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Pour terminer l'histoire de la troisième période, il nous reste à parler de deux événements importants qui en ont signalé le cours. Le premier, d'ordre purement scientifique, est la fondation de la Société de chirurgie; le second, intéressant tout à la fois l'enseignement et l'exercice de la médecine, est le grand congrès médical de 1815.
§ i<=r. — Société de chirurg-ie de Paris.
L'ordonnance du 28 octobre 1829, en modifiant le règlement de l'Académie de médecine, avait supprimé les assemblées de sections pour les remplacer par des réunions communes à tous ses membres. Cette mesure faisait disparaître une distinction dont certaines individualités s'efforçaient de tirer parti pour ressusciter de vieilles querelles; elle achevait de consacrer le principe sur lequel reposait la fondation de la compagnie, en affirmant son unité scientifique, mais elle enlevait aux chirurgiens les occasions de se réunir et de traiter entre eux les ques-
18i7] SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE, CONGRÈS MÉDICAL DE 1845. 429
lions afférentes ù leur pratique spéciale. Ces avantages n'étaient guère appréciés, il est vrai, par ceux qui s'en trouvaient privés; la désunion régnait depuis longtemps dans leurs rangs, et leur président Richerand n'avait pas l'esprit de conciliation nécessaire pour la faire cesser. Aussi, dès 18:20, avaient-ils demandé la réunion de toutes les sections de l'Académie, et ce vœu avait été satisfait par l'ordonnance de 1829.
Depuis cette époque, la chirurgie n'a pas cessé d'occuper une large place dans les travaux de cette société ; nous avons eu l'occasion de rappeler dans le chapitre précédent la plupart des discussions dont elle a fait les frais pendant cette période, et le lecteur a pu apprécier l'importance de ces débats, ainsi que l'influence exercée sur leur direction, par la présence des membres de l'Académie appartenant aux autres sections. Celte intervention n'a fait que s'accentuer depuis cette époque. Les grands problèmes dont on se préoccupe aujourd'hui demandent à être envisagés sous toutes leurs faces ; les savants étrangers à la pratique de notre art y apportent leur contingent de lumière et d'expérience, en élargissant le cercle dans lequel la discussion se serait renfermée si les chirurgiens seuls y avaient pris part. Mais à côté de ces avantages, cette manière de procéder a aussi ses inconvénients. Au milieu d'une assemblée imposante, en présence d'un auditoire nombreux, les débats scientifiques se transforment facilement en tournois d'éloquence; chacun tient à y prendre part, les discours se multiplient, et ces séances d'apparat sont incompatibles avec le calme et le recueillement qu'exigent les études scientifiques. D'un autre côté, les grandes assemblées sont, comme les foules, faciles à émouvoir, à passionner, et plus d'une fois, comme nous l'avons vu, les luttes oratoires ont fait place à de véritables disputes dont la dignité de l'Académie n'a eu que trop à souffrir. Les conférences scientifiques réclament un autre milieu. Les hommes voués aux mêmes éludes ont besoin de réunions intimes pour s'entretenir à leur aise des objets qui les préoccupent, se consulter sur les faits de leur pratique, et s'éclairer mutuellement dans des entretiens sans prétention, où chacun peut soulever à son tour la question qui l'intéresse, et où ceux qui n'en sont encore qu'à leurs premiers pas peuvent bénéficier de l'expérience et des conseils de leurs devanciers.
Depuis longtemps les chirurgiens des hôpitaux de Paris avaient compris la nécessité de réunions de ce genre, lorsqu'on 1842, l'un des plus jeunes et des plus éminents d'entre eux, A. Bérard, entreprit de réaliser une pensée qui était dans les désirs de tous. Il venait de remplacer Sanson dans sa chaire de clinique chirurgicale; déjà l'Académie de médecine lui avait ouvert ses portes, mais ces occupations variées jointes à ses travaux de cabinet ne suffisaient pas à cet ardent besoin de travail et d'expansion qui faisait le fond de sa riche nature. Il réunit autour de lui ses jeunes confrères, et d'un commun accord ils résolurent de fonder une société ayant pour objet l'étude et le perfectionnement 'de la chirurgie.
Se réunir une fois par semaine pour entendre la communication des faits importants recueillis clans l'intervalle des séances, soit dans les hôpitaux, soit dans la pratique civile, pour discuter les divers points de théorie et de pratique encore obscurs, et pour établir des rapports scientifiques avec leurs confrères de la France et de l'étranger :*tel était le but qu'ils se proposaient d'atteindre (1). A. Bérard fit les démarches nécessaires pour l'approbation des statuts et du règlement de la société, et obtint l'autorisation indispensable à son établissement. Le comte Rambuteau, préfet de la Seine, lui accorda à l'Hôtel de ville un local pour y tenir les séances ; le 23 août 1843, toutes les difficultés étaient aplanies et la Société de chirurgie de Paris se constituait en adoptant cette noble devise : Vérité dans la science, Moralité dans l'art! Elle se composait, au début, de dix-sept membres fondateurs en tète desquels figurait le nom de A. Bérard, qui fut le premier de ses présidents. Elle fit appel alors au concours des illustrations de la faculté et des hôpitaux, mais elles n'y répondirent pas. Marjolin seul vint prêter à la société naissante l'appui de son autorité et de son expérience ; elle lui en a toujours gardé un souvenir reconnaissant, et pour le perpétuer, elle a placé son buste dans la salle de ses séances (:2). Plus tard, d'autres célébrités suivirent son exemple; Roux, Velpeau et une foule d'autres devinrent les membres assidus de la société, et bientôt elle put compter dans ses rangs la plupart des illustrations chirurgicales de la France et de l'étranger. On vit alors réunis sur les mêmes bancs des professeurs de la faculté, des membres de l'Institut, de l'Académie de médecine, à côté de jeunes chirurgiens dont la réputation commençait à peine et qui se trouvaient ainsi placés sous le patronage de leurs maîtres et sous l'égide de leurs devanciers.
Le but même de son institution lui interdisait une extension trop considérable ; aussi le nombre des membres titulaires fut-il, dès le début, fixé à trente-cinq ; celui des membres honoraires et des associés étrangers ne fut pas limité (3). Le bureau, composé d'un président, d'un vice-président, d'un secrétaire archiviste, d'un vice-secrétaire et d'un trésorier, fut nommé à l'élection pour un an; des statuts fixèrent le mode d'élection, les conditions d'admissibilité et les attributions de chaque classe. Le fonctionnement intérieur fut déterminé par un règlement (4).
Depuis cette époque, la Société de chirurgie a pris une importance considérable, tant par le nombre et la position de ses adhérents que par la valeur de ses travaux; mais elle n'a pas modifié son organisation et
(1; Avant-propos du tome I"- des Mémoires de la Société de chirurgie de Paris, 1847, t. 1, p. il.
(2) Discours de Monod, membre de la Société de médecine, t. III, p. 11.
(3) Voyez les statuts de la Société de chirurgie de Paris, dans le premier volume de ses Mémoires, p. 1, 1847.
(4j) Mémoires de la Société de chirurgie de Paris, t. I, p. 6.