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L'ÉCOLE DE PARIS A LA MORT DE DUPUYTREN

européenne et de sa nombreuse clientèle, il s'est éteint sans secousse entre son père et son fils, tous deux chirurgiens comme lui.

YiDAL (de Cassis) (1). — Né à peu près à la même époque, mort presque le même jour, Yidal (de Cassis) n'a pas eu autant case louer des laveurs de la fortune. II est vrai que la route qu'il avait choisie n'y a jamais conduit personne. La littérature médicale, les travaux de cabinet peuvent fonder des réputations, mais ils ne procurent pas autre chose; heureux sont ceux qui savent s'en contenter. Vidal fut-il de ce nombre? Cette raillerie à froid, cette tristesse, cette causticilé agressive qui faisaient le fond de sa nature éminemment spirituelle, étaient-elles le résultat des souffrances physiques que lui infligea pendant tout le cours de sa vie la maladie inexorable à laquelle il a fini par succomber, était-ce la conséquence des mécomptes de sa carrière, c'est ce que l'histoire n'a pas d'intérêt à approfondir. Il avait accepté la position un peu effacée que lui faisait à l'hôpital du Midi l'écrasant voisinage de Ricord; il s'était obstiné à y demeurer, alors qu'il aurait pu venir, dans un autre hôpital, occuper un service de chirurgie. Son intérêt lui conseillait de s'éloigner , son obstination le fit rester à son poste. Il s'était adonné à l'étude des maladies vénériennes, et convaincu que Ricord faisait fausse route, que sa doctrine s'écroulerait sitôt qu'on toucherait à sa base, il voulait la combattre sur son propre terrain, et il la batlait en brèche avec toute son ardeur de publiciste et toute sa verve de méridional. Mais il s'était attaqué à trop forte partie. Cet esprit amer et peu sympathique était condamné à marcher seul dans sa voie, tandis que son brillant rival entraînait à sa suite toute une génération qu'il s'était attachée par le prestige de sa personne et de ses idées, et s'en allait de par le monde gaspillant avec la même insouciance son temps et son esprit, son argent et son cœur. Quarante ans de cette prodigalité insensée n'ont pu ni tarir ce trésor de gaieté ni porter atteinte à cette éternelle jeunesse; les sympathies de l'école ont survécu comme elles à la chute de sa doctrine, et quand a sonné pour Paris l'heure des dévouements suprêmes, on a vu Ricord marcher au premier rang, les pieds dans la neige , parmi les morts et les blessés, souriant aux balles prussiennes, comme il souriait naguère à son auditoire sous les tilleuls de l'hôpital du Midi.

Yidal, toujours maltraité par le sort, n'a même pas eu la consolation d'assister au triomphe de ses idées, la mort ne lui en a pas laissé le temps. Bien qu'il ait fait des maladies vénériennes l'étude de toute sa

(1) Vidal (Auguste), né à Cassis le 3 janvier 1803, mort à Paris le 15 mai 1856. Voy. : i° Eloge de Vidal (de Cassis), lu à la Société de chirurgie le 19 juillet 1859, par Alphonse Guérin.

2° Vidal (de Cassis), feuilleton de V Union médicale du 26 avril 1856, par Amédce Latour.

3o Discours prononcés aux obsèques de Vidal (de Cassis) par Velpcau, Marjolin, Marchai (de Calvi.) Paris, 1856, in-8'^ de 16 pages, contenant l'énumération des publications de Vidal, p. 16.

vie, bien que le livre qu'il leur a consacré ait été son œuvre de prédilection, ce n'est pas lui qui l'a fait connaître. L'ouvrage qui a fondé sa réputation est ce Traité depathologie externe dont nous avons parlé. Publié en 1839, ce livre venait à point pour remplacer celui do Boyer, qui n'était plus h la hauteur de la science. Indépendamment de son mérite très-réel, il avait pour lui la séduction de la forme. Écrit avec une originalité pleine de verve, une assurance et une désinvolture frondeuses qu'on n'était pas habitué à rencontrer dans les ouvrages de cette espèce, il fut accueilli par les écoles avec la plus grande faveur; il faut convenir toutefois qu'il se ressent quelque peu de la précipitation avec laquelle il a été rédigé, ainsi que de l'inexpérience de son auteur. A la seconde édition (ISiô) furent ajoutées de nombreuses figures intercallées dans le texte qui constituaient une innovation dans la littérature médicale. Il manquait à Vidal la longue pratique et la maturité péniblement acquises pendant un demi-siècle d'enseignement que le vénérable chirurgien de la Charité avait apportées dans l'élaboration de son œuvre ; l'esprit et le style n'y ont qu'insuffisamment suppléé; certains chapitres ont pris des proportions démesurées, d'autres y sont manifestement écourtés; le moi y tient beaucoup trop de place. Ce n'en est pas moins un ouvrage remarquable et c'est lui qui a servi de guide à la plupart des praticiens de notre époque. Quatre éditions n'ont pas encore épuisé sa vogue, et à la cinquième (1861) il a fallu le rajeunir à l'aide d'additions qui ont eu surtout pour résultat de faire voir tout ce qui lui manque.

Quelques idées justes, dont Vidal a eu souvent le tort de s'exagérer la portée, celle des opérations en plusieurs temps (1) et des débridements multiples, par exemple, l'invention des serres-fines et celle de sa fameuse spatule, un procédé pour la cure radicale du varicocèle (2), la taille quadrilatérale, qui est allée rejoindre les autres procédés du même genre, et les injections intra-utérines, sur le compte desquelles nous nous exph'querons plus tard, constituent, à peu de chose près, sa part contributive aux progrès de la chirurgie.

ARTICLE II

Les hommes, on le voit, ne faisaient pas défaut k l'école de Paris, jamais elle n'avait été plus brillamment représentée; mais les facultés de province n'étaient pas aussi favorisées. Strasbourg se distinguait surtout par la force de ses études anatomiques. Au commencement du siècle, Lauth et Lobstein avaient donné à cet enseignement un éclat que la faculté de Paris elle-même aurait pu lui envier; ils avaient fondé ce

il) Vidal, Des opérations en plusieurs temps. [Union médicale, J848.) (-2) De la cure radicale du varicocèle par l'enroulement des veines du cordon spermatiqne, 1814 et 1850.

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spleiidide musée, alors unique en France, et (jui a eu le bonheur d'échapper à l'incendie allumé par les obus des Prussiens. Les successeurs de ces deux grands analomistes avaient continué leur œuvre. Placée à l'extrême frontière, l'école de Strasbourg avait sa mission scientifique toute tracée; elle a servi de trait d'union entre l'Allemagne et la France jusqu'au jour où elle a cessé d'exister, jusqu'au jour où d'implacables ressentiments ont séparé les deux nations. Lorsque les études histologiques ont pris de l'autre côté du Rhin l'importance que nous avons signalée, c'est Strasbourg qui nous les a fait connaître. Dès l'année 1839, Lereboullet, professeur à la faculté des sciences, en fit la partie essentielle et fondamentale de son cours de physiologie animale. Kûss y initia ses élèves; C. Morel, en 1856, y ouvrit un cours de micrographie appliquée à la médecine pathologique, et publia le premier ouvrage d'histologie humaine normale qui ait paru en France (1). Depuis cette époque, les découvertes, les doctrines allemandes ont eu pour principal interprète cette école à jamais regrettable qui fut une de nos gloires et dont le nom est écrit en caractères ineffaçables dans l'histoire de notre passé scientifique.

La chirurgie n'y brillait pas du même éclat. Flamant, qui y avait, à la fin du siècle dernier, professé la pathologie externe et la médecine opératoire, s'était depuis exclusivement adonné à la pratique des accouchements. Caillot l'avait remplacé dans cet enseignement, et après trente années d'exercice, il a laissé dans l'école une réputation honorable, mais qui n'en a pas franchi les limites. Gh. Ehrmann n'est guère connu que par un mémoire très-important, il est vrai, sur les polypes du larynx (^). A l'époque où commence cette période, une chaire de clinique chirurgicale venait d'être créée à la faculté et confiée directement à Bégin, alors chirurgien en chef de l'hôpital militaire de Strasbourg. A partir de ce moment, l'histoire chirurgicale de la faculté est intimement liée à celle du corps de santé de l'armée. C'est à Strasbourg que Bégin a commencé sa réputation, c'est là que Sédillot s'est acquis la sienne, et que les chi rurgiens militaires qui marchent sur leurs traces, Gaujot, Sarazin, Poucet, Spillmann, Servier, Chauvel, ont fait leurs débuis. La faculté peut revendiquer toutefois des illustrations qui lui sont propres, et il nous suffira pour l'établir de rappeler les noms de Rigaud, de Herrgott, de Bœckel, de Michel, Gross, etc., et parmi les praticiens qui se sont plus particulièrement adonnés à l'une des branches de la chirurgie, ceux de Stoltz, le plus éminent des gynécologistes français, et de Kœberlé, qui par ses éclatants succès en ovariotomie (3), a vaincu les dernières résistances,

(1) c. Morel, Précis d'histologie humaine. Paris, 1859, in-S» avec planches. Traité élémentaire d'histologie humaine, normale et pathologique. Paris, 1864, iri-S" avec atlas de 34 planches.

(2j C.-H. Ehrmann, Histoire des polypes du larynx. Strasbourg^, 1850, in-folio avec 6 planches HthogT.

(3) Kœberlé, Résultats statistiques de V ovariotomie. Paris, 1868.

entraîné les convictions et naturalisé cette opération parmi nous (1). Montpellier avait fait enDelpechune perte irréparable. Cette réputation, qui balançait celle de Dupuytren lui-même, se reflétait sur l'école tout entière. Lallemand, malgré son mérite, n'avait ni la même autorité, ni la même influence, et le jeune chirurgien qui devait un jour marcher sur leurs traces était encore sur les bancs de l'école. Il ne devait pas, il est vrai, y séjourner bien longtemps; huit années lui ont suffi pour franchir, par la voie des concours, tous les degrés de la hiérarchie, pour emporter de haute lutte, à vingt-cinq ans, la chaire de physiologie à Strasbourg et celle de pathologie chirurgicale à Montpellier. Onze ans plus tard, nous l'avons vu descendre une dernière fois dans l'arène pour éprouver son premier échec; mais cette fois il s'agissait de conquérir une place à la faculté de Paris, et chacun sait qu'elle n'est pas hospitalière pour les candidats de la province (2). A l'époque à laquelle nous nous reportons, la faculté de Montpellier commençait au reste à se ressentir du dangereux voisinage de la grande ville qui devait plus tard lui faire une si dangereuse concurrence. Les réputations ne se fondent que dans les grands centres; il faut de nos jours un vaste théâtre pour former les chirurgiens. Lorsque l'art était encore à ses débuts, quand tout était à faire, les sujets d'étude se rencontraient à peu près partout. C'est ainsi que Scarpa a pu réunir, dans son petit hôpital de Pavie, les éléments de ses immortels travaux sur les anévrysmes et sur les hernies; mais aujourd'hui que les sujets vulgaires ont été retournés dans tous les sens, il faut s'écarter de ces sentiers battus pour se faire une renommée, et ce n'est qu'à la faveur d'un immense mouvement de malades qu'on peut recueillir un nombre d'observations suffisant pour mettre en relief quelques faits d'une nouveauté originale, pour acquérir une pratique étendue et embrassant le cadre chirurgical tout entier. Les hôpitaux, les cliniques particulières ne peuvent se créer que dans les grandes villes. C'est là seulement que les élèves trouvent les ressources nécessaires pour compléter leur éducation et que les professeurs peuvent s'entourer d'un auditoire assez nombreux pour entretenir et stimuler leur zèle. Sous tous ces rapports, Lyon est la ville privilégiée par excellence; sa population de 300 000 âmes, son immense agglomération d'ouvriers, ses grands services hospitaliers,

(1) Voy. Aperçu historique sur l'ancienne faculté de médecine, par Jean Hœffel, docteur en médecine. Strasbourg, 1872. C'est à cette thèse que nous avons emprunté la plupart des détails qui précèdent.

(2) Dans ce concours ouvert le 6 janvier 1851, pour remplacer dans sa chaire de clinique chirurgicale Jules Cloquet qui venait de reprendre celle de pathologie externe tlevenue -vacante par la mort de Marjolin, Bouisson soutint avec éclat la réputation de l'école de Montpellier. Il avait pour compétiteurs : Nélaton, Robert, Micbon, Sanson, Chassaignac, Richet, Gosselin, Giraldès, Javaray et Morel-Lavallée. Nélaton fut nommé le 30 avril au quatrième tour de scrutin. Son succès ne fut ni facile ni incontesté. (Union médicale, 1851, p. 209.)

son éloignement de la capitale, en ont fait depuis longtemps la seconde ville médicale de France. Indépendamment des ressources qu'ils offrent à l'étude, ses hôpitaux sont soumis à des mesures administratives qui ont pour effet de confier presque toujours la direction du service chirurgical à des hommes jeunes, et à les empêcher de s'y éterniser. A. Petit était chirurgien-major du grand Hôtel-Dieu à trente-deux ans, Gensoul à vingt-sept, Bonnet à vingt-neuf, et Ollier, qui les a si dignement remplacés, est arrivé à cette importante position à l'âge où ses contemporains et ses condisciples de Paris continuent leur éternel noviciat dans les sinécures chirurgicales de la Salpêtrière et de Bicêtre, ou dans les hôpitaux spéciaux de Saint-Louis et du Midi. La position brillante que la chirurgie lyonnaise a conquise depuis un demi-siècle nous semble due en partie à ces conditions exceptionnellement favorables dans lesquelles ses représentants se trouvent placés.

Sa réputation remonte à Antoine Petit, qui fut nommé chirurgien-major de l'Hôtel-Dieu en 1791, etqui, pendant six ans, y professa à la fois l'anatomie, la physiologie, la pathologie externe et les opérations (1). Sous son majorât, l'enseignement y atteignit un haut degré de splendeur; mais ses successeurs n'étaient pas de force à continuer une si prodigieuse tâche; et bien qu'ils comptassent dans leurs rangs des chirurgiens distingués tels que Mothe et Janson, la renommée du grand Hôtel-Dieu ne tarda pas à décroître. Elle se releva dans le cours de la seconde période, sous l'impulsion de Gensoul (2), l'opérateur le plus audacieux et le plus remarquable que la province ait produit. A cette époque, Gensoul n'avait que vingt-cinq ans et ne comptait que trois années d'internat, lorsqu'il conquit sa place de chirurgien-major dans un concours dont on se souvient encore à Lyon, et où il avait eu pour compétiteurs Baumes, Clerjon, Bolfex, Batignes, et Serres, qui plus tard remplaça Delpech à Montpellier. Six années devaient s'écouler avant que Gensoul entrât en fonc- •tion, mais la fin prématurée de son prédécesseur Mortier le força de quitter Paris en iS^-i et de revenir à son poste. L'administration, se défiant un peu de son extrême jeunesse, lui adjoignit Janson, le dernier chirurgien-major sortant; mais il put bientôt se passer de conseils, et au bout d'un an il resta seul chargé de cet immense service qui comptait alors plus de quatre cents lits. C'est dans de pareilles conditions que se révèlent les grands talents, et Gensoul en donna la preuve. Pendant les huit années que dura son majorât, il fit preuve d'une activité, d'une fécondité de ressources et d'une hardiesse opératoire sans égales. Les

(1) Antoine Petit, né le 3 novembre 1763, mort le 7 juillet 1811, fondateur de la ■Société de médecine de Lyon. Voy. sa notice nécrologique par Desg-enettes, in Journal de Corvisart, Leroux et Boyer, t. XXIII, p. 399.

(2) Gensoul (Joseph), ne à Lyon le 8 janvier 1797, mort à Lyon le i novembre 1858. Voy. : Notice historique sur le docteur Joseph Gensottl, par A. Pérouse, Lyon,

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troubles de 1831 lui donnèrent une dernière occasion de mettre à profit cette expérience et cette habileté si promptement acquises ; ils prolongèrent en même temps la durée de ses fonctions, et lorsqu'il fut contraint de les quitter, il avait déjà accompli sa tâche et exécuté les opérations brillantes par lesquelles il s'est acquis sa renommée. La plus importante, celle à laquelle il doit son nom, est l'ablation totale du maxillaire supérieur, qu'il a pratiquée le premier en 1827, d'après des règles fixes et suivant un procédé dont il avait à l'avance combiné tous les éléments. Un succès complet couronna celte audacieuse tentative et valut à son auteur le prix Monthyon, qui lui fut décerné sur le rapport de Dupuytren. Il est également le premier qui ait fait en France la résection d'une moitié de maxillaire inférieur (1). Gensoul 5'est également fait connaître par d'autres opérations tout aussi hardies, et nolamment par l'extirpation de la parotide, qu'il a pratiquée trois fuis ; mais à part une lettre chirurgicale sur les maladies du maxillaire supérieur et quelques articles insérés dans les journaux de médecine de Lyon et de Paris, il n'a rien écrit, et ce sont les thèses de ses élèves qui ont fait connaître ses opérations et ses idées. Gensoul fut surtout un opérateur habile et entreprenant, mais son passage à l'Hôlel-Dieu de Lyon a été de trop courte durée pour qu'il ait pu y laisser des traces solides et durables; il fallait un autre homme et des conditions plus favorables pour élever l'école à la hauteur qu'elle a atteinte aujourd'hui. Cet homme fut Amédée Bonnet, l'un des plus grands chirurgiens du xix" siècle.

A. Bonnet (2). — Dans une carrière où le génie lui-même peut demeurer stérile lorsque les circonstances ne lui viennent pas en aide. Bonnet eut le rare bonheur de les trouver constamment favorables. Son père, qui exerçait la médecine dans une petite ville du département de l'Ain, avait pu, malgré l'exiguïté de ses ressources, lui faire donner une éducation complète et l'envoyer à Paris pour y terminer ses études après un noviciat de dix-huit mois dans les hôpitaux de Lyon. Récamier et Richerand avaient fait bon accueil à leur jeune compatriote, et celui-ci s'en était montré digne, car à vingt ans il était interne des hôpitaux, et à vingt-deux il remportait le grand prix de l'École pratique et conquérait ainsi sa réception gratuite pour le doctorat.

A cette époque. Bonnet montrait déjà les tendances scientifiques auxquelles il a obéi plus tard; il avait déjà le goût des recherches et cette confiance dans les ressources de l'art qui soutient les chercheurs de tout

(1) Elle avait été pratiquée trois fois avant lui: en t820, par Palmi (d'Llm); en 1821, par de Grœfe; en 1822, par Valentine Mott.

(2) Bonnet (Amédée), né le 19 mars 1809 à Ambérieux (département de l'Ain), mort à Lyon le 1" décembre 1858. Voy. Éloge d' Amédée Bonnet (de Lyon), lu à la Société de chirurgie dans la séance solennelle du 13 juillet 1859, par Paul Broca, secrétaire général permanent de la Société de chirurgie. Le docteur Bonnet, sa vie, sa mort, avec un portrait photographié. Lyon, 1859, in-80, imp. Vingtrinier.

genre. Reçu docteur à vingt-trois ans, avant même d'avoir terminé son internat, il revint à Lyon pour y disputer la place de chirurgien aidemajor à l'Hôtel-Dieu, et l'emporta sur ses compétiteurs Pfeiffer et Colrat, tous deux plus âgés que lui et déjà connus par des concours antécédents; le 28 mai 1833, à l'âge de vingt-quatre ans, il prenait possession d'un service de chirurgie qui allait le mettre en évidence. L'année précédente, un changement dans la réglementation avait fait cesser le monopole dont nous avons parlé et fractionné cet immense service de quatre cents Uts qui dépassait la mesure du dévouement et des forces d'un seul homme. La direction générale avait pourtant été conservée au chirurgien-major, mais Bajard, qui venait d'arriver au majorât, était un homme juste et désintéressé, qui se montra plus libéral encore que le règlement, et laissa à son jeune collègue l'initiative la plus complète. Devenu chiturgien en chef à son tour, Bonnet se montra tout aussi généreux et affranchit ses subalternes de tout contrôle hiérarchique (1). Par suite de ces dispositions réglementaires, il devait rester dix ans attaché à l'Hôtel Dieu; l'heure de la retraite devait par conséquent sonner pour lui à trente-quatre ans, mais au moment où il allait se retirer, le sort lui vint encore une fois en aide. L'école préparatoire de Lyon venait d'être définitivement constituée; Bonnet avait été naturellement chargé de la clinique externe, et l'administration, comprenant qu'un pareil enseignement n'est possible que dans un hôpital, lui constitua un service de soixantedix lits qu'il a conservé jusqu'à sa mort. Pendant les premières années de son exercice, Bonnet se consacra exclusivem-ent aux études scientifiques; ce fut la période la plus laborieuse, mais la moins productive de sa vie ; il amassait des matériaux pour l'avenir, et ne se dévoila tout entier qu'une fois parvenu à la position de chirurgien en chef. En peu d'années il devint le professeur le plus renommé et le praticien le plus répandu de cette grande ville, et lorsque Lallemand vint à Paris pour y prendre possession de son fauteuil académique. Bonnet hérita sans contestation de sa célébrité et de sa position exceptionnelle. A cette époque déjà ses travaux l'avaient fait connaître des sociétés savantes et du monde entier. Deux notes adressées à l'Institut en 1835 et 1836, la première sur la dissolution des calculs par l'électricité, la deuxième sur un nouveau procédé pour la cure radicale des hernies, plusieurs mémoires sur différents points de chirurgie (2), avaient déjà fixé sur lui l'attention, lorsque parut, en 1811, son Traité des seciions tendineuses et musculaires. Cet ouvrage se ressent un peu de l'engouement qu'inspirait alors la ténotomie; toutefois Bonnet n'est pas tombé dans les mêmes exagérations que ses compétiteurs, il- a su conserver surtout cet esprit

(1> Paul Broca, Eloge d'Amédée Bonnet, p. 18. Bonnet fut nommé chirurgien en chef le 1er janvier 1838.

(2) Voy. rénumération complète des travaux d'A. Bonnet, in le Docteur Bonnet, sa vie, sa mort. Lyon, 1859, p. 15, et Dictionnaire encyclopédique, t. X, p. 70.

de désintéressement et de sincérité qui manque à quelques-uns de leurs travaux. C'est à dater de ce moment que la réputation de l'auteur, qui ne s'était encore étendue que dans le Midi, se répandit dans toute la France, ainsi qu'à l'étranger.

Après la ténotomie, c'.est à la cautérisation qu'il accorda ses préférences. Il n'est pas de chirurgien qui l'ait appliquée avec autant d'audace et dans un aussi grand nombre de cas. On peut lui reprocher peutêtre un excès de prédilection pour sa méthode favorite, mais il a eu le mérite dé réhabiliter l'emploi du fer rouge tombé dans un injuste discrédit, et de démontrer toute l'étendue des ressources thérapeutiques que renferme ce précieux moyen d'action. Mais de tous ses litres scientifiques, le plus important et le plus incontesté, c'est le progrès immense qu'il a fait faire à l'étude et au traitement des maladies articulaires (1). C'est l'œuvre capitale de sa vie, celle qui lui assigne sa place parmi les chirurgiens les plus remarquables de notre siècle. — ■ Vingt années d'étude poursuivies avec une suite et une persévérance sans égales, de nombreux faits de physiologie pathologique définitivement acquis à la science, des méthodes de traitement toutes nouvelles, des appareils qui sont devenus d'application journalière^ un grand nombre de mémoires et trois ouvrages didactiques, tel a été le tribut payé par Bonnet à l'histoire de cette classe de maladies. Nous aurons l'occasion d'y revenir longuement dans le chapitre qui va suivre ; nous devons nous borner en ce moment à signaler le caractère particulier des œuvres de Bonnet envisagées dans leur ensemble. Elles portent toute l'empreinte d'un esprit novateur et réfléchi, dirigé spécialement vers les points les plus obscurs de la thérapeutique, et cherchant dans la physiologie pathologique et dans l'expérimentation, les moyens de combattre les maladies rebelles aux méthodes connues ; elles sont toutes marquées au coin de la bonne foi et de la loyauté la plus irréprochable, et cette honnêteté perce dans tous les actes de sa vie.

Ses deux traités des maladies articulaires avaient mis le comble à sa réputation. Placé à la tête de la chirurgie lyonnaise, marchant de pair avec les chirurgiens les plus éminents de l'école de Paris, membre correspondant de toutes nos sociétés savantes, Bonnet n'avait plus qu'à jouir de sa haute position scientifique, de son immense clientèle et de ses succès incontestés, lorsqu'au retour d'un voyage qu'il venait de faire à Paris pour convertir ses confrères à ses idées sur le redressement des coxalgies invétérées, il fut brusquement frappé d'une apoplexie de la moelle épinière à laquelle il succomba quinze jours après. Sa mort plongea dans la consternation la grande ville dont il était une des pre-

(1) Bonnet, Traité des maladies des articulations. Lyon, 18i5, 2 vol. in-S» avec atlas in-4o. — Traité de thérapeutique des maladies urticulaires. Paris, i853, in-S^ avec figures. — Nouvelles méthodes de traitement des maladies articulaires, 2^ édition. Paris, 1860. -

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mières illuslralions, et laissa dans la chirurgie lyonnaise un vide qu'elle n'a pas encore comblé (1).

Pendant que Bonnet donnait à l'école de Lyon un éclat qu'elle n'avait jamais connu, deux chirurgiens, placés en dehors de l'enseignement et de la pratique des hôpitaux, se livraient à l'écart, et chacun de son côté, à des recherches originales dont quelques-unes ont été le point de départ de véritables progrès. Pravaz et Reybard appartenaient tous deux à la génération précédente et s'étaient déjà fait connaître par d'intéressants travaux à une époque où leur illustre compatriote arrivait à Paris pour y compléter ses études.

Pravaz (2). — Avant de s'adonner à la chirurgie, Pravaz avait été successivement régent de mathématiques au collège de sa ville natale, sapeur du génie et élève de l'Ëcole polytechnique. Il avait, comme tant d'autres, donné sa démission en 1815. Ses premières études, par leur caractère d'exactitude, imprimèrent dès le début à ses travauxune direction dont il ne s'est jamais écarté depuis. Ses efforts ont été constamment dirigés vers l'application des lois de la physique et de la chimie à la thérapeutic{ue chirurgicale. Ses recherches sur les difformités du rachis et du bassin, sur l'orthopédie et sur la gymnastique appliquée au traitement des maladies c(msiitulionnelles, ses mémoires sur les luxations congénitales du fémur, sur les effets thérapeutiques du bain d'air comprimé, sur les moyens mécaniques propres à prévenir l'absorption des virus, portent le cacliet de ses tendances primitives. C'est en suivant le même cours d'idées qu'il a été conduit à ses découvertes intéressantes sur les propriétés coagulantes des courants électriques et du perchlorure de fer, ainsi que sur leur application au traitement des anévrysmes. Le nom de Pravaz se trouve inséparablement lié à ces deux méthodes thérapeutiques dont nous aurons plus tard cà apprécier la valeur, mais dont on ne peut contester ni l'originalité ni l'importance. Ses travaux ont été c ontinués par son fils, et ses vues ingénieuses ont été fécondées, comme nous le verrons plus tard, par un de ses élèves devenu depuis l'un des chirurgiens les plus distingués de l'école de Lyon.

Reybard (3). — Né à la même époque, Reybard, après avoir fait ses études à Lyon, était retourné dans son pays pour y exercer la médecine; mais, possédé par l'amour des recherches qui semble inhérent à cette

(1) Voy. Obsèques de M. le docteur Amédée Bonnet, feuilleton de la Gazette médicale du 11 décembre 1858. La ville de Lyon a élevé une statue à Bonnet dans la cour d'entrée de l'Hôtel-Dieu.

(2) Prav.\z (Charles-Gabriel), né à Pont-de-Beauvoisins le 24 mars 1791, mort à Lyon le 24 juin 1853.

Voy. Eloge historique de Charles Pravaz,, par le docteur Munaret. Lyon, 1854-.

Notice historique sur C. G. Pravaz, par Marjolin. (Mémoires de la Société de chirurgie, t. IV, p. 715.)

(3) Reybard, né à Coysiat (Jura) en 1790, mort à Paris le 22 août 1863. Voy. Notice nécrolog ique par J. Rollet. (Union médicale, 1863, t. XIX, p. 478.)

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école, il n'eut pas le courage de demeurer à Annonay, C'est pourtant là qu'il avait fait ses premières vivisections, et rédigé son premier mémoire sur les sutures intestinales et sur le traitement de l'anus contre nature. C'était en 1827; ce travail eut assez de retentissement pour encourager l'auteur à continuer ses études, et en 1835 il quitta sa petite ville pour venir à Lyon les poursuivre en pleine liberté. Il y réunit d'abord les matériaux de son travail sur la thoracentèse. Tout le monde connaît sa canule et son ingénieux procédé pour empêcher la pénétration de l'air, tout en laissant s'écouler le liquide de l'épanchement; son mémoire, présenté à l'Institut en 1845, lui valut le prixMonthyon. Sept ans plus tard, l'Académie de médecine, sur la proposition de Robert, lui décernait le prix d'Argenteuil pour sa méthode d'uréthrotomie profonde. Nous dirons plus tard notre avis sur cette terrible méthode; mais si l'Académie n'a pas eu raison de l'encourager, il n'en faut pas moins Convenir que Reybard a fait preuve d'autant de savoir que de talent dans l'exposition et le développement de ses idées. Il venait d'être nommé correspondant de l'Académie de médecine, lorsqu'il mourut en cinq jours à Paris, à la suite d'accidents causés par une piqûre qu'il s'était faite à la Pitié en opérant un malade de fistule urinaire.

D'autres villes de France avaient également à cette époque leurs célébrités chirurgicales. Ne pouvant les énumérer toutes, nous nous bornerons à rappeler les noms de Flaubert (de Rouen) et de Goyrand (d'Aix).

Flaubert (1). — Condisciple et ami de Dupuytren, Flaubert fut un de ceux que ce dernier sut écarter de sa route en l'envoyant à Rouen, où il remplaça Laumonier comme chirurgien de l'Hôtel-Dieu. Il a laissé dans cette ville la réputation d'un professeur distingué et d'un chirurgien de mérite, mais il n'a rien écrit et n'est guère connu que pour avoir le premier en France pratiqué la suture des os pour remédier aux pseudarthroses. Cette opération n'avait encore été faite qu'en Amérique, Flaubert l'exécuta deux fois en 1838; il obtint un demi-succès à son premier essai et un succès complet au second (2).

Goyrand (d'Aix) (3) a des titres bien plus sérieux. Son mémoire sur les fractures du radius, qu'il publia à vingt-neuf ans, est l'œuvre d'un observateur et d'un praticien (4). Quatre ans après, il en fit paraître un second sur le même sujet (5), et enfin, en 1861, il en publia un troisième

(t) Flaubert (Acliille-Cléophas), né ù Mézières le 15 novembre 1784-, mort à Rouen le 15 janvier 1816. Voy. sa notice bibliographique par le docteur Védie.

(2) Kearny-Rodgers l'avait pratiquée en 1825 et en 1826, Valentine Mott en 1831 et 1833. Voy. Traité de l'imniobiUsation directe des fragments osseux dans les fractures, par L.-J. Réreng'er-Féraud. Paris, 1870, p. 265.

(3) G. Goyrand, né en 1803, mort le 25 juin 1866.

(4.) Docteur Goyrand, Mémoire sur les fractures de l'extrémité inférieure du radius qui simulent les luxations du poignet. (Ga%ette médicale de Paris, 1832, p. 664.) (5) Journal hebdomadaire, février 1836.

sur la luxation du cartilage interarticulaire du poignet. Lorsque Malgaigne soutint, avec cet immense talent qui lui permettait de défendre tous les paradoxes, sa fameuse thèse de l'étranglement par le collet du sac, Goyrand fut un des premiers à protester au nom de la chirurgie clinique, en opposant aux raisonnements de son brillant contradicteur le résultat de soixante-neuf opérations tirées de sa pratique. Vidal (de Cassis), qui s'honorait d'avoir été son élève, nous a appris, du reste, que la kélotomie était une des opérations dans lesquelles excellait Goyrand. Toujours prêt à monter sur la brèche, et sachant par expérience que les vérités d'évidence ne sont pas toujours celles qu'il est le plus facile de faire prévaloir, il a lutté vingt ans pour prouver qu'il ne fallait pas amputer la jambe au-dessous du genou, quand on avait affaire à une lésion du pied, et nous ne sommes pas encore parfaitement sûr qu'il ait gagné sa cause aux yeux de tout le monde; mais le service le plus important qu'il ait rendu à la chirurgie consiste dans l'application qu'il a faite du principe de la méthode sous-cutanée à l'extirpation des corps mobiles des articulations. Ce n'est pas seulement une idée heureuse, c'est l'adaptation d'une méthode féconde au traitement d'une affection contre laquelle on n'avait jusqu'alors que de bien dangereuses ressources (1). Nous n'attachons pas autant d'importance à ses travaux sur Fimperfo ration congénitale de l'anus, mais nous ne regrettons pas d'avoir accordé quelques hgnes de plus que ne le comportent les proportions de notre cadre à ce chirurgien émérite dont la biographie n'a encore été faite par personne.

Depuis la fin de nos grandes guerres, le service de santé de l'armée avait vu surgir des réputations nouvelles qui n'atteignaient pas assurément à la hauteur de celles des Percy et des Larrey, mais qui figuraient dignement à la place plus modeste que leur avaient faite les loisirs de la paix. Aux noms de Bégin, de Baudens, de Scoutetten nous pourrions en ajouter beaucoup d'autres, mais nous nous en tiendrons à ceux-là.

Bégin (2) était un des derniers survivants de la grande phalange impériale. Il avait pris part à sa suprême épreuve en suivant les ambu-

(l)Voy. Clinique chirurgicale de Goyrand (d'Aix), publiée, suivant son désir, par le docteur feilbert, son élève et son gendre. Analyse, in Gazette médicale, 1871, p. 547.

(i) BÉGIN (Louis-.facques), né à Liège le 2 novembre 1793. Chirurgien sous- aide le C mars 1812 (Campagnes de Russie, de Saxe, de France, Waterloo), démonstrateur d'anatomie au Val-de-Gràce (1826-1833) ; professeur de clinique chirurgicale ù l'hôpital militaire d'instruction de Strasbourg (1833-184-0), de clinique chirurgicale et de médecine opératoire à la faculté de Strasbourg (1835-1840) ; professeur de clinique chirurgicale au Val-de-Grâce (1840-1842); inspecteur et membre du conseil de santé des armées (1842), président de ce conseil (1850). Membre de l'Académie (1820), président de cette compagnie (1847), mort à Gorriquer près Locronan (Finistère) le 13 avril 1859. Voy. Éloge historique de L.-J. Bégin lu à la Société de chirurgie dans la séance du 9 janvier 1861, par Legouest, secrétaire annuel de la société. Paris,

302; L'HÉRITAGE DE DUPUYIPiEN. [1835-

lances de la garde, depuis les steppes de la Paissie jusque sur les bords de la Loire,. et dans sa vieillesse il avait conservé quelque chose de ce cachet indélébile que les grands événements impriment à ceux qui y ont été mêlés au début de leur carrière. Licencié comme ses compagnons d'armes, il partagea leurs misères, mais au bout de deux ans il fut réintégré et put reprendre tout jeune encore la carrière qu'il a si brillamment parcourue et qui l'a conduit au plus haut degré de la hiérarchie, dans un corps qui n'en est plus à compter ses illustrations. Depuis Percy, la médecine militaire n'avait pas vu surgir d'écrivain aussi remarquable, elle n'avait pas eu de chef de service plus ardent à plaider sa cause et à défendre son indépendance. Ce sont là les côtés par lesquels Bégin s'est surtout fait remarquer. Le nombre de ses écrits est considérable. Il n'est guère de branche de l'art de guérir qu'il n'ait abordée. La médecine, la chirurgie (1), l'hygiène (2), la physiologie (3), l'administralion (i) ont tour à tour fourni un aliment à cette plume élégante et facile qui s'exerçait avec le même talent sur les sujets les plus variés. Plusieurs ouvrages de fond, un grand nombre de mémoires, d'articles de journaux, de discours académiques, d'éloges funèbres ont, pendant près de trente ans, donné la mesure de son admirable fécondité. Nous avons cité quelquesunes de ses productions, nous aurons plus tard à y revenir; elles portent toutes l'empreinte de cet esprit lucide et pratique, de cette droiture, de cet amour de la justice et du bien qui ont été la caractéristique de toute sa vie (5).

Son enseignement se distinguait par les mêmes qualités. Les nombreuses générations de médecins militaires qui se sont formées à son école, ceux qui ont suivi ses cours de médecine opératoire et de clinique chirurgicale à l'hôpital d'instruction, à la faculté de Strasbourg, et en dernier lieu au Val-de-Grâce, ont conservé le souvenir de ses leçons savantes et pratiques, de cette facilité d'élocution qu'il possédait à un si haut degré et qui le faisait écouter avec tant de plaisir à l'Académie de médecine.

(1) Supplément au Traité de la taille, de Deschamps, Paris, '1826. Nouveaux éléments de chirurgie et de médecine opératoire, 2c édition. Paris, 1838, 3 vol. Collaboration au Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1829-1836. Additions à la Médecine opératoire, de R.-B. Sabatier. Paris, 1832. — Rédaction du mémoire de Dupuytren Sîir taie manière nouvelle de pratiquer l'opération de la pierre. Paris, 1836. — Coopération anonyme au Traité des maladies des organes gênito-urinaires, de Civiale. Paris, 1858, 3 vol. in-8o.

(2) Quels sont les moyens de rendre, en temps de paix, les loisirs du soldat français plus utiles à lui-même, à l'Etat et à Varmée, sans porter atteinte à son caractère national ni à l'esprit militaire. Vari.s, 1843, in-S»,

(3) Traité de physiologie pathologique. Paris, 1828, 2 vol. in-S».

(4) Etîides sur le service de santé militaire en France, son passé, son présent et son avenir. Paris, 1849, in-S».

(5) Voy. Notice sur les titres, les services et les travaux scientifiques du docteur L.-J. Bégin. Paris, 1857.

18i7J LES CIIinURGIENS DE LA PROVINCE ET DE L'ÉTRA?sGER. 303

Gomme chirurgien, Bégin possédait un tacl remarquable, une sûreté de diagnostic peu commune; c'était un habile opérateur, mais il ne s'est signalé par aucune découverte, il n'a attaché son nom à aucun des progrès de la chirurgie contemporaine. Il avait assez de titres de tout genre pour pouvoir se dispenser de celui-là.

Baudens (1) a eu une carrière militaire plus active. Elle s'est passée presque tout entière sur les champs de bataille d'Afrique. Depuis la prise d'Alger jusqu'en 184-1, il n'est pas d'expédition à laquelle il n'ait pris une part glorieuse, où il ne se soit fait remarquer par son dévouement, par son courage et son habileté chirurgicale. Mis à l'ordre du jour de l'armée à huit reprises différentes, comblé de félicitations par tous les ministres qui se sont succédé au département de la guerre, Baudens a noblement terminé sa carrière en s'associant une dernière fois au triomphe de nos armes. Mais sa robuste santé avait été trop fortement ébranlée par le climat de l'Afrique pour lui permettre d'aiîronter à cinquante et un ans les fatigues et les soutîrances de cette campagne de Crimée où le corps de santé militaire a été si magnifique de dévouement et si prodigue de sa vie (2). Son œuvre accompUe, sa mission terminée, il est mort épuisé par cette dernière épreuve, en laissant à ceux qui sont venus après lui un exemple qu'ils ont suivi. Baudens fut surlout un chirurgien d'armée. En tenant compte de la dimension décroissante des temps, il a été à Larrey ce que Bégin fut à Percy, ce que la retraite de Constantine fut 'à la retraite de Moscou. Placé sur un petit théâtre militaire, il y a fait le possible, et ce n'est pas sa faute si les événements ne lui ont pas permis de faire plus.

Il a été dans l'armée le premier et le plus ardent défenseur de la chirurgie conservatrice. C'est lui qui s'est insurgé le premier contre les règles un peu absolues de ses prédécesseurs. Ses idées sur les inconvénients du débridement préventif, sur l'extraction des corps étrangers, sur l'emploi de la glace dans les lésions traumatiques, ses procédés opératoires, ses appareils pour les fractures, ses méthodes de pansement, constituent dans leur ensemble une thérapeutique chirurgicale nouvelle, appropriée aux circonstances dans lesquelles il l'exerçait, et qu'on ne peut par conséquent pas comparer à la pratique de ses devanciers. Dans ces guerres en miniature où l'ennemi, sans discipline et sans artillerie, laissait à nos colonnes toute leur liberté d'action, où les blessés étaient peu nombreux et les moyens de transport suffisants, quoique incommodes, il était possible de tenter ce qui avait été interdit aux chirurgiens des

(1) Baudeks (Jean-Baptiste-Lucien), né à Aire (Pas-de-Calais) le 3 avril iSOi, mort à Paris le 27 décembre 1857.

("2} Baudens fut désigné le 25 juillet 1855 pour inspecter le service de santé de la Corse, de l'Italie et de l'armée d'Orient. Au retour, et déjà malade, il voulut retourner en Afrique; il en revint, dans un état plus alarmant, au mois de février '1867, et mourut le 27 décembre suivant.

guerres de l'empire, après les gigantesques batailles de ce temps-là, et ce qui n'a pas mieux réussi à ceux de la période contemporaine, lorsqu'ils se sont trouvés dans des conditions analogues.

Bien qu'homme d'action avant tout, Baudens n'a pas été seulement un praticien. L'enseignement de la chirurgie militaire et la littérature médicale le réclament également. Ses dispositions littéraires s'étaient dévoilées sur les bancs mêmes de l'école ; avant de partir pour l'Afrique, il était lauréat de la faculté de Strasbourg et de l'hôpital militaire d'instruction de cette ville, il avait obtenu le premier prix au Yal-de-Gràce. Nommé professeur à l'hôpital d'instruction d'Alger lors de sa création, il aimait à rappeler plus tard qu'il avait eu la bonne fortune de rouvrir en Afrique les cours de l'école arabe, et de renouer la chaîne des temps rompue depuis Rhazès, Avicenne et Albucasis (1). Plus tard, il fut appelé à faire ses preuves sur un plus grand théâtre et professa la chirurgie à Lille et au Yal-de-Grâce jusqu'en 1851, époque à laquelle il fut nommé inspecteur et membre du conseil de santé des armées. Ses cours, éminemment pratiques, ont contribué presque autant que ses ouvrages à répandre ses idées dans le corps de santé militaire. Baudens n'avait ni la souplesse de talent ni la variété de connaissances qui ont permis à Bégin d'aborder tous les sujets. Aussi s'est-il exclusivement consacré à ceux qui concernent la pratique de la chirurgie. Sa Clinique des plaies d'armes à feu, écrite à trente-deux ans, ses Mémoires sur l'emploi de la glace dans les lésions trauniatiques et dans V étranglement herniaire, son procédé pour la résection de l'humérus, son traitement de l'entorse, et tant d'autres publications dans l'énumération desquelles nous ne saurions entrer, dénotent un esprit d'observation et d'initiative remarquable, et sont écrits avec une conviction qui se transmet à ceux qui les lisent (2).

Baudens, est-il besoin de le dire, était un opérateur de premier ordre.

ScouTETTEN (3), dout la carrière a été beaucoup plus longue et moins accidentée, ne s'est pas aussi exclusivement consacré à la chirurgie, à laquelle il renonça de bonne heure. Ses travaux les plus importants ont eu une autre direction.

Venu à Metz en 1816 pour y suivre les cours de l'hôpital militaire, il s'adonna d'abord à la chirurgie, et à peine âgé de vingt-huit ans il fit paraître ce mémoire sur la méthode ovalaire dont nous avons eu l'occasion de parler et qui commença sa réputation. Sept ans après, il publia un travail sur la cure des pieds bots ; ses observations de chirurgie, qui parurent en 1839, furent le dernier tribut qu'il paya à notre art. Ses

(1) Discours prononcé sur sa tombe par F. G. Maillot. {Ga%ette des hôpitmiâe 1858, p. 13.)

(2) Voy., pour l'énumération et l'analyse de ces travaux : Notice sur les travaux de M. Baudens, Inspecteur et membre du conseil de santé des armées. Paris, '1854.

(3) ScouTETTEN (Robert-Joseph-Henri), né à Lille le 24- juillet 1799. Aide-major en 1822, chirurgien-major en 1832, principal de deuxième classe en 1840, de première en 1842, médecin en chef do l'hApital de Metz en 1852, mort à Metz en 1871.

1817] LES CHinURGIENS DE LA PROVINCE ET DE L'ÉTRANGElî. 305

études a'. aient, déjà pris une autre direction; envoyé en 1831 en AUemat^ne avec Maréchal, pour y étudier le choléra, il avait foit paraître l'année suivante un intéressant travail sur cette maladie. Son traité d'hydrothérnpie, que nous avons mentionné, son ouvrage sur l'ozone (1), son étude sur les trichines, ses travaux sur l'électricité dans les eaux minérales, sur la température du corps humain, constituent ses titres scientifiques les. plus sérieux. — Scoutetten avait feit en 1833 une campagne en Algérie, il a pris part. à l'expédition de Crimée et à celle de la grande Kabylie, et depuis lors il vivait à Metz. C'est là qu'il est mort pendant le siège de Paris, mort de douleur, comme son compatriote Maréchal, comme Kûss, de Strasbourg, comme tous ces martyrs du patriotisme qui n'ont pu survivre à la perte de leur nationalité.

La chirurgie de marine comptait à cette même époque des représentants également distingués. Nos trois écoles avaient à leur tête des hommes remarquables par leur habileté et leur expérience, auxquels il n'a manqué pour arriver à la célébrité qu'uii thécàtre plus en vue et un peu moins de dispositions à s'etîacer. Placés dans les conditions les plus favorables pour la pratique de la grande chirurgie, appelés à diriger pendant de longues années des services d'une importance hors ligne, ils avaient eu mains tous les éléments nécessaires pour contribuer par leurs écrits au mouvement scientifique de leur temps; mais fidèles aux traditions de leurs devanciers, subissant à leur insu l'influencé d'un milieu peu sympathique aux œuvres de la plume, ils se sont bornés à répandre leurs idées par l'enseignement et par l'exemple, et à former k la pratique de leur art les nombreuses générations de chirurgiens qui se sont succédé sur les baucs de nos amphithéâtres pendant les deux périodes dont nous retraçons le cours.

Trois d'entre eux ont laissé parmi nous des souvenirs de premier ordre.

Reynaud (^), le plus âgé des trois,' a dirigé le service chirurgical de Toulon pendant quatorze ans. Praticien d'une expérience consommée, opérateur d'une rare habileté, il a exercé sur son. école une influence dont elle se ressent encore, mais il a très-peu écrit, et c'est à l'aide de leurs notes et de quelques mémoires inédits trouvés dans ses papiers, que ses élèves ont pu reconstituer ses titres scientillques. Le plus saillant a perdu beaucoup de son importance depuis l'époque à laquelle il se rapporte. L'opération de la taille était alors une des pierres angulaires de la chirurgie, et J.-J. Pveynaud est l'inventeur de la taille médio-latéralisée, qui a toujours été pratiquée depuis à l'hôpital de Toulon. Il l'avait ima-

(i) L'Ozone ou Recherches chimiques, météorologiques, phijsiologiques et médicales sur l'oxygène électrisé, par H. Scoutetten. Paris, 1856.

(2) Reynaud (Jean-Joseph), né à la Roquebrussane (Var) le "21 mars 177.3. Entré au service le 10 mars 1793, professeur en 1814, premier chirurgien en chef le l'^r janvier 1829, mort en activité de service, à Toulon, le 20 janvier 18-i2.

J. RocH.iRD. — Chirurffie franc. 20

ginée et mise en pratique avant que Yacca Berlinghieri fît connaître celle qui porte son nom (1). Ce procédé, qui a été décrit pour la première fois par Vidal (de Cassis) dans la première édition de son Traité de pathologie externe, consiste à pratiquer l'incision extérieure sur la ligne médiane comme Vacca, et l'incision profonde suivant le diamètre oblique de la prostate, comme dans la taille latéralisée. Les chirurgiens qui l'ont adopté lui attribuent des avantages essentiels, etnotamm'ent celui d'éviter sûrement l'hémorrhagie. Elle leur a donné trente -six guérisons sur quarante cas (2). J.-J. Reynaud est également l'auteur d'un procédé de ligature métallique pour la cure radicale du varicocèle (3). Enfin, c'est lui qui a eu le premier l'idée d'employer une gouttière en carton pour soutenir les parties molles après l'amputation de la jambe au lieu d'élection (i).

Clémot (5) a laissé dans les départements de l'Ouest une réputation bien plus grande encore. C'est une des illustrations de l'Ecole de médecine navale et de la ville de Rochefort. Son habileté incomparable, son immense pratique, la fertilité de son esprit inventif, n'y sont pas moins connues que sa verve gauloise et que ses excentricités. Fils du second chirurgien en chef dont nous avons cité le nom dans la première partie de cette étude, Clémot était entré à seize ans dans l'Ecole de médecine navale; il y avait montré de telles dispositions que le comité de salubrité du port l'envoya en 1793 pour se perfectionner à Paris. Il y assista aux dernières leçons de Desault; il subit, comme tous ses contemporains, la fascination irrésistible de l'enseignement de Bichat, et se lia avec Dupuytren d'une étroite amitié que ce dernier n'a jamais oubliée. Les nécessités du service le rappelèrent bientôt au port, et le jeune Clémot prit part aux sanglantes batailles de 1 empire. Il franchit rapidement les grades inférieurs de la hiérarchie; en 1821, il était premier chirurgien en chef de la marine au port de Rochefort, et il est resté en possession de cet emploi jusqu'en ISi?, époque de sa mise en retraite. Pendant ces vingt-six années, il a fait l'admiration de toutes les générations médicales

(1) Ses premiers travaux remontent à 1818, mais ce ne fut qu'en 1821 qu'il mit son procédé à exécution sur le vivant. {Nouvelles éludes sur la taille médio-latéra- Usée, par Guillabert (Louis-Victor); thèse de Montpellier, 1857, n» 77.)

(2) Les quarante opérations ont été pratiquées par A. Reynaud, Auban, J. Roux et CabissoL Voy. Chaspoul, thèse inaugurale. Montpellier, 1857, no 25, p. 49.

(3) Voy. ce procédé dans le Trailé de patholofjie externe de Vidal (de Cassis), 5e édition, t. V, p. 229.

(4) Du traitement des plaies en général, par le docteur Louis Beau, médecin en chef de la marine. {Archives de médecine navale, t. XIX, p. 119.)

(5) Clémot (Jean-Baptiste- Joachim), né à Rochefort le 17 juin 1776. Entré au service en 1792, premier chirurgien en chef le l<^^ novembre 1821, admis à la retraite le 31 mai 1817, mort à Rochefort le 11 juin 1852. Voy. Éloge prononcé par le professeur Duplouy à l'ouverture des cours de l'École de médecine navale à Rochefort, le 3 novembre 1868. {Tablettes des deux Cliarentes, numéro du 1 novembre, et Archives de médecine navale, 1868, t. X, p. 119.)

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que cette école a produites. Confiant dans son adresse et dans les ressources de la nature, Clémot pratiquait une chirurgie à lui et n'en a pas laissé de traces. Cependant il est le créateur de la taille vésico- Taginale. Avant lui, nombre de chirurgiens avaient extrait par le vagin des calculs ou des corps étrangers retenus dans la vessie, mais c'est lui qui, en 1814, a converti cette pratique de circonstance en niéthode régulière, et il lui a dû de nombreux succès (1). C'est encore Clémot qui a le premier pratiqué la résection cunéiforme du fémur pour remédier à un cal anguleux et difforme. Son opération porte la date du mois de décembre 1831 (2), et ce n'est que le "^1 mai 1835 que Rhea-Barton, auquel on attribue la priorité de cette résection, la mit en pratique sur le jeune docteur Seaman Deas. Clémot avait observé le phénomène de la pénétration de l'air dans les veines dès 1811, longtemps par conséquent avant le fait de Beauchêne qui a été le point de départ de toutes les recherches sur cet important sujet; mais le mérite de Clémot a moins consisté dans ces opérations nouvelles que dans les modifications qu'il apportait sans cesse aux méthodes et aux procédés connus, que par l'habileté incomparable avec laquelle il les exécutait. La façon dont il pratiquait l'opération de la cataracte est restée dans le souvenir de tous les médecins de Rochefort qui ont suivi son enseignement et qui le considéraient comme un des chirurgiens les plus remarquables de son époque. Enthousiaste de son art, mais plus enclin à suivre ses inspirations qu'à étudier ce que découvraient les autres, Clémot n'était pas un ami du progrès, il méprisait profondément la lithotritie et fit un assez mauvais accueil à la découverte des anesthésiques. Brusque et rude dans la forme, humain et compatissant envers les malades, il était complètement dépourvu des qualités qui font le professeur,, et n'a jamais songé à faire preuve de celles qui constituent l'écrivain.

FouLLiOY (3). — Il en était tout autrement de son collègue du port de Brest. Foulhoy, plus jeune que Clémot de près de quinze années, avait bien assisté aux dernières guerres de l'empire, mais de loin et sans y prendre part. Sa jeunesse ne s'était pas passée dans l'entre-pont de VAg ricola ou du Majestueux; son éducation avait été complète et sérieuse, il était docteur à vingt-trois ans, professeur à trente etun, premier chirur- ,gien en chef à trente-neuf. Il a pendant quatorze ans occupé cette po-

(1) Traité de palhologie exterm de ViJal (de Cassis). 5= édition, t. IV, p. 813.

(2) Voy. la séance de l'Académie de médecine du 2i mai 1836, et la Gazelle médi- ■cale de Paris, 1836, p. 347.

(3) FouLLiOY (Louis-Mathurin), né à Landerneau (Finistère) le 23 septembre 1790, Entré au service en 1808, professeur en 1821, second chirurgien en chef le 22 juillet 1826, premier chirurgien en chef le 16 juin 1829, inspecteur général du service de santé le 7 février 1845, mort à Paris le 15 novembre 1848. Voy. Eloge de Foullioij, par Gallerand, médecin en chef de la marine, prononcé le A novembre 1372, à la séance de rentrée de l'École de médecine navale de Brest. Paris, 1873. {Archives de .médecine navale.)

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sition de premier ordre au port de Brest, et il n'est pas un de nous qui ne tienne à honneur d'avoir été son élève. Jamais professeur plus diseri, jamais opérateur plus élégant n'a séduit et entraîné une école. Il exerçait sur nous une véritable fascination. Sa belle tête un peu penchée, l'expression grave et sévère de ce visage de savant, ce sourire qui était une récompense, tout contribuait à lui donner sur son entourage un ascendant qui ne tenait pas seulement à son grade, mais à sa supériorité incontestable. Il ne lui a manqué pour s'élever au premier rang qu'une position plus en relief, que l'aiguillon de la lutte et des rivalités, ce stimulant indispensable du travail et de l'activité humaine. Arrivé tout jeune encore à la position qu'il enviait, certain de se voir porté par la force des choses à la tète du corps qui reconnaissait en lui son maître, Foullioy s'est endormi dans le repos d'une ambition satisfaite et n'a pas f;iit pour la science ce qu'elle était en droit d'attendre de lui.

Ses opérations hardies, conçues avec une profonde connaissance de î'anatomie, exécutées avec une précision, une élégance et une rapidité que nous n'avons vues depuis égalées par personne, ses procédés à lambeaux antérieurs pour les amputations, ses principes pour les ligatures artérielles, pour la taille latéralisée, pour l'extirpation des tumeurs, pour le débridement de la hernie étranglée, sont restés dans nos souvenirs; les thèses de ses élèves en ont sauvé quelques-uns de l'oubli (1), mais sauf son procédé pour la désarticulation coxo-fémorale, que nous lui avons vu exécuter avec une habileté prestigieuse, il n'a pris la peine de rien écrire, et cependant il maniait la plume avec autant d'élégance que le bistouri; plusieurs discours conservés dans nos archives nous eu fournissent la preuve. Ce procédé opératoire, dont tous les temps avaient été admirablement combiaiés et auquel Vidal donne la préférence sur tous ceux qui ont été proposés depuis, fut couronné par un succès hors ligne (2). Nous avons vu le malade se promener dans la cour de l'hôpital le dix-huitième jour de son opération, la cicatrisation était complète le trente-troisième, et Robin, une fois rétabli, pouvait franchir à pied une distance de 8 kilomètres, grâce à l'appareil imaginé par Foullioy, à qui revient le mérite d'avoir le premier posé les principes de ce genre de prothèse (2).

La chirurgie étrangère, sur laquelle nous avons jeté un coup d'œil rapide au commencement de la période précédente, n'avait pas sensiblement changé d'aspect. Elle était représentée par les mêmes hommes dont vingt années d'expérience avaient encore accru la renommée, et quelques réputations nouvelles commençaient à s'élever à l'ombre de la

(1) Nous citerons entre autres la thèse de Hello sur les amputations. Paris, 1829.

(2) Mémoire sur l'amputation de la cuisse, par M. Foullioy, inspecteur du service de santé de la marine, in Traité de pathologie exierne, 5^ édition, t. V, p. 731.

(3) Arsenal de la chirurgie contemporaine, de Gaujot et Spillmann. 1872, t. Il, p. 16

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leur. Celle d'Astley Cooper les dominait toutes; depuis la mort de Dupuytren, il ne connaissait plus de rival, et sa supériorité devait pendant six années encore illustrer l'Angleterre (1). Valentine Mott, dans la maturité de son talent, avait encore devant lui trente années pour former cette école américaine dont nous aurons à apprécier l'influence lorsqu'il sera question des opérations aventureuses qu'elle a fait entrer dans la pratique C^). Quant à la chirurgie allemande, qui commençait à sortir de ses langes, elle se complaisait dans l'étude des maladies des yeux et dans son admiration enthousiaste pour les excentricités de Dieffenbach, cet opérateur qui, d'après ses élèves, ne connaissait ni les obstacles, ni les revers (3), ce grand chirurgien dont l'orgueil dépassait encore le mérite, et qui était venu l'année précédente rendre un dernier hommage à son premier maître et exhiber à Paris ses petits instruments et ses prétentions exorbitantes (4).

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