‹ Histoire de la chirurgie francaise au XIXe siècleChapitre 63 sur 83 · J SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE, CONGRÈS MÉDICAL DE · texte numérisé non relu

J SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE, CONGRÈS MÉDICAL DE

43 octobre 1840, rendue sur le rapport du ministre de l'instruction publique, fixa d'une manière définitive le nombre des professeurs titulaires et de leurs adjoints, leur mode de nomination, leur traitement annuel et les cours dont ils devaient être chargés; elle mit les établissements à la charge des villes et imposa aux administrations des hospices l'obligation de consacrer un certain nombre de lits à l'enseignement de la clinique. Elle décida en outre que les écoles secondaires porteraient à l'avenir le titre d'écoles préparatoires de îifédecine et de pharmacie (1). Réglementer tant bien que mal l'enseignement, n'était pas résoudre le problème de l'organisation médicale. Le côté professionnel était bien autrement difficile à aborder, et rien n'était fait dans ce sens. Toutes les tentatives pour obtenir un changement dans la législation avaient échoué et devaient échouer encore devant la force d'inertie de l'administration, et le corps médical était toujours soumis à la loi du 19 ventôse an XI, ce dernier reste d'une législation disparue. Fatigué de ses récriminations inutiles, il se décida à prendre lui-même en main le soin de ses intérêts. L'idée d'un congrès médical réuni pour délibérer sur toutes les questions relatives à la profession, aux vices de sa législation et aux modifications à proposer au gouvernement et aux chambres , fut émise d'abord par un des organes de la presse et accueillie avec faveur par tout le monde. Une réunion de cent trente délégués de toutes les Sociétés médicales de Paris se tint le 2 août 1845, dans la salle des séances de l'Académie de^médecine. Après avoir entendu le remarquable rapport d'Amédée. Latour (2), l'assemblée décida qu'un congrès général, auquel seraient convoqués tous les médecins, docteurs ou officiers de santé, tous les pharmaciens, tous les vétérinaires de France, s'ouvrirait à Paris le 1'^'' novembre suivant; une commission fut nommée pour s'occuper des préparatifs, imprimer et répandre le programme des questions à traiter, rédiger un règlement pour les séances, et se mettre en rapport avec les ministres (3). Les médecins des départements répondirent à l'appel de leurs confrères de Paris avec un empressement sans égal. Deux mois s'étaient à peine écoulés que près de seize cents adhésions étaient parvenues à la commission permanente ; le jour de l'ouverture du congrès, elles s'élevaient à quatre mille cinq cents. Le gouvernement, frappé de cette démonstration imposante, s'y montra favorable; le ministre de l'instruction publique, M. de Salvandy, accueillit les membres

(Ij Voyez le rapport du ministre de l'iostruction publique et l'ordonnance royale du 13 octobre 184.0, in Gazette médicale de Paris, 1840, t. VIII, p. 687.

(2) Rapport sur un plan de réalisation et un projet d'organisation d'un congrès médical, fait au nom d'une commission composée de MM. Moreau, Rataille, Villeneuve, Aubert-Roche, Blatin, et Amédée Latour, rapporteur. (Gazette médicale du 7 août 1845, p. 366.)

(3) Voyez la composition de cette commission dans le Journal de chirurgie de Malgaig-ne, t. III, p. 256.

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de la commission avec la plus vive sympathie, et le préfet de la Seine mit à leur disposition une des salles de l'Hôtel de ville pour les séances du congrès.

L'ouverture de ces grandes assises du corps médical de France eut lieu le 1"' novembre, dans la salle Saint-Jean, sous la présidence de Serres ; les séances continuèrent tous les jours. Douze commissions, composées chacune de seize membres, s'étaient partagé le travail, et vinrent successivement lire et discuter leurs rapports, où toutes les questions relatives à l'enseignement et à la pratique de l'art de guérir se trouvaient traitées avec une compétence et une autorité que les projets antérieurs n'avaient jamais présentées. La dernière séance eut lieu le 15 septembre; elle fut consacrée à la lecture du rapport d'ensemble fait par le secrétaire général, Amédée Latour, avec cet admirable talent d'exposition que tout le monde lui connaît, et le ministre de l'instruction publique prit en dernier lieu la parole dans un discours plein de promesses et empreint de la plus vive sympathie pour le corps médical (1). Avant de terminer ses opérations, le congrès nomma, pour continuer son œuvre, une commission permanente de quinze membres présidée par Serres (2). Le lendemain dimanche, l'assemblée, qui s'était, par une décision unanime, donné rendez-vous sur la tombe modeste f^où reposaient depuis quarante-trois ans les restes de Bichat, se trouvait réunie, à huit heures du matin, à l'ancien cimetière de |Sainte-Catherine pour assister à leur translation; elle suivit le convoi à Notre-Dame, puis auPère-Lachaise, et, après plusieurs discours prononcés sur la tombe du grand anatomiste, le congrès se sépara d'une manière définitive.

On a de la peine à croire qu'une manifestation secondée par le gouvernement, appuyée par l'opinion publique, et formulant pour la dixième fois peut-être les vœux unanimes du corps médical (3), ait avorté comme les autres; c'est cependant ce qui advint. La bonne volonté du ministre ne peut pas être suspectée. Avant même qu'il fût question de congrès, il avait manifesté l'intention de confier l'étude des mêmes questions à une commission composée de toutes les illustrations scientifiques de l'époque. Le grand travail qui venait de s'accomplir avait sans doute préparé les éléments d'une organisation nouvelle; mais les œuvres collectives, écloses au feu des discussions publiques, pèchent en général par le côté pratique ; elles sont l'expression fidèle des aspirations et des tendances de l'époque où elles se produisent, mais avant de passer à l'état de mesures législatives, elles ont besoin de subir le contrôle

(1) Voyez le rapport de la commission dans la Ga&ette médimle, 1845, p. 751, 774, 797, et le discom-s du ministre, p. 803.

(2) Voyez la composition de cette commission dans le Journal de chirurgie de Malgaigne, 1845, t. III, p. 323.

(3) Voyez l'historique de ces commissions dans le feuilleton de la Gazette médicale du 6 décembre 18i5.

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