TÉNOTOMIK, MÉTHODE SOUS-CUTANÉE
que les machines ne pouvaient opérer qu'à la longue et d'une manière très-incomplète.
1° Ténotoniie des membres.
A l'époque où commence cette période, on ne s'était encore attaqué qu'au tendon d'Achille, au sterno-mastoïdien et aux brides aponévrotiques de la main ; c'est encore par le traitement du pied bot qus la ténotomie entra dans sa seconde phase. Le début de celle-ci remonte, comme nous l'avons vu, h 1835. Tandis que Duval et Bouvier à Paris (1), que Stoës à Strasbourg, perfectionnaient le procédé de Stromeyer pour la section du tendon d'Achille, en réduisant aux plus petites dimensions possibles la plaie extérieure et en n'en faisant qu'une seule, on s'attaquait successivement à tous les autres tendons du pied, et on opposait ti tour de rôle ou simultanément aux différentes espèces de pieds bots, la section du jambier antérieur, des extenseurs des orteils, de l'aponévrose plantaire, du fléchisseur superficiel, de l'adducteur du gros orteil, du jambier postérieur, des péroniers latéraux, du fléchisseur commun et du fléchisseur propre. Du pied le ténotome remontait au jarret, et les muscles du creux poplité étaient coupés à leur tour, pour remédier aux fausses ankyloses angulaires du genou. Dès 1830, Dieffenbach avait eu recours à cette opération chez un garçon de dix ans, et Stromeyer l'avait répétée avec le même bonheur ; Duval les imita en 1837, son exemple fut suivi par Bouvier, par Phillips, par^ Bonnet (de Lyon), et en 1841 Duval comptait déjà deux succès complets sur sept opérations, et Phillips, cinq succès et deux insuccès (:2). Duval s'était borné à couper le biceps, le demi-tendineux et le demi-membraneux. Bouvier y ajouta le droit interne, et Bonnet le couturier ; Palasciano (de Naples) y joignit le tenseur du fascia-lata, puis le triscep, et Bonnet n'hésita pas à faire comme lui (3). Des fausses ankyloses on passa aux simples déviations, et les genoux cagneux payèrent à leur tour leur tribut à la ténotoniie. Bonnet leur opposa la section du tendon du biceps et du tenseur du fascia-lata, mais il recula devant celle du ligament latéral externe; Jules Guérin ne fut pas si timide, il coupa ce liga-
(1) Bouvier, Mémoire sur la section du tendon d'Achille dans le trailement des pieds hots. (Mémoires de l'Académie médecine. Paris, 1838.)
(2) A. Bonnet, Traité des sections tendineuses et musculaires^ p. 555.
(3) C'est à cette époque de ferveur orthopédique que remontent les essais de redressement immédiat faits dans les hôpitaux de Paris avec la machine de Louvrier. Les résultats produits par cet appareil d'une puissance invincible furent tels qu'on y renonça à tout jamais. Les expériences furent faites en 1837, elles durèrent plusieurs mois, et permirent à l'Académie de médecine d'apprécier ce que les malades gagnaient à ce redressement brutal; les plus heureux en furent quittes pour de la claudication, d'autres perdirent l'usage de leur membre ; deux succombèrent aux suites de l'opération. (Malgaigne, Leçons d'orthopédie. Paris, 1862, p. 192.)
meiit, et même le ligainenllatéral inlerne, en dépit de son allongement(l). Le même opérateur étendit les bienfaits de la nouvelle méthode au traitement des luxations et des pseudo-luxations congénitales du fémur Ci), et il en vint peu à peu à couper la plupart des muscles des membres pour arriver plus tard à faire subir le même sort à ceux du tronc. La première opposition qu'il rencontra dans cette voie fut soulevée par l'application de la ténotomie aux difformités de la main. La question fut portée par Bouvier devant l'Académie de médecine, à la séance du 4 octobre 1842 (3). Elle n'était pas précisément nouvelle; la section des fléchisseurs, dans le cas de flexion permanente des doigts, avait échoué deux fois entre les mains de Stromeyer, deux fois dans celles de Dieffenbach, et Jules Guérin luimême avait éprouvé un insuccès. Dans ces cinq cas, les doigts avaient été redressés, mais les mouvements de flexion avaient été perdus sans refour. On avait attribué ce fâcheux résultat à la présence des gaines synoviales qui s'opposaient à la réunion des tendons divisés, mais H. Larrey, pour se mettre en garde contre cet écueil, avait sectionné ces tendons dans la paume de la main avant leur pénétration dans les gaines, et le succès n'avait pas répondu à son attente. Cette opération paraissait donc condamnée lorsque J. Guérin tenta de la réhabiliter, et de démontrer que la section sous-cutanée des « grand et petit palmaires, du » cubital antérieur, du fléchisseur commun des doigts, pouvait être pra- » tiquée au poignet avec avantage; que celle du fléchisseur superficiel » dans la paume de la main et du fléchisseur profond au niveau des » secondes phalanges, était une opération convenable, efficace, et qui » n'exposait pas nécessairement à la perte du mouvement des par- » ties (4). » C'est sur ce terrain que la discussion s'engagea; elle se continua pendant douze séances (5), sans projeter un grand jour sur la
(1) Le ligament latéral externe a été également coupé par Langenbeck et par Billroth.
(2) Lettre sur l'étiologie et le traitement chirurgical des luxations et pseudo-luxaiions congénitales du fémur, adressée à M. le président de l'Académie des sciences, le 20 janvier i 84-0, par le doctem- Jules Guérin. [Gazette médicale de Paris, 1840, p. 4-9.) L'auteur relate trois opérations suivies de succès (la première en date du 26 novembre 1838, les deux autres de la lin de 1839),- mais il ne donne aucun détail sur le mode suivi et n'indique même pas les muscles qu'il a coupés.
(3) Note sur quelques résultats de la section sous-cutanée des tendons, par Bouvier. [Btdletin de l'Académie de médecine, t. VIII, p. 114.)
(4) Le 21 juillet 1840, il pratiqua vingt-neuf sections de tendons et de muscles sur l'avant-bras gauche du docteur Doubowitski de Saint-Pétersbourg, atteint de rétraction permanente à la suite d'une fracture de l'extrémité inférieure de l'humérus. Ces opérations n'eurent pas un résultat extrêmement favorable, ainsi qu'on peut en juger en lisant cette observation, dont il a été plusieurs fois question dans le cours des débat'^, et qui a été publiée par le malade lui-même, avec des réflexions d'un vif intérêt, dans les Annales de la chirurgie française et étrangère, t. I, p. 129, 1841.
(5) Voy. Bulletin de l'Académie de médecine, séances des 4, 18, 24 octobre; 3, 8, J5, 27 novembre; 3, 10, 17, 24 décembre 1842.