‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 19 sur 122 · LES PHILOSOPHES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LES PHILOSOPHES ANGLAIS

en prison quand il plaisait aux ministres. Il n'y avait ni conlrôle sur le gouvernement ni liberté individuelle ; c'est le régime qu'on appelle despotisme.

De même les ûdèles étaient habitués à obéir à l'Eglise, dans les pays protestants comme dans les pays catholiques. Le clergé avait le droit de décider les dogmes qu'on devait croire, les cérémonies qu'on devait accomplir ; les fidèles avaient le devoir de se soumettre à ces dogmes et à ces cérémonies; quiconque s'abstenait de pratiquer la religion de l'Église devait être poursuivi comme rebelle. On ne supportait pas qu'il y eût dans un pays plus d'une religion, et on contraignait tous les habitants à pratiquer la religion de l'Etat, à assister au service du dimanche, à communier, à jeûner aux jours fixés; à se marier, à se faire enterrer, à faire baptiser leurs enfants à l'église, et dans les pays catholiques h se confesser et à faire maigre. C'était le régime de V intolérance, L'Etat et l'Eglise se prêtaient mutuellement assistance ; le gouvernement poursuivait les hérétiques, forçait les sujets à se soumettre à l'Église; le clergé faisait de l'obéissance au roi un devoir religieux. Les deux autorités absolues étaient unies pour dominer.

Ce régime avait été ébranlé en Angleterre dès le xvu* siècle, l'Etat et l'Eglise en se faisant la guerre s'étaient affaiblis mutuellement. La révolution de 1688 avait détruit le despotisme du roi et établi la tolérance religieuse. A côté de l'autorité du roi s'éleva l'autorité du Parlement à côté de l'Église officielle se fondèrent des Églises dissideples. Les partisans du pouvoir du Parlement et les partisans des Eglises séparées s'unirent pour maintenir la monarchie constitutionnelle et la tolérance. On vit alors que le roi pouvait perdre son autorité absolue sur les sujets, l'Eglise son autorité absolue sur les fidèles sans (|ue la société périt. Celle.

TiS LE MOUVEMENT DE KEFORME AL XVlir SIÈCLE.

expérience porla un coup mortel à la théorie du droit divin des rois et de Tunité de religion. L'Angleterre avait acquis la liberté politique et la tolérante religieuse. Il y eut aussit«jt des philosophes anglais pour justifier par des théories ce qu'on venait d'établir dans la pratique. Les plus considérables furent Locke, auteur des Lettres sur la tolérance, Shaflesbury et Bolingbroke.

La religion chrétienne, disaient-ils, doit être conforme à la raison, puisque la raison nous a été donnée par Dieu pour trouver la vérité; les questions sur lesquelles les différentes sectes chrétiennes se querellent sont de faible importance, l'essentiel ce sont les doctrines communes à tous les chrétiens. Ce résidu de christianisme formait la religion naturelle; on arrivait ainsi à deux idées fondamentales : Il y a un Dieu qui gouverne le monde. L'homme a une àme immortelle.

Les philosophes anglais croyaient que l'homme a rei;u de Dieu une raison suffisante pour apercevoir les vérités fondamentales, et une faculté qui lui fait distinguer le bien du mal le sens moral : l'homme est naturellement raisonnable et vertueux, car il est l'œuvre de Dieu, et tout ce que fait Dieu est bien fait.

Les Anglais, très habitués à respecter les coutumes établies, ne demandaient pas la suppression de l'Eglise d'Etat; ils admettaient qu'il y eût une Eglise privilégiée, payée et soutenue par le gouvernement ; mais ils voulaient pour toutes les autres croyances religieuses la tolérance, c'est-à-dire le droit de se produire publiquement sans être persécutées. Ils excluaient de ce droit les croyances qu'ils regardaient comme dangereuses ; de ce nombre étaient l'athéisme et le catholicisme. C'est que leur tolérance ne reposait pas sur le respect de la liberté de conscience; au fond, ils n'admettaient encore que

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