LUTTES DE LA FRANCE ET DE L'ANGLETERRE
européens et armés à l'européenne. L'invention venait du directeur de la Compagnie française, Dupleix; ce fut la Compagnie anglaise qui la recueillit et en profita.
Luttes de la France et de V Angleterre, — Au commencement du xvni® siècle, les deux grandes puissances d'Europe, la France et l'Angleterre, se trouvaient engagées dans une lutte qui devait durer plus d'un siècle encore. En 1688 Guillaume d'Orange, devenu roi d'Angleterre, s'était mis à la tète de la coalition des États européens pour arrêter les conquêtes de Louis XIV. Depuis ce moment l'Angleterre resta le principal adversaire de la France, et dans toutes les grandes guerres où la France fut engagée, elle trouva l'Angleterre parmi ses ennemis. Il y eut jusqu'à la Révolution cinq guerres entre les deux rivales : 1" ligue d'Augsbourg (1689-97) ; 2° succession d'Espagne (1702-13) (1); 3** succession d'Autriche (1740-48); 4° guerre de sept ans (1756-63); 5° de l'indépendance d'Amérique (1776-83).
Les quatre premières furent surtout des guerres continentales où l'Angleterre intervenait comme alliée des ennemis de la France (de l'Autriche dans les trois premières, de la Prusse dans la guerre de sept ans). Mais la guerre s'étendait hors du continent; chacune des deux rivales cherchait à détruire les navires, à conquérir les colonies de l'autre.
Ces guerres maritimes et coloniales devaient avoir des conséquences auxquelles on ne songeait guère alors. Quand la lutte commença, la France avait l'avantage. Sa marine de guerre s'élevait en 1677 à 300 navires
(i) Pendant la première moitié du règne de Louis XV, le régent, puis le cardinal Fleury eurent pour politique de maintenir la çaix avec l'Angleterre,
38 LE RÉGIME COLONIAL AU XYllI' SIÈCLE.
environ, sans compter les navires des corsaires de Dunkerque et de Saint-Malo qui en temps de guerre faisaient métier de capturer les navires de commerce anglais. (Pendant la guerre de la ligue d'Augsbourg, les Anglais perdirent ainsi 4,200 navires; leurs compagnies d'assurance maritime furent ruinées).
La France avait aussi pris l'avance aux colonies. Elle avait occupé (au temps d'Henri IV) le Canada, les régiops avoisinantes, Terre-Neuve, l'Accadie, la baie d'Hudson; elle venait de prendre possession du pays de Tembouchure du Mississipi (Louisiane), et d'établir dans la vallée de J'Ohio des forts qui reliaient le Canada à la Louisiane, c'est-à-dire le bassin du Saint-Laurent au bassin da Mississipi. Elle était ainsi maîtresse de presque toute l'Amérique du Nord. — Aux Antilles elle possédait non seulement la Martinique et la Guadeloupe, mais plusieurs autres îles qui lui ont été enlevées» Sainte-Lucie, Dominique, Tabago. Elle avait acquis la partie occidentale de la grande île de Saint-Domingue, Haïti, et commencé à y créer de grandes plantations de sucre. — Elle avait en outre la Guyane française et le Sénégal. — Elle avait essayé de dominer la grande île de Madagascar; les établissements créés par Colbert ne durèrent pas, mais au commencement du xvm° siècle les deux îles voisines, la Réunion et l'île de France, devinrent des colonies françaises florissantes. — En Asie la Compagnie des Indes orientales avait des établissements dans plusieurs villes. Ainsi la France possédait d'immenses territoires, à peu près déserts il est vrai, mais qui se seraient peuplés peu ài peu et qui formeraient aujourd'hui un vaste empire colonial français.
L'Angleterre, à la même époque, n'avait que ses colonies de la côte orientale de l'Amérique du Nord, barrées du côté de l'ouest par les possessions françaises de