‹ Histoire de la chirurgie francaise au XIXe siècleChapitre 47 sur 83 · J L'ÉCOLE DE PARIS A LA MORT DE DUPUYTREN · texte numérisé non relu

J L'ÉCOLE DE PARIS A LA MORT DE DUPUYTREN

à moins tle frais en s'adressant à l'opinion moins compétente du public. Les maladies des voies urinaires, les affections des yeux, le traitement des difformités, avaient leurs spécialités et leurs célébrités particulières. Nous sommes loin de méconnaître les services que ces confrères distingués ont rendus à l'art de guéj'ir, mais ils échappent à notre appréciation par le cercle borné de leurs travaux. Nous ne nous occupons que de ceux qui ont cultivé notre art dans toutes ses parties, des chirurgiens encyclopédistes, si l'on veut nous passer ce mot; nous devons donc nous interdire toute excursion en dehors de ce cadre déjà si vaste. Nous n'avons pas cru devoir parler des hommes qui se sont illustrés dans l'art des accouchements ainsi que dans l'étude des maladies vénériennes; nous garderons la même réserve à l'égard des orthopédistes, des lithotriteurs, des ophthalmologistes, et nous nous bornerons à rendre compte de leurs travaux.

Amussat et Vidal (de Cassis) n'appartiennent pas à la classe des spé- «ialistes. Si le premier s'est fait un nom comme lithotriteur, il ne s'est jamais adonné exclusivement à cette branche de la chirurgie, et il a bien d'autres titres de gloire; si le second s'est trouvé conduit par sa position à s'occuper plus particulièrement des maladies vénériennes, ce n'est pas par là qu'il s'est fait connaître, c'est comme pubUciste et surtout comme l'auteur d'un Traité de pathologie externe qui est demeuré classique pendant trente ans.

Amussat (l). — A l'exemple de la plupart de ses contemporains et de ses devanciers, Amussat avait commencé sa carrière sous les drapeaux. Après avoir fait à dix-sept ans la campagne de France comme sous-aide, il vint à Paris poursuivre le cours de ses études. Il débuta, lui aussi, par les concours de l'École pratique, et, après avoir été nommé externe, puis interne des hôpitaux, il obtint, en 1822, une place d'aide d'anatomie. Depuis quelques années déjà il se livrait avec ardeur à l'enseignement particulier; les circonstances ne lui permirent pas de persévérer dans cette voie, mais il en conserva le goût pendant toute sa vie, et à la fin de sa carrière, alors même qu'il n'avait plus rien à demander à la réputation ni à la fortune, il aimait à réunir autour de lui ses jeunes confrères pour les initier à ses idées et à sa pratique. Dans ces conférences hebdomadaires, auxquelles nous avons eu quelquefois la bonne fortune d'assister, il semblait éprouver un véritable boniieur à montrer ses inventions et ses procédés, et poussait parfois la complaisance jusqu'à nous conduire chez ses malades pour nous rendre témoins de ses opérations de lithotritie. Bon et obligeant pour tous, affectueux pour ses élèves, bienveillant pour ses confrères, sympathique à la jeunesse et tou-

(1) Amussat iJean-Zulimai, né le 21 novembre 1796 à Saint-Maixent (département des Deux-Sèvresj, mort à Paris le VS mai 1856. Voy. le discours prononcé à ses obsèques par H. Larrey. [Bulletin de l'Académie, t. XXI, p. 765.}

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jours prêt à l'encourager, Amussat avait le fanatisme de son art; c'était un esprit inventif, fertile en ressources; il avait des modes de pansement, des appareils, des moyens à lui, et s'ils ne sont pas entrés dans la pratique, ce n'est pas qu'il en fit mystère, c'est parce qu'il leur manquait la publicité de l'enseignement officiel. A défaut de chaire, il avait la tribune de l'Académie, qui avait acclamé ses premiers travaux et lui avait fait l'honneur insigne et depuis longtemps sans exemple, de l'admettre dans son sein en i8!24, avant même qu'il fût docteur; c'est là qu'il a développé et défendu ses idées et ses inventions, et son nom se rattache aux plus importantes discussions qui s'y sont élevées. Nous avons déjà parlé de celle où il eut à prendre la défense de la section des génio-glosses. Cette mauvaise inspiration procura à son fougueux adversaire un succès bien facile, mais il prit sa revanche en mainte autre circonstance, et notamment lorsque la grande question de la lithotritie comparut pour la première fois devant le savant aréopage. Amussat,, avons-nous dit, était un esprit chercheur, ami des routes nouvelles, et il y a laissé l'empreinte de ses pas. Ses travaux ont beaucoup fait pour les progrès de la chirurgie. La hste en est considérable, et il est à regretter qu'il ne les ait pas réunis pour en former un corps d'ouvrage (i). Sans parler de ses recherches expérimentales sur les fonctions de l'appareil biliaire, qui lui ouvrirent, à vingt-sept ans, les portes de l'Académie, de ses études sur le système nerveux, sur la communication des veines avec les lymphatiques et sur les rétrécissements uréthraux, de ses expériences sur les plaies artérielles et sur les épanchements sanguins, son. nom se rattache, comme nous l'avons vu, aux premiers essais de la lithotritie, à laquelle il a ouvert la voie par ses travaux sur l'anatomie de l'urèthre et le cathétérisme rectiligne, et au perfectionnement de laquelle il a fortement contribué ; il s'associe également à une foule d'autresméthodes souvent utiles, toujours ingénieuses, et parmi lesquelles nous nous bornerons à citer la torsion des artères, le taxis forcé, l'entérotomie lombaire, le traitement des hémorrhoïdes et de la rétroversion utérine par les caustiques, la strabotomie, les sutures intestinales, et l'extirpation des tumeurs fibreuses de l'utérus. Parmi les professeurs qui siégeaient alors sur les bancs de la faculté, il en est plus d'un qui aurait eu de la peine à produire de pareils titres. Amussat, lauréat de l'Académie des sciences, quatre fois couronné par elle et porté, à diverses reprises, sur ses listes de candidature, n'a jamais eu l'honneur d'y être admis ; mais plus sage que Lisfranc, qui avait eu à supporter le même mécompte, il. n'en ressentit ni amertume ni envie. Satisfait de sa réputation devenue

(1) On en trouvera rénumération et l'appréciation sommaire dans le discours prononcé sur sa tombe par H. Larrey. {Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXI, p. 765.) Voy. aussi Notice sur les travaux scientifiques de M. Amussat. Paris, 28 novembre 1812.

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