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ORIGINES DU SOCIALISME

veleye, n*ayant plus à accomplir qu'un effort musculaire et automatique, est descendu au-dessous du compagnon d'autrefois, et en même temps le chef d'industrie s'est élevé infiniment au-dessus du maître-artisan. Que l'usine lui appartienne ou qu'il n'en soit que le directeur, le chef d'industrie dispose de capitaux immenses et, comme un général, il commande à une armée de travailleurs... Par son instruction, par sa position, par sa manière de vivre, le chef d'industrie appartient à un autre monde que ses ouvriers. Ses sentiments d'homme ou de chrétien peuvent l'amener à voir en eux des frères; néanmoins entre eux il n'y a rien de commun, ils sont étrangers l'un à l'autre. » Les industriels font partie de la haute bourgeoisie, les salariés se trouvent dans une condition inconnue jusqu'à notre siècle. Ils habitent dans la ville où est leur usine, mais rien ne les y retient; si l'usine n'a plus besoin d'eux ou s'ils espèrent trouver mieux ailleurs, ils iront à l'autre bout du pays chercher du travail dans une autre ville; aussi ne sont-ils jamais fixés, ils vivent en nomades, campés seulement et toujours prêts à partir. Ils ne possèdent rien, ils n'ont pour vivre que leur salaire, or leur salaire dépend de leur travail, et rien ne leur garantit qu'ils trouveront du travail, car le patron ne les emploie qu'à la journée ou à la semaine et n'est pas engagé à les garder au delà. L'ouvrier, s'il ne trouve plus de travail ou s'il tombe malade, est réduit à chômer, il ne reçoit plus de salaire et ne peut plus nourrir sa famille. Les salariés vivent au jour le jour.

Ainsi est née, à côté des paysans et des artisans établis, une classe nouvelle formée surtout des ouvriers de fabrique et des mineurs; on lui applique le vieux nom romain de prolétaires (ceux qui n'ont d'autre richesse que leurs enfants) ; on l'appelle quelquefois en Allemagne

le quatrième état, pour indiquer qu'elle est inférieure à Tancien tiers état.

Les prolétaires modernes sont assurément moins mal nourris, moins mal logés, moins méprisés que les gens du peuple au moyen âge. Cependant ils sont beaucoup plus mécontents; c'est que leur condition est instable et précaire ; ils se sentent mal h l'aise parce qu'ils ne sont établis nulle part et ne peuvent jamais compter sur l'avenir. En môme temps, depuis que la société est devenue démocratique, ils entendent dire que tous les hommes sont égaux devant la loi et qu'ils ont les mêmes droits politiques que les riches. Ils ont cessé de se résigner à leur sort et se sont mis à réclamer des changements.

Les économistes du xvm® siècle enseignaient que la misère est l'effet d'une loi naturelle et qu'elle est inévitable. Quand le gouvernement anglais, en 1840, fît faire une enquête sur la condition des ouvriers, un grand fabricant de machines, James Nasemyth, exposa qu'il avait souvent augmenté ses bénéQces en remplaçant des hommes faits par des apprentis. Quand on lui demanda ce que devenaient les ouvriers renvoyés et leur famille : « Je l'ignore, répondit-il, mais je m'en remets pour cela à l'action des lois naturelles qui régissent la société. »

Au XIX* siècle ont paru des théoriciens qui sont partis du principe contraire : La misère, ont-ils dit, vient de ce que la richesse est mal répartie entre les hommes : les uns ont trop, les autres trop peu ; la société est mal organisée, l'Etat doit la refaire de façon à diminuer l'inégalité. Il faut donc une révolution sociale. On appelle les partisans de cette révolution les socialistes (1), et leur doctrine le socialisme,

(1) Il y avait eu dans l'antiquité et à la Renaissance des philosophes qui s'étaient plu à décrire une société idéale (Platon, Gimpanella, Morus) ; mais ils ne regardaient leurs descriptions que comme

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