‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 23 sur 122 · LES ENCYCLOPÉDISTES · texte numérisé non relu

LES ENCYCLOPÉDISTES

de Touvrage est : Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences^ arts et métiers, par une Société de gens de lettres, mis en ordre par Diderot, et quant à la partie mathématique par JJalembert.

Presque tous les savants et les philosophes y collaborèrent; Diderot revoyait tous les articles; il en écrivit lui-même un grand nombre sur la philosophie, l'histoire, la politique et surtout les arts mécaniques. Dalembert s'était chargé des mathématiques et écrivit le discours préliminaire (l'introduction) .

La publication dura plus de 20 ans (1751-72) et se composa de 28 volumes in-folio (dont 11 de gravures). Il a fallu à Diderot une grande énergie pour le mener jusqu'au bout; les deux premiers volumes avaient été arrêtés par la censure, en 1752, et pendant dix-huit mois la police empêcha de publier les volumes suivants; Diderot obtint enfin l'autorisation de continuer, mais après le septième volume, elle lui fut de nouveau retirée. Il fallut la protection de Choiseul pour lever l'interdiction.

L'Encyclopédie se répandit dans toute l'Europe et aida à y propager les idées des philosophes français.

Les collaborateurs avaient des idées différentes ; mais ceux qui dominèrent, surtout dans les derniers volumes, furent les plus violents, Helvétius, d'Holbach, Mably, Raynal; ceux qu'on a appelé les encyclopédistes. Ceux-là, comme Diderot leur chef, n'admettaient plus la religion naturelle ni les droits de l'homme. Ils disaient que l'homme est fait pour le plaisir et n'agit que dans son intérêt; que les lois et les religions sont des entraves qui empêchent l'homme d'atteindre le bonheur ; qu'il faut les détruire pour revenir à la nature.

Les philosophes de cette école attaquaient à la fois l'Église, l'État et les vieilles institutions social^?., \^ Civilisation co.vTjsiiPOfiAiXE. v>

66 LE MOUVEMENT DE RÉFORME AU XVIIl** SIÈCLE.

famille et la propriété : ils rejetaient Texistence de Dieu et rimmortalité de rame et se déclaraient athées et matérialistes.

Influence de V es prit français, — Ce qui fit la force de la philosophie, c'est que les philosophes français étaient en même temps des écrivains ; ils présentaient leurs doctrines sous une forme claire et spirituelle dans des satires, des romans, des lettres que des hommes frivoles et peu instruits pouvaient lire sans ennui et comprendre sans peine. Leurs livres furent bientôt à la mode dans la bonne société ; le Parlement condamnait parfois un de leurs écrits et le faisait brûler par la main du bourreau ; mais les exemplaires continuaient k circuler, avec la connivence même des autorités. Les philosophes étaient invités dans les salons des plus grands personnages, chacun d'eux était le centre d'une petite société qui se réunissait à souper pour se moquer de la religion et discuter philosophie et économie politique. — La mode avait gagné même les princes ; Voltaire, Rousseau, Diderot étaient en correspondance avec Catherine de Russie ; Frédéric II avait fait venir Voltaire à Potsdam. En même temps les bourgeois s'étaient mis à lire les journaux, ils se passionnaient pour les doctrines des philosophes, surtout celles de Voltaire et de Rousseau. Quand Voltaire revint à Paris en 1778, la foule le porta en triomphe.

La philosophie pénétra au xvni° siècle dans toute l'Europe. Les doctrines ainsi répandues différaient sur bien des points, mais toutes s'accordaient sur une idée fondamentale. Les hommes ont jusqu'ici obéi h. la coutume et à la religion (les philosophes disaient le préjugé et la superstition). Les sociétés ainsi établies sont odieuses et nùiciûes. « Les choses ne peuvent rester comme elles

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