LE LARYNGOSCOPE ET LE RIIINOSCOPE
que Liston a consacrées dans sa Chirurgie pratique à l''cmploi du miroir laryngien pour diagnosliquer l'œdème de la glotte (1). Il ne parle pas de son mode d'éclairage, tout fait supposer qu'il observait à la lumière diffuse, et le miroir guttural ne constitue que la moitié du laryngoscope. Il faut convenir toutefois qu'il a plus nettement indiqué la manière de s'en servir que se*s prédécesseurs, et la recommandation de le plonger d'abord dans l'eau cbaude afin d'empêcher les vapeurs d'en ternir l'éclat, celle de l'introduire jusqu'au fond delà gorge, prouvent qu'il en avait fait plus d'une fois l'expérience. Il ne semble du reste en avoir tiré aucun parti, et son idée, qui avait passé inaperçue môme en Angleterre, aurait été placée sur la même ligne que toutes celles qui l'avaient précédée, sans l'importance que Czermak lui a donnée.
Les travaux de ^Vardea (d'Edimbourg) sont un peu plus concluants. 11 avait eu l'idée d'éclairer le vagin et l'oreille à l'aide d'un système de prismes en tlint-glass, et en 18i4 il employa ce procédé pour examiner le larynx ('2). Les deux observations qu'il a rapportées, et dont l'une renferme des détails très-circonstanciés, prouvent qu'il a pu apercevoir l'épiglolte et le vestibule du larynx, mais elles ne démontrent rien de plus. En déprimant la langue, ainsi qu'il le faisait, pendant un effort de déglutition, il était impossible qu'il vît autre chose. Telle est du moins l'opinion de Mackenzie et de Mandl.
Cette même année, et pendant que Warden s'efforçait d'éclairer le larynx à l'aide de ses prismes, Avery (de Londres) cherchait à atteindre le même but à l'aide d'un spéculum assez semblable à celui de Bozzini, et d'un large réflecteur concave, circulaire, percé à son centre, muni d'une bougie et s'adaptant à la tête de l'observateur à l'aide d'une armature (3). Ce système d'éclairage était lourd, incommode, ne donnait que peu de lumière, et le spéculum en tube plein avait, comme tous les instruments du même genre, l'inconvénient de titiller la base de la langue et les parties voisines, de provoquer des nausées et la contraction convulsive du pharynx. On ignore complètement, du reste, quels furent les résultats obtenus à l'aide de cet appareil, qui n'a été connu que depuis la vulgarisation du laryngoscope (4).
Dix années s'étaient écoulées depuis ces essais, et personne ne parlait plus de l'exploration du larynx, lorsque le professeur de chant Garcia eut l'idée de l'examiner sur lui-même, pour en étudier le mécanisme pendant la plionation. Ses premiers essais furent faits à Paris en 1854, à l'aide d'un petit miroir construit par Cliarrière et fixé sur une tige. Gar-
(1) Liston's Pradical Surgerij, third édition, 18-iO, p. 417.
(2) Roijal Scottish Society of aiis. Description with illustrations of a totally reflectingprism for illuminating' the open cavities of the body, mai 1844. — Voyez aussi London med. Gazette, vol. XXXIV, p. 256, et Ga<ette hebdomadaire, 1863, p. 204.
(3) Cet appareil est décrit et figuré dansl ouvrage de Mackenzie, loco cit., p. 20, fig. 3
(4) Mackenzie, loco cit., p. 19.
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cia l'introduisait dans son pharynx après l'avoir préalablement chauffé, et lui renvoyait la lumière solaire à l'aide d'un second miroir qu'il tenait à la main et qui lui servait en même temps à contempler l'image des parties ainsi éclairées. Il parvint à voir fonctionner ses cordes vocales pendant l'inspiration et la vocalisation, et fit part de ses remarques à la Société royale de Londres dans un mémoire où se trouvent consignées les premières observations précises qui aient été faites sur le mécanisme de la voix (1). Garcia avait donc inventé Vaiitolarijngoscopie, mais il ne s'en tint pas là. Bien qu'il ne soupçonnât pas les essais faits avant lui, il comprit qu'il serait facile d'examiner le larynx d'autrui par le même moyen, et entrevit les services que ce mode d'exploration pourrait rendre à la médecine. Les brouillards de Londres vinrent bientôt mettre obstacle à ses études; les expériences qu'il fit avec la lumière artificielle, en se servant du mélange d'hydrogène et d'oxygène, et même de la lumière électrique, ne lui réussirent pas, et il dut se contenter, pour se servir de ses miroirs, des rares apparitions du soleil. C'est alors qu'il adressa son mémoire à Mandl, en l'engageant à appliquer sa méthode à l'étude des maladies du larynx; la saison était trop avancée pour pouvoir compter sur la lumière du jour, quelques tentatives d'éclairage artificiel échouèrent, et Mandl, distrait par d'autres études, remit ses recherches à un moment plus propice (2).
La communication de Garcia à la Société royale de Londres n'y avait produit aucune sensation. Son mémoire, traduit par Segonddansla Gazelle hebdomadaire (3), n'avait été envisagé en France que sous le côté physiologique, mais il n'en fut pas de même en Autriche. En 1857, Ludwig Tiirck (de Vienne) répéta ces expériences, d'abord sur le cadavre, puis sur des malades de son service à l'hôpital général, et en fit connaître les résultats à la Société impériale et royale des médecins de Vienne le 9 avril 1858 (4). Tiirck avait perfectionné le miroir guttural de Garcia, mais il n'avait rien changé à son mode d'éclairage, et il dut suspendre ses observations vers la fin de l'été, lorsque le soleil lui fit défaut. Elles ne l'avaient du reste que médiocrement satisfait, car à l'époque où il formula ses premières réclamations, il avouait encore qu'il élail loin de fonder des espérances exagérées sur l'emploi du miroir laryngien dans la pratique médicale (5). Il est certain qu'en s'en tenant, comme il le fai-
(1) Observations pliysiologiqiics sur la voix humaine in Proceediiujs of the roijal Society of London, voL YI(, iio 13^ I855.
(2) Mandl, Traité pratique des 7naladies du larynx et du phanjnx, p. 191.
(3) Observations pJtiisiolofiiques sur la voix humaine. (Gazette hebdomadaire, 1855, p. 816.) Cette traduclion est suivie d'une note de Diday qui commente les expériences de Garcia, et annonce l'intention de les répéter à son tour.
(4) L. Tiirck, Méthode pratique de lanjngoscopie, édition française, publiée avec le concours de l'auteur. Paris, 1801, p. 3.
{5)Zeilschriftder Gesellchaft der Acnte su Wien. Aprll, 26, 1858.