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ESSAIS DB RÉFORMES EN FRANCE ET EN EUROPE

Princes et ministres réformateurs, — Parmi les hommes d'État qui gouvernèrent l'Europe dans la seconde moitié du xviii® siècle, plusieurs s'étaient pris d'admiration pour les idées des économistes et des philosophes et cherchèrent à les appliquer. Les uns étaient des souverains (Joseph II en Autriche, Léopold en Toscane, Frédéric II en Prusse, Catherine en Russie, les princes de Bade, de Weimar, de Mayence) ; d'autres étaient des mi-

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nistres qui gouvernaient au nom de leur roi (Tanucci à Naples, Pombal en Portugal, Aranda et Gampomanès en Espagne).

Ces hommes d'Etat ont eu une façon nouvelle de comprendre le rôle du souverain. Ils ne regardaient plus rÉtat comme un domaine privé dont le prince dispose à sa fanlaisie. Leur principe était que le souverain n*est que le chef de l'État; il n'a pas le droit de dépenser l'argent des impôts pour ses plaisirs personnels ; il doit l'employer à des œuvres utiles ; il n'a pas le droit de donner les fonctions à ses favoris, il doit les confier k des hommes instruits et honnêtes qui se regarderont comme les serviteurs de l'Etat. Aussi cherchaient-ils à diminuer les dépenses de la cour, à rendre l'administration douce et régulière, k augmenter la richesse des sujets.

Mais, comme les philosophes, ils pensaient quetousies hommes se ressemblent et qu'il dépend du gouvernement de les façonner comme il l'entend. Habitués à être obéis, ils croyaient que, pour transformer la société, il leur suffirait de l'ordonner. Ils comptaient faire disparaître de leurs États les « traces de la barbarie », et y établir le « règne des lumières », c'est-à-dire un gouvernement fondé sur la « raison ». Ils décrétaient leurs réformes sans prendre la peine de consulter leurs sujets, sans tenir compte de leurs habitudes, parfois même malgré eux. Ils mettaient la force de l'État au service des lumières, comme on disait. Leur régime a été surnommé le despotisme éclairé.

Joseph II (T Autriche, — Joseph II a été le type le plus parfait du despote éclairé. Dès son avènement, il se consacra tout entier à ses devoirs de souverain. 11 se levait à cinq heures, s'habillait h la hâte et passait dans

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son cabinet, où il se mettait à dicter à ses secrétaires. Il y travaillait jusqu'à midi; une galerie était ouverte pour recevoir les solliciteurs : Joseph y entrait et prenait toutes les pétitions. Après sa promenade, vers deux heures, il mangeait seul et rapidement. Il faisait de la musique, puis se remettait au travail et donnait audience jusqu'à sept heures. Il rentrait au théâtre vers onze heures et souvent, avant de se coucher, il lisait encore les dépêches. — Il ne buvait guère que de Teau ; il portait un uniforme militaire bleu et des bottes ; il couchait sur une paillasse de feuilles de maïs avec un traversin en cuir et une peau de cerf; il avait un cheval toujours sellé pour être prêt à courir là où on avait besoin de lui. Il faisait des tournées fréquentes dans ses États, allant en chaise de poste par des chemins défoncés, toujours au grand trot; dès qu'il arrivait dans une ville, il s'installait à l'auberge, y faisait dresser sa table de travail, se mettait à dicter, à lire, à signer ; puis il repartait. — Il avait trouvé à la cour de Vienne le luxe et l'étiquette des monarchies du xvui° siècle : dans les écuries, 2,200 chevaux ; un service en or massif de 225 kilogrammes, une dépense annuelle de 35 millions ; les cuisines au gaspillage (on portait en compte deux tonneaux de vin de Tokay par an pour mouiller le pain des perroquets de l'impératrice). Il envoya les chambellans manger chez eux, fit fondre les monnaies des collections et cessa de donner des fêtes. Il bouleversait en même temps le cérémonial : à Prague, il emmena dans une société noble une dame de la bourgeoisie ; les dames nobles refusaient de lui parler; l'empereur dansa avec elle et avec elle seule.

Suivant les principes d'humanité des philosophes, Joseph abolit le servage et permit aux paysans de se marier et de quitter le domaine sans le consentement du seigneur. 11 abolit la torture et la peine de motV. W ^\i.^-

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prima la censure et permit d'imprimer même les libelles contre lui, se bornant h publier un avis où il priait ses sujets de le juger non d'après les pamphlets de ses ennemis, mais d'après ses actes. Il établit la tolérance religieuse et permit aux protestants et aux Juifs de célébrer publiquement leur culte.

Comme les philosophes, il méprisait la tradition et ne se croyait pas obligé de tenir compte des usages et des droits anciens. « Un empire où je commande, écrit-il, doit être régi d'après mes principes. Les préjugés, le fanatisme, l'esprit de parti, la servitude intellectuelle doivent disparaître et tous mes sujets rentrer dans l'exercice de leurs droits naturels. » — Les États de la maison d'Autriche étaient formés de pays réunis par hasard dans le domaine d'une même famille, mais tjui différaient par la race, la langue, les mœurs et n'avaient aucune raison de former corps. C'était un assemblage de peuples divers : Allemands, Hongrois, Croates, Bohémiens, Polonais, Belges, Italiens; quelques-uns même étaient d'anciennes nations. Nulle part en Europe on n'eût trouvé un Etat où il fallût tenir autant compte des différences entre les provinces, où il fût plus absurde d'appliquer des procédés uniformes. Mais Joseph entendait réorganiser tous ses Etals sur un plan nouveau et sur le même plan. 11 refusa d'aller prêter le serment d'usage dans ses royaumes de Bohême et de Hongrie, puis il supprima les anciennes provinces et divisa tous ses Etats en treize départements subdivisés en cercles. 11 voulait établir partout mêmes lois, mêmes impôts, même administration. Il décida que dans les tribunaux de Hongrie la justice serait rendue en allemand, les juges qui ne sauraient pas l'allemand seraient destitués. Les assemblées hongroises réclamèrent, il les interdit.

11 se croyait même le droit de régler la religion de ses

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