TENOTOMIE, MÉTHODE SOUS-CU TAXÉE
Le trait le plus caractéristique de cette période, avons-nous dit, a été le défaut d'harmonie dans les recherches, la multiplicité des travaux portant sur des points de détail et la variété des sujets mis à l'étude. Pour nous, qui ne pouvons envisager les choses que dans leur ensemble, ce morcellement scientifique constitue une difficulté de premier ordre et nous oblige à une élimination un peu arbitraire. Nous devons nous borner à l'examen des questions dont l'étude a produit un progrès sérieux, ou qui, à défaut d'utUité réelle, ont eu dans le monde médical un retentissement considérable. Sous ce dernier rapport, la première place revient de droit à la chirurgie réparatrice. Dans le cours de la période précédente nous avons retracé ses premières phases et indiqué ses ap-
(1) AsTLEY Cooper, né à Brooke (comté de Norfolk) le 23 août J7()8, est mort à Londres le 15 février 1841.
(2) Mott (Valentine), né à Glencove, (État de New-York) le 20 août 1785, est mort à New-York le 26 avril 1865.
(3) Voyez la Chirurgie de Dieffenhach, par Ch. Philipps. Paris, 184-0.
(4) Dieffenbach (Jean-Frédéric), né en 1795 à Kœnigsberg, mort à Berlin le 11 novembre 1847, avait suivi en 1822 la clinique de Dupuytren et avait conservé pour lui une admiration profonde. Au mois d'octobre 1834, il vint à Paris pour le revoir et pour faire connaître ses procédés d'autoplastie. Il s'y trouvait en même temps qu'Astley Cooper et que Heine (de WiJrzbourg), qui y démontrait la manœuvre de son ostéotome aux chirurgiens des hôpitaux.
Sm PROGRÈS EM CHIRURGIE : TROISIÈME PÉRIODE. [1835-
plications utiles; il nous reste maintenant à rendre compte de ses exagérations et de ses erreurs.
Nous avons vu comment la ténotomie sous-cutanée, après être née en France, avait été se faire naturaliser en Allemagne pour nous revenir avec ce cachet exotique qui a tant d'attraits pour nous; depuis la publication des premières observations de Stromeyer (1), la nouvelle méthode était devenue l'objet d'un véritable engouement dans toute l'Europe. Les sections tendineuses, déjà passées dans la pratique, ne se comptaient plus que par centaines, et les chirurgiens rivalisaient de zèle pour arriver à découvrir quelque nouveau muscle, quelque tendon nouveau à sectionner. Cet enthousiasme se comprend. Les espérances démesurées qui ont conduit à tant de mécomptes s'expliquent par les progrès que la science des difformités venait de faire sous l'influence des travaux entrepris dans cette direction. Le rôle de la rétraction musculaire primitive, déjà indiqué par Yelpeau, venait d'être élevé par J. Guérin (2) à la hauteur d'une doctrine complète, d'après laquelle toutes les déformations du système osseux étaient ramenées à une même cause, la rétraction des muscles, causée elle-même par une altération primitive des centres nerveux. Cette rétraction devenue permanente s'accompagnait à la longue d'une altération de structure et opposait un obstacle invincible au redressement du squelette. Rien n'était alors plus logique que de diviser la corde qui maintenait ainsi les parties dans une situation anormale et d'appliquer le même remède partout où se présentait le même état. C'est ainsi que l'exagération d'un principe vrai a conduit J. Guérin à faire sortir la ténotomie de ses bornes rationnelles, et qu'il a soulevé l'opposition formidable dont nous aurons bientôt à parler. Tout concourait du reste à pousser l'art dans cette voie. Des expériences, confirmatives de celle de Hunter, venaient de prouver que la continuité des tendons se rétablit après la ténotomie et que les muscles qui s'y insèrent peuvent reprendre leurs fonctions s'ils n'ont pas déjà subi une irrémédiable altération de texture (3); enfm et surtout, l'innocuité parfaite des plaies sous-culanées mise en lumière par Stromeyer et par J. Guérin devait encourager les entreprises les plus hardies et rassurer les esprits les plus timorés. Si l'on se rappelle que jusqu'alors l'art avait été réduit à l'impuissance en présence des difformités du squelette, on ne sera pas étonné de l'enthousiasme avec lequel on accueillit une méthode qui permettait d'obtenir sans danger et presque sans douleur un redressement
(1) Elles parurent dans les Archives générales de médecine, en i834'.
(2) Mémoire couronné en 1837.
(3) Les expériences de Hunter, que nous avons citées dans la période précédente,, avaient passé inaperçues; elles furent reprises par D'Amnion en 1837, par Vincent Duval et Bouyier en 1838, par J. Guérin en 1838 et 1839. Les auteurs ne furent pas d'accord sur le mode de réparation des tendons, mai^ quant au fait lui-même, il fut mis hors de doute et devint un nouveau stimulant pour la ténotomie.