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CHAPITRE lïî

LES NOUVELLES MÉTHODES d'EXPLORATION DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA CHIRURGIE.

Chaque progrès que fait l'art de guérir rend son unité plus étroite. Depuis le jour où la chirurgie a cessé d'être un métier, elle s'est de plus en plus rapprochée de la médecine et lui a emprunté ses principes, ses moyens d'étude, ses procédés d'investigation. Nous avons signalé, en traversant les périodes antérieures, l'influence que l'analyse chimique et l'examen microscopique ont exercée sur les progrès accomplis dans l'étude des maladies chirurgicales, la précision que la percussion et l'auscultation ont apportées dans le diagnostic de quelques-unes d'entre elles; nous allons essayer de démontrer dans ce chapitre que les modes d'exploration d'origine plus récente ne lui ont pas été moins profitables. Aucune période de l'histoire de la chirurgie n'a été aussi féconde en inventions de ce genre, jamais la précision du diagnostic anatomique n'a été poursuivie avec tant d'ardeur, jamais l'art n'a fait aux sciences physiques des emprunts aussi féconds et aussi multipliés.

Cette passion de l'exactitude a créé des procédés et des instruments nouveaux pour la mensuration des parties (1). En substituant la précision du chiffre aux évaluations approximatives dont on s'était contenté jusqu'alors, elle a donné au diagnostic de certaines affections le caractère de certitude qui lui manquait.

(1) Nous citerons entre autres : l'hystéromètre de Huguier, le lithomètre de Leroy et le cyrtomètre de Wcillez^ auquel M. Nielly a substitué avec avantage une simple lame métallique, composée d'un alliag'e très-malléable, qui se moule sur les parties et en conserve la forme. (Voyez M. Nielly, Archives de médecine navale, 1874.)

L'exploration des canaux membraneux, des trajets fistuleux accidentels, a subi les mêmes perfectionnements. Nous aurons plus tard l'occasion de les signaler tour à tour, et, quand nous passerons en revue les progrès laits en chirurgie d'armée depuis 1814, nous indiquerons les moyens ingénieux à l'aide desquels on arrive à reconnaître aujourd'hui les projectiles ensevelis dans la profondeur des tissus.

Le diagnostic des tumeurs s'est enrichi de procédés analogues. La ponction exploratrice, qui s'était introduite dans la pratique avec le trocart de Récamier (1), a reçu tout récemment un perfectionnement considérable. Uaspirateur pneumatique de G. Dieulafoy permet d'aller à la recherche des liquides pathologiques avec une sûreté encore inconnue. La finesse de l'aiguille, la puissance du vide préalable donnent à cette opération des éléments de sécurité et de certitude qui ont permis d'en généraliser l'emploi (2). Nous reviendrons plus tard sur cette intéressante méthode, nous nous bornons en ce moment à signaler les services qu'elle rend au diagnostic des collections de liquides, non-seulement en révélant leur existence, mais en permettant de les recueillir pour les soumettre à l'analyse chimique. Une invention analogue a permis d'étudier avant toute opération le contenu des tumeurs solides. Les kélectomes imaginés par Bouisson (de Montpellier), par Kiiss (de Strasbourg), par Middeldorpf, V emporte-pièce explorateur de Duchenne (de Boulogne) (3), en pénétrant dans les tissus sans y causer de désordres sérieux, en rapportent des parcelles solides dont le microscope se charge ensuite de déterminer la nature.

V électricité enfin est intervenue pour éclairer le diagnostic de toute une classe de maladies. En trouvant le moyen de limiter à la surface de la peau l'action des courants d'induction les plus intenses, ou de les faire passer à travers cette membrane pour atteindre les organes qu'elle recouvre, Duchenne (de Boulogne) a éclairé d'un jour nouveau l'histoire des paralysies. L'électrisation localisée permet en effet d'en reconnaître l'origine, la nature ainsi que les limites, et met à même de déterminer leur degré de curabilité (l).

Nous avons pu nous contenter d'une simple énumération lorsqu'il s'agissait de procédés dont l'époque contemporaine n'a fait que perfectionner les applications; mais nous ne saurions glisser aussi légèrement sur les méthodes toutes nouvelles qui ont complètement transformé

(1) Gaujot et Spillmann, Arsenal de la chirurgie contemporaine, t. II, p. 235, fig. 720.

(2) Dieulafoy, Traité de l'aspiration des liquides morbides, cli. m. De l'aspiration envisagée comme moyen de diagnostic. Paris, 1873, p. 20.

(3) Ces instruments sont décrits et figurés dans l'Arsenal de la chirurgie contemporaine, de Gaujot et Spillmann, t. II, p. 239, 240, fig-. 723, 724.

(i) Duchenne (de Boulogne), De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique, 3^ édit. Paris, 1872.

quelques-unes des branches do la pathologie et que la période contemporaine a le droit de placer au nombre de ses plus importantes conquêtes.

ARTICLE PREMIER

TIIERMOMÉTRIE ET SPHYGMOGRAPHIE CHIRURGICALES.

La chaleur de la peau et la fréquence du pouls sont des expressions symptomatiques inséparables dans leurs manifestations, et dont la valeur séméiologique a été comprise de tout temps. Ilippocrate, et tous les médecins de l'antiquité, considéraient l'élévation de la température du corps comme le signe le plus important dans les maladies aiguës, comme le symptôme pathognomonique de la fièvre; chacun connaît l'importance que l'école de Galien attachait à l'étude du pouls et les subtilités dans lesquelles les médecins étaient tombés à son sujet, avant que la découverte de la circulation vînt leur en révéler le mécanisme. Ces deux puissants moyens de diagnostic tombèrent dans une sorte de discrédit vers le commencement de ce siècle; on continuait sans doute à les interroger, mais ce n'était plus avec la foi robuste des anciens. L'importance attribuée aux lésions locales, la précision apportée dans leur investigation, avaient ôté une grande partie de leur intérêt aux manifestations de l'état général qu'on commençait à perdre de vue. Lorsque la médecine, débarrassée du joug de la doctrine physiologique, put rentrer dans sa voie normale, une réaction se produisit dans l'esprit des observateurs et les ramena vers l'étude de ces deux grands signes de l'état fébrile; mais la science n'avait pas les moyens de les constater avec cette précision mathématique dont on ne savait plus se passer. Le toucher ne peut en effet fournir à leur égard que des données incertaines. En fait de température, il ne donne à l'esprit que la notion d'un rapport, il ne perçoit qu'une différence entre la chaleur de la main qui explore et celle de la partie sur laquelle elle s'applique; la variabilité constante du premier de ces éléments nuit à la valeur de l'autre. L'appréciation du pouls par le toucher, quoique moins défectueuse, est aussi difficile à traduire; tous les adjectifs créés par les anciens ne valent pas un tracé graphique, de même que, pour reconnaître une physionomie, le signalement le plus détaillé ne vaut pas la plus médiocre photographie. L'intervention d'instruments spéciaux pouvait seule rendre à ces deux éléments de diagnostic toute leur valeur séméiotique, c'est ce que la médecine contemporaine a compris, et le résultat a déjà dépassé ses espérances.

g 1er, — Theniiométrie chirurg-icalc.

Il est difficile de comprendre, comme le fait observer Jaccoud, que le thermomètre ait attendu si longtemps avant de prendre sa place dans la

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pratique. Cet instrument, découvert depuis des siècles, est dans les mains de tout le monde; il n'est pas dispendieux, son emploi ne réclame pas d'apprentissage, les données qu'il fournit sont les mêmes pour tous, l'étudiant le plus novice peut les enregistrer comme le praticien le plus expérimenté, et cependant on ne l'emploie d'une manière usuelle que depuis une douzaine d'années. Les tentatives antérieures n'ont cependant pas manqué. Dès 1638, Sanctorius s'en était servi pour la détermination de la température humaine ; Boerhaave, Van Swieten, en avaient senti toute l'importance, etDeliâenen a fait une application très-étendue h l'observation clinique (1). Depuis cette époque, la thermométrie médicale a rencontré, de loin en loin, en Allemagne et en Angleterre surtout, des médecins qui en ont compris l'utilité et qui ont voulu donner ce caractère de précision à leurs recherches, mais ils ne se préoccupaient que du côté scientifique de la question. Les travaux de Lavoisier redoublèrent l'intérêt qu'elle avait fait naître, et chacun s'empressa d'étudier l'influence que l'càge, le sexe, le tempérament, le climat, exercent sur la production de la chaleur animale. Bouillaud, qui a si puissamment contribué à faire entrer l'observation clinique dans celte voie d'exactitude qu'elle n'a pas cessé de suivre depuis, ne pouvait négliger un moyen d'investigation aussi fidèle, et dans sa Clinique médicale il assure avoir pris au lit du malade plus de trois cents observations thermiques. Donné, Piorry, Andral, ont fait de même, et ce dernier, dans son cours de pathologie générale, a formulé les premières lois positives sur l'élévation de la température. Notons encore les travaux de Chossat (1838) sur les effets de l'inanition au point de vue de la chaleur animale, et ceux de H. Pioger sur la température des enfants dans l'état de santé et de maladie (I8i4).

Depuis cette époque, les études de ce genre s'étaient multipliées, mais elles conservaient toujours le caractère de recherches scientifiques, lorsqu'on 1850 et 1851, deux médecins allemands, Bœrensprung et Traube, les firent passer dans le domaine de la pratique. Wunderlich entra dans la même voie sous l'inspiration de Traube. De l'hôpital, la thermométrie s'étendit à la médecine civile; de l'i^llemagne elle passa en Hollande, en Russie, en France, en Italie, en Angleterre et jusqu'aux États-Unis. En France, où l'attention avait été éveillée par les belles recherches de Claude Bernard sur le rôle du grand sympathique dans la production de la chaleur animale, ce mode d'investigation trouvait le terrain tout préparé; les travaux de Jaccoud et la traduction de l'ouvrage de "Wunderlich, faite en 187:2 par Labadie-Lagrave, en répandirent rapide-

(Ij Voyez pour l'historique de la thermométrie médicale, De latempératurz dans les maladies, par le docteur G. -A. Wunderlich, traduit de rallemind par F. Labadie-Lagrave, Paris, 1872, et pour les indications bibliographiques, l'article Ghàleur du Dictionnaire de méd. et de chir. pratiques, t. VI.

J. ROCHARD. — Chirurgie franc. 33

ment l'emploi (1). Plusieurs thèses furent soutenues sur ce sujet à la faculté de Strasbourg, et les écoles de médecine navale fournirent de leur côté leur contingent d'observations intéressantes (2). Les chirurgiens avaient devancé leurs confrères dans l'étude de cet élément de diagnostic. Dès 184^7, Demarquay fit connaître ses recherches sur l'influence que la douleur, l'hémorrhagie, la ligature des vaisseaux, l'étranglement intestinal, exercent sur la température des animaux (3). L'année suivante, il public le résultat d'expériences faites avec Auguste Duméril sur l'action dépressive de l'éther et du chloroforme (-4). Depuis eette époque, il n'a pas cessé de s'occuper de ce sujet (5), sur lequel Verneuil et Billroth (de Vienne) ont également fixé leur attention (6). Ces travaux n'ont encore porté que sur quelques points particuliers, mais ils ont [fourni déjà des résultats intéressants que nous allons brièvement indiquer. Rappelons d'abord les faits généraux qui leur ont servi de point de départ.

La température du corps humain, observée dans ses parties internes ou sur des points de sa surface complètement recouverts, varie entre 37° et 37°, 5 (7); elle est à peu près invariable dans l'état normal et n'est que très-faiblement influencée par celle du milieu ambiant, par l'état de repos ou de mouvement, et moins encore par le tempérament et l'idio-

(1) C.-A. Wiindci'licli, De la tempéralure dans les maladies. Traduit de l'allemand sur la deuxième édition, par J. Labadie-Lagrave ; précédé d'une introduction par Jaccoud. Paris, 1872, in-B».

(i) Voyez la thèse inaugurale de Galliot, médecin de deuxième classes. {Essai sur la ihermométrie chirurgicale. Paris, 1872.)

(3) J.-N. Demai-quay, Recherches expérimentales sur la température animale. (Thèses de Paris, 1847.)

(4.) Recherches expérimentales sur les modifications imprimées à la température animale par l'éther et parle chloroforme. {Archives générales de médecine, 184-8, 4^ série, t. XVI, p. 189.)

(o) J.-N. Demarquay, Des modifications imprimées à la température animale par quelques maladies chirurgicales. {Moniteur des hôpitaux, 1856, p. 956.) Mémoire sur les modifications imprimées à la température animale par la ligature d'une anse intestinale. {Compte rendu de l'Académie des sciences, 1860, t. LI, p. 944.) — Chaleur animale dans les maladies chirurgicales. Article chaleur, du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. VI, p. 822, 1867. — Sur les modifications imprimées à la température animale par les grands traumatismes. {Compte rendu de l'Académie des sciences, 1871, t. LXXIII, p. 471.) Voyez aussi Paul Redard, De l'abaissement de température dans les grands traumatismes par armes à feu. {Archives générales de médecine, janvier 1872, t. I, p. 29.)

(6) Th. Billroth, Etudes expérimentales sur la fièvre Iraumatique et sur les maladies traumatiques accidentelles. {Archives de chirurgie clinique de Langenbeck, vol. VI, traduit par le docteur Culmann. Archives générales de médecine, 18C5, 6= série, t. VI, p. 547, 641.)

(7) On place le plus souvent le thermomètre sous l'aisselle du malade. L'instrument dont on se sert d'habitude est celui de Celsius, fabriqué par Liser de Leipsik. Jaccoud a fait construire par l'opticien Fastré un thermomètre plus élégant et de dimension plus petite, mais dont l'emploi n'est pas aussi commode, parce que la graduation gravée sur le verre lui-même est souvent difficile à lire.

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syncrasie. Jamais les difrérences, dans l'élat physiologique, ne dépassent un degré. Dans l'état de maladie, il n'en est plus de même, et les variations se meuvent dans un cercle de 15 à 13 degrés; la température peut s'élever à 44°, 75 et descendre à 32°. Ces limites extrêmes sont rarement observées, et du reste absolument incompatibles avec la vie. Tout écart un peu considérable dénote un état de maladie ; les températures extrêmessignalent un danger de mort. A rencontre de la chaleur normale, la température morbide est facilement modifiée par les influences extérieures. Elle est sujette à des variations régulières diurnes, mais d'une faible amplitude; enfin, et c'est là ce qui lui donne toute sa valeur clinique, elle suit pas à pas la marche de l'état pathologique, elle en traduit les progrès comme les améliorations, et en présage l'issue. En recueillant chaque jour ces indications, il est facile de dresser pour chaque sujet un tableau thermographique qui reproduit fidèlement le cycle de la maladie et permet d'en saisir d'un coup d'œil les phases ditïérentes (1). Cette évolution est assez caractéristique pour qu'on puisse, dans certains cas, reconnaître la maladie par la simple inspection du tracé auquel elle a donné lieu.

Dans ces courbes graphiques, on donne le nom d'augment à la période ascendante, celui d'acmé ou fasligimn à la période stationnaire, celui d'issue à la période de terminaison, qui peut êlre funeste ou s'opérer par défervescence.

Les résultats auxquels on est arrivé jusqu'ici, en observant la marche de la température dans les maladies chirurgicales, se résument dans les faits suivants :

Lésions trcmmatiques. — Les blessures d'une certaine étendue et qui ne sont pas produites par armes à feu, les opérations chirurgicales, sont suivies presque immédiatement d'une élévation notable de la température. Ce fait a été reconnu expérimentalement par John Simon, par Edmund Montgomery, confirmé par Demarquay et maintes fois vérifié depuis au lit des malades. Parmi les observations recueillies par Galliot dans le service du professeur Barthélémy, à l'hôpital de Toulon, on en trouve quatre qui se rapportent à des faits de ce genre ; dans tous les cas, le thermomètre s'est élevé de 38%2 à 38",? immédiatement après l'accident, pour descendre, deux ou trois jours après, à 37°, 5. Dans les fractares compliquées, la défervescence est un peu plus lente à se produire. Ces observations démontrent de plus que celte élévation se produit également dans les cas qui s'accompagnent d'une- commotion profonde du système nerveux (2).

(1) On peut consigner sur le même tableau les tracés relatifs au pouls et à la respiration, ce qui permet de comparer révolution de ces trois symptômes. Ces registres graphiques, dont on trouve le modèle dans l'ouvrage de Wunderlich, sont en usage aujourd'hui dans les salles de clinique de tous les grands hôpitaux.

(2) Deux des blessés cités par Galliot étaient tombés d'une grande hauteur l'un de

Dans les traumatismes graves causés par des éclats d'obus ou par des balles, c'est le contraire qui se produit, et V abaissement de température est un fait constant. Il a varié de 1 à 3 degrés sur trente-huit sujets observés par Demarquay pendant le siège de Paris, et dans un cas le thermomètre est descendu jusqu'à 34°. L'abaissement a été plus considérable à la suite des blessures causées par les obus que dans les plaies faites par les balles, et plus marqué chez les hommes de quarante ans que sur ceux de vingt; il s'est montré à son plus haut degré chez les fédérés qui faisaient depuis longtemps un usage immodéré de l'alcool. Ce dernier fait a confirmé ce qu'on savait déjà de l'action dépressive de ce liquide sur la chaleur animale. Tous les blessés dont la température est descendue à 35° sont morts, qu'ils aient été opérés ou non; dans le premier cas, la réaction était nulle. Le même chirurgien a remarqué que les plaies pénétrantes de l'abdomen, de même que les étranglements internes et externes, s'accompagnent aussi d'un abaissement très-notable. Chez un officier blessé à Neuilly (1870-1871) par un éclat d'obus qui lui avait fracturé le fémur et ouvert la cavité abdominale, le thermomètre est descendu à 34°. C'est la plus basse température que Demarquay ait observée. Le refroidissement ne se produit que lorsque le péritoine a été lésé, et le thermomètre devient alors un élément de diagnostic, de même qu'il peut servir à reconnaître l'engouement intestinal de l'étranglement herniaire. Kiiss, Demarquay et Billroth ont constaté le même phénomène dans les brûlures étendues; le premier a eu l'occasion de l'observer un grand nombre de fois chez des brasseurs tombés dans leurs cuves, le second, pendant le siège de Paris, et particulièrement à la suite de l'explosion de la poudrière de l'avenue Rapp (1871). La température s'abaisse dans ces circonstances jusqu'à 35°, 34°,6, 34°, 3; elle se relève, au bout de huit à dix heures, lorsque la réaction s'opère; mais dans les cas les plus graves, l'abaissement peut persister jusqu'à la mort.

Accidents conséciUifs des plaies. — Nous venons de voir que les lésions profondes délerminent souvent au début un abaissement de température; les accidents consécutifs, au contraire, qu'ils soient de nature fébrile ou qu'ils appartiennent à la classe des névroses, s'accompagnent toujours d'une élévation variable dans son degré comme dans sa marche, mais qui ne fait jamais défaut.

La fièvre Iraumatique a été étudiée à ce point de vue par Billroth (1). Il a reconnu que cette fébricule survient d'habitude dans les vingt-quatre premières heures, qu'elle présente une ascension rapide de température, et atteint d'ordinaire son maximum entre le troisième et le sixième jour.

la grande vergue Au' Louis XIV sur le bastingage; l'autre, un mousse, des barres de perroquet d'un aviso sur le pont. (Galliot, thèse citée, p. 12.)

(1) Billroth, Température dans la fièvre traumaiique. {Archives générales, loco cit., p. 547.)

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Ce maximum s'élève très-rarement au-dessus de 40° et parfois n'atteint pas 39. Vacnié, de courte durée, se montre généralement dans la soirée, la défervescence est tantôt rapide, tantôt traînante, et alors interrompue par des élévations vespérales. La prolongation de Vacmé, comme le retour de fortes exacerbations, doivent faire redouter une inflammation interne ou l'invasion de la pyohémie.

L'érysipèle est la maladie qui offre le tracé graphique le plus caractéristique. Augment brusque, fastigium uniforme et prolongé, défervescence subite. Le thermomètre, après s'être maintenu vers 40" pendant trois ou quatre jours, tombe brusquement à 37° ; la même série de phénomènes se reproduit à chaque nouvelle poussée. Cette marche typique suffirait à elle seule pour différencier l'érysipèle de Yinfection purulente.

Dans celle-ci, V augment est aussi rapide, et le thermomètre monte plus haut; il dépasse le plus souvent 41° et s'approche parfois de 42°, mais l'acmé est extrêmement court et la défervescence rapide; puis survient un nouvel accès, qui parcourt les mêmes phases et est suivi de plusieurs autres; le tracé thermographique offre alternativement des niveaux très-élevés et très-bas; enfin, dans les quarante-huit heures qui précèdent la mort, les rémissions n'ont plus lieu et le thermomètre s'élève graduelleinent jusque vers 42°. — Tous ces caractères suffisent pour différencier la pyohémie de la fièvre de suppuration, de la fièvre hectique, dans lesquelles il y a aussi des exacerbations, mais quotidiennes, régulières, et dans lesquelles la colonne mercurielle ne dépasse jamais 30 degrés.

Le thermomètre atteint son maximum dans le tétanos. Wunderlich a le premier attiré l'attention, en 1861, sur un phénomène très-singulier qui se produit dans le dernier stade des névroses mortelles et qui a été reconnu depuis par Billroth et par Leyden, C'est une élévation brusque qui atteint en très-peu d'instants des hauteurs excessives qu'on n'observe qu'exceptionnellement dans les pyrexies elles-mêmes. C'est surtout dans la dernière période du tétanos, alors que le diaphragme est paralysé et que l'asphyxie commence, que ce symptôme s'observe dans toute sa netteté. On voit alors le mercure monter jusqu'à 43°, 44°, et même, dans un cas, jusqu'à 44°, 75. Le plus souvent la température s'élève encore de quelques dixièmes après la mort; aucune lésion anatomique ne peut expliquer ce fait. Dans les blessures de la moelle cervicale, on observe une ascension presque aussi considérable. Brodie a le premier signalé ce fait en 1837; il a été vérifié depuis par Billroth (1862), par Weber (de Londres) (1868), par Quincke et par Fischer (1869). Ils ont tous vu le thermomètre monter, dans ces circonstances, au-dessus de 42°, et dans un des deux faits relatés par Weber il s'est élevé à 44° (1).

AUéralions du sang . — Toutes les maladies qui entravent d'une manière lente et progressive la circulation ou l'hématose s'accompagnent

(1) C.-A. Wunderlich, De la température dans les maladies, loco cit., p. 431.

d'un abaissement de température qui dépasse souvent un degré et s'observe à toutes les heures de la journée. Le même phénomène se produit dans les intoxications du sang qui diminuent l'oxydation, et notamment dans l'alcoolisme et l'urémie. Dans cette dernière affection, qu'elle tienne à une cause générale ou à une altération de l'appareil urinaire, l'abaissement est constant et pathognomonique. Le thermomètre descend parfois à 34°, et dans ce cas la mort est prochaine. Les cachexies arrivéesà leur dernière période, le cancer en particuher, produisent également une diminution de la température animale.

Température locale. — La thermométrie permet également d'apprécier des différences caractéristiques entre la température des diverses parties du corps. Les anévrysmes artériels amènent une élévation trèsappréciable dans le membre affecté; elle peut aller de 1 à 3°; elle est d'autant plus prononcée qu'on s'éloigne davantage du siège de l'ané- Trysme. Ainsi, dans un cas d'anévrysme poplité relaté par Broca, la différence entre le côté sain et le côté malade n'était que de 0°,8 sous le jarret, tandis qu'elle allait à 3%4 entre les orteils (1). Le même fait a été constaté dans l'anévrysme artérioso-veineux, mais à un moindre degré, par Demarquay, par Monneret et par Henry (de Nantes).

Dans le cas d'arrêt brusque de la circulation artérielle, lorsqu'elle est interrom.pue tout à coup par la compression ou par la ligature, il se produit d'abord un abaissement de température au-dessous de l'obstacle ; si la circulation se rétablit par les anastomoses, au bout de quelques heures, le membre se réchauffe et sa chaleur s'élève à 4° ou 5° au-dessus de celle du membre sain; cet état persiste pendant plusieurs jours, c'està-dire pendant tout le temps que les canaux anastomotiques restent dilatés; puis la température s'abaisse graduellement jusqu'au niveau de celle des autres parties du corps. Si la circulation ne se rétablit qu'incomplètement, si le sang fourni par les anastomoses est insuffisant pour nourrir les parties situées au-dessous de l'obstacle, la gangrène se manifeste et alors l'abaissement devient de plus en plus prononcé. Des phénomènes analogues, quoique moins tranchés, s'observent dans le cas où la circulation est interrompue par une embolie et dans la gangrène consécutive, qui en est la conséquence.

Nous nous sommes borné h enregistrer sommairement, sans explications et sans commentaires, les faits les plus saillants qui se rapportent à la thermométrie chirurgicale. Son actif, comme on le voit, se réduit encore à peu de chose, mais elle en est à ses débuts. Lorsque Wunderlich a publié son livre, il s'appuyait sur seize années d'observations patientes et sur des millions de mensurations; nous n'en sommes pas encore là; cependant les résultats acquis ont déjà une importance pratique qui doit encourager les recherches. Le thermomètre permet de recon-

(1) Bulletin Je la Société de chirurgie, 2c série, t. II, p. 315.

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