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LES ÉCONOMISTES

nait le tiers du produit de leur récolte (sans compter la dîme due au clergé et lesre devances dues aux seigneurs). Le pays se dépeuplait donc et les terres restaient en friche, car les paysans n'avaient aucun intérêt à travailler. Vauban et Boisguillebert proposaient de remédier au mal en établissant un impôt équitable qui serait levé sans distinction sur toutes les terres. Leurs livres furent condamnés et brûlés par le bpurreau (1707). Mais ils commencèrent à faire penser que le régime de l'impôt français avait besoin d'être reformé.

2" Vers le milieu du règne de Louis XV, un médecin du roi, Quesnay, publia le Tableau économique, Louis XV s'y intéressa et corrigea même, dit-on, les épreuves du livre. L'économie politique devint à la mode et il se forma un groupe de disciples de Quesnay. C'étaient des seigneurs, comme Mirabeau, ou de hauts fonctionnaires comme l'intendant Gournay. Leur principe était que Dieu a établi des lois naturelles qui règlent la production de la richesse; ces lois sont parfaites; toute loi faite par les hommes en ces matières est moins bonne que l'ordre naturel. Le meilleur régime consiste donc à laisser les choses suivre leur cours naturel. Ils appelaient leur doctrine physiocratie (domination de la nature). Les physiocrates se sont demandé aussi d'où venait la richesse, ce qui les a amenés à faire une théorie de la production (1).

L'or et l'argent, disent-ils, ne sont pas la richesse, ils n'en sont que les signes; les vraies richesses, ce sont les objets utiles. Quesnay n'admettait même comme richesses que les produits de la terre : « La terre est l'unique source des richesses »; les autres économistes y ajoutèrent tous les produits de l'industrie. — Tous s'ac-

(1) Elle est exposée surtout dans les écrits de Dupont de Nemours et de Mercier de la Rivière.

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cordaient à blâmer les mesures prises par TÉtat. Les règlements, au lieu d'aider Tindustrie et lé commerce, ne servent, disaient-ils, qu'à empêcher les industriels de produire et les commerçants de trafiquer. Ce que lé gouvernement a de mieux à faire, c'est de laisser les industriels et les commerçants entièrement libres sans chercher à les protéger et à les régenter, car ils sont intéressés à produire le plus possible et au meilleur compte possible, et ils savent mieux que les ministres où est leur intérêt. Colbert demandait un jour à un industriel ce qu'il pouvait faire pour la richesse du pays : « Monseigneur, lui répondit-on, laissez faire^ laissez passer. » Ce mot, repris par Gournay, fut la devise des écomistes. Ils réclamaient la libe7Hé complète pour les industriels et les commerçants : il faut, disaient-ils, supprimer les corporations et les règlements qui entravent l'industrie et laisser chacun /i6;e de fabriquer ^ supprimer les monopoles et les prohibitions qui gênent le commerce et laisser chacun libre de vendre et d'acheter. Cette liberté produira la libre concurrence entre les industriels et les commerçants de tous les pays, pour le plus grand bien de l'induslrie et du commerce, car l'industriel sera obligé de fabriquer de meilleurs produits, le commerçant sera obligé de vendre à meilleur marché que ses concurrents ; et ainsi tous, dans leur propre intérêt, travailleront à améliorer les produits et à abaisser les prix à l'avantage des consommateurs. — Les physiocrates disaient aussi que l'État ruinait l'agriculture en faisant payer tous les impôts parles paysans; ils demandaient que l'impôt pesât sur tous les propriétaires sans distinction et qu'on abolît les impôts indirects et les douanes. Quelques-uns disaient même que la terre est la seule source de richesse et proposaient d'établir un impôt unique payé tout entier par les propriétaires.

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3' Les plus célèbres des économistes du xvm® siècle sont les deux derniers en date, un Français, Turgot, et un Écossais, Adam Smith. Ils étudièrent plus complètement que leurs devanciers, les faits économiques. Turgot montra en quoi le papier-monnaie diffère de l'argent, comment la division du travail sert à augmenter la richesse, quels sont les rapports du salaire et du capital. Adam Smith réunit toutes les théories éparses en un seul ouvrage très clair, la Richesse des nations (1776), qui fit comprendre au public Fimportance de la science nouvelle; il montra que la terre n'est pas la seule source de la richesse et expliqua comment l'industrie, en Iransformantles matières premières, crée des richesses annuelles.

On ne pourrait affirmer aujourd'hui que les économistes aient eu entièrement raison. 11 n'est pas certain que les particuliers livrés k eux-mêmes sachent toujours ce qui leur est le plus avantageux, et, quand ils le savent, qu'ils le fassent toujours. Un industriel ou un commerçant déjà riche pourra souvent, soit ignorance, soit paresse, laisser échapper des occasions de perfectionner ses procédés ou d'étendre son commerce. De plus les économistes ne tenaient guère compte que des intérêts des patrons et des consommateurs, et la hbre concurrence peut n'être pas le régime le plus avantageux pour les ouvriers. Il se peut que de bons règlements fassent produire à meilleur compte et répartissent la richesse plus équitablement que la liberté absolue, c*est-à-dire l'absence de règlements. — Mais les économistes avaient raison contre les gouvernements de leur temps : point de règlement vaut mieux que de mauvais règlements.

Les philosophes anglais. — Il y avait eu au xvii® siècle en Europe des philosophes illustres, Descarte*^ ^^'i-

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branche, Spinosa, Leibnilz ; ils s'occupaient surloul d'étudier Thomme en général (ce que nous appelons la psf/chologie) et de chercher k comprendre les lois gênéraies de l'univers (ce que nous appelons la m<^<apAysijtie). Ils s'abstenaient à dessein d'émettre aucune idée sur la politique, disant que les affaires du gouvernement regardent ceux qui sont chargés de gouverner.

Au xviii^ siècle parurent en France plusieurs écrivains de talent qui se donnèrent à eux-mêmes le nom de philosophes et appelèrent leur doctrine la philosophie. Sur les grandes questions qui avaient occupé jusque-là les philosophes, ces écrivains n'apportèrent aucune idée nouvelle. Us s'intéressaient surtout aux questions pratiques, ils étudiaient les croyances et les institutions de leur temps, et quand elles leur paraissaient contraires à la raison, ils cherchaient à les déconsidérer en les attaquant dans leurs écrits. C'étaient plutôt des publicisies que des philosophes.

La société reposait alors dans tous les pays de l'Europe à peu près sur les mêmes fondements : l'autorité absolue de l'Etat, l'autorité absolue de l'Eglise. Les peuples étaient habitués à obéir à leur souverain. Le roi, disait-on, a reçu son pouvoir de Dieu, il a le droit de commander, ses sujets ont le dcvoir.de lui obéir; il n'y a pas de limite au droit du roi, son autorité est absolue. En pratique, le roi et ses ministres, sachant que personne n'avait les moyens de leur résister, gouvernaient sans tenir compte des désirs des sujets, ni même de l'intérêt du pays; ils faisaient des guerres par pure ambition, dépensaient l'argent du pays pour entretenir une cour luxueuse, imposaient des lois odieuses, faisaient emprisonner quiconque essayait de critiquer leurs actes. Aucun livre ne pouvait être publié sans avoir obtenu la permission du gouvernement ; tout habitant pouvait être arrêté et gardé

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