‹ Histoire de la cité d'AlethChapitre 3 sur 6 · M AS ET · texte numérisé non relu

M AS ET

confesseurs gagnèrent rapidement du terrain et les églises s'élevèrent de tous côtés (0.

Convertie de bonne heure à la religion chrétienne, Aleth devint vers la fin du troisième siècle ou tout au commencement du quatrième au plus tard, un siège épiscopal, qui fut gouverné par des évôques régiènnaires, semblables à ceux qu'on nomme aujourd'hui évéques m partibus ; ces évêques y furent successivement établis et dirigèrent l'église naissante, qui avait d'autant plus besoin de leur assistance que le paganisme continuait à y avoir de nombreux sectateurs.

a La tradition de l'église d'Aleth ne reconnaît ni martyrs, ni prédicateurs particuliers pour ses premiers évangélistes, comme font les églises voisines. La ville de Rennes, capitale de la province, ayant embrassé le Christianisme M, il y a bien de l'apparence que la religion chrétienne se répandit peu-à-peu dans son voisinage et dans le même temps, comme en font foi les quatre églises de Rennes, Vannes, Nantes et Aleth, lesquelles se joignant toutes par leurs districts, prirent, par conformité de croyance et du temps où elles l'embrassèrent, le même patron, Saint Pierre, afin d'obtenir de Dieu, par son intercession, la persévérance dans la profession de foi qu'elles venaient d'adopter.

(t) Vers ce temps- là, la persécution exercée par Tordre de Dioctétien contre les Chrétiens de la Bretagne insulaire, fît périr un grand nombre de fidèles. Parmi ces saintes victimes, que les Bretons honoraient d'un culte particulier, il faut citer Alban, proto-martyr de la Bretagne, et Julien et Aaron, citoyens de Caerlon (a) : mais Constance ne demeura pas long-temps tranquille spectateur des cruautés qu'il condamnait tacitement. Après l' intervalle de deux ans, il se vit revêtir de la pourpre impériale : dès ce moment il plana les Chrétiens sous sa protection et remit dans le fourreau le glaive de la persécution (h).

(*) Selon le P. Albert-le-Grand, le premier évêque de Rennes aurait été Saint Juste, qui, étant venu prêcher la foi catholique aux Armoricains, aurait été martyrisé à Rennes, lors de la persécution de Marc-Aurèle qui eut lieu en l'année i63.

(a) Gild., p. 71 et ; Bed. Hist. y 1. 1, c. 7.

(TfJ EusRh. Vit, Const.y 1. 1, c. 16, pour la date de la persécution, an 3o5, voyez Smith. (Bid., Hu>t. appen,, page 659)» Voyez encore John Lingard : Eglise Aoglo-

« Si cède conformité de patron n'est pas une preuve authentitique et concluante pour rétablissement de la foi dans un même lemps, du moins mérite-t-elle une grande attention, car il est hors d'exemple dans les provinces civiles du royaume, que quatre cités capitales dans une même province, comme celle de Bretagne, aient fait choix d'un même patron ; et que, de six évêchés dont la province était composée dans le commencement, sous la métropole de Tours, quatre villes aient un même patron.

« Mais puisque l'histoire d'Aleth, devenue chrétienne, n'a laissé aucun vestige qui puisse marquer son antiquité et fixer l'époque de son christianisme naissant, il faut avoir recours à des preuves voisines pour en tirer induction (0 ; en cooséquence nous ferons observer qu'il n'est pas probable que le peuple d'une ville capitale payenne, et les prêtres de ses faux-dieux, aient pu souffrir dans leur voisinage, sans s'émouvoir ni même sans s'y opposer, l'exercice public d'un culte nouveau et en tous points différent de celui qu'ils professaient, si les citoyens de cette capitale, en tout ou en partie, n'avaient eux-mêmes professé cette nouvelle religion. »

« Il se trouva donc que sur le territoire entre les rivières de Couetnon et d'Ârguenon, qui appartenait à la peuplade des Curie— solites (*), dont Aleth était capitale ( s ), que dès le troisième siècle,

(«) L'érection du siège épiscopal d'AIelh eut lieu en Tannée 280 à 290, au plus tard (a).

La tradition Malouine, appuyée sur de bons fondements, reconnaît que treize prélats, d'origine Armoricaine, avaient précédé Saint Malo, premier évéque d'origine Bretonne : on croit que le treizième s'appelait Budoc, sous la conduite duquel avait été Saint Guinolé. — Voyez D'Argentré, Ogée, Butler, Longueval, Toussaiot SainULuc, Adrien de Vallois, Not. GalL, page 12, et au mot Aletlium; Abbé Manet, et la Chronologie historique de François-Albert Le Grand, imprimée à Nantes en iG38, par Pierre Doriou.

(2) Le manuscrit porte Diablintes.

(s) Voyez ce que nous avons dit précédemment et surtout la note y de la page 7.

(a) Ce fut aussi du voisinage de notre église matrice, que la qualification de Port Saint-Père, fut donnée au havre d'Aleth, dont une portion l'a toujours retenue depuis, ayant primitivement servi de lieu de sépulture, ainsi que nous l'avons dit.

il y avait des solitaires, qui outre la vie chrétienne, faisaient profession d'une autre plus parfaite (') ; et que, pour l'édification des peuples et pour les attirer à embrasser la religion chrétienne avec plus de douceur, le roi Grallon second, qui régnait dans la Bretagne chrétienne ( 3 ), leur fonda du costé du Nord une demeure commune, laquelle se trouve sur les rives de la mer 9 dans le lieu nommé la Solitude de Land-Ouard, qui est maintenant VAbbayc de Saint-Jagu, dont le premier abbé s'appelait Jacques, Jacob, Jacut ou Jagu. Une inscription qui était sur une pierre de l'église de ladite abbaye, écrite en lettres gothiques, ancienne d'environ sept cents ans ( 3 ), dont voici les termes, confirme ce fait: En Van trois cent nouante et un, Gralon secondé), Roy chrétien de Bretagne, fonda l'abbaye de Cèant. »

Messire Poréc Du Parc, auquel nous avons emprunté cette relation, cite encore une lettre de Saint Jérôme à Algasie, de la fin du quatrième siècle 00, dans laquelle ce saint parle des vertus d'Alethius, jeune prêtre de l'évôché d'Aletb, lequel mérita

(t) Durant les trois premiers siècles, les plus fervens d'entre les sectateurs de l'Evangile se distinguèrent sous le nom d'Ascètes : ils renonçaient à toutes les occupa lions qui auraient pu les distraire, partageaient leur temps entre le culte public, et leurs dévotions particulières, et s'eflbrçaient, par la pratique assidue de toutes les vertus, d'atteindre à cette perfection sublime qui nous est tracée dans les livres saints. (Mus tard, lorsque l'austérité de la vie chrétienne se relâcha, les plus fervens des fidèles se déterminèrent à fuir un spectacle si dangereux pour leur vertu ; les vastes et stériles déserts de la Thébaïde furent couverts d'uoe foule d'anachorètes, qui, sous la direction des Antoine et des Pachôme, édifiaient, par leurs jeûnes et leurs veilles, leurs frères moins fervens. Telle fut l'origine de l'inslilation monastique. — John Lincard (Eglise Ang.-Sax.)

(2) Il ne régnait pas alors ; mais il importe de savoir que ce fut sous le règne de ce prince, en fôg, qu'on trouve dans l'histoire des Conciles le nom du premier éveque des Rhedone3, dont l'existence soit bien constatée. Febediolus assista par procureur au Synode de Fréjus. — Dom Montes (Hist. de Bret.) ; Dom Mabtîne (Anecd., *. 4, p. 57) ; Ducacsr de Villeneuve (Hist. de Rennes).

(5) Du onzième siècle.

(») Si Conan prit le titre de Roi, Grallon devait être le troisième monarque breton. — Voyez plus loin.

(s) Voyez la quarante-deuxième Eptlre du livre i« r de ses ouvrages, recueillis et rédigés par le P. Canisius.

les honneurs de l'Episcopat de Cabors : on voit qu'alors l'église «TAleth élait florissante. Toutefois les Alethiens conservèrent, long-temps encore, une grande vénération pour les bois, les pierres et les autres simulacres du Druidisme.

Pendant les quatre siècles que les Romains dominèrent dans l'Armorique, ils pratiquèrent plusieurs de ces grandes routes militaires dont les vestiges se retrouvent encore de nos jours en beaucoup de paroisses (0 ; ils s'appliquèrent aussi à y bâtir ou

(i) Les plus célèbres de ces routes, dans nos environs, sont celles qui partent de Corseul, bourg situé entre Di/mn et Plancoêt, et qui paraît avoir été, après Aleth, la place la plus importante de la contrée des Curiosolites. Elles sont en tout au nombre de quatre, et portent en général le nom de chemins ferrés, soit à cause de la couleur de fer qu'ont les cailloux dont elles sout pavés, soit plutôt pour leur solidité. La première et la principale, semble avoir sa direction vers la ville de Vannes, ou le Port-Louis ; elle a près de 8 mètres de large et elle est fort bombée. La seconde, sort également de Corseul; se dirige du côté d'Erqujr et de là vers Quintin : elle a 12 à i3 mètres de large. La troisième et la quatrième ne sont guéres recoouaissahles qu'à l'arrivée de cette ancienne ville» L'une passe au coin des plaines de ÏÀublette, proche Jucaleuc ; se projette ensuite vers Quivert ; tombe en Taden, traverse la Ronce au sud de la muraille de l'œuvre, où l'on voit encore sous les eaux les ruine» d'un pont ; monte vers le village de Saint- Piat, et de là va chercher les hayes de Dol eutre Saint-Léonard et Carfantin, où elle se réunit à une autre venant de Rennes, pour, de ce point, se porter ensemble à travers les marais de Dol et toute la baie de Cancale, jusqu'aux rivages actuels du Cotentin, qui, nous le répétons, étaient originairement attenants à la terre-ferme.

L'autre, la quatrième voie romaine, plus effacée encore, vient par Languenan et Trêmereuc, vers le village de Dinard, situé sur la rive gauche de la Ronce en face le port actuel de Saint-Père ; et où on passait jadis à gué de la cité d' ' Âleth, lorsque la mer était basse (a). On voyait autrefois sur cette dernière route, prés de Languenan, deux piliers d'environ onze pieds d'élévation, distants l'un dcl' autre de seize centimètres, et montés sur un piédestal commun. Chacune de ces pierres était taillée eu rond jusqu'à la hauteur de trois métrés : lejreste se terminait en quarré. A la face droite de chaque côté était représentée une tête d'homme, et à la gauche une téte de femme. La tête d'homme était nue : celle de

(a) JI y a quelques années que l'on découvrit dans un champ, près du village de Saint-Etienne, les vestiges d'une voie romaine parfaitement conservée. Le* paysans eurent beaucoup de peine à enlever les pavés par la solidité avec laquelle ils étaient liés entre eux et au sol. Cette voie reliait sans doute Alelh avec cette qui venait de Rennes, et qui se réunissait entre Saint-Léonard et Carfantùi «u charnu militaire de Corseul allant vers le Cotentin.

rebâtir certaines places fortes dont on trouve encore quelques ruines en divers endroits de la province. Ces édifices étaient destinés tout ensemble à contenir le peuple dans le devoir et à résister aux attaques de dehors. On les nomma Cattra ou Castella, suivant leur grandeur. Le mot de Burgus s'appliquait quelques fois aux uns et aux autres, mais d'ordinaire aux plus petits. C'est d'où nous est venu le terme de Bourgeois (Burgensis). Les bords de la mer étaient les lieux où on les plaçait de préférence : et dans leur construction, Ton n'épargnait point l'argent pour leur donner toute la solidité possible. Communément on n'y employait que cette sorte de ciment qu'on fit entrer dans la réédification de l'enceinte d'Aletb.

Tacite nous apprend que la vaste contrée des Gaules était partagée en 64 cités (0, lesquelles pouvaient contenir ensemble trois à quatre cents Pagi ou Districts, et huit à douze mille villes, grandes et petites. Pagus ou Tractus Âlethensis, était le district ou territoire propre d'Alelh, le Plou-Aleth, et depuis par corruption, ainsi que nous l'avons déjà dit, Clos-Poulet.

Chaque Pagus, nous le répétons, renfermait une ou plusieurs villes; une quantité plus ou moins grande de bourgs, en latin vici, vicariœ, ou centenœ; et plus encore de villages, de hameaux,

la femme portait une coiffure à l'antique. Les deux autres cAtés de chaque quarré conteoaieol une inscription que l'histoire ne nous a pas transmise. Ce monument qui était sans) doute un Bisomus Romain, c'est-à-dire un tombeau à deux corps, fui renversé en 1769 par un violent ouragan ; et les fragments en ont été dispersés depuis. — Abbé Manet : Notes historiques.

(1) Les Romains, afin de régulariser l'administration des Gaules, y établirent un émiuentissime fonctionnaire qui portait la dénomination de Préfet du Prétoire des Gaules : celui-ci avait sous ses ordres des Vicaires, Vicarii Pnefecti, des Pro-Préfets, ses Vice-Gérants, ses Lieutenants-Généraux.

Le Préfet du Prétoire des Gaules (Pratfectus Pretoria), ou en d'auli es termes l'Intendant de la Tente, Maison ou Pavillon de l'Empereur, que nous pourrions appeler le Colonel des Gardes, était chez les Romains le premier et le plus illustre officier de la couronne. Il faisait sa résidence ordinaire & Trêves, et depuis & Arles. L'épéc et le baudrier étaient le principal distinctil des Préfets du Prétoire : ils les recevaient des mains de l'Empereur, qtu accompagnait ce présent d'une harangue sur la dignité de leur emploi.

auxquels les Romains donnèrent le nom générique de Villœ, d'où se formèrent nos mots de vilain et de vilaim'e, qui n'exprimaient pas alors ce qu'ils signiCent aujourd'hui.

Le mot Castrum désignait le lieu important et bien fortifié ; et celui de Castellum un endroit de moindre défense. Le terme de Burgus disait encore moins. Les édifices avancés étaient dénommés par Forisburgum, d'où nous avons fait notre mot de faubourg. Le Ficus était le simple bourg de campagne. Quelques chaumières rapprochées avaient la qualification de Villa, Mansillum, ou Mansonile; d'où sont venus les mots de village, de manoir, de mesnil, etc. Ces dernières demeures prenaient souvent un surnom du maître ou du lieu où elles étaient bâties. Voilà pourquoi dans le Clos-Poulet on trouve pour nos métairies et nos maisons de campagne les noms de, la Ville-Pcpin, la Ville-ès- Chiens, la Ville-Cartier, la Ville-Hersent, la Vilte-ès-Nonaios, la Ville-Jean, la Ville-Bréard, la Ville- ès-Oiseaux, etc.

Pour en finir de ces longs détails de localités, nous dirons que le terme de Cité (Civitas), fut appliqué à la ville capitale de chacun des peuples qui couvraient les Gaules; et dans les siècles chrétiens à la ville épiscopale de chaque diocèse (0.

Le première migration des Bretons-insulaires en Armorique, eut lieu en Tannée 296, par l'effet des guerres que soutinrent Carausius et Allectus contre l'Empereur Maximien-Hercule et contre Constance-Chlore qui lui avait succédé. Ces guerres ayant ensanglanté le sol par la révolte et l'anarchie, un grand nombre de familles bretonnes passèrent en Armorique, et vinrent s'y établir ou s'y rétablir : car, c'est une opinion très-fondée que les Armoricains et les Belges avaient eux-mêmes peuplé originairement les parties méridionales de ce que nous appelons aujourd'hui l'Angleterre ( 4 ).

(l) De Valois, not. Gall. Abbé Manet, etc.

(a) Voyez M. Buache (Géogr. Elcm.) Ce fut de nos Brites ou Bretons, qui avaient passé en Angleterre que cette contrée prit le surnom de Bretagne : avant ce temps-là, selon Béde, cette île s'appelait Albion. Voyez l'Abbé Manet, et la note 2 de la tw pnge de l'Abrégé de l'Histoire de Bretagne par Ogée : et plusieurs autres.

C'est la première colonie Bretonne dans nos contrées» dont l'histoire nous ait conservé le souvenir : et l'Empereur Constance la plaça dans le territoire des Curiosolites et dans le reste de la côte nord de notre province, qui en prit durant un certain temps le surnom de Domnonêe ou Dumnonie, lieu d'où ces étrangers étaient venus, et qui répondent aux comtés actuels de Cornouaille et de Devon (0.

Les nouveaux venus avaient & peu près le même language et les mêmes mœurs que les Armoricains ( s ). Constantin, fils de Constance-Chlore, fut proclamé Auguste à Yorck, par l'armée, le 25 juillet 306, aussitôt après la mort de son père.

Le premier usage qu'il fit de son autorité, fut de rétablir la religion chrétienne ; et d'accorder à d'autres Bretons de venir rejoindre en Armorique ceux de leurs compatriotes dont nous, avons parlé précédemment.

En 313, Constantin, de concert avec son beau-frère Licinius, publia un édit, par lequel il accorda aux églises et aux clercs de grands privilèges: et c'est à proprement parler l'époque où l'esprit de Dieu qui soufflait depuis six ans sur lui, le fit passer de l'idolâtrie au christianisme (»).

Dès-lors la religion catholique, qui jusque-là avait souffert tant de persécutions et de contradictions, changea de face, et fut affranchie de la captivité payenne; la doctrine évangélique fut publiée en toute assurance, et les idoles des faux-dieux croulèrent de toutes parts. (

Dans nos pays, le clergé essaya de détruire les monuments Druidiques, tels que les Dolmens, les Menhirs et les Peulvans, afin de leur faire oublier tout ce qui pouvait rappeler aux habitants leur ancien culte ; mais en cela, il éprouva, môme de

(i) Abbé Manet, elc.

(î) Voyez César ; Camden ; Guyot-des-Fonlaincs ; De la Blcterie : Bède ; Duchesne ; Adrien de Valois ; Buchanan ; Clavier ; Dom Martin ; D'ArgeuUé ; Du Fau ; Mauet.

(s) Abbé Mauet.

la part des convertis, une résistauce à laquelle il ne s'attendait pas : alors il se décida à élever des chapelles auprès des monuments qu'il ne pouvait renverser (0. A cette époque, il y avait un mélange de trois cultes ; le Paganisme, le Christianisme et le culte des Druides.

Les Druides étaient nobles et jouissaient de la plus haute considération. Retirés dans les forêts qui couvraient l'Armorique, ils exerçaient une grande influence sur les populations qui les tenaient en vénération. Les victoires de César et l'occupation permanente des Romains dans nos contrées, avaient diminué leur pouvoir. Avant l'arrivée de ces conquérants, les Druides, comme chefs de la religion, étaient les arbitres suprêmes de tous les différents qui s'élevaient dans les nations ; ils interprétaient les lois, et en cela ils étaient au-dessus des chefs de tribus et des rois, qui ne pouvaient rien faire sans prendre leur avis. Us étaient partagés en trois classes : les Varies, qui remplissaient les fonctions du sacerdoce ; les Sarronides, qui étaient destinés à l'instruction de la jeunesse ; les Bardes, qui étaient les orateurs de la nation et avaient mission de chanter les hauts faits des héros. Les principaux de leurs dieux, après Esus, étaient Teutatès et Belenus. Les Druides offraient à toutes leurs divinités des victimes humaines, persuadés que c'était l'holocauste le plus agréable aux dieux (*).

(1) Ce fut en vain que le clergé catholique essaya de détruire ces monuments Druidiques : les actes des Conciles de Nantes et de Dol, sont remplis de prescriptions à ce sujet. Nous verrons pareillement les efforts des Evéques d'Alelh pour obtenir le même résultat.

(2) Dans les occasions solennelles on substituait les hommes aux animaux pour se rendre la divinité plus propice et lui témoigner son extrême dépendance. Le prêtre, après avoir fait approcher de l'autel le malheureux destiné à servir d'expiation pour tous, et lui avoir fait sur le front une aspersion de vin, le saisissait de la main gauche par les cheveux, tandis que de la maiu droite il lui enfonçait une épée au-dessus du diaphragme, celte cloison musculaire mouvante qui sépare transversalement la poitrine de l'abdomen : le feu faisait le reste. Ces sacrificateurs s'appelaient Eubages (a),

(a) Commentaires de César; Dom Martin, Religion des Gaules; Ogée, Dictionnaire historique ; Linguct, Annal, polit.

Les Druidesses étaient de deux sortes. Les unes étaient vierges, et vivaient séparées de tout commerce avec les hommes ; les autres étaient femmes, mais ne passaient durant Tannée que fort peu de temps avec leurs époux. Toutes en général jouissaient d'une grande considération. Celles en particulier de 17/e de Sein et du Mont Saint-Michel, étaient consultées comme les oracles de leurs cantons : on les croyait douées de connaissances et de grâces extraordinaires.

Le Prêtre ou Druide de chaque cité ou petit état, en était comme l'Evêque. Il n'officiait qu'aux grandes fêtes ; il avait à la fois inspection et juridiction sur chaque Druide de ses différents cantons.

Le grand Prêtre des Armoricains était en quelque sorte comme l'Archevêque de tous les suffragants qui relevaient de lui: Les causes majeures lui étaient déférées de droit. Sa résidence était à Carnac proche Loc-Mariaker M.

Jusqu'alors nous n'avons parlé que de l'Armorique-Gauloise, qui n'a pas eu en quelque sorte d'histoire qui lui fût propre : nous allons maintenant aborder l'histoire de l'Armorique-Bretonne, mais celle-ci offre tout d'abord les points les plus obscurs et les plus controversés. Cependant le point essentiel, celui qui, sans contredit, mérite le plus d'être éclairci est le passage et rétablissement des Bretoos en Armorique vers l'année 383.

Nous allons raconter les principaux traits qui se rattachent à ce fait historique, d'après D'Argentré, Gallet, Dom Morice, etc. (*) ; puis nous donnerons brièvement les réfutations qui ont été faites au système de ces auteurs.

L'Ile de Bretagne était gouvernée par un Lieutenant de Gratien, nommé Maximus Clemens, qui s'était signalé par ses exploits contre les Picts et les Scots.

(<) Abbé Manet, etc.

(*) Voye* encore Guyot-Desfbntaines, Daru, Richer, Le Baud, Malhieu de Westminster, Duchesne, le P. Lecary, Geoffroy de Montmouth, Albert le Grand, De Beauvais, De Roujoux, Thorigné, Paul-Jove, l'Abbé Manet, DeCourson, Ogée, etc.

Proclamé César par les troupes romaines et] par les Bretons, il passa aussitôt dans les Gaules (383) à la tête de ses troupes et d'un grand nombre d'insulaires que commandait Conan-Mériadec, prince d'Albanie (0 : Maxime était furieux que Gratien lui eut préféré Théodose pour se l'associer à l'Empire, et voulait s'en venger et se revêtir de la pourpre (*).

Il envoya une partie de son monde du côté du Rhin et vint avec l'autre débarquer à Cancaven, aujourd'hui Cancale, et au port d'Alelh, d'où il s'avança sur Rennes Imbault, général des troupes de l'Empereur Gratien, aûn de couvrir Rennes que commandait Sulpice, cherche inutilement à arrêter la marche de Maxime. Celui-ci joint les troupes de son bienfaiteur et de son maître, leur tue 15,000 hommes, s'empare de Rennes, [et va porter le siège de son empire à Trêves. Il vainquit Gratien sous les murs de Paris, le fit tuer à Lyon, s'empara de la Gaule et de l'Espagne; puis, reconnu comme souverain par Théodose, il s'établit dans sa capitale.

Conan-Mériadec reçut comme récompense le gouvernement de l'Armorique, pour l'administrer sous la tutelle de l'Empire romain, en sorte que les Bretons qu'il commandait y fixèrent leur demeure. Maxime avait promis aux Bretons, selon l'usage des conquérants Romains, une récompense proportionnée aux services qu'ils lui avaient rendus : en conséquence, il leur abandonna toute la terre de l'Armorique qui faisait partie du domaine de la couronne. En même temps, Maxime donna à Conan la qualification d'illustre et de palrice ; et le fit en outre inspecteur-général des côtes de cette vaste région qui formait à cette époque le commandement militaire Armoricain et Nervien (iractus Armortcanus

(<) Hector Boelh, auteur écossais, assure qu'ils étaient cent mille hommes de pied et trente mille cavaliers. Voyez Duchesne, Hist. d'Angl. ; Le P. Lacary, de Colon, in Gall ; Henri de Huntington ; Guillaume de Malmesbury ; Robert de Thorigné; Le moine Gervais; Naucler ; Balée; Mathieu de Westminster; Volateran ; PauUJove ; Vincent de Beau vais ; Butler, etc., etc.

(s) Etudes Hist. Cbâteaubriand ; Ducrest de Villeneuve, Hist. de Rennes.

(s) Dom Motice, Abbé Maoet, Lycée Armor.

et Nervicus) depuis Calais jusqu'à la Gironde (0. Par l'effet de cet arrangement, Conan eut sous ses ordres un Tribun de cohorte et neuf Préfets de légion, qui furent, avec leurs troupes, repartis en différents postes, dont Alethl 2 ) en était un.

Il lui donna, en outre, une autorité spéciale sor les soldats Bretons qu'il établit en qualité de Colonie lètique, dans la péninsule Armoricaine ; et c'est l'établissement de ces lètes qui a souvent fait donner à notre presqu'île, au moyen âge, le nom de Letanie ou plutôt Letavie ou Lœlaviai*).

v(i) Morice, Hist. et Preuves ; Guyot des Fontaines ; Abbé Dubos ; Abbé Ma- -net-ï De la Barre (Mémoires de l'Acad. t. 13).

(2) Pancirole (ut suprà, p. a3 et i3?), estime que les soldats qui furent alors placés ii Aleth, et que la notice appelle milites martenses, étaient ainsi nommés par leur dévotion spéciale au dieu de la guerre. La légion à laquelle ils appartenaient était la quatrième ; elle avait autrefois suivi le parti de César contre Pompée. Au milieu de ses boucliers à fond bleu liseré de rouge, se voyait un ceicle traversé de deux raies ou bandes d'escarboucles s'ent recoupant en angles droite. Legio martia y dit-il, quod bellicosa vederetur, a marte cognomentum tu lit. Voyez encore l'Abbé M a net, Histoire de la Petite-Bretagne ; vol. i. p. i3.

(s) Ce fait est ainsi contesté : Caracalla, dans son fameux édit, ayant étendu 4 tous les sujets de I* Empire le droit de cité romaine, les Bretons étaient dès-lors citoyens Romains ; partant, ils n'étaient pas barbares et ne pouvaient être considérés comme Lètes : il faut donc chercher ailleurs l'origine du nom de Lélavie appliqué à l'Armorîque, origine qui du reste est très-facile à trouver. Dans le breton du pays de Galles, en effet, lyddaw y leidaw ou ledaw i signifie rivage ; c'est l'équivalent du nom d'Armorique ar t var ou war y sur ; mor, la mer : Lœtavia est tout simplement la forme latine du Llidaw ou Ledaw des Gallois. — Arthur Lbmoten dk la. Bordexie ; Biographie Bretonne, au mot Conan.

D'autres ont prétendu faire dériver le nom de Letavie du vieux mot breton llidaw (en latin littoralis) : mais cette étymologie ne nous paraît pas plus admissible, que celle qu'on a voulu faire venir de l'adjectif latin kttus, sou* prétexte que les soldats qui obtinrent des terres-létiques, durent être fort joyeux (lattij de cette concession. En effet, c'est une chose hors de doute, qu'il y a eu bien d'autres lètes que ceux de VJrmorique ; tels, par exemple, que les Lètes-Teutons, les Lètes-Francs, et autres plus ou moins éloignés des rivages de la mer; et qu'4 Rome même était un officier supérieur, Prepositus Letorum, chargé de l'intendance de tous ces vétérans répandus sur la surface générale de l'Empire, quoique, nous le répétons, ils ne fussent nulle part en aussi grand nombre que chez nous. — Abbé Ml kit.

Cependant ceux auxquels on donna ces terres militaires ne les reçurent qu'à certaines conditions, savoir : que cette cession leur tiendrait lieu de solde, et qu ils continueraient, comme par le passé, d'être assujettis personnellement, ou par représentant, en cas d'infirmité, à la défense de la frontière et à la garde des châteaux circonvoisins ('). C'est l'origine de cette espèce de possessions qu'on appelait fiefs, et qui sous plusieurs modifications ont subsisté jusqu'en 1789. C'est aussi l'époque présumée de la création d'un certain nombre de familles nobles en cette province.

Maxime ne tarda pas à tomber du faite où il était parvenu. Vaincu dans deux grandes batailles par le grand Théodose, Empereur d'Orient, il fut pris dans Aquilée et mis à mort (388).

Malgré la perte de son protecteur, Conan-Mériadec se maintint dans son gouvernement où il resta soumis aux Romains (*]. Enfin, en 409 (*), celte partie de la Gaule s'étant révoltée contre les Empereurs et ayant chassé leurs magistrats et leurs troupes, Conan se rendit indépendant, et gouverna dès lors ses compatriotes, comme souverain particulier, jusqu'à sa mort qui arriva en l'an 421.

Afin d'avoir des héritiers pour jouir de ces bénéfices détachés du fisc qu on leur avait donnés, les Bretons de l'armée de Conan- Mériadec avaient fait venir des femmes de leur pays ; mais ils

(l) On estimait surtout les vieilles légions: et leurs camps sont devenus, avec le temps, des villes. Il y avait aussi beaucoup de cohortes franches et de forces ripanennes disséminées dans tout le district dépendant de Conan. On appelait alors Ripariens ou Ripuaires tous les habitants du bord de la mer. — Pamcieole, Kot. imp. occid. ; Manet, Petite-Brel. vol. a, p. a5.

(a) En 4<>i, dit M. de la Borderie, il y avait des garnisons nombreuses de troupes romaines et impériales, non seulement cbez Us Redones et Nannetenses, mais encore à Aleth, dans le pays des Vénètes et dans celui des Ossimiens. (Notice des dignités de l'Empire).

(s) La révolte des cités armoricaines en 4<>g est un événement attesté par tous les écrivains, quoique quelques-uns prétendent qu'elle n'a aucun rapport avec P histoire de Conan-Mériadec. A partir de celte époque, selon Dubos, les cités armoricaines ne voulurent plus admettre les monnaies impériales : en eflèt, ou ne trouve en Bretagne aucune monnaie romaine du cinquième siècle.

se confondirent peu-à-peu avec l'ancien peuple armoricain : toutefois ils donnèrent le nom de Petite-Bretagne à la contrée qui

la conservé depuis (0.

L'Armoriquc centrale avait précieusement conservé son culte et ses Druides leur influence. Là, celte influence qui avait résisté à la religion des Romains et supporté la persécution de ceux-ci, fut l'obstacle le plus sérieux que les missionnaires chrétiens rencontrèrent pour parvenir à la conversion du peuple, qui défendait avec enthousiasme sa vieille croyance religieuse. Conan-Mériadec, qui était chrétien, fut le premier à porter un coup mortel au Druidisme ; sous son gouvernement, soit conviction, soit intérêt, un grand nombre de ses nouveaux sujets courbèrent la tête sous l'eau sainte.

Vers l'année 420, les Francs commencèrent à s'établir dans les Gaules. Dans le même temps, les Picts et les Scots ayant envahi la Grande-Bretagne, Valentinien III, Empereur d'Occident, envoie une légion au secours des habitants qui reconnaissaient encore son autorité. Mais cette légion repassa bientôt après sur le continent, et depuis cette époque les Romains ne rentrèrent plus dans la Grande-Bretagne.

Dans le même temps encore, car c'était en 419, les Romains -n'ayant plus l'espoir de faire rentrer les Bretons- Armoricains sous le joug, traitèrent avec eux et les mirent aux rang de leurs alliés. Cet accord fut passé avec Exuperatius, Préfet du Prétoire des Gaules. Ce fut la dernière opération de Conan, qui mourut en 421, après un séjour d'environ 38 ans dans le pays et un règne de 11 ans comme monarque. Il fut enterré à Occimor, aujourd'hui Saint-Paul-de-Léon 00, avec cette épitaphe :

Hic jacet Conanus, Rex Britonum.

Tels sont les faits auxquels tous les historiens que nous avons

\i) Voyez ce que nous disons plus loin sur le nom de la Petite-Bretagne, (a) Voyez D'Argentré, Toussaint de Saint-Luc, Pierre le Baud, Robert de Thoi igné, Alain Bouchard, Gallet, Dom Moiicc, Abbé Manet, Ogée, etc.

nommés en commençant cette relation, ont voulu rattacher l'établissement des Bretons de la suite de Maxime en Armorique, vers l'année 383.

Les écrivains qui conteste cet événement 0) disent qu'il ne repose sur aucun monument d'une autorité certaine, quoique Gildas le Sage et le vénérable Béde rapportent que cette nombreuse jeunesse qui suivit le tyran Maxime ne rentra jamais dans son pays. De là vient, ajoute Girard de Cambridge, que la Grande-Bretagne, privée de ces secours, demeura dans un triste état et dans une extrême désolation.

Gildas, qui écrivait vers le milieu du sixième siècle, était né dans l île de Bretagne et avait habité long-temps la Bretagne- Armoricane, où il mourut.

Gildas n'a pas parlé de l'établissement de 383 : voici comme les uns et les autres interprètent son silence.

« Gildas et Béde ne disent rien en ce point qui détruise le sentiment de ceux qui assurent que ces Bretons furent établis dans l'Armorique, et qu'au contraire, ce qu'ils disent suppose ce sentiment, ou du moins l'autorise et le confirme. » Voici comment argumentent les seconds :

« Gildas n'a pas dit un mot de cet établissement ; or, ce silence est concluant, c'est une preuve contre la tradition de l'établissement de 383. Car évidemment Gildas n'a gardé ce silence que par l'un de ces deux motifs, ou parce que la tradition de l'établissement de 383 n'existait pas encore de son temps, et alors elle est fausse, puisqu'elle a commencé d'être plus d'un siècle et demi après l'expédition de Maxime ; ou parce que, si elle existait dès cette époque, elle était alors regardée comme une fable indigne de prendre place dans l'histoire sérieuse. » (De la Borderie.)

« Quant un corps de troupes, dit M. Varin, quitte ses foyers pour ne plus les revoir, s'ensuit-il que ce corps de troupes soit

(«) Dom Lobineau ; Vignier, Traité de l'ancien Etat de la Petite- Bretagne ; M. Varin, Examen de l'opinion de Gallet ; Arthur de la Borderie, Biographie Bretonne.

devenu nécessairement le noyau d'une colonie sur quelque autre point du globe? Les chances de la guerre, et d'une guerre fatale qui se dénoue par la ruine du chef auquel était dévoué ce corps militaire, lui lèguent-elles donc inévitablement un établissement paisible? La mort ne peut-elle pas l'avoir moissonné, ou s'il a été trop nombreux pour disparaître entièrement dans la défaite, trop formidable pour être rigoureusement puni après la victoire, ne peut-il pas du moins avoir été dissous par une de ces mesures qui mettent d'accord l'humanité et la politique? Ne peut-il pas s'être trouvé fractionné, perdu dans d'autres corps, ou disséminé sur divers points de l'Empire? Le placer, ou le maintenir à l'état compacte de colonie, n'importe en quel lieu, et à plus forte raison près de sa patrie, n'eut-ce pas été donner une récompense à la révolte, et un foyer au mécontentement? On le voit, si les autorités dont s'appuie Gallet, ouvrent un large champ aux conjectures, ces conjectures ne sont pas toutes favorables au système du savant Breton. »

Sans nous permettre de rien décider entre les écrivains des deux partis, nous pouvons toutefois ici faire une objection en faveur du système de Gallet et de ceux qui ont été avant et après lui de son opinion : ils expliquent d'une manière fort plausible l'arrivée de Conan-Mériadec en Armorique. Lorsque ce chef y vint avec ceux des Bretons qui l avaient suivi, Maxime était victorieux et Théodose lui-même l'avait reconnu Empereur des Gaules et de l'Espagne ; c'était Maxime qui récompensait alors, et cette récompense était le prix du dévouement à sa cause et non celui de la révolte. Théodose encore n'avait-il pas consacré la révolte de Maxime et des Bretons contre Galien et la mort de celui-ci, par leur traité de paix. Conan et ses Bretons restèrent en dehors de la nouvelle lutte qui s'établit entre les deux Empereurs, et lorsque Maxime périt à Aquilée, l'an 391, après sa défaite, les troupes que Conan lui avait laissées à Paris, retournèrent en Bretagne et se rendirent à Nantes, où le nouveau Roi

faisait sa résidence, pour observer de plus près les mouvements de ses ennemis (')•

« Il y a mieux, reprend M. de la Borderie, toujours opposé à Gallet, c'est que vers la fin du neuvième siècle, la tradition de rétablissement de 383, n'était pas encore admise dans la Bretagne continentale. Gurdestin, en effet, écrivant vers l'an 884 la vie de Saint Gwennolé, nous affirme expressément que les Bretons insulaires sont venus s'établir dans l'Armorique à l'époque de la conquête Saxonne, et non dans un autre temps : « Tempore non alio quo gens barbara Soxonum maternum possedit ces p item. » — A cette époque cependant, la tradition de l'établissement de 383 était déjà née dans la Cambrie (pays de Galles), puisque /'Histoire des Bretons, composée dans ce dernier pays, venait de la consigner par écrit. »

« Enfin, continue ce savant critique, cette tradition est en contradiction avec plusieurs édits du codeThéodosien, rendus en 388, 389 et 395, lesquels enlèvent aux partisants de Maxime les dignités et les charges, et spécialement les concessions territoriales qu'ils avaient obtenues du tyran. Les termes de ces édits sont universels et ne renferment aucune exception. Ceci ne veut pas dire toutefois qu'ils aient été exécutés dans toutes les parties de l'Empire, car, sur plusieurs points, les troupes romaines n'étaient pas en force suffisante pour assurer l'exécution des volontés impériales ; mais évidemment ils l'ont été dans toutes les provinces où les garnisons romaines étaient capables défaire respecter les décrets impériaux. Or ce dernier cas était celui de l'Armorique.

(i) Suivant Dom Morice, Histoire de Bretagne, Calphurnîus, noble Ecossais descendu des ancieus Rois de son pays et beau-père de Conan, vint lui et sa famille rejoindre son gendre en l'année 387. Conan leur avait donné un établissement à quelque distance d'Aleth. Après une année de repos, des pirates Hybernois ayant fait une descente passagère dans le voisinage, massacrèrent les membres de cette famille à l'exception de Saint Patrice, son fils, qui ne put recouvrer sa liberté que sept ans après. — Voyez encore M. La Porte, Rech. sur la Bretagne ; Guyot-des-Fonlaioes, Dissert, sur l'origine des Bret. ; Manet, Histoire de la Pelît<*- Biclague, etc.

t*our ne parler ici que de noire péninsule, la Notice des Dignités de l'Empire, rédigée en 401, nous atteste la présence de troupes romaines à Rennes, à Nantes, à Aleth, à Blabia (Port-Louis), fenfih, chez les Vénètes et les Ossimiens. »

« Donc, supposant que Maxime eût donné à ses Bretons et à leur chef la péninsule Armoricaine, leur établissement eût été détruit par suite des édils impériaux, au plus lard en l'an 395 : il n eût fait qu apparaître et disparaître. Jl serait donc superflu d'en tenir compte. »

A cela on pourrait objecter : Les troupes impériales n'occupaient que quelques places frontières de l'Armorique, et ces garnisons étaient-elles assez nombreuses pour faire exécuter l'édit de 395, dans les immenses parties du territoire qu'elles n'occupaient pas? Les Empereurs Théodose, Valentinien et Honorius n'auraient-ils pas pu tolérer ce qu'ils ne pouvaient empêcher?

La conclusion que tire M. de la Borderie des documents cités par lui est, « que la tradition de l'établissement de 383 est une » légende fabuleuse, et que Conan-Mériadec doit être placé, à » côté de Brutus, de Francus et de Pharamond, dans la catégorie » de ces monarques chimériques créés par l'imagination des » peuples. »

M. Varin dit à son tour : « Le système de Gaïlet s'appuie principalement sur les historiens Bretons, et nous avons examiné la valeur de chacun de ceux auxquels il a emprunté, ou doit emprunter tous ses arguments. 11 prétend aussi s'étayer des historiens Bomains, et nous avons examiné le sens des principaux passages qu'il a invoqués, ou doit invoquer en sa faveur. De sorte que, si nous ne nous faisons pas illusion, en ruinant le système dans son principe, nous l'avons ruiné d'avance dans ses déductions. » Ce docte et laborieux écrivain termine son savant Examen de l'opinion de Gallet de la manière suivante.

« A l'instant où la question va être envisagée d'un point de vue différent du nôtre, nous croyons utile de la résumer en quelques mots, de manière à ce qu'il n'y ait d'équivoque possible, ni sur la

manière dont nous lavons débattue, ni sur la manière dont nous l'envisageons.

« Le point en litige est la colonisation de l'Armorique par les Bretons d'outre-mer.

« Gallet et M. de Courson, son défenseur, prétendent que cette colonisation s'est effectuée en massei*), Tan 383 de J.-C., par des corps militaires venus dans les Gaules à la suite du tyran Maxime. Cette opinion, nous ne l'admettons pas.

« La nôtre est celle de Dom Lobineau. Nous croyons que la colonisation s'est effectuée successivement, par suite d'émigrations qi'amenèrent d'abord peut-être les ravages des Pietés, et certainement ensuite l'invasion Saxonne, durant la première moitié du v e siècle.

« Eotre Gallet et Dom Lobineau, ou, si l'on veut, entre M. de Courson et nous, il s'agit donc d'une simple question de chronologie ; les colonies bretonnes sont-elles descendues sur le sol armoricain en 383 ou en 448? Soixante-cinq ans plus tôt ou soixante-cinq ans plus tard ?

«En vérité, cela vaut-il la peine de mener tant de bruit? nous ne le croyons pas ; et voilà pourquoi nous avons vu sans regret le Dictionnaire d'Ogée ( a ) envahir l'espace destiné d'abord à nos attaques, et les lettres de son alphabet breton s'interposer à l'envi et tour à tour entre nous et Gallet, jusqu'à ce qu'elles se fussent grouppées dans la brochure de M. de Courson, de manière à nous dérober définitivement son héros, comme jadis Enée l'avait été par l'affecJion maternelle à travers des nuages ( s ). »

(<) M. de Courson, en son nom personnel et au nom de Gallet, affirme n'avoir jamais employé, ni vu dans l'œuvre du savant auteur, que cette colonisation de Van 583 de J.-C, s'est effectuée en masse,

(2) Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, dédié à la nation Bretonne, par Ogée, ingénieur géographe de cette province. Nouvelle édition, par MM. A. Marteville el P. Varin, Rennes, i843.

(3) M. A. de Courson, l'auteur de V Histoire des Origines et des Institutions du peuple Breton, répondit à M. Varin en maintenant son opinion : Voici comme il termine.

« Les traditions galloises, d'accord en cela avec les textes de César, de Tacite, «de Pline, etc., nous apprennent que la partie de l'île de Bretagne située en face

Nous ne pouvions nous dispenser de faire connaître au lecteur, cette controverse animée entre les auteurs bretons, sur 1 établissement dans l'Armorique des insulaires en 383, afin qu'il juge par lui-même de quel côté se trouve la vérité. Bien éloignés de croire que notre opinion puisse trancher la question, nous sommes au contraire persuadés qu'elle ne peut en rien

de la Gaule; fut peuplée par des tribus Gauloises, parmi lesquelles se trouvaient des Britanni, qui sans doute donnèrent à leur nouvelle patrie le nom de la cité d'où ils sortaient. La péninsule Armoricaine envoya des colonies dans la partie occidentale de l'île. En effet, nous retrouvons dans la Vénédotie insulaire, le même peuple, la même langue, les mêmes noms de lieux, que dans le pays des Venètes Armoricains; ce qui concorde à merveille avec cette assertion des Triades, savoir que les Loég riens (a) sortaient du pays de Giras Gwin. Ainsi donc il y avait proche parenté eutre certaines tribus de l'île elles Gaulois Armoricains, soit que ceux-ci portassent le nom de Venètes, à l'extrémité de la péninsule, ou celui de Britanni, le long des cotes de la Picardie et de la Flandre. A toutes les époques ces peuples restèrent unis par des liens de confédération. Les insulaires descendus sur le sol Gaulois en 385, avec l'Empereur qu'ils avaient proclamé, reçurent des terres dans les Gaules, et ne revinrent jeûnais dans leur pays. Les uns s'établirent le long des rivages de l'Armorique ; les autres, envoyés en Espagne, s'y fixèrent ; et nous les y retrouvons encore au septième siècle. Au cinquième, nouvelle émigration des insulaires chassés par l'épée des Saxons ; et celle-là se prolonge jusque vers le milieu du huitième siècle.

«Je n'admettrai jamais que Gallet, ce saint prêtre, ait fait, à des préventions bretonnes, le sacrifice de sa bonne foi et de sa conscience, pas plus que je n'admets que Giraud de Barry (Giraldus CambrensisJ soit un GeoffVoi de Montmouth, parce que sa grand'-mère était Bretonne, et Guillaume de Malmesbury un historien inepte, (b) parce -que, moins sceptique que les écrivains de nos jours» il croyait qu'un vêtement de la Vierge Marie était une relique devant laquelle les Normands devaient prendre la fuite. »

(a) Peuple de l'Armorique, près de la Loire : voyez Fréret.

(b) Rien n'est plus inexplicable que cette persistance à jeter le mépris sur d'anciens historiens, parce qu'ils croyaient, avec leurs contemporains, à des miracles dont on se raille aujourd nui. M. Guizol a lait justice de ce mépris. « 11 y a, dit— » il, à quereller de la sorte les vieux chroniqueurs une ridicule exagération. Ils » ont irtit ce qu'ils pouvaient faire; ils nous ont transmis ce qu on disait, ce » (|U on croyait autour d'eux. Vaudrait-il mieux qu'ils n'eussent pas écrit, qu'au— » cun souvenir des temps fabuleux ne fût parvenu jusqu'à nous, cl que l'histoire » n'eût commencé qu'au moment où la société aurait possédé des érudits capables j» de soumettre celle histoire à leur critique pour eu assurer l'exactitude ? A mon » avis, il y a souvent plus de vérités historiques à recueillir dans ces récits où se » déploie l'imagination populaire, que dans beaucoup de savantes dissertations. » — Guizot, Collect. des Méni. t. xxix, préface.

éclairer ce fait historique, qui restera, long-temps encore, un sujet de contestation entre les deux parties. Toutefois, dans cette question de chronologie sur la colonisation de l'Armorique, nous sommes disposés à admettre celle de Tannée 383, parce qu'elle n'infirme en rien la dernière de 448: ce sont deux faits distincts, produits par deux causes différentes, comme on le verra lorsque nous parlerons des événements qui eurent lieu vers la moitié du cinquième siècle.

Nous allons reprendre la suite des événements historiques que cette longue discussion nous avait fait suspendre.

Avant de mourir, Gonan avait vu un grand nombre de ses compatriotes accourir auprès de lui, notamment dans les années 417 et 418; parmi ces derniers était Fracan, autre parent du nouveau roi, qui prit terre avec toute sa famille, à l'Ile-de- Bréhat.

A cette époque, l'Armorique commença à reprendre le nom de Petite-Bretagne, Bretagne-Armorique, Bretagne-Celtique ou Gauloise, Bretagne - Continentale, Bretagne -Gallicane ou Citérieure, Bretagne-cis-Marine ou d'en-deçà de la mer. Cependant cette reprise de l'ancien nom ne devint guère générale que du temps de Sidoine-Apollinaire, qui mourut le 23 août 488 ; ou mâme du temps de Jornandès et de Grégoire de Tours, dont le dernier ne termina sa carrière que le 27 novembre 595.

C'est sans fondement, dit l'Abbé Manet, que Dom Morice, sur la foi du père Albert, attribue au fondateur du trône de la Bretagne, l'érection de l'évêché de Vannes en 393, laquelle est de beaucoup antérieure à cette époque ; la vérité est que le prince fit quelques changements dans la forme de ce diocèse : et qu'en général les catalogues n'ont tenu aucun compte des Evéques d'origine Armoricaine qui ont précédé dans le pays ceux d'origine Bretonne.

Les monnaies de Conan, affirme M. Ogée, sont les premières qui aient paru dans les Gaules sous un autre nom que celui des Empereurs : Elles étaient d'or, et de la valeur d'un tiers de sol.

Le Pére Toussaint de Saint-Luc assure avoir vu une de ces pièces avec celte légende Conanus, Rex liritonum ; (Hech. de la Bret. Gai., p. Il, 13 et 14). Cependant d'autres écrivains regardent comme plus probable que cette médaille était de Conan-le-Tors.

Salomon I er , ûls d'Urbien et petit-fils de Conan, succéda à son aïeul Tan 421. Aëtius, le plus illustre des généraux de Valenlinien, après divers succès dans les Gaules contre Clodion second, Roi des Francs, sétant brouillé avec les Bretons-Armoricains, détache en 432 un de ses lieutenants, Litorius Celsus, pour les punir. Ce dernier entra en Bretagne, remporta une grande victoire sur les Armoricains, et commençait à en user cruellement, lorsque Saint Gerraain-d'Auxerre, vénérable à toute la chrétienté, repassant dans les Gaules, apaisa sa fureur et la paix s'en suivit.

En l'année 434, la faction des Bagaudes (0 ralluma la guerre * dans l'Armorique, en ameutant toute la côte maritime entre la

Loire et la Seine ; Litorius, que Salomon avait appelé à son secours, les comprima quelque temps, et puis quitta le pays pour aller combattre les Bourguignons et les Francs. Après le départ du général Romain, Salomon fut assassiné par ses propres sujets dont il voulait réformer les mœurs.

Grallon, beau-frère de Conan-Mériadec, comme ayant épousé la sœur de Darerea, seconde femme de celui-ci, régna après la

(l) Paysans armés que l'avarice romaine appelait rebelles. Le nom de Bagaudes signifiait les insurges, les attroupés, du mol gallique Bagad, attroupement. Plongés dans la plus affreuse misère, ils se livrèrent à leur tour aux plus effroyables dévastations. Les Bagaudes pillaient les villas des sénateurs et des curiales, attaquaient et forçaient les cités, et poursuivaient avec fureur les officiers impériaux. Ce ramas d'esclaves, de colons, de petits propriétaires ruinés, de chrétiens persécutés, de vieux Gaulois, héritiers des liâmes druidiques contre Home, ce peuple de barbares poussé par le désespoir s'étendit d'un bout à l'autre de la Gaule. La Bagauderie dégénéra en brigandages, et, jusqu'à la chute de l'Empire, il y eut toujours dans les forêts et sur les montagnes de la Gaule, une population errante cl poursuivie, vivant en état de guerre, contre toutes les (lois et tous les pouvoirs sociaux,— Voyez Hem i Martin (Histoire des Francs).

mort de Salomon. En Tannée 439, ce même Litorius rentra dans les terres des Bretons-Armoricains ; mais cette fois c'était pour punir le Roi Grallon, soupçonné d'avoir eu part au meurtre de Salomon I er , au milieu d'une révolte, au lieu nommé Mezer-Salaun (Martyre-de-Salomon). Ce général ravagea le royaume armoricain et se ressaisit en particulier de la cité d'Aleth ; mais il en fut presque aussitôt délogé par le monarque breton. Ce prince s'était empressé de faire alliance avec les Bagaudes et les Francs : Ceux-ci avaient poussé leurs conquêtes jusqu'à Tours et Amiens (444), d'où les forces de Majorien, qui fut depuis Empereur, ne les répoussèrent qu'avec beaucoup de peine.

Grallon mourut après avoir richement doté l'abbaye de Saint- Jagu (0, située dans les environs d'Aleth, et fut inhumé dans le monastère de Landévénec, qu'il avait fondé.

Audren, fils aîné de Salomon, succéda à Grallon en 445. Il

(f) La paroisse de Saint- Jagu à 4 lieues nord de Dinan, et dans son arrondissement. Le territoire ne comprend qu'une presqu'île environnée de sable que les marées couvrent, en sorte qu'on ne peut y entrer que par le sud. Outre la paroisse, qui peut contenir i,ooo âmes, on n'y voit qu'un moulin et les ruines de l'abbaye, qui eut pour premier abbé Saint Jagu, Jacul, Jacob ou Jacques, dont elle a porté le uom. La situation de cette abbaye, sur le bord de la mer, l'a souvent exposée aux ravages des ennemis de l'Etat, tels que les Saxons, les Normands et les Anglais, lesquels ont détruit une partie des anciens monuments qu'elle conservait: la révolution de 1789 a fait le reste.

Ce lieu que choisit, en l'an 4 i3 fa), Saint Jagu, originaire de la Grande-Bretagne où il est honoré, était encore, à cette époque, tout environné de bois et de marais, que l'invasion de 709 a fait disparaître. On tient que l'idolâtrie romaine en avait consacré à la Terre tous les alentours ; comme elle y avait élevé un petit temple à la Lune sous le nom d 1 Hécate, ou gardienne des enfers.

Le pieux abbé Jagu, qui lui a laissé son nom, y rassembla une grande foule de religieux, au nombre desquels on compte surtout Saint Cast, évèque et martyr, patron d'une des paroisses voisines.

(a) Mais comment accorder cette date de 4 1 8 avec celle qui était gravée sur une pierre de l'église, indiquant la fondation par le roi Grallon, en 091. Il est probable que Saint Jagu était venu peu de temps après l'expédition de Maxime, en 383, et qu'il fonda son abbaye en l'année 391 ; et que plus tard Grallon, beaufrère de Conan, ayant richement doté cette abbaye, l'abbé lui fit les honneurs de la fondation lorsqu'il devint ttoi.

reçut, au commencement de son règne, nne ambassade des grands et du peuple de la Grande-Bretagne ; elle venait lui offrir la couronne, s'il voulait les défendre contre les Pietés et les Ecossais. Audren ne voulut pas hasarder un royaume, sûr et tranquille, pour un autre sans cesse agité, et il refusa.

A cette époque, le patrice Àëlius, pour punir les Armoricains de leurs succès et de leur alliance 'avec les Bagaudes, lança contre eux les Alains, qu'il avait enrôlés ; et ceux-ci, chargés des vengeances romaines, fondirent sur leur proie. L'Armorique était exterminée, si Eocharich, leur chef, n'eût rencontré sur sa route Saint Germain-d'Auxerre, que les Armoricains avaient imploré contre les Alains. Telle était la puissance des Evéques, à cette époque, sur les peuples barbares, que le Roi Eocharich fut vaincu par les paroles du vieillard. Ayant accepté le traité qui lui fut proposé (447), la vengeance romaine n'eut aucun résultat, et l'Armorique conserva son indépendance.

Yers cette époque, les Bretons-Armoricains réunirent un grand nombre de navires à l'embouchure de la Rance, et volèrent au secours des Bretons insulaires leurs anciens compatriotes. Ceuxci, accablés par les Pietés et les Ecossais, avaient eu recours à Aëtius ; mais le général Romain, Préfet des Gaules, n'ayant rien fait pour eux, ils députèrent de nouveau vers Audren, quatrième Roi de la Bretagne-Armorique, pour lui offrir la couronne de l'île. Ce prince, ainsi que la première fois, ne se rendit point à leur désir et se contenta de leur envoyer son frère Constantin, avec 2,000 hommes de bonnes troupes.

Partie d'Aletb, l'expédition atteignit heureusement le rivage de la Grande-Bretagne, où, réunie à la jeunesse de la contrée, elle remporta plusieurs victoires. Mais le sceptre ne demeura pas long-temps entre les mains de Constantin ; ce prince infortuné fut assassiné par Vorligern, Roi des Silures 0), qui, pour

(l) Les habitants de la Grande-Bretagne avaient appelé aussi à leur secours Vorligern, Comte de la Dumnonie insulaire, lequel, croyant pouvoir s'emparer du pays et consolider son usurpation, appela à son aide les Saxons, les Jutes

consolider son usurpation, appela à son aide les Saxons, les Jutes et les Angles. Ces étrangers, d'auxiliaires qu'ils étaient, firent un traité avec les Pietés, et tournèrent leurs armes contre les Bretons qui les avaient attirés chez eux. Vortigern, vaincu deux fois, céda la place à son fils Vortimer, jeune héros qu'une mort précoce ravit à ses concitoyens au milieu de ses exploits.

Après une longue lutte, Hengist, qui commandait les Saxons do Holstein, réclamés par Vortigern, finit par rester en possession des Etats qu'il avait conquis, et fonda, en 455, le premier royaume de l'Heptarchie. La possession de Kent fut le fruit de sa trahison 0).

Sous le règne d'Audren, l'Empereur Honorius envoya Litorius Cclsus en Bretagne, où il prit quelques villes et y laissa des troupes ; mais le Roi Armoricain, de concert avec Saint Germain d'Auxerre, chassa les Romains de Nantes, de Guérande, d'Aleth et de Léon, où ils avaient mis des garnisons, et s'empara de tout ce qu'ils possédaient sur la Loire, jusqu'au delà de Tours.

Pendant que l'Armorique goûtait les douceurs d'une tranquillité passagère sous le roi victorieux, la Grande-Bretagne était ravagée par les barbares qu'on y avait appelés, et les Gaules

el les Angles, tous païens et habitants du Danemark et des pays voisins. Ceux-ci firent un traité avec les Pietés en 455, et d'auxiliaires officieux, ils devinrent les adversaires de Vortigern. La lutte s'engagea et ne se termina que vers l'an 4**4> qu'ils restèrent possesseurs de toute l'île jusqu'à l'Ecosse.

Une partie des Bretons se soumirent aux vainqueurs, les autres se retirèrent dans le pays de Galles et vinrent en grand nombre chercher un asile en Armorique. L'émigration commença en 458.

Les conquérants formèrent sept royaumes : les Saxons en gardèrent trois à l'Ouest, les Angles trois à l'Est, les Jutes le royaume de Kent et l'île de Wight. Ce partage, qu'on appela l'Heptarchie, fut réunie vers l'an 827, par Egbert, roi de Westsex.

La Domnonée ou Oumnonie anglaise, était ce qui forme les comtés de CornouaiUe el de Devon.

(i) Voyez les Antiquités de l'Eglise Anglo-Saxonne, par lcR. Docteur John Lîngard. Edition de Paris, 1828.

se trouvaient menacées par Attila, Roi des Huns, surnommé le Fléau de Dieu, qui venait de traverser le Rhin à la lête de ses bandes (450).

Valenlinien effrayé, appela au secours de ses légions, les Francs et les Visigoths. Les deux armées se trouvèrent en présence en Tannée 451. Aëlius, Mérovée et Tbéodoric commandaient d'un côté; de l'autre, Attila, Valamir et Hardaric. Les Huns furent vaincus, et Attila, manquant de vivres, ravagea la Pannonie.

Deux ans après, pour venger sa défaite, il se jeta sur l'Italie, où il détruisit Aquilée de fond en comble. De là, il se rendit à Ravennes pour recevoir la soumission de Rome. Le Pape Saint Léon se présenta à lui à la tête de son clergé et le menaça de la colère de Dieu. Attila, qui s'attendait à des paroles suppliantes, resta, au langage menaçant du saint, frappé d'une terreur religieuse. Il sortit de l'Italie, comme poussé par une force inconnue, et alla mourir en Pannonie d'un excès de débauche.

Aodren mourut l'an 464, après un règne de 19 ans, et laissa quatre enfants ; l'aîné, Erick ou Erech, lui succéda. L'année suivante, ce cinquième roi Breton, permit aux évêques de ses états de s'assembler à Vannes, à l'effet de donner un pontife à cette église veuve. Ce fut Saint Paterne qui fut élu et intronisé. L'évêque d'Aleth ne s'y trouva pas, ainsi que quelques autres prélats de cette province ecclésiastique.

Peu de temps après, une multitude considérable de nouveaux fugitifs, chassés par les Anglo-Saxons, aux ordres du cruel Hengist, passe la mer et aborde sur nos côtes. Erech les accueille avec bonté et leur donne des terres à cultiver, tant aux environs d'Aleth que dans le reste du royaume. Mais dans ce qu'on appellera plus tard partie basse de ce petit état, il met à cette libéralité certaines conditions, d'où naquit celte espèce de pacte étranger au reste de la France, et qu'on y connut jusqu'à la révolution sous le nom de contrat à domaine congéable (').

(l) On appelait ainsi cet engagement, de ce qu'il ne transportait au preneur aucun droit de propriété, maïs la simple jouissance moyennant une prestation annuelte, de façon que le colon, au terme convenu, pouvait être renvoyé par le coucédant après le remboursement des édifices et améliorations jugées nécessaires ou utiles.

Ed 472, Erech, setant mis à la tête de 12,000 Bretons, se joignit au Comte Egidius, général des troupes de l'Empire ; ces deux chefs voulaient repousser les Alains, les Saxons et Bourguignons qui se disputaient la possession de l'Orléanais, du Maine et du Berri, qu'ils avaient enlevés à l'Empire : Erech et Egidius furent défaits, et le premier perdit la vie dans cette expédition mal heureuse.

Eusèbe, sixième roi, succéda à Erech ('). À peine a-t-il pris les rênes de l'état, qu'il divise son royaume en deux portions, au moyen d'une ligne idéale, tirée depuis Chatel-Audren jusqu'à l'embouchure de la Vilaine. La partie orientale prend le nom de Haute-Bretagne, la partie occidentale celui de Domnonée ( 2 ), ou Basse-Bretagne (Breiz-Izel). Cette division subsistait encore à l'époque de la révolution ; mais tandis que l'on s'accoutumait peu à peu à parler français dans la première, la seconde conservait son langage primitif.

L'empire d'occident touchait à sa fin. Julius-Nepos venait de succéder à Olybrius, gendre posthume de Valentinien III, et à Glycerius: le premier avait porté la couronne sept mois et le second quelques jours seulement. Comme les peuples barbares menaçaient chaque jour davantage l'Italie, Nepos chargea le patrice

(1) Quelques-uns le disent fils d'Erech, d'autres le font fils de Ri vallon ou Grallon.

(2) Suivant M. de Courson, la Domnonée- Armoricaine aurait compris la partie de cette péninsule située à l'ouest de la Rance, du Meu et de la Vilaine. Dorn Lobioeau la restreint au territoire qui s'étend du Couesnon à la rivière de Morlaix, et qui formait les évéchés de Dol, de Saint-Malo, de Saint-Brieuc et de Tréguier. C'est ce pays qui fut colonisé, aux cinquième et sixième siècles, par les chefs des diverses tribus de la Domnonée insulaire, pays qui, d'après Ptolémée, Solious, Cambden, etc., comprenait le Devoo, le Sommerset et une partie de la Cornouaille anglaise.

« Il ne faut pas croire, dit M. de la Borderie, que la Domnonée continentale ait été colonisée uniquement par des Bretons-Domnonéens, mais seulement que la masse de la population venue de l'île de Bretagne, dans ces parages, était originaire de la Domnonée, et que, par suite, les émigrations les plus importantes qui se sont assises dans cette partie de notre péuinsule appartenaient aux Dontnûnii ou Dumnonii insulaires.

Orcste d'en défendre les passages ; mais ce général infidèle tourna ses armes contre son prince. Après l'avoir forcé d'abdiquer la couronne, il la mit sur la tête de son fils Romulus Monyllus, qui, sous le titre dérisoire d 'Augustule, s'acquit une triste immortalité (0.

A cette nouvelle, les troupes teutoniques que soldait l'empire sous le litre de fédérés, proclamèrent pour leur chef Odoacre, fils d'un ancien ministre d'Attila. Oreste s'enferma dans Pavie ; mais cette ville fut prise d'assaut en août 476. Le père ambitieux fut décapité le 28 du même mois. Odoacre épargna les jours du fils, vu sa jeunesse et son innocence, et prit le titre de Bot d'Italie.

En 481, eut lieu l'avènement de Clovis à la couronne de France, et six ans après, le 29 mars 487, Saint Malo naquit dans la Cambrie ( 2 ), au milieu de la vallée de LIan-Carvan, au comté de Glamorgan, près de Cowbridge ou Dawclc. Son père était un seigneur appelé Went ou Gicent, qui habitait celte partie de l'ancienne province des Silures, où se trouve renfermé aujourd'hui le comté de Monmouth. Sa mère était tante ou au moins proche parente de Saint Samson et de Saint Magloirc. Il paraît qu'il fut remis aux soins du célèbre docteur Cougell ; mais qu'ensuite ses parents confièrent l'achèvement de son éducation au pieux abbé Brandan qui l'avait baptisé. Le disciple d'un tel maître se porta à toutes sortes de bonnes œuvres, et il égala bientôt les plus parfaits. Quand Malo ( s ) fut en âge de recevoir la tonsure monacale et les ordres, il s'élança dans la carrière du bien avec beaucoup plus d'ardeur encore ; il édifia la contrée et donna un nouvel éclat à sa touchante charité.

(♦) Ce dernier empereur réunît dans son nom celui du fondateur de Rome, Romulus, et le diminutif de celui du fondateur de l'Empire, Augustus.

(a) L'antique Cambrie, dite depuis le pays de Galles, renfermait originairement trois peuples nombreux, savoir : Les Ordoviees et les Déroutes, sur la mer d'Irlande ; et au sud de ceux-ci, les Silures, qui s'étendaient jusqu'à la Saverne.

(s) En latin on l'appelle Maclovius, et eu français Maclou, d'où on a fait Malo.

A l'avènement de Clovis I er , six peuples se partageaient Ici Gaules : les Francs au nord ; les Bretons-Armoricains à l'ouest } les Allemands et les Bourguignons à lest ; les Visigotbs au sud } les Romains au centre (0.

Syagrius, qui commandait la province centrale, seul reste de? la domination romaine dans les Gaules, ayant mécontenté Clovis, celui-ci accourut l'attaquer. La bataille s'engagea dans la plaine de Soissons, en 486. Syagrius vaincu, se sauva chez le roi des Visigoths qui le livra au vainqueur : celui-ci le fit périr. Mais une grande idée surgit dans l'esprit de Clovis. La Bourgogne* chrétienne possédait Clolide, fille de Chilpéric, que son frère Gondebaud avait massacré. Celte princesse héroïque, que le ciel avait préparée pour changer la croyance d'un peuple, sur lequel elle était appelée à régner, fut demandée en mariage par Clovis, et elle lui fut accordée.

Celte union avait préparé la conversion de Clovis : une vie-' toire l'acheva. Les Francs étaient aux prises avec les Allemands a Tolbiac; la victoire penchait du côté de ces derniers, lorsque Clovis, pour ranimer l'ardeur de ses guerriers, fit voeu de se convertir au christianisme, si le Dieu de Clolilde lui donnait la victoire. Les Allemands furent défaits ; et Clovis alla, d'après sa promesse, à Bheims, recevoir le baptême des mains de Saint Rémi. La cérémonie eut lieu le 25 décembre 49G. Audoflède, sa sœur, et trois mille hommes parmi les Francs, suivirent l'exemple de leur roi. Saint Rémi donna au monarque converti le titre de fils aîné de l'église et de roi très-chrétien.

Budic, septième roi de la Petite-Bretagne, avait succédé a Eusèbe son père l'an 490. Il s'occupait d'une expédition en Angleterre, lorsqu'une troupe de Frisons et de Saxons-Bessins, quitta les environs de Bayeux, où ces barbares s'étaient établisdepuis une quarantaine d'années, pour se jeter sur TArmorique, à

(*) Voyez la carie do la Gaule en 4&I, dressée par L. Dussieux. (a) Quelques auteurs le font fils d'Audi en. Toute cette successiou de Roi» est peu eclaircie, elle n'offre' que confusion.

l'instigation de Clovis ; mais elle fut entièrement défaite : ceci

avait en lieu en 497.

Alors Budic permit à Aurèle Ambroise et Uter Pendragoo, ses cousins, d aller, à la tête de sept mille hommes de pied et trois mille chevaux, réclamer la couronne de Constantin, leur père. Au moment où il affaiblissait ainsi ses forces, une nuée de ces barbares, que stimulait l'ambition du roi très-chrétien, se précipita de rechef dans la Petite-Bretagne, et y prit, entre autres villes, Rennes, Nantes, Alelh et Vannes. Le prince Breton, quoique attaqué au dépourvu, fait une si belle résistance, que Clovis, aussi fin politique que grand guerrier, lui propose d'unir les deux nations par une alliance étroite : cette offre fut acceptée. Par suite de ce traité, les troupes romaines qui, séparées de leur empire écroulé, se traînaient çà et là sur les frontières des nouveaux états qui s'étaient formés, désespérant de pouvoir retourner en Italie, sans tomber entre les mains des Goths, leurs plus cruels adversaires, se donnent aux deux souverains confédérés, sans néanmoins s'obliger à changer ni leurs lois, ni leurs coûtumes. Depuis ce temps-là, Rome cessa entièrement d'avoir aucune autorité politique dans les Gaules.

La tranquillité était revenue dans les états de Budic ; mais la guerre régnait dans les Gaules et dans la Grande-Bretagne. Clovis, après avoir rendu son oncle Gondebaud tributaire, tourna ses yeux sur les Visigoths. Il les attaqua à Vouglé, près de Poitiers, tua leur roi de sa propre main, et en 508, Toulouse, capitale de leur monarchie, tomba en son pouvoir. Quelque temps après, Clovis vint fixer sa résidence à Lutèce ou Paris, dans le palais même de l'empereur Julien.

En Angleterre, Ella avait fondé, en 491, le second royaume de l'Heptarchie, celui de Sussex (Sud-sex), ou Saxoos méridionaux. Plus tard, Cerdic, son compatriote, s'établit à l'ouest avec ses compagnons, et conquit l'état de Wessex (West-sex), ou Saxons occidentaux, sur Arthur, roi des Cambriens. Enfin, £rkenwin forma» en 527, par un démembrement du royaume de

Kent, celui d'Essex (Est-sex), ou Saxons orientaux. Au milieu de ces luttes perpétuelles, Saint Samson (0 d'Yorck, prend le parti de venir chercher sur nos côtes, un abri contre les maladies qui désolaient son pays et les barbares qui dévastaient l'île. Il se réfugia, en 504, dans le monastère de Dol, qui était encore du diocèse d'Alelh (') ; mais en exerçant envers ses compatriotes les fonctions de sa dignité, il donna par là quelque fondement aux prétentions subséquentes de l'église de Dol au titre de Métropole de la Petite-Bretagne, quoique ce saint prélat n'eût eu, en cet endroit, qu'une simple résidence temporaire. En effet, il retourna mourir en paix dans son pays.

(i) Suivant quelques auteurs, il était archevêque. Ce titre est mis en doute par d'autres, qui ne lui donnent que celui d'évêque. (*) En 5o4 selon Deiic, et 5o 7 suivant M. Gallet.

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