‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 20 sur 122 · LES PHILOSOPHES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LES PHILOSOPHES ANGLAIS

le droit de professer certaines croyances ; s'ils étaient plus tolérants en fait, c'est parce que leur religion s'était élargie. La religion naturelle remplaçait pour eux la religion anglicane.

Un changement de doctrines analogue se produisit en politique. La révolution de 1688 avait établi en Angleterre un roi qui ne tenait son pouvoir que de la nation représentée par le Parlement. Les philosophes inventèrent une théorie nouvelle pour expliquer les rapports du roi et des sujets ; Locke exposa la théorie du contrat. Le gouvernement, dit-il, a été fondé par un contrat entre les citoyens qui forment la nation ; ils ont conclu entre eux une convention pour leur avantage commun. Locke admet que les hommes ont naturellement, avant d'entrer en société, une morale suffisante pour guider leur conduite et qu'ils possèdent des droits naturels^ les

droits de l'homme. Ce sont la liberté individuelle, les droits du père de famille, les droits du propriétaire. Tous ces droits sont sacrés, puisqu'ils reposent sur la religion naturelle. C'est pour se garantir ces droits les uns aux autres que les hommes ont créé des gouvernements. Le gouvernement doit protéger ces droits naturels, c'est à cette condition seulement qu'on lui obéit. S'il essaye de les violer, il perd sa raison d'être; le contrat qui lui a donné son pouvoir est rompu, et chaque citoyen a le droit de résister. L'autorilé de l'Etat n'est donc plus absolue (comme dans la théorie du droit divin), elle est limitée par les droits naturels des citoyens. Comme le droit de propriété est absolu, le souverain n'a même pas le droit de lever un impôt, c'est-à-dire de prendre à des citoyens une partie de leur propriété. Quand il a besoin d'argent pour un intérêt public, il doit le demander aux citoyens ou à leurs représentants. Il ne peut donc gouverner que d'accord avec les re\^cé^Q,w-

60 LK MOUVEMENT DE RÉFORME AU XYIll" SIÈCLE.

tant» de la nation qui le surveillent et rempéehenl d'exercer un pouvoir absolu.

Bolingbroke, en développant cette idée, dit que toute autorité unique tend à devenir absolue; le seul moyen d'empêcher les pouvoirs publics de tyranniser la nation, c'est de maintenir la balance entre eux, de façon qu'ils se fassent équilibre les uns aux autres.

Ainsi est née en Angleterre la théorie de la liberté politique. Pas plus que la tolérance religieuse, elle n'est fondée sur un principe général. Les philosophes anglais ne réclament pas que tout citoyen ait les mêmes droits; ils admettent le droit héréditaire du roi et des nobles à exercer le gouvernement. Tout ce qu'ils demandent, c'est que le gouvernement ne dépasse pas certaines limites et ne touche pas aux libertés privées.

Les philosophes français, — La France était restée soumise sous Louis XIV et Louis XV à une Église intolérante et à la monarchie absolue, elle ne connaissait ni la tolérance religieuse ni la liberté politique. Mais on s'était fatigué de ce régime et il se forma dès le commencement du xviii" siècle, surtout dans les classes cultivées, un esprit d'opposition à l'Église et à la monarchie. Dès la fin du régne de Louis XIV il y avait à Paris et à la cour beaucoup d'esprits forts (c'est ainsi qu'ils s'appelaient) qui, sans attaquer ouvertement la religion, professaient l'indifférence religieuse (i) ; il y avait aussi des mécontents politiques qui se plaignaient du gouvernement et du roi.

Sous Louis XV les mécontents font connaissance avec les doctrines nouvelles nées en Angleterre ; et comme on ne peut les exposer ouvertement sans s'exposer à des

(1) Voir daiis La Bruyère, le chapitre intitulé : Les espnts forts.

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