‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 22 sur 122 · LES PHILOSOPHES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LES PHILOSOPHES FRANÇAIS

il décrivit la constitution anglaise de façon à la présenter comme le type d'un bon gouvernement (1). Le but de l'État c'est de maintenir la liberté ; et le moyen le plus sûr, c'est de partager le pouvoir entre un souverain, une assemblée de seigneurs héréditaires et une assemblée de représentants nommés par les propriétaires.

C'est lui qui a formulé la théorie célèbre de la séparation des pouvoirs .'le plus sûr moyen d'avoirun État bien réglé, disait-il, c'est qu'il y ait trois pouvoirs séparés, législatif, judiciaire, exécutif. — Montesquieu a été le chef de Técole parlementaire libérale.

Ni Voltaire ni Montesquieu n'ont été des révolutionnaires. Ils n'ont demandé que des réformes :

En matière de religion : que l'Église cessât de persécuter les dissidents et les incrédules, que le clergé fût moins riche et moins puissant ;

En matière politique, que le souverain gouvernât d'accord avec la noblesse et ne fît plus d'arrestations arbitraires ; que la noblesse consentit à payer l'impôt et renonçât à ses droits de justice et de mainmorte; qu'on supprimât la torture, les supplices cruels et les procédures secrètes ; que l'impôt fût établi et levé avec plus de justice.

Les philosophes de la deuxième génération furent moins modérés. Rousseau et Diderot étaientdes hommes du peuple, .fils l'un d'un horloger de Genève, l'autre d'un coutelier de Langres; ils avaient eu une existence difficile à Paris et ne trouvaient pas excellente l'organisation de la société. Ils se souciaient peu des institutions anglaises; ils rêvaient de principes généraux et souhaitaient une société construite d'après leurs principes.

Rousseau n'admet ni les gouvernements ni les religions

(1) Depuis qu'on a étudié la constitution anglaise au xvuce siècle, un a reconnu que Montesquieu en a donné un tableau iu^xa^^V.

de son temps. Tous sont mauvais, parce qu'ils ont été créés par des hommes et sont contraires h la nature. Le principe de toute sa morale, c'est que rhomme est un être naturellement bon, aimant la justice et l'ordre : <( La nature a fait l'homme heureux et bon, la société le déprave et le fait misérable. » La société est injuste parce qu'elle ne donne pas à tous les hommes les mêmes avantages : la propriété est injuste parce qu'elle est prise sur le « fonds commun » qui ne devrait appartenir qu'à l'humanité ; plus injuste encore est le gouvernement par lequel « un enTant commande à un vieillard, un imbécile conduit des hommes sages ». Il faut donc détruire la société, la propriété et le gouvernement et revenir à la nature. Les hommes s'entendront alors pour fonder une société qui reposera sur une convention admise de tous, le Contrat social; ils établiront un gouvernement qui donnera à tous les mêmes droits ot qui exercera tous les pouvoirs. Au lieu de la souveraineté du roi, on aura la souveraineté du peuple; tous les citoyens seront égaux et le gouvernement élu par tous recevra l'autorité absolue ; il réglera la fortune, l'éducation, même la religion. — Rousseau rejette la religion chrétienne, mais il admet encore le culte de Dieu, Y Être suprême, — Il a eu pour disciples les amis de la nature et les révolutionnaires partisans de l'égalité.

Les encyclopédistes. — Diderot, un des écrivains les plus brillants du siècle, après avoir péniblement vécu à Paris en donnant des leçons et en faisant des ' travaux pour les libraires, avait commencé à se faire connaître par des traités philosophiques; il avait été arrêté et emprisonné h Vincennes. Il conçut l'idée hardie de publier un dictionnaire général qui fût le résumé de toutes les connaissances humaines. Le titre

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