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LES PHILOSOPHES FRANÇAIS. CI

poursuites, les écrivains français commencent par les glisser dans des romans, des contes, des récits de voyages où ils les font paraître sous des norns supposés. Peu k peu ils en viennent à développer leurs théories, h en tirer de nouvelles conséquences; ils finissent par poser des principes beaucoup pluà généraux et par demander des réformes beaucoup plus profondes auxquelles leurs devanciers anglais n'avaient jamais songé.

Il s'est produit ainsi en France deux générations de philosophes ; la première, dans la première moitié du xviu® siècte, est formée par Montesquieu et Voltaire ; la seconde, dans la seconde moitié, par Rousseau, Diderot et les encyclopédistes.

Montesquieu et Voltaire sont tous deux des hommes des classes supérieures. Montesquieu était noble et riche, il avait une charge de président au parlement de Bordeaux et fut membre de l'Académie ; Voltaire était le fils d'un notaire de Paris, il avait été élevé aux Jésuites et fut plus tard assez riche pour acheter le château de Ferney. Tous deux acceptaient la société où ils vivaient sans désirer la bouleverser et ne demandaient que des réformes. Tous deux ont été les disciples directs des Anglais. Voltaire, obligé de quitter la France à la suite d'une querelle avec un grand seigneur, passa trois ans en Angleterre, apprit l'anglais, fréquenta des seigneurs anglais, dédia sa^ennW<?àla reine et raconta ses observations dans les Ze^^res p^i/osopAiçwes (1731). Il avait pris l'admiration de la constitution anglaise et surtout de la tolérance religieuse. Pendant sa longue carrière, dans ses contes, ses poésies, ses pamphlets, ses histoires, son dictionnaire philosophique, il lança beaucoup de remarques et de critiques sur la politique et la religion.

En général il s'intéressait peu aux questions de gouvernement; il s'accommodait très bien des souveravw^ ^V^?^ç^•

lus, à condition quele prince fut disciple des philosophes. « Il ne s'agit, pas, disait-il, de faire une révolution comme du temps de Luther, mais d*en faire une dans l'espnt do ceux qui sont faits pour gouverner, » Il n'attaquait guère que les usages contraires à l'humanité, la torture, les supplices cruels, la confiscation ; ce qui l'occupait le plus, c'était la lutte contre l'intolérance religieuse.

Voltaire était hostile à toutes les religions positives, il n'admettait que la religion naturelle (Dieu et l'immortalité de Tàme). Il a passé sa vie à écrire contre l'intolérance sous toutes ses formes, la persécution, l'Inquisition, les guerres de religion ; il voulait qu'on enlevât au clergé ses privilèges. Il devint de plus en plus violent; sur la fin de sa vie il était avant tout l'ennemi de la religion chrétienne, il cherchait à la tourner en ridicule en la comparant aux autres religions ; il avait pris pour devise : « Écrasez l'infâme. » L'infâme c'était le christianisme.

Il ne voulait pas supprimer toute religion (il regardait la religion comme nécessaire pour maintenir le peuple dans l'obéissance aux lois) ; mais il voulait une religion sans dogmes, sans mystères, sans symboles, où le clergé se bornât à prêcher au peuple la morale.

Ses disciples, les voUniriens, n'ont guère eu de doctrine politique, mais ils ont continué à attaquer la religion au nom de la raison et de l'humanité.

Montesquieu au contraire s'est peu occupé de religion, bienque ses ennemis l'aient accuséd'etre « sectateur de la religion naturelle». lia seulement demandé la tolérance. Il a été avant tout un écrivain politique. Après son premier ouvrage, les //e//?*^s pe?'5anes,ilavait voyagé dans plusieurs pays d'Europe et avait été très frappé par les institutions de l'Angleterre. Dans son Esprit des lois

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