CATHERINE 11 DE RUSSIE
la justice ne pouvait y pénétrer; les églises des couvents servaient de repaire à des bandes d'aventuriers, meurtriers, déserteurs, galériens évadés qui vivaient dans l'église, troublaient le service et maltraitaient les passants. Léopold, sans égard aux privilèges, les fît arrêter (1769).
Catherine 11 de Russie, — Catherine était une princesse allemande, devenue tsarine de Russie par le meurtre de son mari. C'était une femme lettrée, en correspondance avec les philosophes ; elle composa même des comédies et une tragédie. « Elle a l'âme de Brutus sous la figure de Cléopâtre », disait Diderot.
Elle était très active et très vaniteuse, dévorée du besoin de faire parler d'elle; elle voulait passer en Europe pour un souverain éclairé, capable de gouverner suivant les principes des philosophes.
Elle admirait surtout Montesquieu, elle disait que V Esprit des lois devrait être le bréviaire des souverains. « Si j'étais Pape, je canoniserais Montesquieu ».
En 1767 elle réunissait une commission générale pour préparer un code de lois commun à toute la Russie. Elle avait rédigé elle-même l'instruction pour diriger cette commission, et y avait introduit beaucoup de passages tirés de Montesquieu, elle disait qu'elle le pillait mais que, si de l'autre monde il suivait son travail, il ne blâmerait pas un plagiat utile à 20 millions d'àmes. En envoyant au roi de Prusse un exemplaire de cette instruction, elle ajoutait : «Vous verrez que j'ai fait comme le corbeau de la fable qui se pare des plumes du paon; l'arrangement seul est de moi et çà et là une ligne ou un mot. » La commission fut composée de délégués de toutes les provinces. Après les avoir entendus, Catherine les renvoya et fit rédiger un code où rouçïOç\^vwaI\V\^'$»
principes des philosophes : « La nation n*est pas faite pour le souverain, mais le souverain pour la nation... Il vaut mieux épargner dix coupables que de perdre un innocent. » Elle abolissait la torture et la peine de mort. Indifférente à toute religion, elle laissait les catholiques et les dissidents exercer librement leur culte et recueillait les Jésuites chassés des États catholiques. — Mais Catherine ne prenait de la philosophie que ce qu'il lui en fallait. « Avec vos grands principes, écrivait-elle à Diderot, on ferait de beaux livres et de mauvaise besogne. » A la place de la peine de mort, elle mettait la déportation en Sibérie; elle ne supprimait pas le knout; elle envahissait la Pologne et faisait massacrer les Polonais.
En 1781 elle se fit faire un rapport sur les œuvres accomplies pendant son régne (en 19 ans) et envoya au philosophe Grimm la liste suivante :
« Gouvernements érigés selon la nouvelle forme. 29
Villes érigées et bâties 144
Conventions et traités conclus 30
Victoires remportées 78
Édita mémorables portant loi ou fondation.. 88
Édits pour soulager le peuple 123
Total 492
« Tout ceci est affaire d*État, et aucune affaire particulière n'a eu de place dans cette liste. »
Evidemment, Catherine tenait à prouver qu'elle avait fait beaucoup de choses. Elle ne disait pas que la plupart de ces lois n'étaient pas appliquées, et qu'iin bon nombre de villes consistaient seulement en un poteau avec une inscription ; les bâtiments élevés à la hâte étaient tombés en ruines.
Ce qui lui importait, c'était de donner aux écrivains et