PATHOLOGIE INTERNE ET THÉRAPEUTIQUE
faisaient que difficilement accepter. Elles devaient cependant faire peu à peu leur chemin, et la marche des esprits dans cette direction se dessina nettement, pendant les six années c{ui suivirent, dans le cours des discussions importantes auxquelles l'Académie se livra au sujet de la contagion de la fièvre jaune en 18-4'2, de celle de la fièvre typhoïde en 18i5, et surtout dans le mémorable débat auquel la question de la peste et des quarantaines donna lieu en 1846. Le rapport de Prus, sur lequel il s'ouvrit, peut être considéré comme un modèle de savoir, de raison et de prudence (1). La discussion dura depuis le 10 mars jusqu'auS décembre; elle eut pour résultat la réforme quarantenaire qu'inaugura l'ordonnance royale du 18 avril 18i7, et l'institution des médecins sanitaires, (iont la présence dans les principaux ports du Levant a rendu de si grands services à la science. Ses principales dispositions ont été consacrées par le congrès international de 1851. La doctrine de la contagion avait du reste perdu son plus terrible adversaire ; le brave et malheureux Chervin était mort en 1843, après avoir dépensé toute une vie de dévouement au service d'une mauvaise cause, et sans laisser après lui pour la soutenir un seul défenseur ardent et convaincu (2).
D'autres affections internes ont également été l'objet de travaux importants pendant cette période. Nous ne les passerons pas en revue, mais nous devons signaler pourtant les études sur l'albuminurie, notamment celles de Max Simon, récompensées par l'Académie des sciences en 1839, et les recherches sur la pellagre, que provoqua en 1845 l'extension de cette maladie dans le midi delà France (3). C'est à cette époque que remonte le premier ouvrage de Th. Roussel, qui a si puissamment contribué depuis cette époque à rattacher la pellagre à sa véritable cause (4), à l'action pathogénique du maïs altéré que Marzari (de Venise) avait déjà signalée trente ans auparavant (5).
§ 2. — Huile de foie de morue, irrigations froides, hydrotliérapie. 1° La matière médicale n'a pas fait pendant cette période d'acquisition
(1) La lecture de ce document remarquable occupa deux séances, et son insertion dans le Bidletin de l'Académie de médecine deux cent vingt-cinq pages.
(2) F. Dubois (d'Amiens), Note historique sur M. Chervin. (Bulletin de l'Académie de médecine, 1865, t. II, p. 165.)
(3) Le conseil central de salubrité de la Gironde, préoccupé des progrès incessants de la pellagre dans toute l'étendue des Landes et du bassin de la Gironde, se livra à une enquête sérieuse sur cette affection, et demanda au ministre de l'agriculture et du commerce l'impression des documents qu'il avait réunis. Le ministre, après avoir entendu le rapport de Joly, conclut à l'opportunité de publier ces documents. (Séanc3 du 2 juin 1815.)
(4) Roussel, De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes et de son traitement. Paris, 1845. — Traité de la pellagre e des pseudo-pellagres, ouvrage couronné par l'Institut. Paris, 1866.
(5) A la même époque, Balardini en Italie soutenait également la cause du zéisnie.
bien importante; toutefois c'est pendant sa durée que s'est répandu en France l'usage d'un médicament depuis longtemps usité dans le nord comme remède populaire et qui avait été déjà en Allemagne l'objet d'intéressants travaux. On voit que nous voulons parler de l'huile de foie de morue, dont on n'a guère commencé à s'occuper que depuis 1837, et dont l'emploi s'est tellement vulgarisé depuis lors, qu'elle est devenue une branche importante de notre commerce. II est vrai qu'elle s'adresse aux maladies les plus répandues, les plus lentes dans leur marche et les plus rebelles du cadre nosologique.
En dehors de ce médicament alimentaire, l'introduction de l'arsenic dans le traitement des fièvres intermittentes, d'intéressants travaux sur les eaux minérales, et l'apparition du traité de matière médicale et de thérapeutique de Trousseau et Pidoux, sont les seuls faits de quelque intérêt qui nous frappent dans cette période; mais si elle a été peu féconde en conquêtes pharmacologiques, en revanche elle a vu naître une méthode thérapeutique nouvelle dont on ne saurait contester les services, bien qu'elle se soit introduite d'une manière irrégulière dans le domaine médical. Cette méthode, c'est V hydrothérapie, pour la désigner sous le nom qui lui est resté (1). Mais avant d'en venir à cette invention allemande, nous devons d'abord dire un mot des applications de l'eau froide à la chirurgie, faites en France quelques années auparavant.
2° Nous avons déjà parlé (voy. première période, chapitre m, troisième article), à l'occasion de la chirurgie d'armée, des services rendus par l'eau froide pendant le cours de nos grandes guerres ; nous avons dit que malgré les efforts de Lombard, de Percy et de Larrey, son usage n'avait pu se répandre dans la pratique, et le traité des maladies chirurgicales de Boyer ne la mentionne même pas. Guthrie, S. Cooper, Assalini, l'indiquent à la vérité comme un bon moyen de prévenir ou de réprimer l'inflammation,, mais aucune de nos célébrités chirurgicales ne l'appliquait, ni dans la pratique civile, ni dans les hôpitaux. L.-J. Sanson, Jobert, Marjolin, Blandin, qui en faisaient de temps en temps usage, n'y avaient recours que dans d.es cas exceptionnels. Les efforts faits en 1824 par Tanchou pour le réhabiliter n'avaient produit aucun résultat (2), et l'oubli à cet égard était si profond, qu'en 183-i Rogaetta ne craignit point de présenter comme une découverte l'application de l'eau froide faite par Breschet au traitement de deux fractures compliquées et d'un panaris (3). Le mérite d'avoir
(1) Les noms A'hydrlatie, d'ii'jdrotliérapeutique, d'hydropathie, d'hydrosudopaihîe, d'Iiijdrosudotliérapie lui ont été également appliqués, mais l'usage a fait prévaloir la dénomination d'hydrothérapie.
(2) Tanchou, Du froid et de S07i application dans les maladies. Paris, 1824.
(3) Voyez Louis Fleury, Traité thérapeutique et clinique d'hydrothérapie, 4^ édition. Paris, 1866, p. 12.