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PATHOLOGIE INTERNE ET THÉRAPEUTIQUE

introduit les irrigations froides continues dans la pratique chirurgicale revient donc à Josse (d'Amiens) et à son fds, et celui de les avoir vulgarisées appartient à A. Bérard.

C'est en 1835 que parurent l'ouvrage de Josse (1) et le premier travail de Bérard ('2). Les avantages des affusions froides, leurs effets, les précautions qu'elles exigent et leurs principales indications étaient formulées d'une manière très-complète par le chirurgien d'Amiens, d'après des faits observés dans la pratique de son père, qui les employait déjà depuis plus de cinq ans.

A, Bérard était arrivé aux mêmes résultats et déclarait que la chirurgie avait trouvé dans l'irrigation continue d'eau froide un moyen héroïque et infaillible pour prévenir et combattre l'inflammation dans toutes les lésions traumatiques graves. Cette précieuse méthode se répandit dans les hôpitaux de Paris et de la province. Presque tous les praticiens en renom l'adoptèrent; une foule de thèses, d'articles de journaux, publiés pendant les dix années qui ont suivi l'apparition du mémoire d'A. Bérard, prouvent assez qu'on avait compris l'importance de ce nouveau moyen de combattre l'inflammation traumatique : aussi n'est-ce pas sans quelque surprise que nous avons vu Scoutetten affirmer en 18-io, après avoir visité les principaux hôpitaux de l'Europe, qu'il n'existait pas un seul praticien qui en fît la base de sa thérapeutique dans le traitement des fractures compliquées et des accidents chirurgicaux inflammatoires. A cette époque, les irrigations continues étaient depuis longtemps en usage dans les hôpitaux delà marine, et elles ont continué à y faire la base de la thérapeutique des lésions traumatiques graves. Nos confrères ont importé cette précieuse méthode à bord des navires de l'État et dans les colonies, où l'on en obtient les plus heureux résultats. C'est surtout, en effet, dans les régions intertropicales, et particulièrement à la suite des expéditions de guerre, qu'on est à même d'apprécier cette admirable ressource (3). Pour notre part, nous n'avons jamais cessé d'y recourir dans les fractures compliquées, les plaies d'armes à feu, les arthrites traumatiques, les entorses graves, etc., et nous n'avons jamais eu qu'à nous louer de l'emploi de ce précieux moyen. Il n'est pas un seul des inconvénients qu'on lui a reprochés qui ne puisse être évité avec un peu d'habitude, quelques précautions, une surveillance active et

(1) Josse fils, Mélanges de chirurgie pratique. Emploi de l'eau par la méthode des affusions, pansements rares, etc. Paris, 1835.

(2) A. Bérard, Mémoire sur l'emploi de l'eau froide comme antiphlogisiique dans le traitement des maladies chirurgicales. (Archives générales de médecine, t. VII, p. 5, 1835.)

(3) Voyez entre autres le rapport médical sur les opérations militaires du Cayor en février, mars, avril et mai 1861, par M. Barthélémy Benoit, chirurgien de première classe de la marine. [Revue maritime et coloniale, décembre 1861, t. Ill, douzième livraison.)

iU MOUVEMENT SCIENTIFIQUE ; TROISIÈME PÉRIODE. [1835-

le soin de varier la température et l'intensité du courant, suivant les indications, la saison et le climat (1).

La chirurgie n'avait donc que peu de chose à attendre de l'hydrothérapie; nous verrons toutefois qu'elle lui a emprunté quelques pratiques utiles dans le traitement des affections chroniques. Il n'en était pas de même de la médecine; l'application extérieure de l'eau froide lui inspirait une terreur à laquelle contribuaient les préjugés populaires sur le danger des refroidissements. Des efforts avaient cependant été faits en Angleterre à la fin du xviii" siècle pour l'introduire dans la thérapeutique des fièvres continues et des maladies éruptives (2). William Wright en 4 786, Jakson en 1791, Brandreth, Grégory, Mac-Lean, avaient préconisé les affusions froides dans le traitement du typhus et de la fièvre jaune, et Currie en avait obtenu de si bons effets dans une épidémie de typhus à l'hôpital deLiverpool, qu'il n'employait plus d'autre médication. 11 en étendit les applications à la fièvre intermittente d'abord, puis à la variole et à la scarlatine, et en dernier lieu au tétanos et à l'hystérie, Giannini, en Italie, suivit avec succès la pratique de Currie dans les fièvres intermittentes (3), et les affusions froides furent acceptées par les Anglais comme une ressource extrême dans la forme adynamique du typhus fever et dans la scarlatine maligne. En France, personne n'avait osé adopter cette médication souvent héroïque, et, comme nous l'avons dit en commençant, on peut avancer qu'il y a quarante ans, l'usage extérieur de l'eau froide était banni de la thérapeutique médicale dans l'Europe entière, et ne trouvait sa place que dans les traités d'hygiène, C'est un meunier d'Alsace qui avait appris, en 1785, aux chirurgiens militaires français à se servir de l'eau froide dans le traitement des blessures; c'est à un paysan de Silésie qu'il était réservé, soixante ans plus tard d'enseigner aux médecins l'art de l'utiliser en médecine, d'élever un moyen aussi simple à la hauteur d'une méthode thérapeutique, et de devenir le promoteur d'une révolution contre laquelle aurait échoué le savoir du corps médical tout entier, s'il s'était avisé de la tenter. Cet homme, dont le nom a fait plus de bruit que celui de bien des savants, s'appelait Vincent Priessnitz, et habitait le village de Grsefenberg, situé dans les montagnes de la Silésie autrichienne. Un accident dont il avait été la victime à l'âge de dix-sept ans lui avait révélé sa mission (4). Il

(1) Nous renvoyons, pour la discussion de ces objections, à Louis Fleury, qui les passe successivement en revue et les réduit à leur juste valeur.

{"2) Voyez, pour l'historique des applications médicales de l'eau froide antérieures à I Hydrothérapie, Louis Fleury, ouvrage cité, p. 24. et suiv., et Scoutetten, De l'eau sous le rapport hygiénique et médical, ou de l'hydrothérapie. Strasbourg, 1843.

(3) Currie, Médical Reports on ihe Ejfects of ivater as a remedy in fever and otlier diseuses. London, 1805,

(4) Voyez- cette anecdote dans Louis Fleury, loc. cit., p. 50. Vincent Priessnitz, né en 1799, est mort en 1852, en laissant plusieurs millions.

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avait été renversé par un cheval fougueux qui lui avait imprimé ses fers sur la face et fracturé deux côtes. L'accident était assez grave et le chirurgien du pays déclara qu'il resterait estropié pour le reste de sa vie. Priessnitz en appela de ce jugement et entreprit de se guérir lui-même; il réduisit la fracture, la maintint avec une serviette mouillée, but de l'eau en abondance, et se rétablit en peu de temps. Le bruit de sa guérison se répandit dans le voisinage et lui amena des malades. Il acquit rapidement une de ces réputations faciles qui s'improvisent dans les campagnes tout aussi bien que dans les villes ; sa renommée, grandissant avec le succès, franchit bientôt les montagnes de la Silésie, et en 1829, quarante-cinq malades étrangers au pays vinrent à Grsefenberg se confier aux soins de ce médecin d'un nouveau genre. Le nombre s'en accrut chaque année; en 1840, il s'éleva à 1576; en 18-i2, l'établissement créé par Priessnitz avait déjà reçu huit mille quatre cent quatorze pensionnaires. C'est à celte époque que Scoutetten le visita, et il y trouva des malades venus de toutes les parties de l'Europe.

Le guérisseur avait du reste perfectionné sa méthode sans lui rien ôter de sa simplicité primitive; il l'avait fait passer du domaine de la chirurgie dans celui de la médecine, et en avait étendu l'emploi à presque toutes les maladies chroniques. Doué d'une rare sagacité, d'un esprit d'observation remarquable, il avait varié les moyens d'application de l'eau froide en y joignant la sudation, et complété son traitement par un régime sévère et des exercices de corps propres à en assurer le succès. Ce n'était pas l'attrait du. plaisir qui attirait les voyageurs à Grœfenberg. Un traitement rigoureux, une alimentation frugale, des travaux manuels, une existence d'une régularité monacale, en faisaient un séjour assez peu enviable. Il fallait cet ardent désir de la guérison qui anime tous les malades et cette foi aveugle que les guérisseurs savent toujours inspirer, pour contraindre les grands personnages qui affluaient à Graîfenberg à oublier leurs habitudes de commandement, pour se soumettre avec un scrupule religieux aux prescriptions bizarres d'un paysan illettré.

L'hydrothérapie eut bientôt fait le tour de l'Allemagne. Le roi de Bavière fut le premier à la patronner; en 1837, il envoya à Graîfenberg les docteurs Hœrner et Schnizlein, et à leur retour doux établissements hydrothérapiques se fondèrent aux environs de Munich. L'eau froide devint à la mode, et à l'instigation du comte de Rcchberg, grand maître de la cour du roi, on vit les courtisans renoncer aux boissons spiritueuses et adopter l'usage des lotions froides sur tout le corps. La reine et ses enfants l'imitèrent. Le même engouement se produisit bientôt dans toute l'Allemagne, et notamment à la cour d'Autriche; il se répandit dans la population, et les médecins, entraînés par l'opinion publique, s'y abandonnèrent à leur tour. La France témoigna moins d'empressement à adopter ces nouvelles pratiques. Des établissements hydrothérapiques existaient déjà dans la plupart des grandes villes d'Allemagne, lorsque

le bruit des guérisons merveilleuses qui s'y accomplissaient arriva jusqu'à nous.

C'est en 1838 qu'un mémoire de Fleury sur l'hydrosudopathie attira pour îa première fois l'attention de la presse médicale, qui ne prit pas la nouvelle méthode au sérieux. En 1840, deux médecins allemands, Engel et Werther, vinrent à Paris pour l'y introduire, et en leur qualité d'étrangers, s'adressèrent au ministre pour obtenir l'autorisation de l'appliquer. Le ministre consulta l'Académie de médecine en lui adressant leur mémoire, et le 18 août 1840, Roche, chargé du rapport, en donna lecture. Ce document, très-sévère pour l'hydrothérapie, la qualifiait de déplorable erreur, chimérique en théorie, dangereuse en pratique, en désaccord avec toutes les données de la physiologie et de la pathologie, et que l'Académie ne pouvait appuyer en aucune façon. Ces conclusions furent acceptées par îa compagnie, et l'hydrothérapie se trouva ainsi condamnée en premier ressort, d'après des idées évidemment préconçues. A cette époque, en effet, elle avait déjà franchi sa période empirique ; elle comptait en Allemagne trente établissements dont quelques-uns fonctionnaient depuis des années sous la direction de médecins éclairés. Elle avait été dans ce pays l'objet de plus de deux cents publications dont près de la moitié étaient des œuvres médicales (1). Cette pratique étendue, ce mouvement littéraire méritaient un examen moins sommaire, et les événements ne tardèrent pas à le démontrer. Cette année-là même, quelques essais timides furent tentés dans les hôpitaux de Paris ; trois ouvrages s'y publièrent (2), «t l'opinion publique commença à s'en préoccuper. Le corps médical continuait à s'y montrer hostile, lorsqu'en 1842 Scoutetten eut l'occasion de constater plusieurs guérisons réelles obtenues dans les établissements d'outre- Rhin sur des malades qu'il avait lui-même traités sans succès. Convaincu qu'on avait condamné l'hydrothérapie avant de l'avoir suffisamment étudiée, et qu'il y avait lieu de réviser son procès, il s'entoura de tous les documents propres à l'éclairer, et n'y trouvant pas d'éléments suffisants pour asseoir ses convictions, il obtint du ministère de la guerre l'autorisation de faire en Allemagne un voyage scientifique, et partit pour visiter les principaux établissements hydrothérapiques, sans idées préconçues, avec l'unique désir de découvrir la vérité. Le rapport qu'il adressa à son retour au ministre de la guerre (3) fit une grande impression en France

(1) Voyez, pour l'indication des établissements hydrothérapiques d'Allemagne, et des écrits auxquels l'iaydrothérapie a donné lieu, Scoutetten, luco cit., p. 5^29-604.

(2) Docteur Bigel, Manuel d'hijdrosudopathie. Paris, 1840, in-18.

Docteur Engel, De l' liijdrothérapie on du traitement par l'eau froide. Paris, 1840, in-8«.

Docteur Wertheim, De l'eau froide appliquée au traitement des maladies, ou de riiydro-thérapeutique. Paris, 1840, in-8o.

(3) H. Scoutetten, Rapport sur l'hydrothérapie, adressé à M. le maréchal ministre de la guerre, après un voyage fait en Allemagne. Strasbourg et Paris, 1843, in-S".

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