‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 116 sur 122 · LES SOCIALISTES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LES SOCIALISTES FRANÇAIS

Les socialistes s'accordent tous à attaquer notre régime de la propriété et à réclamer Tintervention de l'Etat pour en établir un autre. Mais ils diffèrent sur l'organisation qu'il faudrait mettre à sa place. Aussi ne forment-ils pas une école unique. La différence eçt grande, surtout entre les socialistes français et les socialistes allemands.

Les socialistes français. — Les hommes qui gouvernèrent la France pendant la Révolution, même les Jacobins, déclarèrent tous que la propriété est un droit sacré et inviolable. Au commencement du Directoire, Babeuf essaya de faire une révolution pour abolir la propriété et établir la communauté des biens ; mais le parti communiste^ très peu nombreux d'ailleurs, fut détruit par le gouvernement. Le socialisme ne prit en France la forme d'un système qu'après la Restauration. Les principaux chefs d'école ont été Saint-Simon et Fourier.

Les socialistes français, comme les hommes de la Révolution, ne fondent leurs systèmes que sur des sentiments et des principes généraux ; ils attaquent la propriété comme contraire à la justice et à l'humanité et proposent de construire toute une société nouvelle. Saint-Simon prend pour formule : « A chacun suivant sa capacité, à chaque capacité suivant ses œuvres » ; il veut une société où l'État seul serait propriétaire et distribuerait à chacun un revenu en proportion de son travail. — Fourier adopte la formule : « A chacun suivant ses besoins » ; il rêve une société fondée sur l harmonie^ c'est à-dire l'accord volontaire des hommes unis pour travailler en commun par amour pour le travail : tous

des rêves irréalisables. Ce qui distingue les socialistes de notre siècle, c'est de vouloir réaliser leur idéal; ils ne se contentent pas de faire des rêves, ils font des projets de réforme.

les hommes s'associeraient et se répartiraient en phalangesy chacune de dix-huit cents personnes; la phalange logerait dans un grand palais, le phalanstère, avec une cave, une cuisine, un grenier communs à tous. Les artistes et les savants seraient payés par une contribution volontaire de toutes les phalanges.

Parmi les hommes qui firent la Révolution de 48 et devinrent membres du gouvernement provisoire, plusieurs étaient socialistes. Ils admettaient que la société est tenue de fournir du travail à tout homme qui en demande. Le gouvernement provisoire proclama donc le droit au travail et, suivant la formule de Louis Blanc, organisa les ateliers nationaux. Mais TÉtat, n'ayant pas de travail utile à faire faire aux ouvriers, les employa à remuer de la terre. Les ateliers nationaux avaient coûté 14 millions, quand on les ferma. Cette expérience manquée (1) déconsidéra en France les doctrines socialistes; les bourgeois et les paysans les prirent en horreur, parce qu'ils se les représentaient sous la forme du partage des biens. L'historien du socialisme français, Louis Reybaud, écrivait, en 1854, que le socialisme était mort : « Parler de lui, disait-il, c'est faire son oraison funèbre »

Le socialisme allemand, — Un socialisme nouveau s'est formé en Allemagne depuis 1863. Les fondateurs sont deux Juifs allemands, Lassalle et Karl Marx. Tous deux avaient été disciples des socialistes français, c'étaient des hommes de la bourgeoisie, et des hommes instruits, presque des savants. Ils fondaient leur système non sur des sentiments ou des principes, mais sur des faits ; pour faire accepter leurs réformes, ils invoquaient non l'humanité et la juslice, mais l'économie politique et la sta-

(t) On a soupçonné le go\\>retwevc\^wl de l'avoir volontairement fait avorter.

Page 1