qu'avait illustrée Dupuytren.

Grâce à sa rapidité d'assimilation, à son admirable mémoire et surtout à l'habileté avec laquelle il savait réunir et classer ses documents^ Auguste Bérard traversa presque sans efforts cette longue série d'épreuves qui auraient eu raison de natures moins puissantes et les auraient rendues incapables de tout travail ultérieur. Dans la vie de ce lutteur émérile, les concours n'étaient que des épisodes et ne faisaient qu'interrompre momentanément le cours de ses publications et de ses couvres de longue haleine. Indépendamment de ses mémoires originaux sur les appareils inamovibles, l'irrigation continue dans les lésions traumatiques des membres, sur les tumeurs érectiles, les varices, la staphylorrhaphie^ les kystes séreux de la face et les abcès de la cloison des fosses nasales; indépendamment de ses recherches sur les maladies des yeux, dont il s'occupait avec un soin tout particulier dans les dernières années de sa vie, il était un des collaborateurs les plus actifs du Diciionnaire de médecine en trente volumes. Enfin, six ans avant sa mort, il avait entrepris de doter la chirurgie d'un traité complet, analogue à celui de Boyer, qui depuis longtemps ne représentait plus l'état actuel de la science, et que celui de Yidal (de Cassis), dont nous parlerons plus tard, n'avait pas remplacé (3). Il s'était adjoint Denonvilliers pour cette œuvre considérable,

(1) Le 31 décembre ]8-i-7. Eloge prononcé par Gusselin, à la séance de rentrée de la facullé de médecine, le "1^1 novembre 1860.

i"!) Auguste Bérard est mort le 15 octobre 1846; Piene-Honoré Bérard, le l"! décembre 1858.

(3i Vidal (de Cassisj, Traite de pathologie externe et de médecine opératoire. Paris,

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tous deux en avaient tracé le plan, et d'un commun accord ils avaient résisté au vœu de leur éditeur en donnant à leur ouvrage la forme d'un traité didactique, de préférence à celle d'un dictionnaire (1). En collaborant à celui dont nous avons parlé, A. Bérard avait été à même d'apprécier les vices de cette forme alphabétique qui consacre l'ordre dans les mots et le désordre dans les choses, qui découpe la science par petits morceaux pour les recoudre ensuite au hasard de l'étiquette, et qui n'a jamais servi que la paresse des élèves. Ils adoptèrent le titre de Compendium de chirurgie pratique (2). Leur ouvrage, commencé avec une ampleur de formes, une méthode et un soin de rédaction remarquables, devait être élaboré lentement et avec maturité. Il aurait suffi pour remplir la vie des deux hommes qui l'avaient entrepris, mais la mort les sépara quand la huitième livraison venait de paraître. Denonvilliers choisit, pour remplacer Bérard, un collaborateur de vingt-huit ans, c'était Gosselin. Ils avaient devant eux un long avenir; une brillante carrière, mais ils furent bientôt débordés par les soins de l'enseignement, la tyrannie des fonctions pubHques et de la clientèle, et le temps leur fit défaut pour achever ce travail commencé à l'âge des longs espoirs et des vastes pensées. En 1851, après la publication du deuxième volume, ils durent s'adjoindre divers collaborateurs, avec leur aide le troisième volume put paraître, il portait la date de 1852-1861. Depuis cette époque, l'ouvrage en est resté là. Doué d'une activité dévorante, A. Bérard réunissait autour de lui les générations de l'avenir dans le sein de cette société de chirurgie dont nous raconterons bientôt l'histoire, dont il fut le fondateur, le premier président, et dont il resta le membre le plus important. Nommé chirurgien du bureau central à trente ans, A. Bérard avait passé •successivement par l'hôpital Saint-Antoine, la Salpêtrière, l'hôpital Necker et la Pitié ; il s'y était fait remarquer par son savoir et par son habileté chirurgicale, mais il lui eût fallu un plus grand théâtre pour se placer au premier rang, et la mort ne lui laissa pas le temps d'arriver aux hôpitaux du centre, où ses rares qualités de professeur de clinique auraient pu se montrer au grand jour.

Les deux chirurgiens dont il nous reste à parler pour clore cette liste, Laugier et Jobert (de Lamballe), ne sont pas arrivés à cette position pendant le cours de la période que nous traversons, et ils ont poursuivi leur carrière bien au delà de ses limites, mais ils lui appartiennent par leur âge et par leurs travaux.

Laugier (3). — L'existence calme et paisible de Laugier a présenté avec

(1) Denonvilliers, Eloge du professeur Auguste Bérard, loco cit.

(2) Compendium de chirurgie pratique, ou Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclament. Paris, 1840, in-8o.

(3) Laugier (Stanislas), né à Paris le 28 janvier 1799, mort à Paris le 15 février 1872. Voy. les discours prononcés sur sa tombe par Nélaton (brochure in-4.o de 5 pa-

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