‹ Histoire de la chirurgie francaise au XIXe siècleChapitre 71 sur 83 · i] LE LARYNGOSCOPE ET LE RHINOSCOPE · texte numérisé non relu

i] LE LARYNGOSCOPE ET LE RHINOSCOPE

sait, à l'emploi de la lumière solaire et iki miroir plan, il était impossible d'arriver à des résultats importants.

Pour que la nouvelle méthode prît un caractère pratique et se vulgarisât, il lallait renoncer à ce mode vicieux d'éclairage et recourir à la lumière artificielle. C'est ce dernier pas que lui a fait franchir Czermak en 1858. Tous les éléments de la laryngoscopie existaient depuis longtemps et avaient été successivement expérimentés. Le miroir laryngien avait été employé par tout le monde, la découverte de l'ophthalmoscope avait, depuis sept ans, appris aux médecins à réfléchir la lumière artificielle dans les cavités profondes, il ne s'agissait plus que de combiner ces deux éléments. Czermak emprunta àTiirck les miroirs dont il se servait, y adapta la lampe et le large miroir ophthalmoscopique de Ruëte, et, dès son premier essai, il parvint à voir très-distinctement sur lui-même toute la cavité du larynx, les cordes vocales comprises (1). La laryngoscopie, comme méthode pratique, ne date véritablement que de ce momenî-là et Tûrck n'est pas fondé à réclamer la priorité d'une invention qui serait demeurée stérile entre ses mains, s'il avait persévéré dans la même voie (:2). Il put s'en convaincre lorsqu'il utilisa l'éclairage artificiel d'après les indications de Czermak, et les belles observations qu'il a recueillies depuis lors, l'ouvrage important qu'il a publié sur ce sujet en 1860 (3), constituent ses véritables titres à la reconnaissance de notre art; Czermak n'a pas hésité, du reste, à reconnaître ce qu'il lui devait. Lorsqu'il lui emprunta ses miroirs, il n'avait d'autre intention que celle d'étudier sur lui-même la physiologie du larynx; ce n'est que plus tard qu'il en est venu à étendre ses observations à la pathologie (4). Des dispositions anatomiques exceptionnellement avantageuses rendaient chez lui cet examen facile, et pourtant, en dépit de ces circonstances favorables et malgré les perfectionnements apportés à l'appareil, ce mode d'exploration présente de telles difficultés qu'il a fallu à Czermak toute sa dextérité pour les vaincre, et toute son ardeur, toute sa persévérance pour répandre et pour faire adopter l'ingénieuse méthode à laquelle la reconnaissance des médecins a attaché son nom (5).

(Ij II avait d'abord essayé à rélléchir la lumière à l'aide d'un miroir idacé entre son œil et la lampe, et qui lui servait ainsi d'écran; mais ce procédé ne lui avait pas donné de résultats satisfaisants. (Krishaber, locG cit., 5:21.)

(2j Les titres de Tiirck sont longuement exposés dans l'introduction bistorique de son ouvrage intitulé Métliode pratique de laryngoscopie, par le docteur L. Tiirck, édition française publiée avec le concours de l'auteur. Paris, 1861. Toutes les communications, tous les mémoires de l'auteur y sont indiqués dans l'ordre cbronologique"

(3) Tùrck, Proktische Anleitung %ur Lanjngoscopie. Vienne, 1860.

(■4) Czermak était alors professeur de physiologie à Pesth. Sa carrière scientifique est retracée en quelques mots par 'Krishaber à l'article Laryngoscope du Dictionnaireencyclopédique des sciences médicales, 'i'^ série, t. I, p. 5:21.

(5) L'Académie des sciences n'a pas voulu aborder la question de priorité soulevée entre Tiirck et Czermak; elle a décerné à leurs deux mémoires une récompense égale. (Séance publique du fio mars 1861.)

.1. RocHARD. — Chirurgie franc. 36

5G-2 NOUVELLES MÉTHODES, LEURS RAPPORTS xWEC LA CHIRURGIE. [1847-

Ses premiers essais eurent lieu à Pesth au mois de novembre 1857, au moment où Tûrck venait de suspendre les siens, et sa première publication parut en mars 1857 (1). Le mois suivant, il présentait un mémoire très-important à l'Académie de Vienne (2), et sa méthode acquit bientôt dans cette ville des partisans zélés parmi lesquels il faut citer Stoerk et Semeleder, auxquels Schrœter se joignit plus tard (3). Toutefois ce nouveau mode d'exploration serait probablement resté longtemps confiné en Allemagne, si Czermak n'avait pas pris le parti d'aller luimême en démontrer les avantages à l'étranger. Pendant l'automne de 1859, il se mit en route, et après avoir passé à Breslau, à Leipsick, à Berlin, il arriva a Paris dans les premiers mois de 1860. Ses élégantes démonstrations répétées dans les hôpitaux et devant les sociétés savantes triomphèrent facilement des doutes et des hésitations que la description de sa méthode avait d'abord inspirés (1). Chacun se mit à l'œuvre pour acquérir la dextérité nécessaire à l'emploi du laryngoscope, et bientôt il se rencontra dans toutes les grandes villes des praticiens suffisamment exercés pour en tirer parti. L'année suivante, Tiirck vint à son tour montrer aux médecins français le résultat de ses propres recherches; depuis cette époque, la méthode nouvelle a pris droit de domicile dans la pratique et a fait faire de rapides progrès à l'étude des maladies du larynx. ■

Il est à peine besoin de dire que de nombreuses modifications ont été apportées depuis à l'appareil instrumental. Celui dont se servait Czermak n'était pas d'un emploi facile et nécessitait toute son adresse manuelle. Il se composait d'un abaisse-langue coudé tenu de la main gauche, d'un miroir laryngien manoeuvré par la droite, et du grand miroir réflecteur perforé à son centre, que l'opérateur saisissait entre les dents à l'aide d'une spatule de bois fixée à son manche (5). Il était difficile de mettre, dans ces trois mouvements, toute l'harmonie nécessaire, ainsi que le savent tous ceux qui se sont servis de cet appareil, et la difficulté n'a pas été levée lorsqu'on a fixé le grand miroir au bandeau frontal de Kramer (6), à la tige porte-miroir de Charrière (7), aux lunettes imaginées par Semeleder (8) ou à la monture deDuplay (9). Un perfectionne-

(i) Voyez Czermak : Du laiijngoscope et de son emploi en pihysiologie et en médecine. Paris, 18G0.

(2) Czermak, Physiologische Untersuclmncjenmit Gardas Kehllîopfspierjel, mi\.\\\, Tafeln Sit ziingsberichte der K, K. Akademie d. Wissencliaften in AVien vom April. Band XXIX, p. 557.

(3) Mandl, Traité pratique des maladies du larynx, loco cit., p. 192.

(4) Voyez Je compte rendu de la séance de la Société de chirurgie du i avril 1860,. in Union médicale, 1860, nouvelle série, t. VI, p. 110.

(5) Mandl, loco cit., p. 109, fig. 27.

(6) Mandl, loco cit., p. lOD, fig. 28.

(7) Mandl, loco cit., p. 110, fig. 20.

(8) Bîandl, loco cit , p. 110, fig. 30. (0) Mandl, loco cit., p. 111, fig. 31.

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ment plus important a été réalisé par les médecins français, lorsqu'ils sont revenus à la lumière directe que Czermak avait employée dans ses premières expériences. C'est à Moura et àMandl que revient le mérite de cette initiative (1), et ils ont été imités par Morell-Mackenzie, par Ch. Fauvel, par Krishaber ("2), par Guinier (de Montpellier), etc. En plaçant entre le malade et lui la lampe munie de son écran qui sert de réflecteur, le médecin n'a plus à s'occuper de l'éclairage, et s'il charge le patient de maintenir lui-même sa langue, ainsi que le font Fauvel, Fournie et Guinier, il a les deux mains libres, l'une pour appliquer le miroir laryngien, l'autre pour manœuvrer les instruments dont l'emploi peut être nécessaire (3).

Nous n'indiquerons pas les modifications sans nombre qui ont été apportées aux différentes parties de l'appareil (l), mais nous devons accorder une courte mention au spéculum laryngien de de Labordette, parce qu'il s'écarte complètement de tous les instruments précédents pour se rapprocher de ceux de Bozzini et d'Avery (5). Nous avions été séduit par sa simplicité et la facilité de son emploi, en le voyant fonctionner entre les mains de l'inventeur à la Société de chirurgie (6), et nous avons contribué à le faire adopter dans la marine; mais depuis cette époque nous avons reconnu, comme Mandl, qu'il est gênant pour le malade, qu'il provoque des nausées, et que, par son volume, il rend difficile l'introduction des instruments dans la cavité laryngienne, bien que ce soit pour ce but spécial que de Labordette l'ait proposé.

g 2. — Applications du laryngoscope.

L'invention du laryngoscope a fait pour les maladies du larynx ce que l'ophthàlmoscope avait fait pour celles de l'œil. Nous avons dit, cà l'occasion des recherches de Garcia, qu'elles avaient inauguré une ère nouvelle pour la physiologie du larynx. C'est depuis cette époque seulement que le mécanisme de la voix et le jeu des cordes vocales ont pu être

{[) Krishaber, article Laryngoscope du Dictionnaire enajdopédique des sciences médicales, loco cit., p. 484.

(2) Pour la manière d'opérer de ces deux derniers, voyez Morell-Mackenzie, loco cit., p. 17 et 38, fig. 8 et 9.

(3) Guinier nous a rendu témoin de la facilité avec laquelle il arrive, en procédant ainsi, à explorer la cavité du larynx et à pratiquer des cautérisations. C'est depuis ce moment que nous sommes bien fixé sur la valeur pratique du laryngoscope, que nos premiers essais avec l'appareil de Czermak nous avaient fait méconnaître.

(4) Elles sont décrites et figurées dans l'ouvrage de Mandl et dans VArsenal de la chirurgie contemporaine, de Gaujot et Spillmann, /oco cit., t. II, chap. 6, p. 523 à 539, fig. 1137 à 1157.

(5) Il y a toutefois entre eux cette différence que les premiers étaient pleins et que celui de de Labordette est à deux valves dont l'inférieure déprime la base de la langue. (Mandl, loco cit., p. 197, fig. 77 et 78.)

(6j Bulletin de la Société de chirurgie, 1865,2e série, t. YI, p. 308, 323.

56i NOUVELLES MÉTHODES, LEURS RAPPORTS AVEC LA CHIRURGIE. [1847-

étudiés avec toute la précision nécessaire. Les mêmes progrès ont été réalisés depuis les travaux de Czermak, dans l'étude des maladies de cet appareil si délicat et si impressionnable, ainsi que dans leur traitement local; mais nous devons nousTjorner à envisager lalaryngoscopieaupoint de vue de ses applications chirurgicales.

Les polypes du larynx étaient à peine connus avant l'emploi du miroir laryngien. On n'arrivait à les diagnostiquer que lorsqu'ils avaient acquis un volume menaçant, et déterminé desjlésordres souvent irrémédiables; aujourd'hui, on les reconnaît dès leur début, on a pu étudier leurs formes, leurs nombreuses variétés, et constater, ainsi que cela arrive toujours, qu'ils sont moins rares qu'on ne le croyait (l). On a suivi leur évolution, analysé leurs symptômes, et le laryngoscope a permis d'en opérer la destruction par les voies naturelles. La cautérisation, l'excision, l'arrachement, l'écrasement linéaire et même la galvano-caustique (2) leur ont été appliqués, et l'arsenal de la chirurgie laryngienne est déjà riche d'une foule d'instruments spéciaux dans la description desquels il ne nous est pas permis d'entrer (3). Les mêmes moyens de diagnostic et de traitement ont été appliqués aux excroissances verruqueuses, aux tumeurs épithéhales d'un petit volume (i). Enfin le laryngoscope a permis plus d'une fois de reconnaître, et même d'extraire de petits corps étrangers, ainsi que Moura (5) et Morell-Mackenzie (G) en citent des exemples.

g 3. — Rhinoscopie.

Lorsque le moyen d'éclairer et d'examiner le larynx eut été découvert, la pensée d'appliquer le même mode d'exploration aux cavités voisines se présenta tout naturellement à l'esprit des observateurs. Czermak, dès le début de ses expériences, reconnut qu'il suffisait de renverser son miroir laryngien, de tourner sa surface brillante vers la voûte du pharynx pour apercevoir nettement l'orifice postérieur des fosses nasales et celui des trompes d'Eustache (7). Dans son mémoire, publié au mois d'août 1859 (8), il fit connaître cette nouvelle application de sa méthode, qui prit le nom de rhinoscopie. Plus tard, Voltolini, Semeleder, Stoerk, Wagner Font perfectionnée, et les auristes l'ont adoptée avec empressement. Ils

(Ij Voyez Maurice Krishaber : Polypes du larynx, article Larynx du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 'i" série, t. I, ji. 7:29; A. Maudl, loco cit., p. 736.

(2) Mandl, loco cit., p. 635, fig. 136.

(3) Ils sont décrits et figurés dans l'ouvrag'e de Mandl, loco cit., p. 7iG à 751, fig. U6 à 155.

(1) Morell-Mackenzie, loco cit., observations II, li, 13, li, 15, Ifi, 17, 18, 19, 20 et 21

(5) Moura, loco cit., p. 183. ^

(6) Morell-Mackenzie, loco cit., p. 131, observation 22.

(7) Cette idée était déjà venue à Bozzini (de Francfort) et à Wilde (de Dublin), mais elle n'avait été suivie d'aucune réalisation.

(8) Wiener medimi Wocliensclirift, aug. 6, 1859.

ISli] LE LARYNGOSCOPE ET LE TiHlNOSCOPE. 5i)5

avaient en effet un intérêt puissant à pouvoir explorer rorifice des trompes et la partie voisine du pharynx, dont les inflammations se transmettent si souvent à ces conduits. Un grand nombre de surdités ne reconnaissent pas d'autre cause, et le rhinoscope permet d'en apprécier toutes les nuances. Il fait reconnaître sur-le-champ la rougeur franche de l'angine érylhémateuse, la teinte violacée et les élevures arrondies de la pharyngite granuleuse, le gonflement de la muqueuse, le boursouflement des lèvres du méat, elles amas de mucosités qui obstruent parfois les trompesdans le catarrhe naso-pharyngien (1), les ulcérations syphilitiques qui siègent souvent à son orifice et qui peuvent, en se cicatrisant, déterminer son oblitération (2).

En dehors des services rendus à l'oliatrique, l'examen rhinoscopique donne aux chirurgiens le moyen de reconnaître les abcès rétro-pharyngiens et de diagnostiquer, dès leur début, les polypes de cette région. Dans quelques cas, il a permis de découvrir des corps étrangers qui avaient échappé à toutes les recherches (3). Enfin, il est tout aussi utile au traitement local qu'au diagnostic des affections que nous venons d'énumérer (4).

La rhinoscopie repose sur les mêmes principes, se pratique de la même manière que son aînée; elle nécessite cependant quelques précautions spéciales dues à la présence de la luette qui gêne l'observation. Czermak avait fait construire, pour la soulever et l'attirer en avant avec le voile du palais, une sorte de spatule recourbée, dé crochet fenêtre (5), qu'il a remplacé plus tard par un petit appareil en forme de tube sur lequel se trouvaient fixés le miroir et le crochet. Tiirck se servait d'une pince à mors plats, analogue à celle de Hunier (6); Stoerk etDuplay ont inventé des rhinoscopes relevcurs (7) ; Moura, un crochet double qu'il désigne sous le nom de tenseur du voile du palais (8); d'autres ont été plus loin et ont supprimé la difficulté en pratiquant la section de la luette. Fournie, Péan et Mandl trouvent ces instruments défectueux, ces pratiques inutiles; les deux premiers se bornent à aplatir la langue sur le plancher de la cavité

(1; Voyez Morell-Mackenzie, loco cit., observations "li et '25, et Moura, loco cit , p. 148.

(2) E. Follin et Simon Duplav, Traité élémentaire de pathologie externe^ t. IV, p. 85, fig. 2-2.

(3) Nélaton cite le cas d'un général américain chez lequel il put, avec rassistance deCh. Favivel, reconnaître, par l'examen rhinoscopique, une balle de revolver entrée au niveau de l'apophyse montante du maxillaire supérieur et qui n'avait pu être extraite. Le stylet à olive de porcelaine confirma le diagnostic. (A. Nélaton, Eléments de pathologie chirurgicale, 2o édition, t. III, p. 671.)

(4) Morell-Mackenzie, loco cit., observations 24 et 25; Moura, loco cit., p. 148.

(5) Mandl, loco cit., p. 181, fig. 66. (6j Mandl, loco cit., p. 182, fig. 69.

(7) Mandl, loco cit., p. 182, fig. 67 et 68.

(8) Moura, loco cit., p. 131, fig. 17. Tous ces' instruments sont décrits et figures dans l'Arsenal de citirurgie contemporaine, de Gaujot et Spillmann, t. II, p. 536 à 538, fig. 1152.

buccale au moyen d'un abaisse-langue (1). Mandl, évite l'obstacle en n'employant que de petits miroirs de 10 cà 12. inillimètres.

Nous ne dirons rien de hphanjngoscopie, deVœsophagoscopie et de la trachéoscopie, parce que la première rentre dans ce qui a été dit précédemment (2); que la seconde, en dépit des efforts de Semeleder, de Vollolini et de Waldenburg, n'a jamais abouti à aucun résultat (3) ; et que la troisième, imaginée par Neudôrfer et employée pour la première fois par Czermak, est trop restreinte dans ses applications pour exciter autre chose qu'un intérêt de curiosité (-i).

ARTICLE V

l'endoscope et le splanchnoscope.

Les appareils que nous venons de passer en revue ne peuvent s'appliquer qu'à l'exploration des canaux assez largement ouverts pour permettre l'introduction d'instruments d'un certain volume; les conduits membraneux, les cavités viscérales se dérobent à leur action, et il nous reste à parler des tentatives qui ont été faites pour porter la lumière dans ces régions profondes de l'économie.

§ 1. — L'endoscope.

L'appareil urinaire a été le théâtre des premiers essais faits dans cette direction. A l'époque où le spéculum de Récamier opéra dans la pathologie utérine la révolution que nous avons signalée (5), Ségalas (6) tenta d'explorer la vessie à l'aide d'un moyen analogue ; mais son spéculum uréthro-cystique ne put donner que des résultats incomplets, et, après l'avoir présenté à l'Académie des sciences, il fut le premier à renoncer à son emploi (7). Plus tard, Avery (de Londres), dont nous avons cité le nom dans notre historique de la laryngoscopie, imagina d'explorer le canal de l'urèthre à l'aide d'un long tube éclairé par la lumière réflé-

(1) Fournie, Etude pi'citique sur le laryngoscope. Paris, 1863, p. 29. Nélaton et Péan, Eléments de pathologie externe, 2^ édit. t. III, p. 667.

(■2) Moura a pourtanl inventé un appareil et une méthode à laquelle il donne le nom de pha-laryngoscopie. (Moura, Traité pratique de laryngoscopie et rhinoscopie. Paris, 186i, p. 112.)

(3) Mandl, loco cit., p. 188.

(4) La irachéoscopie consiste à explorer le conduit, après la trachéotomie, par l'ouverture artificielle et à l'aide d'un très-petit miroir. (Tûrck, loco cit., chap. ix, p. 113.)

(5) Voyez 2^ période, 3^ chapitre, article 5 : Le spéculum et la chirurgie utérine, p. 269.

(6) Spillmann cite Bombotzini, Tanchou et J.-.J. Cazenave (de Bordeaux), comme ayant eu la même idée. [Arsenal de chirurgie contemporaine, t. Il, p. 707.)

(7) A.-J. Desormeaux, De l'endoscope et de ses applications au diagnostic et au traitement des affections de l'urèthre et de la vessie. Leçons faites à l'hôpital Necker. Paris, 1865, avec trois planches chromo-lithographiées.

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cliie. Cet instrument a été longtemps en usage à Cliaring Cross Hospital, où Thompson l'a vu fonctionner entre les mains de l'inventeur (1). Aug. Ilacken (de Riga) a publié également la description d'un instrument dilatateur destiné cà l'uréthroscopie {^).

Ces précédents n'étaient pas connus en France lorsque Desormeaux commença ses recherches sur le même sujet. En 1853, il présenta son uréthroscope à l'Académie de médecine, avec un mémoire explicatif sur son mode d'emploi (3). Cinq ans après, l'Académie, appréciant les services que cet instrument pourrait rendre un jour, admit l'auteur à partager le prix d'Argenteuil, et lui accorda une récompense de 2000 francs (A). Depuis cette époque. Desormeaux a perfectionné son appareil et en a étendu l'application à d'autres régions de l'économie, et lui a donné le nom dH endoscope , sous lequel il est connu aujourd'hui.

L'endoscope se compose de deux parties distinctes : de sondes dont le calibre et la forme diffèrent suivant les parties qu'il s'agit d'explorer, d'un système d'éclairage qui réfléchit la lumière et la projette dans l'instrument explorateur (5). Cette partie de l'appareil repose sur le même principe que Votoscope de Bonnafont. Langlebert y a apporté une modification qui a pour but de le rendre plus maniable, et qu'il a soumise à l'Académie de médecine le "22 septembre 1868. Il offre cet inconvénient que la source lumineuse, rayons solaires ou bougie placée à distance, ne peut pas être rendue solidaire du reste de l'appareil (6). D'ingénieux systèmes d'éclairage ont été également imaginés par Warvick et par Cruise (de DubHn) (7).

L'endoscope a d'abord été exclusivement employé pour l'exploration des voies urinaires. Desormeaux l'a utilisé plus tard pour l'examen de la cavité du col utérin, pour l'exploration des rétrécissements du rectum inaccessibles au doigt et au spéculum, et pour la recherche des corps étrangers cachés au fond des plaies. Il s'en est servi pour les rétrécissements de l'œsophage, et le professeur Kussmaul l'a plongé bien plus profondément encore, puisqu'il l'a introduit jusque dans l'estomac (8). Nous ne révoquons pas ce dernier fait en doute, mais

(1) Sir Henry Thompson, Traité pratique des maladies des voies urinaires, traduit par Édouarrt Martin, Edouard Labarraque et Victor Campenon. Paris, 181-i, p. 27 et 176.

(2j A.-J. Desormeaux, Historique de l'endoscope, loc. cit., p. 6.

(3) Séance du 29 novembre 1853. {Bulletin de l' Académie de médecine, t. XIX, p. 170.)

(4.) Desormeaux a commis à ce sujet une erreur de date. Ce n'est pas en 1855, ainsi qu'il le dit dans son historique de l'endoscope {loc. cit., p. 8), mais en 1858 que l'Académie de médecine lui a accordé cette récompense. (Voyez le compte rendu de la séance publique du 14- décembre 1858, Bulletin de l'Académie, t. XXIV, p. 274.)

(5) Desormeaux, De l'endoscope, loc cit., p. 9 et 12, fig. 1 et 2.

(6) Gazette hebdomadaire, 1868, p. 616.

{!) Henry Thompson, loco cit., p. 178, fig. 39.

(8) Desormeaux, article Endoscope du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XUl, p. 311.

iious ferons remarquer qu'il suppose une bien grande adresse de la part de l'opérateur et une rare flexibilité de la colonne vertébrale de la part du patient. Quoi qu'il en soit, l'endoscope n'aurait pas parcouru une longue carrière, s'il n'avait pas eu d'autres titres pour se recommander à l'attention des praticiens ; mais son emploi dans le diagnostic des maladies des voies urinaires présente des caractères un peu plus sérieux. Desormeaux dit s'en être servi avec le plus grand avantage pour reconnaître les lésions du canal de l'urèthre, pour explorer, pour franchir et même pour inciser ses rétrécissements (1). Il a pu, grâce à ce moyen, vérifier l'existence des polypes uréthraux, dont la réalité était mise en doute et dont un de ses élèves a rapporté une observation remarquable (:2). Il le trouve tout aussi utile pour l'exploration de la prostate, pour le diagnostic des calculs vésicaux et des affections de la vessie. Cette prédilection bien naturelle chez un inventeur n'a pas été partagée. La plupart des chirurgiens trouvent à l'endoscope plus d'inconvénients que d'avantages. « Il ne peut prétendre, dit Félix Guyon, à fournir les notions » multiples délicates et précises que donne l'exploration à l'aide des )) sondes, des bougies et des stylets. Les inconvénients inhérents à l'ap- » pbcation dans l'urèthre d'instruments volumineux ne sont pas cora- » pensés par les résultats acquis au diagnostic (3). » Henry Thompson, qui s'est souvent servi de l'endoscope, ne lui accorde quelque valeur que dans des cas très-exceptionnels. « Si quelqu'un, dit-il, a la main ■» légère et un peu habituée à la pratique, avec une bonne dose d'intel- » ligence, je ne crois pas qu'il gagne grand'chose à se servir de l'endo- » scope; s'il n'a pas ces qualités, il ne lui servira à rien. Dans dix-neuf )) cas sur vingt, vous pourrez arriver aux informations nécessaires sans son » secours, et ce n'est point la chose la plus facile du monde cjue del'appli- » quer (4). » Il est certain que le tube droit comprime douloureusement l'urèthre pour le ramener à la direction rectiligne, que l'introduction de la sonde coudée est plus difficile et plus pénible encore pour le patient, et que sa petite fenêtre ne permet pas d'apercevoir une assez grande étendue de la partie malade pour qu'on puisse en retirer des notions de quelque importance. Aussi la plupart des chirurgiens ont renoncé à se servir de l'endoscope dans les cas ordinaires, et son inventeur est le seul qui en fasse un usage habituel.

(1) Les instruments spéciaux employés par Desormeaux pour explorer, cautériser ou inciser les rétrécissements sont figurés à l'article Endoscope du Nouveau DicHonnaire, loco cit., p. 311, fig, 22 à 26.

(2) Éd. Labarraque, Des applications de l'endoscope. [Gazette liebdomadaire, 1871, p. 186.)

(3) J.-C. Félix Guyon, Éléments de chirurgie clinique. Paris, 1873, p. 48.

(4) Henry Thompson, loc cit., p. 179.

1874J L'E.NDOSCOPE ET LE SPLAîsCIl^OSCOPE. 560

g :2. — Le splaiicliaoscope.

Tous les procédés d'éclairage que nous avons mentionnés jusqu'ici sont basés sur le principe de la réflexion de la lumière, et consistent à projeter dans les profondeurs de l'économie des rayons empruntés à une source extérieure, tout en permettant au regard de l'observateur d'y plonger en même temps. Personne n'avait songé à marcher plus directement au but et à porter le foyer lumineux lui-môme au fond de la cavité à explorer, lorsqu'en 1860 J.-B. Fonssagrives conçut cette pensée et la mita exécution. Il s'agissait de découvrir une source de lumière assez dépourvue de chaleur pour ne pas élever la température du tube destinée à la contenir, assez intense pour pouvoir fournir un éclairage suffisant sous un très-petit volume, assez blanche pour ne pas altérer la couleur des tissus. Fonssagrives songea tout naturellement à la lumière électrique, et fit appel aux connaissances spéciales du physicien Th. du Moncel, qui lui indiqua le moyen qu'il cherchait. Les tubes vides de Geisskr remplissaient en effet toutes les conditions imposées. Ils ne s'échauffent pas sous l'influence de la lumière électrique qui les traverse; celle-ci est d'autant plus éclatante que les tubes de communication entre les boules terminales de l'appareil sont d'un diamètre plus étroit; enfin la couleur dépend de la nature du gaz qu'on introduit dans les tubes. Avec l'acide carbonique, l'hydrogène bicarboné, Facide chlorhydrique, elle est d'une blancheur parfaite. Du Moncel pensa qu'en repliant sur lui-même un long tube de cette espèce, en le contournant à la manière des multiplicateurs thermo -électriques, on pourrait obtenir un cylindre lumineux susceptible de pénétrer dans les cavités les plus étroites, sans y produire ni échauffement ni commotion. Fiuhmkorff, auquel la construction de ces tubes fut confiée, s'en acquitta de la manière la plus satisfaisante (1), et Fonssagrives se trouva en possession d'une source de lumière réalisant complètement le but qu'il s'était proposé et suffisant à tous les besoins de la médecine et de la chirurgie. C'est alors qu'il en fit part à l'Académie des sciences (2), en indiquant les différentes applications pratiques que cette méthode lui semblait susceptible de recevoir (3). Nous avons vu fonctionner entre les mains de l'éminent professeur de Montpellier, alors notre collègue, l'ingénieux appareil dont il venait de doter la science ; nous avons été frappé de l'éclat de cette lumière sans chaleur,

(1) Ruhmkorff fit disposer ces tubes par Geissler lui-même. (Note de Despretz Comptes rendus de rAcadémie des sciences, t. L, p. 18G.)

(2) Fonssagrives : Sur l'éclairag^e artificiel des cavités du corps à l'aide de tubes lumineux. Commissaires, JIM. Despretu, Cl. Bernard. Séance du 23 janvier 1860- (Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, t. L, p. 185.)

(3) Il citait comme devant en profiter plus particulièrement : 1» la slaphyloraphie, 2» l'opération de la fistule vésico-vaginale par le procédé américain, 3-5 l'extirpation des polypes naso-pliaryngiens, -i" l'excision des amygdales.

570 A'OUVELLES MÉTHODES, LEURS RAPrORTS AVEC LA CHIRURGIE. [1847-

de la facilité avec laquelle on manœuvre les tubes qui la renferment, et nous avons regretté plus d'une fois que notre ami, détourné par d'autres études, n'ait pas songé à poursuivre ses recherches et à donner tout son développement pratique à l'heureuse pensée qu'il était parvenu à réaliser.

Un médecin allemand, le docteur Brûck, s'en empara, mais sanslui faire franchir un pas déplus (1). Cependant l'élan était donné; l'instrument avait reçu un nom en rapport avec sa destination, il s'appelait le splanchnoscope, et, en 1867, le docteur Milliot l'a fait fonctionner devant les membres du congrès médical international de Paris (:2). Milliot avait substitué aux tubes de Geissler une modification de ce petit appareil qu'on trouve décrit dans les traités spéciaux sous le nom de tube de Middeklorpf; il lui avait donné une longueur suffisante pour le faire pénétrer jusque dans l'intérieur de la cavité abdominale, en l'introduisant dans le rectum ou dans l'estomac. Il a exécuté cette curieuse expérience sur un chien et sur un chat, devant les"membres du congrès,, et a pu leur démontrer qu'on obtient ainsi par transparence un éclairage intense de la paroi abdominale. Milliot a reproduit les mêmes effets sur le cadavre, mais il n'a pas fait d'expérience sur l'homme; on peut supposer toutefois qu'en procédant de la même manière on arriverait au même résultat et qu'on pourrait obtenir par là des indications utiles pour le diagnostic des tumeurs intra-abdominales, des kystes de l'ovaire en particulier. C'est là du moins ce que pense Milliot ; mais la splanchnoscopie n'a pas encore dépassé cette phase commune à toutes les méthodes nouvelles et pendant le cours de laquelle elles ne font qu'enregistrer des faits curieux, en attendant que l'avenir en tire des déductions pratiques.

Nous venons de passer en revue les ressources nouvelles que la science contemporaine a mises à la disposition du diagnostic chirurgical; on a reproché à ces méthodes de détourner l'art de guérir de sa véritable voie et de l'enlever à sa mission en le transportant du lit du malade à l'amphithéâtre. On a représenté ceux qui se livrent à cette médecine de laboratoire comme des savants absorbés par leurs recherches, perdant de vue le malade pour ne s'occuper que de la lésion, et réduits à l'impuissance lorsque leur arsenal compliqué leur fait défaut. Des esprits éclairés et sincères se sont préoccupés du long apprentissage qu'exigent toutes ces méthodes, et ont manifesté la crainte de voir négliger pour elles les études moins attrayantes qui forment la véritable base de toute éducation médicale.

(1) J. Briick, l'Uréthroscope et le doinaioscope pour éclairer et vendre diaphanes Viirèthre et ses parties avoisinantes, les dents et leurs parties avoisinantes, au motjen de la lumière électro-galvanique. Breslau, 1868.

(2) Gaz-ette hebdomadaire, 1867, p. 532.

1874] L'IA'TOXICATION NOSOCOMIALE ET SA PROPHYLAXIE. 571

Nous ne chercherons pas à dissimuler le côté sérieux de cette objection. Plus les sciences se perfectionnent et plus il devient long et difficile de s'y initier. La somme de connaissances qu'exige aujourd'hui l'exercice de la profession médicale est hors de toute proportion avec le temps accordé à la jeunesse pour les acquérir. Condamnée à tout effleurer, elle se laisse entraîner par l'attrait de la nouveauté, par les séductions de la vogue, vers les études à la mode, et déserte les arides travaux à la faveur desquels on devient anatomiste et médecin. Il est certain que l'histologie a fait tort à l'anatomie descriptive ; il est possible que l'édification des tracés thermométriques et sphygmographiques, que la contemplation de la rétine ou des cordes vocales porte un préjudice analogue à l'observation clinique, mais il est injuste au premier chef d'accuser ce's méthodes du mauvais usage qu'on peut en faire. Si les élèves n'ont pas le temps nécessaire pour parcourir le cercle des connaissances qui leur sont indispensables, si, faute d'une bonne direction, ils négligent le principal pour l'accessoire, c'est à nos institutions surannées, c'est à nous qu'il faut nous en prendre, et non pas à la science, qui n'est pas responsable de nos erreurs. Les méthodes exactes ont donné à l'observation clinique une rigueur qui lui faisait défaut, et la thérapeutique en a fait son profit; elles ont substitué la précision du chiffre au vague de ces dénominations dont se contentait autrefois la médecine, et qui, ne permettant pas l'ombre d'une comparaison, ne pouvaient rien apprendre à personne. Là est leur mérite et leur raison d'être-, la difficulté de leur emploi n'est plusc[u'une question de détail. Personne ne conseille aux marins de notre époque de laisser de côté la boussole, le cercle et la montre marine, pour se borner à la contemplation des étoiles, ainsi que le faisaient les premiers navigateurs; sachons accepter de même les secours que nous offrent les sciences physiques, et consacrons une bonne fois ce principe, que la médecine étant avant tout une science d'observation, elle fait un pas en avant toutes les fois qu'elle découvre un fait nouveau, qu'elle parvient à apercevoir ce qu'elle n'avait fait que soupçonner, qu'elle substitue une notion précise et mathématique à une donnée vague et incertaine.

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