POMBAL EN PORTUGAL
au public une haute idée de ses mérites; elle réussit en effet à obtenir des philosophes le surnom de Sémiramis du Nord,
Pombal en Portugal, — Pombal, gentilhomme de province, né en 1699, après s'être retiré de Tarmée, avait étudié Thistoire et la législation, puis il était entré dans la diplomatie et avait passé plusieurs années en Angleterre, puis en Autriche. En 1750, le roi José V le nomma ministre des affaires étrangères et bientôt lui abandonna tout le gouvernement. Pombal fut seul maître en Portugal jusqu'à la mort du roi (1777).
Le Portugal, depuis le xvu® siècle, était dominé par l'Inquisition et l'ordre des Jésuites; les confesseurs du roi et de sa famille dirigeaient la cour et le gouvernement. Depuis les traités avec l'Angleterre, le Portugal, au point de vue économique, dépendait étroitement des Anglais. Le traité de 1656 donnait aux Anglais le droit d'importer des étoffes en Portugal; le traité de 1703 stipulait que les vins du Portugal seraient reçus en Angleterre, en payant des droits plus faibles d'un tiers que les vins français. Les Portugais s'étaient habitués à recevoir les étoffes d'Angleterre, en échange de leurs vins et de l'or qu'ils tiraient de leur colonie du Brésil. Ils n'avaient ni industrie ni commerce ; les navires qui entraient à Lisbonne étaient des navires anglais; les commerçants établis en Portugal étaient des Anglais. Peu à peu, ils devinrent maîtres du commerce et en profitèrent pour imposer aux Portugais leurs conditions; ils n'achetaient plus les vins qu'à des prix très bas, insuffisants pour rémunérer le travail; les vignerons découragés et ruinés préféraient laisser la terre en friche. Pombal écrivait au gouvernement anglais, en 1759 : « Par une sottise sans pareille dans le monde écouo\x\\Q^^^
76 LE MOUVEMENT DE HÉFOliME AU XVIIl" SIÈCLE.
nous vous permettons de nous habiller et de nous procurer tous les objets de luxe. Nous vous fournissons par là de quoi entretenir cinquante mille artisans, sujets du roi Georges, qui vivent dans la capitale d'Angleterre à nos frais. »
Pombal travailla à affranchir le gouvernement portugais de la domination des Jésuites et le peuple portugais de la dépendance de l'Angleterre.
Contre les Anglais, il fonda la Compagnie générale d*agricullure des vignes du Haut-Douro^ qui eut seule le droit d'acheter les vins, mais qui dut les payer un prix fixe; il fonda la Société du commerce^ qui eut seule le droit d'autoriser les détaillants à ouvrir boutique. Le gouvernement intervenait ainsi pour réserver le commerce des vins et le petit commerce à ses sujets portugais. — Pour exciter les Portugais à créer des industries, Pombal établit le système protecteur, il défendi d'exporter les laines et les autres matières premières; il permit d'exporter, sans payer de droit, les produits manufacturés (soie et sucre).
Contre la domination du clergé Pombal employa des moyens violents. Les Jésuites cherchaient à le renverser, il leur fît une guerre ouverte; en 1757, il expulsait les confesseurs de la famille royale, tous Jésuites, défendait au Jésuites de venir à la cour sans une autorisation, les dénonçait au pape comme faisant le commerce, et demandait la réforme de leur Ordre. Le cardinal, envoyé par le pape pour visiter et réformer la Société de Jésus, déclara leur commerce contraire aux lois divines et humaines, et leur retira le droit de confesser et de prêcher.
Une tentative d'assassinat contre le roi, dans la nuit du 3 septembre 1758, donna à Pombal une occasion de commencer des poursuites. On ne trouva aucune preuve