‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 26 sur 122 · JOSEPH II D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

JOSEPH II D'AUTRICHE

sujets. « Depuis que je porte le premier diadème du monde, la philosophie est devenue la législatrice de mes Etals.

« Je n*aime pas, disait- il en 1780, que des gens qui ont pour mission de préparer notre salut dans l'autre monde se donnent tant de peine pour diriger nos affaires dans celui-ci.... » En conséquence, il chargeait une commission « d'abolir tous les couvents superflus ». Sur 2,663 couvents il en ût fermer 624, il confisqua leurs biens et transforma les bâtiments en hôpitaux, en collèges, en casernes, en manufactures. — Il trouvait les églises d'Autriche trop ornées : il fit ôter aux statues des saints leurs dentelles et leurs bijoux et enlever les ex-voto des chapelles de pèlerinage; on vendit aux juifs les trésors, vases, reliquaires pour les fondre; on vendit à la livre les manuscrits ornés de miniatures, les sceaux et les parchemins. — Il faisait démolir les autels qui « encombraient les églises», enlever les croix et les statuettes, interdire les pèlerinages et les processions. Il réglait le nombre des messes et les cérémonies de la semaine sainte, et il fonda des séminaires généraux où les prêtres devaient apprendre la religion telle que l'entendait l'empereur. « Quand mes projets seront accomplis, disaitil, les populations de mon empire connaîtront leurs devoirs envers Dieu. » Le Pape vint en personne à Vienne réclamer contre ces bouleversements (1782) ; Joseph refusa toute discussion et maintint ses réformes.

Il n'admettait pas les religions qui lui déplaisaient. Il s'était formé en Bohême une secte de paysans honnêtes et laborieux qui croyaient en Dieu et se qualifiaient de déistes. L'empereur ordonna de les citer en justice ; ceux qui soutiendraient leur opinion devaient recevoir 25 coups de bâton, « non parce qu'ils sont déistes, disait Joseph, mais parce qu'ils déclarent être quelque cl\o^^a^\i\V^ w^*

72 LE MOUVEMENT DE RÉFORME AU XVIIl* SIÈCLE.

comprennent pas ». Le bâton n'ayant pas suffi h les convertir, l'empereur les fit arrêter et déporter sur les frontières de la Turquie, en recommandant de les séparer les uns des autres.

Joseph II avait un désir sincère de bien gouverner. Mais il avait pour principe « qu'il faut faire les grandes choses tout d'un coup ». Il méprisait les croyances et les usages qui ne lui paraissaient pas conformes èi la raison. — Son autorité se brisa contre les croyances et les usages. La Belgique et la Hongrie se soulevèrent. Joseph, avant de mourir, fut obligé de publier en Hongrie la fameuse JtévO" cation des ordonnances qu'on regarde comme contraires aux lois communes. Elle commence ainsi : «Nous avions apporté quelques modifications au gouvernement par zèle pour le bien public et dans le seul espoir que, l'expérience vous ayant éclairés, vous y aurez pris plaisir. Maintenant nous sommes convaincu que vous préférez l'ancienne manière de gouverner et qu'elle paraît nécessaire à votre bonheur. » Les Hongrois reçurent l'ordonnance avec joie ; ils déchirèrent les plans du cadastre, grattèrent les numéros des maisons et défendirent d'apprendre à lire en allemand.

Léopold de Toscane, — Léopold d'Autriche, dès son arrivée en Toscane, avait cherché à réduire les dépenses de son petit Etat : il avait licencié ses troupes, démoli les fortiQcations de Pise et supprimé sa cour. 11 travaillait dans son cabinet avec une table commune, des planches de sapin raboté en guise de secrétaire et un bougeoir en fer-blanc. — Suivant l'usage des princes éclairés, il avait aboli la torture, l'Inquisition et la confiscation des biens ; il avait fondé des hôpitaux qu'il allait visiter. — Les couvents de Toscane avaient conservé depuis le moyen âge le vieux privilège du droit de refuge.

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