PHYSIOLOGIE
parut à jNancy en 1843. Depuis trois ans déjà Wasmann était parvenu à isoler le ferment gastrique, la pepsine. En 1846, Blondlot fit connaître ses recherches sur les fonctions du foie et de ses annexes, et plus tard il porta son attention sur la digestion des substances amylacées et des matières grasses (1). Sandras et Bouchardat se livraient à la môme époque à des études suivies sur la digestion des matières féculentes et sucrées, sur leur rôle dans la nutrition et sur l'influence que le sucre pancréatique exerce sur leur transformation (2). Mialhe, de son côté, se livrait à des reclierches du môme genre (3); enfin, c'est à cette même époque que Claude Bernard inaugurait, par son beau travail sur le suc gastrique et son rôle dans la nutrition, les importantes recherches qui l'ont placé au premier rang parmi les physiologistes modernes (4).
Pendant ce temps, la physiologie expérimentale continuait son œuvre et s'appliquait surtout à l'étude du système nerveux. Les découvertes de Ch. Bell et de Magendie sur la distinction des nerfs moteurs et sensitifs avaient été contrôlées par J. Mûller en 1831 (5); mais ses expériences n'avaient porté que sur des grenouilles; il ne pensait même pas qu'on pût obtenir de résultats décisifs chez les animaux des classes élevées; un jeune physiologiste de l'école de Paris, qui devait bientôt attacher son nom à cette partie de la science, Longet, entreprit de vérifier sur des mammifères adultes les faits avancés par ses prédécesseurs. En s'entourant de précautions plus minutieuses, en variant les modes d'expérimentation, il en vint à déterminer avec plus de précision qu'on n'avait fait jusqu'alors le rôle spécial de chacune des parties dont l'ensemble constitue ce mystérieux système. Son premier travail parut en 1841 et fut couronné par l'Académie des sciences; l'année suivante, il publia son traité d'anatomie et de physiologie du système nerveux, l'ouvrage le plus important et le plus complet qui ait encore paru sur cette branche si difficile de la physiologie (G). Ce livre, lorsqu'il parut, semblait être le dernier mot de la science; tout y était clair, bien coordonné; les faits
(1) Recherches sur la digestion des substances amylacées. Nancy, 1853. Recherches sur la digestion des matières grasses. {Annales des sciences naturelles, 1854.)
(2) Comptes rendus de V Académie des sciences, t. XX, 1845.
(3) Mialhe, Mémoire sur la digestion et V assimilation des matières amyloïdes et sucrées. (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1815, t. XX.) — Sur la digestion et V assimilation des matières albuminoïdes. {Bulletin de la Société philomathiquc y 1846.)
(4) Bernard (Claude), Du suc gastrique et de son rôle dans la nutrition, thèse de- Paris, 1843. — Pour ses autres travaux, voyez" la bibliographie de l'article Digestiouï du Nouveau Diclionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XI, p. 517.
(5) Jean Mûller, Nouvelles expériences sur l'effet que produit l'irritation mécanique et galvanique sur les racines des nerfs spinaux. {Annales des sciences naturelles, 1831, t. XXII, p. 95.)
(6) Longet, Anatomie et physiologie du système nerveux de l'homme et des animaux vertébrés, deux volumes in-8^ avec planches. Paris, 184-2.
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palhologiques, les expériences et le raisonnement semblaient si bien d'accord sur tous les points, qu'on eût dit qu'il n'y avait plus qu'à s'incliner devant la doctrine qui en résultait et à abandonner les recherches. Malheureusement il est rare que tout s'enchaîne d'une manière si logique dans les éludes de cette nature et qu'il n'y ait pas quelque note discordante dans ce concert unanime. Le livre de Longet ne faisait pas exception, et les recherches ultérieures Font bien prouvé. Toujours estil que lorsqu'il apparut, il fut accueilli par des éloges unanimes, il ouvrit à son auteur les portes de l'Institut, et plus tard celles de la faculté de médecine. C'est à l'époque de ses premières recherches (1839) que se rapporte la découverte de la sensibilité récurrente, qu'il a revendiquée comme sienne, que Magendie lui a disputée et que Cl. Bernard a eu le mérite, sept ans plus tard, de démontrer d'une manière irréfutable en faisant connaître en même temps les conditions dans lesquelles elle se produit.
De toutes les parties de la physiologie, celle qui a franchi les plus grands pas pendant la période que nous traversons, c'est assurément celle qui a trait à la génération et à l'embryologie. En quelques années, grâce à l'ardeur avec laquelle les recherches ont été poursuivies, grâce au concours du microscope et de la physiologie expérimentale, le jour s'est fait sur ces questions jusque-là si obscures, et parmi les conquêtes scientifiques du xix° siècle, nous n'en connaissons qu'un petit nombre qui nous inspirent autant d'admiration que celle-là. Nous regrettons de ne pouvoir en retracer l'histoire sans nous écarter de notre sujet-, nous devons nous borner à quelques indications sommaires.
La découverte de l'œuf de l'homme et des mammifères, faite par Baër en 1827, et confirmée par Coste en 1834, avait ouvert des voies nouvelles à l'embryologie et fait justice des hypothèses, des systèmes dus à l'imagination des anciens. Il n'était plus douteux pour personne qu'il ne préexistât à la fécondation, et Carus, en 1837, prouva qu'il se rencontrait même chez les filles qui viennent de naître et dans l'ovaire des fœtus femelles. Toutefois on croyait encore qu'il ne se détachait de l'ovaire qu'après avoir été modifié par la fécondation; cette erreur ne tarda pas à se dissiper. Dès 1837, Coste (1) exprima nettement l'idée qu'à l'époque du rut, les œufs tombent spontanément de l'ovaire. Peu de temps après, Négrier (2) prouva que ces corps jaunes, qui avaient si vivement préoccupé les physiologistes au xviii° siècle et qu'ils considéraient comme le résultat de la fécondation, existaient également chez les filles vierges; il signala la coïncidence de leur formation avec l'époque calaméniale, et conçut l'idée de la chute spontanée de l'œuf à chaque menstruation. Les
(1) Coste, Embryogénie comparée. Paris, 1837, p. 455.
(2j Kégrier, Recherches anatomiques et physiologiques sur les ovaires dans Vespèce humaine. Paris, ISiO.
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travaux de Poucliet (i) contribuèrent bientôt à mettre le fait dans tout son jour et à le Taire prévaloir dans la science. Ceux de Raciborski (^), ■de BischolY et de Courty établirent d'une manière définitive la loi de la cbute spontanée et périodique de l'œuf, et celle de sa corrélation avec le rut chez les animaux et avec la menstruation chez la femme. D'un autre côté, Bischoff avait depuis 1838, à l'aide d'expériences sur les chiennes, démontré la marche du sperme jusqu'à l'ovaire, et Henle avait reconnu l'épithélium vibralile dont les cils opèrent sa progression. Plus tard, Barry et Bischoff constatèrent le phénomène du transport de l'œuf depuis l'ovaire jusqu'à l'utérus. Enfin, pour abréger cetle énumération, les travaux réunis des physiologistes que nous avons précédemment désignés ont permis, en s'appuyant sur l'embryogénie comparée, de suivre pas à pas les transformations subies par l'œuf des mammifères depuis le moment où il se détache de l'ovaire jusqu'à la période de son développement, où il a été permis de l'observer chez la femme (3). On comprend par là l'importance des travaux modernes; les recherches antérieures n'avaient pu porter que sur des œufs abortifs, et sauf quatre faits incertains dus aux frères Weber, à Thomson, à Walther Jones et à Wolkmann, les plus jeunes qui aient été observés étaient âgés de dix à douze jours. Or, à cette époque de la vie intra-utérine, les transformations les plus curieuses sont déjà accomplies, et ce sont ces premières phases du développement de l'œuf que les recherches modernes ont permis de constater. La disparition du disque proligère et son remplacement par une couche d'albumine parsemée de spermatozoaires, la segmentation si régulière du vitellus qui aboutit à la production du corps muriforme et à la formation du blastoderme, la décomposition de celuici en deux feuillets, l'apparition du cumulus proligère, de l'area germinativa, de la nota primitiva, l'évolution successive de l'amnios, de la vésicule ombilicale et de l'allantoïde, le développement parallèle des systèmes et des appareils organiques, toutes ces transformations si étranges, si rapides que l'œuf subit dans les quelques jours qui suivent la fécondation, étaient complètement inconnues au commencement du siècle. Leur découverte a été un fait capital pour la physiologie tout entière. Elle a imprimé à l'anatomie philosophique une extension qui a même dépassé le but et dont les derniers travaux de Serres ont été la plus remarquable expression (4); elles ont donné enfin à la .tératologie les bases solides qui lui manquaient encore lorsque Geolfroy
(1) Pouchet, Théorie jiositive de la fécondation des mammifères. Paris, mars 1842. (2j De la puberté et de l'âge critique chez la femme. Paris, 18M.
(3) Toutes ces recherches ont été coordonnées par Bischoff dans son Traité du démloppement de lliomme et des mammifères qui fait partie de l'Encyclopédie anatomique, dont il forme le huitième volume, et qui fut traduit par Jourdan en 1843.
(4) Serres, Précis d'anatomie transcendante appliquée à la physiologie. Paris, ISi'l.
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Saint-Hilaire fit paraître son bel ouvrage sur les anomalies de l'organisation chez l'homme et chez les animaux (1).
ARTICLE IV
PATHOLOGIE INTERNE ET THÉRAPEUTIQUE. § i". — L'endocardite rhumatismale et la morve aiguë chez l'homme.
Nous avons dit plus haut comment le microscope avait révélé l'existence d'une maladie jusqu'alors inconnue, la leucémie; ce n'est pas la seule acquisition de ce genre que la pathologie interne ait faite pendant cette période. Ses débuts ont été signalés par deux faits d'une égale importance, la démonstration de la coïncidence du rhumatisme aigu avec l'endocardite, et la découverte de la morve aiguë chez l'homme. C'est en 1835 que Bouillaud fit paraître son Traité clinique des maladies du cœur. La corrélation de l'inflammation des membranes interne et externe du cœur avec celle des tissus séro-fibreux des articulations y est clairement indiquée. L'auteur dit l'avoir observée dans la moitié des cas environ, et signale l'importance de cette complication (2) ; mais c'est en 1836 seulement qu'il formula d'une manière précise et dans un travail spécial (3) cette loi de coïncidence à laquelle il a attaché son nom et qui constitue le plus important de ses titres scientifiques.
C'est en 1837 que Rayer signala le premier cas authentique de morve aiguë transmise à l'homme par le cheval. Cette communication, faite à l'Académie de médecine le 21 février, y souleva une discussion assez vive qui se prolongea pendant plusieurs séances (4). Rayer rencontra surtout de l'opposition parmi les vétérinaires, auxquels cette transmission paraissait inadmissible; mais il finit par triompher de ses contradicteurs. De nouveaux faits, de nouvelles observations entraînèrent bientôt toutes les convictions; ce point important de pathologie comparée fut définitivement acquis à la science, et la triste nomenclature des maladies qui affligent l'espèce humaine compta une unité de plus.
L'opposition que Rayer rencontra au sein de- l'Académie s'explique, du reste, lorsqu'on se rappelle les tendances scientifiques de cette époque. Le règne de la docirine physiologique n'était pas encore complètement fini, et les idées de virulence, de transmissibilité, de contagion, ne se
(1) Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et. particulière des anomalies de l'organisaHon chez l'homme et les animaux. Paris, 1832-1836.
(2) Bouillaud, Traité clinique des maladies du cœur. Paris, 1835, t. I, p. 311, 4-71; t. II, p. 230.
(3) J. Bouillaud, Nouvelles recherches sur le rhumatisme articulaire aigu en général, et spécialement sur la loi de coïncidence de la péricardite et de l'endocardite avec cette maladie, ainsi que sur l'efficacité de la formule des émissions sanguines coup sur coup dans son traitement. Paris, 183(3, brochure in-8o de 160 pages.
(4) Rayer, Bulletin de l'Académie de médecine, t. I, p. -430.