PHYSIOLOGIE
Pendant que les médecins français se livraient à l'étude de l'hématologie pathologique, un savant d'Allemagne, Magnus, démontrait la présence dans le sang normal de l'oxygène, de l'azote et de l'acide carbonique, et donnait ainsi à la théorie chimique de la respiration la sauclion expérimentale qui lui avait manqué jusqu'alors. On sait que lorsque Lavoisier formula cette pensée hardie de la combustion respiratoire, il en avait placé le siège dans le poumon (2), et soulevé par là des objections fondées qui la firent prématurément rejeter. Mais les doctrines vitaiistes qui lui succédèrent n'étaient pas viables, et les physiologistes rentrèrent bientôt dans la bonne voie. Lagrange et Hassenfratz répondirent aux objections qui avaient fait repousser la combustion puhnonaire, en émettant la pensée que l'oxygène, au lieu de se combiner sur place avec le carbone du sang veineux, était entraîné par le sang artériel dans le torrent
chien, et celle du Trypanosoma sanguinis dans le sang de la g-rcnouille. (Gaz. méd., ■18i3, p. 81 et 744..) Yoyez Bcrard, Cours de physiologie, t. III, p. 175.
(1) P. Bouisson, Études sur le chyle. (Ga&ette médicale, 184i., p. 409, 4-25, 489, 521, 585, 649.)
f2) Voyez les deux mémoires présentés à rAcadémie des sciences par Lavoisier et Séguin, le premier en 1789, le second en 1799.
circulatoire et y opérait, chemin faisant, la combinaison qui donne naissance à l'acide carbonique; mais cette réaction progressive supposait la présence de ces gaz dans le sang, et tous les efforts faits pour les isoler avaient complètement échoué jusqu'au moment où Magnus, s'appuyant sur les expériences de Stevens, parvint à dégager l'acide carbonique du sang, en le déplaçant par un courant d'hydrogène, et à en faire sortir l'oxygène et l'azote par l'emploi de la machine pneumatique (1). Les quantités de gaz obtenues du sang artériel et du sang veineux ne répondaient pas, il est vrai, aux besoins de la théorie, et Gay-Lussac, dans son rapport à l'Académie des sciences (2), prouva sans peine qu'il y avait encore beaucoup à faire pour arriver à une démonstration irréfutable de la doctrine chimique de la respiration ; mais il ne s'agissait pas de résoudre une équation, il s'agissait de démontrer la possibilité d'un fait jusqu'alors contesté, d'établir la présence simultanée de l'oxygène et de l'acide carbonique dans le torrent circulatoire; ce fait, les expériences de Magnus le mettaient hors de doute, et les physiologistes n'en demandaient pas davantage. Depuis cette époque, la théorie ^chimique de la respiration n'a plus rencontré d'adversaires.
Le vitalisme avait déjà perdu bien du terrain dans les écoles. Nous avons vu en 1823 l'Académie des sciences mettre au concours pour 1825 l'étude des phénomènes chimiques qui s'accomplissent pendant la digestion, et nous avons dit comment le mémoire de Leuret et Lassaigne d'un côté, celui de Tiedemann et Gmelin de l'autre, avaient répondu à cet appel; ces études avaient été pousuivies. En 1833, Williams Beaumont fit connaître ses expériences sur le suc gastrique et la physiologie de la digestion (3); une occasion qu'aucun physiologiste n'avait encore rencontrée, lui avait permis d'en observer les phénomènes à la faveur d'une fistule gastrique de dimension considérable qu'un Canadien avait conservée à la suite d'un coup de feu reçu presque à bout portant dans l'hypochondre gauche (i).
Le docteur Blondlot (de Nancy) eut l'idée de réaliser les mêmes conditions d'expérience sur les animaux, et, à l'aide de fistules gastriques artificielles pratiquées chez les chiens, il a pu suivre pas à pas les phénomènes de la digestion stomacale. Son traité analytique de la digestion
(1) Sur les gaz que contient le sang, oxijgeîie, azote et acide carbonique. {Annales de chimie et de physique, t. LXV, p. 169, 1837.)
(2) Gay-Lussac, Observations critiques sur la théorie des phénomènes chimiques de la respiration, note lue à l'Académie des sciences le lc>- avril 1844.
(3) W. Beaumont, Experiments and observations on the gastric juice and the plujsiology of digestion. Plattsburg.
(4.) Ces expériences avaient duré de 1825 jusqu'en 1833. Pour obtenir le suc gastrique, Beaumont introduisait par la fistule une grosse sonde de gomme élastique, et bientôt il voyait le liquide couler goutte à goutte par son extrémité. {Experiments and observations on tlie gastric juice and the phgsiologij of digestion. Plattsburg, 1833)